L'attentat du Petit Clamart : l'O.A.S. contre de Gaulle


    L'attentat du Petit-Clamart, désigné par ses auteurs sous le nom d'opération Charlotte Corday, fut mené par un groupe se revendiquant de l'O.A.S. et dirigé par le lieutenant-colonel Bastien-Thiry.  Il visait à assassiner le président Charles de Gaulle.

L'attentat



    Le 22 août 1962, le président de la République Charles de Gaulle quitta l'Elysée à destination de Colombey-les-Deux-Eglises.  De Gaulle était accompagné de son épouse et de son gendre. Son cortège se limitait à deux Citroen DS 19 et à deux motards.

    Alors que le cortège circulait sur l'avenue de la Libération (actuelle avenue Charles de Gaulle) à Clamart, des rafales d'armes automatiques furent tirées d'une camionnette Renault placée en stationnement.  Le chauffeur présidentiel ayant accéléré, le convoi passa sans trop de dommages mais, quelques mètres plus loin, une Citroen ID tenta de couper la route au convoi et d'autres coups de feu furent tirés.  Touchée par plusieurs balles et malgré deux pneus crevés, la voiture présidentielle parvint à forcer le passage et à gagner un endroit sécurisé.
Peu après l'attentat manqué, de Gaulle, qui avait été manqué de peu par des projectiles, commenta laconiquement "C'était tangent !".

L'enquête



    La brigade criminelle de Paris fut chargée de l'enquête.
Dans les milieux officiels, il ne faisait aucun doute que l'attentat était signé par l'O.A.S. (Organisation Armée Secrète), une organisation composée de partisans de l'Algérie française qui n'avaient pas pardonné à de Gaulle la signature des accords d'Evian et l'accession de l'Algérie à l'indépendance.

    Les enquêteurs découvrirent sur les lieux de l'attentat 150 douilles de mitraillettes et d'un fusil-mitrailleur.  L'échec de l'attentat semblait incroyable car l'enquête établit rapidement que les terroristes disposaient de l'itinéraire et des horaires de passage du cortège présidentiel.
Les assaillants avaient fait usage de nombreuses armes automatiques et avaient prévu un véhicule pour couper la route à la DS du président mais, malgré tout, personne n'avait été tué...  Un vrai miracle car onze balles avaient pénétré dans un magasin qui était alors fermé depuis moins de dix minutes.  D'autres projectiles avaient arrosé la terrasse du Trianon-Bar, habituellement bondé, mais que le tenancier avait exceptionnellement fermé pour raison familiale.  Des balles avaient également détruit la vitrine d'une épicerie fermée pour les vacances.  Dans un commerce de canots voisin, lui aussi fermé plus tôt qu'à l'habitude, trois canots avaient été percés par des balles.  Enfin, un conducteur de passage avait été atteint au doigt par une balle perdue; sa femme et ses trois enfants étaient saufs....

    Dans un bois voisin, la camionnette Renault Estafette utilisée par les auteurs fut retrouvée intacte, le dispositif prévu pour la faire exploser n'ayant pas fonctionné.  Le loueur du véhicule donna une description précise de son client, un certain "Murat".  Par ailleurs, deux voitures utilisées par les auteurs furent rapidement identifiées car étant restées longuement en stationnement devant un immeuble de Meudon.  A l'adresse en question vivait une nommée Monique Bertin, partisane de l'Algérie française.  Le frère de l'occupante des lieux, Pascal, un élève-officier à Saint-Cyr, s'était volatilisé dès le lendemain de l'attentat.

    Arrêtée le 2 septembre 1962, Monique Bertin fut interrogée durant plusieurs jours, le délai de garde à vue ayant été porté de deux à cinq jours par de Gaulle grâce aux pouvoirs exceptionnels qui lui étaient attribués par l'article 16 de la Constitution.
Après avoir résisté aux enquêteurs, Bertin déclara, le 4 septembre à 17h30 : "On avait rendez-vous au rayon livres de la Samaritaine à 17 heures.  Mais on avait consigne de partir au bout de cinq minutes si l'autre était absent ou en retard".  Les policiers se ruèrent sur place et arrêtèrent Pascal Bertin qui s'était attardé sur place au mépris des consignes.

