Marc Dutroux : le monstre de Marcinelle



    L'affaire Dutroux se déroula en Belgique dans les années 1990 et connut un retentissement mondial.
Les dysfonctionnements de la Justice et les rivalités policières qui furent mis au jour par cette affaire provoquèrent d'importants remous au sein de l'opinion publique.

Les antécédents de Marc Dutroux



    Né à Ixelles le 6 novembre 1956, Marc Dutroux vécut ses quatre premières années au Congo où ses parents s'étaient installés après sa naissance.
La famille revint en Belgique en 1960 et s'installa à Obaix, non loin de Charleroi. Marc Dutroux fut le premier enfant d'une lignée de cinq.
Le père de Marc, Victor Dutroux, instituteur, doutera d"être le père biologique de Marc.
Marc n'aurait commencé à parler que vers trois ans.  Le père, décrit comme brutal, aurait régulièrement giflé ses enfants et les aurait envoyés enlever les mauvaises herbes pendant leur émission de télé préférée.
A 9 ans, Marc imita cette violence.  Il loua des livres à ses camarades, giflant ceux qui ne voulaient pas le payer. Puis vinrent les photos pornos qu'il vendait dans la cours de récréation, et les mobylettes volées.

En dépression au début de l'année 1971, Victor Dutroux fut interné quatre mois dans un hôpital psychiatrique.
Après le divorce de ses parents et le départ de son père, Marc Dutroux devint tyrannique avec ses frères et sa soeur.  Puis, sa mère s'étant remariée, ne supportant pas son beau-père, il quitta le domicile pour aller vivre seul.
Dans de telles conditions, Marc parvint tout de même à obtenir son certificat d'études techniques secondaires inférieures, section mécanique, en juin 1973.
Il ne fit pas son service militaire, ayant été réformé après avoir simulé des problèmes à une oreille.

En juillet 1973, Marc Dutroux, âgé de seize ans et demi, entama sa carrière professionnelle.  Jusqu'en 1980, les employeurs se succédèrent et il fut licencié à plusieurs reprises en raison d'un absentéisme trop important.  Après 1980, à part un essai non concluant de quinze jours, en juin 1985, on ne lui connaîtra plus aucune activité professionnelle.

A 20 ans, il se maria et devint père a deux reprises.
Peu après, Dutroux devint "ferrailleur"; plus concrètement, il se mit à voler divers matériaux : bonbonnes de gaz, pièces de voitures, motos...
Au début des années 80, il se mit à fréquenter les patinoires de Charleroi, de Bruxelles, de Forest et de Woluwe-Saint-Lambert.
(N.B. : Les amis d'une jeune fille retrouvée assassinée dans les débris d'une ancienne champignonnière à Auderghem, près de Bruxelles, en février 1984, déclarèrent que celle-ci venait de faire la connaissance d'un certain « Marc de Charleroi », qui fréquentait la même patinoire qu'elle à Woluwé-St-Lambert.  Cet assassinat n'est pas encore élucidé à l'heure actuelle. Le crime de la champignonnière)
Il fréquenta aussi les patinoires de Montignies-sur-Sambre, Namur, Valenciennes, Tournai, Bruges, où il prit un malin plaisir à faire tomber des adolescentes pour pouvoir ensuite les toucher dans les régions intimes.

En 1983, à la patinoire de Forest, il rencontra Michelle Martin avec laquelle il vécut rapidement en concubinage.  Martin envisagea un ménage à trois, ce que refusa la légitime épouse.  Cette dernière partit avec ses deux enfants.
De son côté, le 2 juin 84, Michelle Martin donna naissance à un fils.
Toujours en 1983, Dutroux commit un vol de bijoux et d'argent chez une dame âgée qu'il tortura à l'aise d'une lame de rasoir.

Entre juin 1985 et février 1986, il entreprit, avec un complice et parfois avec Michelle Martin, une série de cinq enlèvements de mineures, qu'il kidnappa et séquestra dans sa maison de Marcinelle pour les violer et les filmer avant de les relâcher après un jour ou deux.
Il fit aussi des reconnaissances autour des piscines et des écoles, notant les heures et les endroits propices aux enlèvements.
Une des victimes portera plainte, permettant l'arrestation de Dutroux.
Emprisonné en 1986, il ne fut jugé avec son complice, Jean Van Peteghem, qu'en avril 1989.  Marc Dutroux fut condamné à 13 ans et 6 mois d'emprisonnement, Van Peteghem à 6 ans et 6 mois d'emprisonnement et Michelle Martin à 5 ans.

Prisonnier modèle, Dutroux obtint un congé pour aller soigner sa grand-mère malade et démente à Jemeppe-sur-Sambre.  En jouant au petit-fils aimant et dévoué, il reçut quelques congés non accompagnés.  Ayant purgé la moitié de sa peine, il demanda sa libération conditionnelle.
Michelle Martin fut libérée en 1991. Dutroux obtint sa liberté conditionnelle en avril 1992.  Il acheta alors plusieurs taudis dans la région de Charleroi : Marchienne-au-Pont, Marchienne-Docherie, Sars-la-Buissière.
Ses sources de revenus déclarées étaient des allocations d'invalidité, obtenues dès sa sortie de prison, pour dépression nerveuse.

Avec un complice, Dutroux organisa une fraude à l'assurance incendie : sa maison de Marchienne brûla.  Ce jour-là, Dutroux se trouvait sur la côte Belge, avec Michelle Martin.
Toujours avec l'aide d'un complice, Dutroux construisit des caches dans ses multiples propriétés, dans un premier temps pour y cacher les produits de ses vols.
A la même époque, Claude Thirault, qui louait une petite maison à Dutroux et avait commis quelques vols avec celui-ci, avertit les gendarmes de Charleroi en précisant que Dutroux « aménageait ses caves pour y loger des enfants avant de les envoyer à l'étranger ».
En 1993, Dutroux proposa même à Thirault d'enlever deux fillettes lors d'une fête de village, lui promettant 150 000 francs belges (3720 €) par fille.  Thirault refusa.

