Marie Becker : "la veuve Becker"



    Marie Becker, criminelle belge des années trente, fut considérée comme l'empoisonneuse du siècle, ayant fait dans la ville de Liège onze victimes reconnues.

L'affaire



    L'affaire criminelle ici traitée fut vaguement portée à la connaissance du public belge dans les pages intérieures d'un journal liégeois daté du 13 octobre 1936 : "Il y a quelques jours, une lettre anonyme parvint au parquet de Liège, disant que deux femmes, Florine Van Cauwelaert, veuve Lange, et Marie Luxem, veuve Weiss, étaient décédées dans des conditions suspectes.  La lettre disait que ces deux personnes avaient été soignées par la femme qui avait été interrogée lors de la mort de Mme Evrard.  Le parquet ordonna l'autopsie de ces deux cadavres.  La femme soupçonnée, la veuve Deckers, demeurant rue Donceel, a été arrêtée et écrouée à la prison Saint-Léonard".
En réalité, le nom de la suspecte était Becker, née Marie Petitjean.  Elle sera bientôt connue sous le nom de "veuve Becker".

    Cette affaire fut marquée par l'envoi aux autorités d'une série de lettres anonymes.
Le 11 novembre 1935, mourut, à Liège, Marie-Louise Evrard, veuve Crulle.  Relativement riche, cette personne âgée avait légué ses biens à un homme de vingt ans son cadet.
Une lettre anonyme fut envoyée aux autorités, accusant Marie Becker d'avoir empoisonné madame Evrard.  De son côté, la famille de la victime porta plainte et contesta le testament, assurant que le jeune homme, complice de Marie Becker, avait détourné l'héritage dans leur intérêt respectif.
L'autopsie de la veuve Crulle conclut à un décès par défaillance cardiaque.  Interrogée par la Justice, Marie Becker affirma être garde-malade.

    On se souvint alors de la réception, en juin 1933, d'une autre lettre anonyme qui avait accusé Marie Becker du meurtre de son époux et d'une dame Castaldot.  Après une sortie en ville, Marie Becker avait offert une tasse de tisane à madame Castaldot, laquelle était morte quelques jours plus tard d'une apparente indigestion.  Castaldot avait prêté à Becker 19 000 francs (8 000 euros actuels) et le décès de la créancière avait épargné à Marie Becker un remboursement.
Toutefois, les indices d'un éventuel crime avaient été, à l'époque, jugés insignifiants.
Quant à Monsieur Becker, son décès rapide, à un âge peu avancé, avait été jugé naturel.  Trois médecins avaient affirmé que le décès était la conséquence d'un cancer.

    Le 12 octobre 1936, une nouvelle lettre anonyme, provenant sans doute du même auteur, qui restera non identifié, parvint aux autorités.  La lettre accusait Marie Becker du meurtre de la veuve Lange, 85 ans, retrouvée morte dans sa chambre fermée à clef deux semaines auparavant.
Le 20 septembre par ailleurs, la veuve Bultay, une intime de Becker, était morte de vomissements.
Le 30 septembre, la veuve Weiss, une amie de Marie Becker, mourut aussi en quelques heures.  Sa fortune, estimée à 40 000 francs, avait disparu !
Ces trois décès, tous survenus dans l'entourage de Marie Becker et en l'espace de deux semaines, parurent des plus suspects.

    Utilisant des informations données par l'informateur anonyme, les policiers surveillèrent, à un moment déterminé, le domicile d'une dame Lamy laquelle, toujours selon l'informateur anonyme, devait recevoir les soins particuliers de Marie Becker.
Cette dernière se présenta effectivement à l'adresse au moment renseigné et fut arrêtée.  Dans son sac, les policiers découvrirent un flacon de digitaline, une médication destinée aux cardiaques mais pouvant s'avérer mortelle pour des gens en parfaite santé.  Becker affirma que la digitaline était destinée à son usage personnel mais n'en fut pas moins placée en détention.

    Une instruction de dix-huit mois commença...
Marie Becker


Le procès



    Le procès de Marie Becker s'ouvrit à Liège en 1938, devant des représentants de la presse internationale.  Les journaux belges couvrirent journellement ce procès qui, au final, allait durer un mois.

    L'accusation reprocha à Becker onze assassinats, depuis celui de Marie Dopagne, veuve Castaldot, le 21 mars 1933, jusqu'à celui de la veuve Weiss, passée de vie à trépas le 2 octobre 1936.  Outre ces chefs d'accusation principaux, Marie Becker devait aussi répondre de cinq tentatives d'empoisonnement, quatre vols qualifiés et un faux en écriture.

