Richard Speck : le massacre du 14 juillet



    En juillet 1966, Richard Speck, un homme à la dérive, apprit en se réveillant l'assassinat brutal de huit élèves infirmières la nuit précédente.  Peu après, stupéfait, il apprit qu'il était l'auteur de ce terrible massacre...

Les origines



    Speck naquit dans l'Illinois le 6 décembre 1941, septième enfant d'une famille qui en comptera huit.
Richard perdit son père alors qu'il était âgé de six ans.  Trois ans plus tard, sa mère se remaria.  Speck détesta rapidement son beau-père, lequel était alcoolique et violent.
Les résultats scolaires de Speck furent des plus mauvais.  Plus tard, un de ses professeurs dira à son sujet : "C'était une sorte de paumé.  Il ne semblait pas comprendre ce qui lui arrivait.  Il avait de mauvais résultats scolaires.  Il ne souriait jamais et ne s'entendait avec personne".
Plus tard, Speck s'inscrivit dans un lycée technique mais il ne le fréquenta que durant un trimestre.

    Rapidement, Speck fut connu de la justice.  Doté d'un casier judiciaire et ne disposant d'aucun diplôme, il accumula divers boulots précaires mais ne laissa jamais bonne impression.
La situation ne fut pas améliorée par son alcoolisme notoire.  Buveur dès l'âge de douze ans, Speck devint rapidement un toxicomane.
Durant sa jeunesse, Speck fut arrêté 36 fois et emprisonné trois fois.  Ses délits toutefois étaient mineurs : bagarres, ébriété, cambriolages..

    En 1962, Richard Speck épousa une jeune fille de quinze ans et devint père.  Il se comporta avec attention vis-à-vis de l'enfant mais ne tarda pas à écoper d'une nouvelle peine de prison.
A sa libération, il regagna son foyer mais les disputes de couple devinrent fréquentes et sa femme finit par demander le divorce, en janvier 1966.
Speck décida alors de gagner Chicago, où le drame allait se produire.
Richard Speck


Les meurtres



    En juillet 1966, Speck se retrouva donc à Chicago, divorcé, sans domicile et sans argent.  Livré à lui-même, il se droguait et buvait tous les jours.
Errant d'asiles de nuit en foyers pour déshérités, il tenta de trouver du travail et fut engagé comme marin sur un tanker en date du 12 juillet.  Speck se présenta bien à l'embarquement mais fut informé par le commandant du bateau qu'une erreur s'était produite et que le poste était déjà pourvu.
Après avoir passé la nuit dans une maison en construction, il trouva néanmoins un emploi sur un autre navire dont le départ était fixé à la semaine suivante.  Ayant emprunté un peu d'argent, il se paya une chambre dans un hôtel minable puis gagna un bar où il se saoula et avala des barbituriques.  Ayant fait la connaissance de trois marins, il vit ces derniers s'injecter dans le bras une substance liquide; bien qu'ignorant la nature du produit, Speck s'injecta également une dose puis bascula, selon ses dires, dans un grand trou noir...