Michelle Martin donna naissance à d'autres enfants : Andy, né le 24 septembre 1993, et Céline, née le 24 novembre 1994. 
De son côté, Dutroux noua de nouvelles relations, avec Michel Lelièvre et Michel Nihoul, tous deux appelés à jouer un rôle majeur dans les faits à venir.

Les jeunes filles slovaques



    Libéré en 1992, Dutroux chercha rapidement à enlever des enfants. 
Dans un premier temps, il s'attaqua à de jeunes Slovaques après les avoir endormies au Rohypnol.  Michelle Martin fut encore sa complice.

    La première victime fut violée en 1994; elle ne sera identifiée par les enquêteurs que des années plus tard.  Il s'agissait d'une Slovaque de 18 ans venue passer des vacances à Sars-la-Buissière.  Préalablement, au cours d'un séjour en Slovaquie, Dutroux et Martin avaient fait la connaissance de jeunes filles et avaient accepté de recevoir certaines chez eux.
Dutroux avoua le viol aux enquêteurs : "Ma femme était allée faire des courses. J'ai mis du Rohypnol dans ses tartines. Elle est donc montée se coucher et elle s'est endormie après une heure environ.  Je l'ai déshabillée et j'ai filmé ce que j'ai fait.  J'ai arrêté parce qu'il me semblait qu'elle allait se réveiller.  Après le film qui a duré environ un quart d'heure, je l'ai habillé et je l'ai remise dans son lit.  Elle ne se souvenait de rien."

Deux ans plus tard, en juillet 1996, la jeune Slovaque revint à Sars-la-Buissière en compagnie de sa jeune soeur.  Dutroux récidiva, cette fois en compagnie de Michelle Martin.  Lors de son interrogatoire, cette dernière reconnaîtra : "Le lendemain de leur arrivée, alors que nous nous préparions à prendre une tasse de café, Marc m'a obligée à verser des gouttes de Haldol dans le café destiné aux deux jeunes filles.  Elles sont devenues somnolentes.  En début de soirée, Marc m'a demandé de mettre dans une crème au chocolat que j'avais dû préparer des somnifères.  J'ai refusé.  J'ai alors vu Marc y mettre lui-même les comprimés écrasés dans les raviers destinés aux jeunes filles.  À partir du moment où elles avaient pris du Haldol, les deux jeunes filles se sentaient un peu dans les nuages.  Elles se sentaient fatiguées, s'endormaient et nous faisaient comprendre qu'elles voulaient aller dormir.  Marc m'a ensuite obligée à quitter la maison. Je suis partie chez ma mère à Waterloo."
Marc Dutroux avoua le viol de la plus jeune des deux Slovaques : "Elles dormaient à deux dans le même lit.  Je l'ai prise dans mes bras et je l'ai conduite dans mon lit.  J'ai installé la caméra, je me suis filmé ainsi qu'elle-même.  Elle ne s'est souvenue de rien le lendemain.  Avec le Rohypnol, c'est toujours ainsi, il y a des blancs dans la mémoire."

En 1995, peu avant l'enlèvement de Julie et Melissa, Dutroux se mit en chasse de "jeunottes" et tenta d'entraîner des marginaux dans ses coups.
Olivier P., un toxicomane de Marcinelle, raconta à la PJ d'Arlon : "Il est exact que Dutroux m'a proposé de ramener des enfants chez lui et de participer avec lui à des enlèvements d'enfants qu'il ramènerait chez lui et qu'il vendrait.  J'ai toujours refusé pareille offre.  Il me disait qu'elles ne devaient pas avoir au-dessus de 16 ans.  Dutroux m'a dit qu'il revendait les filles... et qu'elles partaient.  Je lui ai demandé où elles partaient, mais il m'a répondu que cela ne me regardait pas.  Il m'a dit que si j'enlevais une fille pour lui, je recevrais 20.000 francs.  Dutroux me tenait par la drogue.  En juin 1995, il m'a demandé d'aller en repérage à Marcinelle.  Il voulait que je lui ramène des filles de moins de 16 ans. Je lui ai ensuite expliqué que je n'avais rien trouvé.  En fait, je lui ai menti, car je n'avais procédé à aucun repérage dans le quartier.  Au vu de mon échec, Dutroux m'a proposé de m'accompagner. Nous sommes alors partis ensemble à bord de sa CX grise à Gosselies.  On est allés faire un tour dans le quartier, d'abord en voiture et ensuite à pied. C'était au moment d'une foire foraine.  Il a surtout regardé les jeunes filles en disant qu'il voulait les prendre.  Nous n'avons rien trouvé.  Nous sommes ensuite partis vers Nivelles.  Nous sommes entrés dans le bâtiment où se trouvait la piscine.  Il m'a dit que c'était trop risqué.  Il y avait des gens dans la piscine mais personne ne correspondait aux souhaits de Dutroux.  Nous sommes ensuite partis vers Hofstade, près de Malines, où ma mère possédait un chalet dans un camping.  Il m'a demandé de me rendre dans le café de ce camping pour voir s'il y avait des filles.  Je me souviens que ce jour-là, il y avait des filles d'environ huit ans qui entraient et sortaient de cet établissement.  Dutroux m'a alors dit d'enlever une des gamines en m'en désignant une.  Je pense qu'il s'agissait d'une gamine mince avec des cheveux bruns.  J'ai refusé de faire ce que Dutroux me demandait et il m'a alors traité de couillon."
Ces faits seront dénoncés à la gendarmerie de Charleroi.  Aucune suite n'y sera réservée.