    L'arrestation de Pascal Bertin constitua une étape.  Rapidement, un deuxième homme fut arrêté; il s'agissait d'un déserteur du nom de Pierre Magade.  Ce dernier revendiqua sa participation à l'attentat sans devoir être interrogé par les policiers.  En moins de deux semaines, par une série de recoupements, les autres conjurés tombèrent progressivement : Prévost, La Tocnaye....  Tous avouèrent sans se faire prier et donnèrent des détails qui expliquèrent l'échec de l'attentat.

Les raisons de l'échec



    Bénéficiant de renseignements fiables, les conjurés attendaient le passage de de Gaulle à un endroit stratégique.
Quatre véhicules participèrent à l'embuscade : la Simca 1100 du leader baptisé "Didier", une Peugeot 403, une Renault Estafette et une Citroen ID 19.

    Il était prévu que le chef des conjurés, "Didier", donne le signal en agitant un journal au passage du cortège présidentiel.
Mais, à ce moment, il y avait du crachin et le soir tombait....  Le signal fut aperçu tardivement par les tireurs embusqués dans l'Estafette.  Exécuté dans la précipitation, le tir manqua de précision.
La Citroen ID était en embuscade pour rattraper le coup en barrant la route au cortège présidentiel mais, capricieuse, la voiture refusa de démarrer et rata sa mission.
La stabilité de la DS présidentielle, conséquence de sa suspension hydraulique, ainsi que le talent du chauffeur (qui avait déjà échappé à pareil attentat avec son illustre passager l'année précédente) firent le reste.
Bien que la voiture du président de Gaulle ait été atteinte par quatorze balles, l'opération "Charlotte Corday" fut un piteux échec...

Bastien-Thiry



    Il restait toutefois à arrêter le cerveau de l'attentat.  Disposant d'un signalement précis, les enquêteurs apprirent que "Didier" était également surnommé "le Colonel".  La Sûreté militaire se pencha en conséquence sur les dossiers des officiers militaires partisans de l'Algérie française.  Un nom ressortit bientôt : celui de Jean-Marie Bastien-Thiry.  Les conjurés déjà détenus ne tardèrent pas à passer aux aveux et à confirmer l'implication du lieutenant-colonel Bastien-Thiry dans l'attentat.

    Bastien-Thiry fut arrêté le 15 septembre 1964.  Il n'avait pas été nécessaire de disposer d'un mois pour mettre la main sur les principaux conjurés au nombre d'une quinzaine et recrutés dans des milieux divers : pieds-noirs, antigaullistes, Hongrois exilés....
Bastien-Thiry revendiqua la totale responsabilité de l'attentat et de sa préparation.  Tout au long de ses interrogatoires, il se montra intelligent, calme et courageux.

    Il ne manquait alors aux enquêteurs qu'un seul nom : celui de l'homme qui avait renseigné les conjurés sur les déplacements du président de la République.  Il faudra attendre 2008 pour que l'un des conjurés avance, dans un livre, le nom de Jacques Cantelaube.  Décédé en 1993, l'homme était commissaire de police  et chargé de la sécurité du général de Gaulle à l'Elysée.  Grâce à lui, les conjurés auraient été informés des itinéraires et horaires du cortège présidentiel.

    Jean-Marie Bastien-Thiry fut condamné à mort par un tribunal militaire.
De Gaulle refusa sa grâce.  Le 11 mars 1963, Bastien-Thiry fut fusillé au fort d'Ivry.  Il fut le dernier fusillé de France.
Les autres conjurés furent condamnés à des peines de prison mais bénéficièrent de grâces présidentielles à partir de 1968.  La plupart passèrent moins de trois ans en prison.

L'ATTENTAT DU PETIT CLAMART


Noms : Jean-Marie Bastien-Thiry et divers complices

Victime : 0

Lieux : Petit Clamart (Région parisienne, France)

Date : 22 août 1962

Moyens : Armes automatiques (MAT 49, etc...)

Mobile : "Trahison" du président de Gaulle qui avait admis l'accession à l'indépendance de l'Algérie

Verdict : Peine de mort.  Exécuté le 11 mars 1963


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