    A la même époque, au 2319 East 100th Street, vivaient huit infirmières : cinq étaient étudiantes tandis que trois autres, originaires des Philippines, étaient déjà diplômées et en stage de perfectionnement.
Vers 23 heures, Speck entra dans l'immeuble, totalement ivre et exhibant un pistolet.  Sous la menace, il entraîna les six infirmières présentes dans une chambre située à l'arrière de l'immeuble, les délesta de leur argent - moins de cent dollars en tout - et les ligota avec des lanières faites d'un drap déchiré.
Peu de temps après, Gloria Davy, la septième infirmière, rejoignit son domicile; menacée par Speck, elle rejoignit les autres victimes.
Bien que répétant régulièrement aux jeunes femmes qu'il ne voulait pas leur faire de mal, Speck se montra très agité et ne fit pas mine de quitter l'immeuble.
A un moment, il détacha l'une des victimes, Pam Wilkening, et l'emmena hors de la chambre.
Vers minuit, la dernière infirmière, Suzanne Farris, regagna son logement avec une amie, Mary Ann Jordan.  Menacées par Speck, elles furent emmenées dans une autre pièce par ce dernier...
Vers minuit vingt, Speck détacha Nina Schmale et l'emmena hors de la chambre...  Terrifiées, les jeunes femmes retenues captives ne crièrent jamais, de peur de provoquer leur agresseur.  Une des infirmières décida toutefois de se cacher : Corazon Amurao rampa sous l'un des lits.
Speck revint une fois de plus et emmena deux victimes.  Réfugiée sous le lit, Amurao entendit ses colocataires se débattre et hurler mais, rapidement, le silence revint.
Speck réapparut une nouvelle fois et emmena une nouvelle victime, Patricia Matusek.  A ce moment, il ne restait dans la chambre que deux jeunes femmes : Gloria Davy et Corazon Amurao; visiblement, Speck ne s'était pas rendu compte de la disparition de cette dernière.
Peu après une heure du matin, Speck revint dans le local et viola Gloria Davy, sous les yeux impuissants de la jeune femme cachée sous le lit.  Puis, la pièce devint silencieuse...
Vers deux heures, Speck revint dans la pièce et vérifia qu'il ne restait plus personne à l'intérieur.  Il négligea de regarder sous le lit et quitta l'immeuble.
Totalement paniquée, Corazon Amurao resta encore immobile plusieurs heures.  Vers six heures, elle osa finalement sortir de la pièce et découvrit trois corps ensanglantés.  Incapable de se résoudre à traverser le rez-de-chaussée, Amurao brisa une vitre de l'étage et hurla à la vue de deux passants qui prévinrent immédiatement la police.
Investissant rapidement l'immeuble, les policiers découvrirent les corps de huit jeunes femmes.  Les victimes avaient été poignardées ou étranglées.
Le massacre horrifia la population de Chicago qui n'avait plus connu pareille tuerie depuis le "massacre de la Saint Valentin", en 1929.

L'enquête



    Sur les indications de Corazon Amurao, les policiers établirent rapidement un portrait robot de l'assassin.
De nombreuses empreintes digitales avaient été laissées par le tueur, lequel avait également abandonné des vêtements lui appartenant sur place.
Par ailleurs, un témoin signala qu'un individu avait rôdé autour du logement des infirmières; l'individu lui avait dit chercher une place sur un bateau.  Des vérifications furent effectuées au Syndicat National de la Marine où l'on retrouva un formulaire de candidature rempli par Richard Speck.

    A onze heure du matin, le 14 juillet, Speck se réveilla dans sa chambre miteuse et remarqua qu'il avait du sang sur les mains.  Il fut incapable de se rappeler quoi que ce fut après le moment où il s'était injecté la substance inconnue.  Speck se retrouva également porteur d'un revolver dont il fut incapable de se rappeler l'origine.
Apprenant la nouvelle du massacre alors qu'il partait chercher son vin, Speck déclara à un témoin : "J'espère que la police va attraper ce fils de pute".

    Les enquêteurs décidèrent de montrer un portrait de Speck, parmi une centaine d'autres photos, à Corazon Amurao, la survivante de la tuerie.  En état de choc, Amurao fut incapable de collaborer avec les policiers.
Durant la journée, Speck téléphona au Syndicat National de la Marine afin de s'enquérir d'un emploi vacant.  Son appel fut localisé comme provenant d'un hôtel proche : le Shipyard Inn.  Les policiers s'y précipitèrent mais Speck avait alors quitté l'endroit pour faire la tournée des bars.
Les compagnons de beuverie de Speck affirmèrent plus tard qu'il semblait ignorer être l'auteur du massacre.
Le soir venu, Speck se paya une prostituée et l'emmena dans une chambre d'hôtel.

    Au matin du 15 juillet, le directeur du North Side Hotel appela la police car la prostituée lui avait appris que son client détenait une arme à feu.  Speck fut interpellé et son arme confisquée mais l'homme fut laissé en liberté car les policiers ne firent pas de rapprochement avec le massacre des infirmières.  Rapidement, ils se rendirent compte de leur erreur et retournèrent à l'hôtel mais Speck avait déjà regagné la rue.