    Lors d'un séjour en Slovaquie, le 4 juin 1995, Dutroux attaqua une jeune femme à la sortie d'une discothèque.  A moitié étranglée, elle fut violée par Dutroux qui filma la scène.  En 1999, les gendarmes visionneront cette cassette.  Dutroux affirmera que la jeune fille était consentante et qu'il lui aurait payé 1.000 couronnes slovaques.

Le rôle de Bernard Weinstein



    Truand français, Bernard Weinstein s'établit à Charleroi en 1989.  Deux ans plus tard, il s'installa dans un chalet en bois sis rue Daubresse à Jumet.
Dans la région de Charleroi, Weinstein se lia d'amitié avec des ferrailleurs et des voleurs de voitures.  Ainsi, il fit la connaissance de Dutroux en 1994.  Avec Weinstein, Dutroux commit des vols sur chantiers dans les années 94-95.
Voleur impénitent, Weinstein "doubla" Dutroux en lui volant un camion le 29 mars 1994.  Dutroux déposera plainte pour ces faits et Weinstein sera convoqué devant le tribunal correctionnel de Charleroi le 22 mars 1996.  Il ne s'y présentera jamais, liquidé par Dutroux en novembre précédent !

    Le 26 octobre 1995, Dutroux s'alloua encore les services de Weinstein pour monter une escroquerie à l'assurance en déclarant un faux accident de la circulation.  Le but était de permettre à Dutroux de réparer l'avant abîmé de sa voiture.
Durant le week end du 23 au 25 novembre 1985, Weinstein vola, avec Pierre Rochow et Philippe Divers, un camion de marque Iveco à Wauthier-Braine.  Ce camion fut utilisé pour dérober deux bobines de câbles téléphoniques dont le trio espérait récupérer les fils de cuivre et les revendre à une fonderie.
Le butin prit la direction d'un hangar de la région de Charleroi.  Le hangar appartenait à un certain Gérard Pinon, qui le louait à Michelle Martin, laquelle le sous-louait à Weinstein.
Dutroux fit irruption dans le hangar, surprenant le trio, et se fit menaçant au point de se voir abandonner une bobine.  Puis, apprenant que le camion volé avait été abandonné à Marchienne-au-Pont, Dutroux exigea de Weinstein qu'il aille le chercher, espérant en tirer 500 000 francs belges en le revendant par pièces.  Le camion fut caché dans le hangar mais avec difficulté; pour pouvoir le faire entrer dans le bâtiment, les voleurs furent contraints de dégonfler les pneus du véhicule.

    Fin décembre, l'embrouille de Dutroux capota du fait du propriétaire du hangar, Gérard Pinon.
Indicateur de la police, Pinon vit l'occasion d'empocher une prime promise par la compagnie d'assurance en permettant la récupération du véhicule.  Pinon contacta l'inspecteur de la PJ Georges Zicot.  Pour que Pinon puisse toucher une partie de la récompense promise par l'assurance, il était obligatoire que le camion ne soit pas découvert dans son hangar.  Zicot et Pinon entreprirent alors d'évacuer le camion jusqu'à Ransart où il sera découvert "par hasard" par Zicot, ce qui permettra la rénumération de l'informateur.  Toutefois, les pneus de camion ne furent pas dégonflés pour évacuer le véhicule et, au passage, ce dernier arracha le linteau de la porte du hangar.

    Jouant son rôle, Pinon prévint Weinstein qui alerta Dutroux.  Ce dernier soupçonna rapidement Rochow et Divers d'être les auteurs du vol.  Le 4 novembre 1985, Divers et Rochow furent convoqués par Weintein à la rue Daubresse et sommés de s'expliquer.  A peine entrés, les deux jeunes gens furent mis en présence de Dutroux qui exhiba un pistolet pourvu d'un silencieux.  Le deux hommes furent contraints de se laisser ligoter et d'avaler du Rohypnol, une drogue que Dutroux se faisait prescrire abondamment depuis 1992 par le vieux psychiatre chargé d'assurer le suivi de sa libération conditionnelle.
Puis Dutroux et Weinstein filèrent jusqu'à Waterloo, chez l'amie de Rochow, qu'il ramenèrent sous un prétexte fallacieux avant de la droguer.  Leurs trois victimes endormies, Dutroux et Weinstein retournèrent au domicile de Rochow  et y dérobèrent une radio, des CD, un jeu Sega ainsi que les deux voitures des victimes.
Mais, dans l'intervalle, l'amie de Rochow s'était réveillée et avait réussi à prendre la fuite pour appeler la police qui, dans les minutes suivantes, libéra Rochow et Divers.
Interrogés, les deux hommes dénoncèrent Weinstein et "son copain Marc" comme étant les auteurs de leur séquestration.  Conscient de l'imminence de son identification et de son arrestation, Dutroux contacta Rochow et Divers, restitua les véhicules et leur proposa de l'argent afin d'influencer leurs témoignages; la rencontre fut filmée par Michelle Martin.  Quant à Weinstein, Dutroux le considéra dès lors comme un risque à éliminer.
De son côté, Weinstein pensait se réfugier en France.  Hypocritement, Dutroux proposa son aide et emmena Weinstein chez une connaissance, Michel Nihoul, afin de lui faire obtenir un faux passeport.  Le 8 novembre 1995, Weinstein retira 698 734 francs belges de ses comptes épargne.  Le 13 novembre à 12h00, il résilia son abonnement de GSM; à 19h59, la carte de Dutroux fut introduite dans le GSM de Weinstein.  Le même jour, convié par Dutroux à un verre de l'adieu, Weinstein tomba dans un traquenard : drogué par de la nourriture contenant du Rohypnol et des boissons contenant de l'Haldol, Weintein fut entravé et séquestré plusieurs jours.  Usant de la torture, Dutroux parvint à faire avouer par Weinstein l'endroit où ce dernier avait caché ses économies.  Dutroux fit main basse sur l'argent et enterra vivant Weinstein, toujours drogué, dans sa propriété de Sart-la-Buissière.
Les enquêteurs s'intéressèrent à la situation financière de Dutroux avant et après l'assassinat de Weinstein et notèrent d'étranges coincidences : le 24 novembre 1985, Dutroux acheta pour 550 000 francs la grue qui lui servira à creuser les fosses mortuaires à Sars-la-Buissière, puis, le 25 novembre, il acheta pour 150 000 francs une camionnette qui lui servira à commettre ses futurs enlèvements...  La somme des acquisitions de Dutroux correspond, à 1 626 francs belges près (40 euros), à l'argent retiré de ses comptes bancaires par Weinstein.