    On apprit que la veuve Becker était née en 1879 dans le petit village de Warnont qu'elle avait quitté à l'âge de seize ans pour venir travailler à Liège.  Elle avait épousé le dénommé Becker qui était mort prématurément, puis avait tenu divers commerces avant de connaître des déboires financiers et amoureux.  Elle avait été plus ou moins liée avec un certain Beyer, seule victime masculine qui lui était reprochée.
Il fut dit à l'audience que Marie Becker avait de l'entregent, ce qui l'aida assurément à gagner la confiance de potentielles futures victimes.  En cette période de crise économique des années trente, Becker avait cherché des personnes chez qui aller coudre mais, étrangement, elle avait choisi des personnes vivant seules et relativement aisées.

    De fait, les connaissances de Marie Becker étaient mortes à la suite de symptômes similaires : vertiges, vomissements...
Disparurent ainsi Julie Bossy, la veuve Pairot, madame Damoute, la veuve Lambert (qui légua l'ensemble de ses biens à Becker), Madame Bultay, Anna Stévart (qui avait prêté 25 000 francs à Becker), Lambert Beyer (au lendemain de l'enterrement duquel elle dépensa 200 francs en frais de coiffure)...

    Marie Becker nia l'ensemble des faits qui lui étaient reprochés.  Vindicative, désagréable, elle fit néanmoins preuve d'une mémoire phénoménale; ergotant sur les détails, elle parvint à plusieurs reprises à prouver au président qu'elle avait raison...

    Il fallait établir le mobile.  L'accusation dénonça la liaison de la veuve avec un jeune homme qui aurait pu être son fils.  Elle aurait donc tué afin d'avoir assez d'argent pour retenir l'intéressé.
Malgré les dénégations de Becker, les preuves s'accumulèrent lentement contre elle : on avait, par exemple, retrouvé à son domicile le sac dans lequel l'une des victimes, madame Weiss, gardait ses liquidités.  Becker parla d'un cadeau reçu...

    La digitaline, une plante vénéneuse qui aurait été utilisée par Becker pour commettre ses forfaits, fut au centre des débats.
Une dégustation de thé contenant quelques gouttes du terrible produit fut organisée à l'attention des membres du jury afin qu'ils puissent juger s'il était possible de déceler le produit ou non.
Marie Becker s'était procurée dix-sept flacons de digitaline sans qu'il fut prouvé qu'elle en avait besoin pour se soigner.
Marie Becker impliqua un personnage fantôme, la néerlandaise Daumens, qui aurait acheté à Becker la digitaline pour l'introduire en fraude en Hollande, rémunérant la veuve au passage.  La police hollandaise ne parvint jamais à retrouver ni à identifier cette personne.
Les experts s'affrontèrent continuellement. Parmi les victimes désignées de Marie Becker, une seule, madame Lange, présentait des traces de digitaline dans les viscères.  Autre source d'incertitude, l'absence de contrôle médical lors d'un décès dans la Belgique de l'époque; il était courant qu'une personne décède au domicile, puis qu'un parent se rende chez un médecin afin d'obtenir les documents justificatifs d'usage et ce sans que le cadavre ne soit nécessairement vu par le praticien...
Le procès de la veuve Becker



    La défense de Marie Becker tira parti des querelles d'experts, reprenant, pour chaque décès, des contradictions.
La défense insista aussi sur le fait que la digitaline était diluée; par conséquent, au lieu de dix-sept flacons annoncés comme achetés par Becker, il fallait, en réalité, parler de quatre flacons de produit pur.  C'était trop peu selon la défense que pour commettre l'hécatombe dont était accusée la veuve.
La défense parla aussi de "la honte des lettres anonymes, des témoignages réduits aux ragots et aux commérages"...  A quoi l'accusation répondit "Madame Becker n'a soigné personne qui ne fut malade ou décédé"...

    Le vendredi 8 juillet 1938, le jury se retira pour répondre à 38 questions.  A 17h50, il répondit "Oui" à presque toutes les demandes.  La Cour se retira pendant trente minutes pour décider de la peine puis annonça sa décision : la peine de mort  !

    La Cour de cassation ne trouva rien à redire au procès.

    Marie Becker ne fut pas exécutée sous la lame de la guillotine.  Le dernière exécution effectuée en Belgique remontait à l'année 1917.
Elle mourut à la prison de Forest, le 11 juin 1942.

LA VEUVE BECKER

Nom : Marie Alexandrine Becker, née Petitjean

Victimes : 11

Dates : Du 21 mars 1933 au 2 octobre 1936

Lieu : Liège (Belgique)

Moyen : Digitaline

Mobile : Appât du gain

Verdict : Peine de mort, décédée en 1942



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