    Dans l'intervalle, Corazon Amurao avait identifié Speck comme l'auteur de la tuerie.  Les empreintes de Speck furent comparées à celles relevées sur le lieu des meurtres et il apparut qu'elles étaient identiques.
Vers quinze heures, les médias diffusèrent l'identité de l'assassin.  Speck fut surpris d'entendre son nom à la radio...  Bien que n'ayant aucun souvenir du massacre, il n'imagina pas l'éventualité d'une erreur...  Ne sachant où aller, il ne put se résoudre à se livrer et décida de se saouler.
Vers minuit, Speck s'ouvrit les veines avec un tesson de bouteille dans une chambre du Starr Hotel mais sa tentative fut découverte et la police appelée.  Les policiers ne reconnurent pas Speck, qui s'était inscrit à l'hôtel sous le pseudonyme de Brian, et le suicidaire fut transféré à l'hôpital.  Un médecin reconnut l'individu à la description faite par les médias et appela la police.  Après avoir reçu des soins, Speck fut transféré à l'hôpital de la prison de Bridgewell.

Analyse psychologique



    Certains psychiatres estimèrent que Speck était un psychopathe.  Pourtant, d'autres estimèrent que son refus de vouloir s'en sortir, ses liens familiaux, ses angoisses continuelles et son sentiment de culpabilité étaient incompatibles avec une personnalité psychopathique.

    Les spécialistes estimèrent que Speck avait une hostilité latente envers les femmes et que celle-ci remontait à sa petite enfance.  Speck en voulait à sa mère d'avoir remplacé son père par un homme qu'il détestait.
Par ailleurs, Speck avait connu des relations conflictuelles avec son ex-femme.

    Ils ajoutèrent également que Speck avait un lourd passé médical.  A l'âge de trois mois, il avait été victime d'une pneumonie qui avait freiné l'alimentation en sang de son cerveau.  A l'âge de cinq ans,il avait été blessé à la tête par un coup de marteau.  A dix ans, il était tombé d'un arbre, s'était heurté la tête et était resté inconscient une heure et demie.  A quatorze ans, il avait été victime d'une nouvelle chute depuis un arbre, ainsi que d'un accident de vélo: lors de ces deux accidents, il était resté inconscient plusieurs heures.
Speck fut victime d'autres lésions cérébrales au cours de bagarres.  L'abus d'alcool et de drogue ne fit qu'aggraver les choses.
Au cours de sa vie, Speck souffrit de maux de tête chroniques et tomba à plusieurs reprises en syncope.

    Speck ne sembla pas avoir vraiment conscience de ses problèmes.
Lorsque les experts comparèrent les photos de l'ex-femme de Speck et de Gloria Davy, ils furent frappés par l'étrange ressemblance des deux femmes.  Aussi estimèrent-ils que ce n'était pas un hasard si Davy avait été la seule victime violée.

    Les psychiatres déterminèrent également que chez Speck, plus que chez tout un chacun, l'abus d'alcool exacerbait l'agressivité.  Sobre, Speck se montrait courtois et charmant ainsi que sensible à l'humour, mais une fois ivre, il devenait irritable et violent.

    Le 14 juillet 1966, un abus d'alcool et de drogue le fit basculer dans une véritable folie meurtrière.  Un banal cambriolage déboucha, à l'insu de Speck lui-même, sur ce qui fut qualifié de "crime du siècle".

    Après la mort de Speck, en 1991, son cerveau fut autopsié et de sérieuses anomalies furent mises en évidence.  Toutefois, des examens plus poussés ne purent avoir lieu car le cerveau de l'assassin disparut, volé ou perdu, au cours d'un transfert entre cliniques.

    Speck restera pourtant une personnalité insaisissable : interviewé en détention, il avait déclaré ne pas avoir de remords et, interrogé au sujet de ces victimes, il déclara froidement "Ce n'était juste pas leur nuit".
Alors, Speck était-il un véritable psychopathe ou un dément irresponsable ?