    Michelle Martin ne fut pas inquiétée par la Justice pour sa participation aux actes préparatoires de l'assassinat de Weinstein.  En servant à Dutroux la nourriture droguée, elle ne pouvait pas ignorer que se préparait la séquestration, tout comme elle ne pouvait ignorer que son terrain de Sars-la-Buissière avait servi de lieu d'inhumation pour Weinstein...
Le 6 décembre 1995, Dutroux fut arrêté pour le vol et la séquestration des trois jeunes gens à Jumet.  Il restera 104 jours en détention préventive avant d'être libéré, le 20 mars 1996.
Weinstein


Julie et Melissa



    Mais, dans le même temps, outre ses magouilles financières et la liquidation de Weinstein, Dutroux avait été repris par ses démons.
Plusieurs de ses connaissances témoigneront de son état d'esprit, comme Jean-Pierre L. : Je me souviens qu'un jour, deux jeunes filles de 18-19 ans sont passées non loin de nous et je lui ai dit quelque chose du genre « Pas mal, hein ».  Dutroux a alors répondu : « Pas mal mais je préfère plus jeune ».  A ma question de savoir ce qu'il entendait par « plus jeune », il m'avait répondu : « huit ou neuf ans ».  Je me souviens lui avoir répondu en wallon : « Ça n'va nin dins t'tiesse ! » (Ça ne va pas dans ta tête)."
Un ex-codétenu Patrice C. déclara : "Marc Dutroux m'a proposé d'aller enlever une fille avec lui.  Dutroux m'a dit : « La prochaine fois, je la garderai pour la voir pousser. »"
A Michelle Martin, aussi, Dutroux expliqua ses intentions : "En 1994, Marc Dutroux m'a progressivement fait part de son envie de recommencer à enlever des jeunes filles.  Dutroux exprimait le fait qu'il avait des pulsions pour les filles, qu'il avait besoin d'aventures, qu'il ne voulait pas passer sa vie dans un cercle familial habituel.  Il s'est avancé vers moi et me faisant face, à l'aide d'une seule main, la main droite, me semble-t-il, il m'a serrée au niveau de la gorge. Il m'a alors dit que c'était pour me montrer comment il fallait s'y prendre pour maîtriser quelqu'un.  Il m'a serrée tellement fort que j'en ai eu la respiration affaiblie. J'ai même eu mal.".

    Le samedi 24 juin 1995, disparurent, à Grâce-Hollogne, Julie Lejeune et son amie, Mélissa Russo, toutes deux âgées de huit ans.
L'enquête démarra lentement.  Les parents des disparues furent stupéfaits d'apprendre que le juge en charge du dossier partait en vacances début juillet.  Le dossier «Julie et Mélissa» passa au final entre les mains de cinq magistrats différents.
Le dimanche 2 juillet, les gendarmes de Grâce-Hollogne obtinrent le témoignage d'une septuagénaire : "Une voiture qui circulait dans la même direction s'est arrêtée à leur hauteur.  Le conducteur - un homme de taille moyenne, ni jeune ni vieux, avec une bonne touffe de cheveux foncés ou noirs - est sorti du véhicule de teinte foncée ressemblant à la Toyota Starlet de ma fille et a fait monter les fillettes à l'arrière gauche.  La scène s'est déroulée sans aucune violence.  La voiture a alors redémarré normalement vers la rue du Crotteux."  Les enquêteurs tentèrent d'obtenir des renseignements sur le véhicule mais la vieille dame fut incapable d'apporter des précisions : lorsqu'on lui présenta des photos de voitures, elle s'arrêta sur une Peugeot 205, sans plus de conviction.
Il n'y a que deux certitudes dans cette affaire : Julie et Mélissa furent enlevées à Grâce-Hollogne le 24 juin 1995; leurs corps sans vie furent retrouvés le 17 août 1996 à Sars-la-Buissière, dans une propriété de Marc Dutroux.
Mais qui a enlevé Julie et Mélissa ?  Avec quel véhicule ?  Qu'est-il ensuite arrivé aux fillettes ?  Combien de temps ont-elles séjourné dans la sinistre maison de Marcinelle ?  Quand sont-elles mortes ?  Quand ont-elles été enterrées ?  Ces questions demeurèrent sans réponses précises.
Au cours de ses auditions successives, Marc Dutroux rejeta la responsabilité de l'enlèvement sur Bernard Weinstein, qui ne pouvait plus se défendre car assassiné, fin novembre 1995, par Dutroux lui-même : «J'ai découvert Weinstein chez moi, à Marcinelle.  Il était avec les deux filles Julie et Mélissa.  Elles étaient dans un état normal.  Elles étaient assises dans un fauteuil.  Elles ne pleuraient pas.  Il ne m'a pas semblé qu'elles étaient sous l'influence de médicaments.»
Michelle Martin ajouta : «Je n'ai pas cru aux révélations de Marc.  Il m'a invitée à l'accompagner à Marcinelle pour me rendre compte.  Weinstein se trouvait en bas.  Je suis montée devant Dutroux qui me suivait.  Arrivée au palier, j'ai alors aperçu deux paires de chaussures au pied de la porte de la chambre arrière.  Je me souviens d'une paire de baskets de couleur colorée.  Marc m'a alors demandé si je voulais les voir.  J'ai refusé car j'étais bouleversée.»
Julie et Mélissa furent bien séquestrées dans la maison de Marcinelle.  Jean-Denis Lejeune a reconnu l'écriture de sa fille qui avait inscrit «Julie» sur le mur de la cache.  Mais combien de temps ? Sont-elles toujours restées sur place ?  Ont-elles été en contact avec d'autres personnes que Dutroux et Weinstein ? Autant de questions, autant de mystères.

Dutroux donna des précisions sur la captivité des enfants et expliqua le scénario machiavélique qu'il avait mis au point pour convaincre les fillettes à séjourner dans la cache : «Lorsque j'étais présent à la maison, la porte restait ouverte et elles pouvaient s'y rendre en cas d'urgence, de leur propre gré».  Dutroux inventa une histoire présentant les voisins comme des membres d'une bande pouvant leur nuire et changea les prénoms des deux enfants : «Ce système de rupture fonctionnait bien après un mois.  Elles appliquaient toutes les consignes données et la confiance absolue régnait entre nous.».

En recevant une convocation, pour le 6 décembre 1995, à la police de Charleroi, en rapport avec la séquestration de Rochow et de Divers à Jumet, Marc Dutroux pressentit qu'il risquait à nouveau d'être envoyé en prison. Il aurait demandé à Michelle Martin de s'occuper des deux fillettes durant son absence et lui montra le fonctionnement de la porte de la cache.  Dutroux affirma qu'il a laissé de la nourriture et des boissons pour deux mois à disposition des deux fillettes. "Rien n'autorise à croire que cette affirmation soit exacte", indiqua un nutritionniste chargé de cet aspect du dossier : "Malheureusement, aucune information précise n'existe quant à la réelle quantité d'eau et de vivres laissés aux deux enfants".
Durant l'incarcération de son mari, Michelle Martin se rendit une première fois à Marcinelle, entre le 15 et le 19 janvier 1996, pour porter deux sacs de nourriture, deux jerrycans ainsi que 6 ou 12 bouteilles d'eau aux petites.  Cinq semaines plus tard, entre le 7 et le 15 février 1996, Martin se rendit une nouvelle fois à Marcinelle avec l'intention de porter des victuailles à Julie et Mélissa mais elle n'aurait pas pu aller au-delà du rez-de-chaussée - elle n'a pas osé, dira-t'elle... En revanche, elle ira deux fois par semaine nourrir les deux bergers allemands de la famille Dutroux, amenés le 20 janvier à Marcinelle.

Combien de temps a duré le calvaire de Julie et de Mélissa ?  Ont-elles pu survivre trois mois et demi dans un trou humide et insalubre ?  Dutroux affirma qu'à sa sortie de prison, les fillettes étaient en vie, «mais dans un très piteux état».  Selon ses dires, Julie serait morte dans les heures qui ont suivi son retour; Mélissa trois ou quatre jours plus tard.  Les rapports d'autopsie, d'expertise médico-légale et nutritionnelle ne permirent pas de dater sûrement le décès des enfants : "Il n'est pas impossible que les enfants aient été toujours vivantes le 20 mars 1996, mais elles étaient dans un état de dénutrition extrême et de déshydratation terminale".  L'horreur absolue.
La maison de Marcinelle


Poursuites de l'enquête et autres disparitions



    Le 22 août 1995, préalablement à l'arrestation de Dutroux, An Marchal (17 ans) et Eefje Lambrecks (19ans) disparurent après avoir assisté à un spectacle a Blankenberge.
Elles aussi furent séquestrées à Marcinelle avant d'être dirigées vers la propriété de Weinstein, rue Daubresse à Jumet.  C'est là que leurs corps seront retrouvés, le 3 septembre 1996.
Dutroux a toujours nié toute implication dans le décès des deux jeunes filles, qu'il aurait enlevées avec Michel Lelièvre . Selon lui, il les aurait tout d'abord séquestrées à Marcinelle, avant de les «donner» à Weinstein.  Cependant, c'est Dutroux qui indiquera l'endroit où les deux corps avaient été enterrés.
Les rapports d'autopsie des deux jeunes filles furent terribles :
  • un emballage de Rohypnol fut retrouvé au niveau du pharynx d'An, ce qui laisse supposer qu'elle n'était pas décédée au moment de son inhumation.  Les légistes constatèrent d'emblée que la jeune fille avait été bâillonnée, «avec une bande collante grise, de 5 centimètres de largeur.»  Les mains d'An étaient liées et elle ne pesait plus que 30 kilos pour une taille d'1 mètre 60.  Les examens pratiqués par les docteurs Jean-Pol Beauthier et Bernadette Eugène-Dahin ne laissèrent planer aucun doute : An a été violentée à plusieurs reprises.  Les médecins ne pourront se prononcer sur le moment du décès.  Motifs avancés: «l'enfouissement du corps dans un sol charbonneux très dense, et son recouvrement par divers matériaux, de béton, notamment.»
  • les mêmes médecins procédèrent à l'autopsie du corps d'Eefje Lambrecks, à l'Hôpital civil de Charleroi.  Au moment de son exhumation, le corps d'Eefje ne pesait plus que 30 kilos pour une taille d'1 m 70.  Le rapport d'autopsie fut tout aussi accablant : «Il est logique de penser que le décès puisse être attribuable à la privation complète d'aliments au cours de la séquestration que cette victime a dû logiquement subir.  Il est impossible de préciser les circonstances et les causes du décès d'Eefje Lambrecks, compte tenu de l'importante dégradation du cadavre.  Le poids estimé ne permet pas d'éliminer une mort par déshydratation.  Il est impossible d'éliminer formellement une intoxication.  Il n'est pas non plus permis d'éliminer une asphyxie.»  Pour les médecins légistes, il était clairement établi que la jeune fille avait été violentée à plusieurs reprises, «à une période que nous ne pouvons définir.»