Le procès



    L'interrogatoire de Speck n'apporta rien à l'enquête.  Bien que ne niant pas les faits, il déclara ne garder aucun souvenir de ceux-ci.
Inculpé de huit meurtres au premier degré le 26 juillet 1966, Speck fut assigné au tribunal le 1er août.  Etant démuni d'argent, il se retrouva doté d'un avocat commis d'office, Gerald Getty, lequel décida de plaider non coupable pour cause de démence.

    La Cour désigna huit psychiatres pour examiner l'état mental de Speck.  Ces derniers estimèrent qu'il pouvait comparaître même s'il pouvait être en état de démence au moment des meurtres.
Speck ne fit guère d'effort pour se défendre mais son avocat parvint à obtenir le déplacement du procès à Peoria, une petite ville située à plusieurs centaines de kilomètres de Chicago.

    Dans l'attente de son procès, Speck se mit à peindre et fit preuve d'un certain talent.  Ce fut la première fois de sa vie qu'une activité lui permettait un certain épanouissement.
Getty fit 35 requêtes pour écarter des pièces du dossier.
De son côté, l'accusation demanda à ce que les huit meurtres soient jugés séparément mais la Cour n'accepta pas la démarche.

    Le procès s'ouvrit le 20 février 1967 et le jury fut sélectionné à la fin du mois de mars.  Les douze membres avaient été retenus parmi 610 personnes initialement convoquées.

    L'accusation mit en avance son témoin oculaire, Corazon Amurao, les empreintes digitales de Speck ainsi que divers témoins qui avaient aperçu le suspect rôder près du lieu des meurtres.
Corazon Amurao déposa durant plus de trois heures et désigna du doigt Speck comme étant l'auteur de la tuerie.
Le procureur Martin usa d'une méthode qui fit forte impression sur les jurés : il avait fait construire une maquette de la maison des meurtres et l'emplacement de chaque corps était symbolisé par une figurine en bois; au nom prononcé de chaque victime, une figurine était prélevée de la maquette et posée à l'intérieur d'un cercueil miniature...

    Speck ne fut pas appelé à la barre, son avocat ayant trouvé qu'il pouvait être plus préjudiciable pour son client de s'exprimer.
La défense fit comparaître plusieurs parents de l'accusé afin de le présenter sous un jour plus humain.
Un couple d'employés du Kay's Pilot House comparut et affirma que Speck était présent dans l'établissement au moment des meurtres mais ces témoignages ne suffirent pas à convaincre les jurés.
Speck plaidant coupable mais n'ayant pas reconnu les meurtres car prétendant ne se souvenir de rien, sa défense fut incapable de plaider la folie.

    Il ne fallut que 49 minutes aux jurés pour reconnaître Speck coupable et recommander la peine de mort.
Le 6 mai 1967, le juge Paschen condamna Speck à la peine capitale. 
La défense fit appel mais, cette même année 1967, la Cour Suprême des Etats-Unis décida d'une suspension de toutes les exécutions jusqu'en 1976.
Le 22 novembre 1972, la peine de mort de Richard Speck fut commuée en huit peines de prison de 50 à 150 ans chacune, la peine de prison la plus lourde alors jamais prononcée aux Etats-Unis, représentant entre 400 et 1 200 ans de réclusion.

    Malgré cette condamnation, Speck pouvait demander une libération anticipée dès 1976.  Il fit sa première demande en 1987 mais les familles des victimes s'opposèrent à sa libération.
Richard Speck mourut d'une crise cardiaque en 1991, peu avant son cinquantième anniversaire.

LA MASSACRE DU 14 JUILLET


Identité : Richard Speck

Victimes : 8

Lieu : Chicago (Illinois, Etats-Unis d'Amérique)

Date : 14 juillet 1966

Moyens : Poignard, strangulation

Mobile : Plaisir sadique

Verdict : Peine de mort.  Décédé en détention en 1991


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