    Le 20 mars 1996, Dutroux fut libéré de prison.  Le 28 mai suivant, Sabine Dardenne, douze ans, fut enlevée à Kain, près de Tournai.
Au procès de Dutroux, elle détaillera le déroulement des faits :
Elle expliqua qu'elle partait pour l'école, à vélo, quand une camionnette l'avait dépassée et qu'elle avait été happée à l'intérieur.
Sabine se rappela qu'elle a dû « respirer un mouchoir » et qu'elle était « un petit peu dans le gaz, ni bien claire, ni endormie. »
Arrivée à Marcinelle, « on » l'avait faite se déshabiller et on lui avait mis une chaîne autour du cou pour l'attacher au lit.
Le président :- « Quand vous dites "on", c'est les deux ? »
Sabine :- « Non, c'est lui. »
Le président :- « Dutroux ? »
Sabine  :- « Oui. »
Le président : « Vous êtes ensuite montée à l'étage.  Ou c'est lui qui vous a montée ? »
Sabine : « Je ne l'ai pas suivi volontiers, c'est clair.  De force, je ne me rappelle plus.  Vous savez, il m'a dit qu'il m'avait sauvé la vie.  Qu'un méchant chef en voulait à mon père, qui était gendarme avant, et qu'il voulait des sous.  Il m'a dit qu'il était mon ami et qu'il allait me protéger. »
Le président : « Il a commencé à vous embêter très vite ? »
Sabine : « Le premier jour. »
Le président : « Quand êtes-vous descendue dans la cache ? »
Sabine  : « Je ne sais plus exactement, mais je ne suis pas restée un mois en haut. Quelques jours ou.. »
Le président : « Où passait-il la nuit ? »
Sabine  : « Il passait la nuit là. »
Le président : « Dans un autre lit ? »
Sabine : « Non, ou alors il venait me chercher. »
Le président : « Il vous a dit pourquoi il vous cachait dans la cave ? »
Sabine : « C'était une super-cachette. Pour me protéger du chef.  Pour moi, j'étais contente, je me suis dit que là, on n'allait jamais venir me chercher. »
Le président : « La grille à l'intérieur de la cache, était-elle fermée ? »
Sabine : « Jamais fermée.  J'ai essayé une fois d'ouvrir la porte, je l'ai poussée et elle s'est ouverte un peu, ma tête passait mais pas le reste.  J'avais cassé la barre en oblique.  J'ai essayé de la remettre, mais je n'ai pas pu, une porte en béton de 200 kilos.  J'étais bien embêtée.  Quand il l'a découvert, je me suis fait traiter... »
Le président : « Elle fonctionnait encore après ? »
Sabine : « Après, elle marchait bien, il l'a réparée. »
Le président : « Vous avez failli être punie parce que vous aviez désobéi à votre protecteur... »
Sabine : « Oui »
Le président : « Il a parlé d'une rançon ? »
Sabine : « Je ne sais plus combien, un ou trois millions...  Il disait : "tes parents ne veulent pas payer" ».
Question : « Y avait-il beaucoup de nourriture dans la cache ? »
Sabine : « Depuis le début, il y avait les mêmes boîtes de conserve.  Je ne les ai jamais mangées.  Une dizaine de boîtes.  Il y avait deux ou trois pains, que je ne mangeais pas non plus.  Il n'y avait qu'un tout petit espace libre, à terre, au pied du lit.  Il y avait le jerrycan d'eau qui prenait déjà beaucoup de place, le seau hygiénique, mon cartable, etc..Il n'y avait pas moyen de mettre trois tonnes de nourriture là-dedans...
Question : « Avez-vous entendu des communications téléphoniques ? »
Sabine : « Oui, j'en ai entendu plein. »
Question : « En rapport avec ce que vous viviez ? »
Sabine : « Je ne me souviens pas du contenu des conversations.  Peut-être qu'il parlait de moi, mais je ne sais pas.  J'ai entendu plein de noms, mais je ne vais pas m'avancer... »
Me Jean-Philippe Rivière, l'avocat de Sabine, lui demanda à quoi elle passait ses journées.
Sabine : « A l'étage, je faisais le ménage. J'étais la boniche ! »
Me Rivière : « Avez-vous regardé la télévision avec Dutroux ? »
Sabine : « Oui, quand j'en avais le droit.  Ce n'était pas souvent.  C'était à deux ou trois heures du matin.  Quand j'avais fait plaisir à monsieur, j'avais le droit de regarder la télé.  C'était Intervilles, ou le Château des Oliviers, à cette époque.  Je n'aimais pas.  Bien sûr, il veillait à ce que je ne voie jamais de journal télé, au cas où on aurait parlé de moi. »
Me Rivière : « Vous avez dû regarder d'autres types d'émissions ? »
Sabine : « Canal +, oui, en brouillé, les films pornographiques.  Je devais m'efforcer de regarder entre les lignes, disait-il.  Je n'en avais pas envie.  Ca ne m'intéressait pas parce que j'avais déjà ça en "live" ».

La chute pour Dutroux survint en conséquence de l'enlèvement de Laeticia Delhez, 14 ans, à Bertrix, le 9 août 1996.
Elle aussi fut abordée par les occupants de la camionnette de Dutroux : "L'homme dans la camionnette m'a interpellée pour savoir ce qui allait se passer sur la grand-place.  Un autre est arrivé derrière moi.  Il m'a prise à la gorge, m'a soulevée et m'a poussé dans la camionnette.  Il m'ont fait boire des gouttes puis m'ont donné des pilules.  Je me suis endormie assez rapidement."
Quelques heures plus tard, les forces de l'ordre étaient présentes en nombre sur place.  Le procureur du Roi, Michel Bourlet, mit le dossier à l'instruction chez le juge Langlois.
L'enquête de voisinage donna des résultats : un jeune homme de 23 ans avait remarqué une camionnette Renault Trafic pétaradante sur les lieux de l'enlèvement.  Par manie, il avait mémorisé une partie de la plaque d'immatriculation FRR et les chiffres 69, 62 ou 67.
Un véhicule fut mis en rapport par l'ordinateur de la Direction de l'immatriculation automobile : FRR672, véhicule appartenant à Dutroux Marc, domicilié à Marcinelle, 128 avenue de Philippeville, en liberté conditionnelle depuis avril 1992, condamné en 1989 à treize ans et six mois de prison pour viols de mineures, agressions et rapts...

    Le juge Langlois partit en vacances le 11 août, passant le dossier au juge Jean-Marc Connerotte.  Ce dernier ordonna la mise sous surveillance des cinq maisons de Dutroux.
Le 13 août 1996, les enquêteurs investirent la maison de Sars-la-Buissière et y arrêtèrent Dutroux et Martin.  Puis ils gagnèrent Marchienne-Docherie où, selon l'informateur Thirault, Dutroux aménageait une cache dans la cave de sa maison afin d'y enfermer des filles; Lelièvre, occupant des lieux et homme à tout faire de Dutroux, fut arrêté.
Puis, ce fut une descente à la maison de Marcinelle où, malgré plusieurs heures de fouille, rien de suspect ne fut découvert.
Emmenés à la gendarmerie de Charleroi, Dutroux, Martin et Lelièvre nièrent tout.  Après plusieurs heures d'audition, Dutroux admit être allé à Bertrix et avoir fait monté Laeticia dans sa camionnette mais ensuite l'avoir déposée. 
Le 15 août, Lelièvre, en manque de drogue, avoua l'enlèvement de Laeticia.  De son côté, Dutroux s'obstina; le chef d'enquête, Michel Demoulin, expliqua : "Notre seul but était de retrouver Laeticia vivante.  Nous avons essayé de convaincre Dutroux.  On travaillait sur le remords, sur le regret.  Ca n'accrochait pas.  Puis, on a trouvé son point faible : la vanité.  Nous lui avons dit que nous ne pouvions rien faire sans lui.  Il m'a tapé dans la main en disant "Ce n'est pas une fille que je vais vous donner, mais deux".  Dutroux fixait au mur une photo de Sabine Dardenne, la disparue de Kain.  Il nous a dit "Oui, elle est avec !".  C'était comme s'il nous faisait un cadeau."
Dans un autre local, ignorante des aveux de Dutroux et de Lelièvre, Martin continuait à nier, prétendant ne rien savoir et n'avoir rien fait.  Se posant en victime, elle raconta sa vie difficile et violente avec Dutroux.

    Ramené en sa maison de Marcinelle par les enquêteurs, Dutroux descendit à la cave, enleva les plateaux d'une étagère, puis fit coulisser un pan de mur qui dévoila une ancienne citerne; : les enquêteurs y découvrèrent Laeticia Delhez et Sabine Dardenne dont le cauchemar prit fin.

    Repéré par les multiples coups de fil passés chez Dutroux lors de l'enlèvement de Laeticia, ainsi que par la fourniture à Lelièvre de pilules d'ecstacy, Michel Nihoul, un homme d'affaires déjà connu de la justice, fut arrêté le 16 août.
Ce même jour, apprenant avoir été dénoncé par Dutroux pour l'enlèvement de Sabine, Lelièvre impliqua Dutroux dans l'enlèvement d'An et Eefje le 23 août 1995.  En conséquence de quoi, Dutroux impliqua Lelièvre dans l'enlèvement de Julie et Melissa, le 24 juin 1995.  Il se dit également d'accord pour indiquer l'endroit où reposait les corps.

    Le 17 août 1996, une excavatrice mit au jour les restes de Julie et Melissa, ligotées dans des sacs-poubelle, dans la propriété de Sars-la-Buissière.  A leurs côtés, on trouva aussi le cadavre de Bernard Weinstein, complice liquidé par Dutroux.
Le 3 septembre, ce furent les restes d'An et Eefje qui furent découverts à Jumet, dans l'ancienne propriété de Weinstein.

L'expertise psychologique



    L'expertise conclut que Marc Dutroux, au moment des faits, ne se trouvait ni dans un état de démence, ni dans un état grave de déséquilibre mental ou de débilité mentale le rendant incapable du contrôle de ses actes.
Les experts furent frappés par la propension de Marc Dutroux à décrire sa jeunesse en termes de rejets et de manipulations malveillantes ou perverses à son égard.  Il rapporta une série de mauvais traitements reçus de sa mère.
A l'opposé, Marc Dutroux insista sur son propre courage, son imagination, sa volonté, son altruisme voire sa philanthropie à l'égard des plus faibles.  Hormis l'élimination de Bernard Weinstein, il éluda tous les autres délits et ne dit pas un mot des faits de 1985 ayant conduit à sa première grave condamnation, suggérant simplement qu'il n'était pas coupable des faits qui lui étaient reprochés.

    Marc Dutroux dispose manifestement d'une intelligence efficace (Q.I. de 120), s'exprime facilement et démontre qu'il raisonne et s'intéresse à beaucoup de choses.  Son attention est aiguë et sa mémoire importante, mais sélective.  Elle est d'autant plus fine quand il s'agit de mettre en évidence les détails le désignant comme une malheureuse victime d'une méchante société.

    Les experts ne pensent pas que, malgré l'âge des victimes enlevées, Marc Dutroux appartienne à la catégorie des pédophiles.
A aucun moment, l'âge des victimes n'a semblé jouer pour lui un rôle particulier, si ce n'est par la plus grande facilité à les kidnapper, les manipuler et les séquestrer.

    Chez lui, les règles sociales sont parfaitement connues, mais elles sont refusées comme autant de contraintes inacceptables, ou utilisées, mais alors à son profit.  Les experts estiment que Marc Dutroux manipule tout le monde, eux-mêmes y compris.

    En résumé, pour les psychiatres, Marc Dutroux est un psychopathe redoutable, déterminé, cruel et manipulateur.

La marche blanche



    La découverte des corps et les révélations successives de l'affaire choquèrent énormément la population belge.  Rapidement, l'affaire prit une dimension internationale.
Bientôt, des rumeurs firent état de l'existence de réseaux pédophiles protégés par des personnes placées au plus haut niveau de l'Etat.  La Belgique fut divisée plus que jamais en deux parties, celles des non croyants qui estimaient que Dutroux était un prédateur isolé, et celle des croyants, pour qui Dutroux n'était que la partie immergée d'un iceberg.  La presse belge dans une large majorité fit partie du camp des non-croyants alors que, curieusement, la presse étrangère pencha plutôt pour la thèse du réseau ramifié et complexe.  La théorie du prédateur isolé fut celle de la magistrature, des forces de police et de bon nombre d'intellectuels.  Quant au milieu politique, il fut loin d'être unanime et une partie de la classe politique belge ne rejeta pas l''hypothèse selon laquelle les réseaux pédophiles existaient bel et bien.  Quant aux citoyens, dans leur large majorité, ils s'identifièrent aux parents des petites victimes et virent dans l'affaire Dutroux une sinistre conspiration du silence visant à éluder les responsabilités de tous les auteurs des faits mais aussi les responsabilités des acteurs de l'Etat (enquêteurs, magistrats, experts etc.).

    Le 21 septembre 1996, une association oeuvrant pour la recherche d'enfants disparus organisa un repas dont les bénéfices devaient être affectés aux frais de défense en justice de Sabine et Laeticia.  Le procureur Bourlet et le juge Connerotte y furent conviés.
Le lendemain, les avocats de Dutroux et Nihoul, introduisirent devant la Cour de cassation une action en dessaisissement du juge Connerotte.  Le 14 octobre, Connerotte fut dessaisi du dossier Dutroux, à la grande colère d'une population désormais certaine que tout était fait au sommet de l'Etat pour empêcher la manifestation de la vérité.

    Le 20 octobre, à l'appel des familles des victimes, plus de 300 000 Belges, peut être jusqu'à 600 000, défilèrent à Bruxelles, dans le cadre de la "marche blanche" qui visait tant à honorer la mémoire des victimes que de protester contre le déroulement de l'affaire.
La Marche Blanche


Les errances de l'enquête



    Cinq jours après la marche blanche, une commission parlementaire s'attela à comprendre l'affaire Dutroux.  Les séances de cette commission furent retransmises en direct à la télévision, ce qui permit à la population de prendre conscience de l'importance du fiasco de l'enquête.

    On y apprit d'abord que Dutroux avait été libéré conditionnellement le 8 avril 1992 sur décision du ministre de la Justice Wathelet, contre l'avis du parquet général de Mons.
En 1993, les gendarmes de Charleroi étaient déjà au courant, par le biais d'un indicateur, que Marc Dutroux construisait des caches et avait pour projet d'enlever des enfants.
En juin 1995, quelques jours avant l'enlèvement de Julie et Melissa, un indicateur - proche de Dutroux - signala aux gendarmes que Marc Dutroux préparait "un gros coup".  Quelques jours après l'enlèvement de Julie et Melissa, l'informateur déclara aux gendarmes qu'il était à peu près certain que Dutroux était derrière les enlèvements et les gendarmes lui affirmèrent en retour, qu'ils étaient eux aussi certains à 99% de la culpabilité de Dutroux; des propos que ces mêmes gendarmes ne se souviendront plus avoir tenu lorsqu'on leur demandera des comptes sur leur façon de travailler.  Pire encore, selon l'indicateur, toutes les informations qu'il avait données à la gendarmerie sur Dutroux et ses caches ne se retrouvaient pas dans les procès-verbaux adressés aux magistrats puis à la commission d'enquête parlementaire.

Le 23 août 1995, Ann et Eefje Lambrecht furent enlevées dans le Nord du pays par Dutroux.  La gendarmerie, censée surveiller Dutroux de près, ne parvint pas à empêcher l'enlèvement des jeunes filles.
Fin août 1995, la gendarmerie de Charleroi décida de renforcer la surveillance de Dutroux en mettant en place le dispositif de l'opération Othello.  Le dispositif, assez léger, ne fonctionna que deux heures par jour, l'après-midi et consistait en la surveillance des allées et venues de Dutroux devant son domicile de Marcinelle, officiellement dans le cadre d'un trafic de véhicules volés, officieusement dans le cadre du volet "disparition Julie et Melissa".  Dans l'opération Othello, la libération des enfants semblait accessoire par rapport à la collecte d'informations.  Les magistrats et le parquet ne furent pas vraiment informés, les gendarmes gardant les renseignements pour eux.  Les juges d'instruction de Charleroi (volet voitures volés) et de Liège (volet enlèvement Julie et Melissa) ont affirmé lors la commission d'enquête ne jamais avoir été tenu au courant des réels motifs de l'opération Othello ainsi que de son suivi au jour le jour.

Début décembre 1995, suite à des maladresses commises par Dutroux et à des plaintes déposées par ses jeunes complices qui avaient réussi à échapper à une séquestration, la police communale, interférant sans le savoir dans le dossier Othello, arrêta Marc Dutroux.  Pendant son incarcération, les gendarmes firent une perquisition dans le cadre de l'instruction "voitures volées" dans la fameuse maison de Marcinelle.  Lors de son interrogatoire en commission, le gendarme responsable de la perquisition, Michaux,  admit que le but non avoué de ce devoir était de retrouver des indices sur l'existence de ces caches ou sur le passage éventuel des fillettes.  Mais il s'agissait d'un but occulte et la perquisition s'était effectuée sans moyens adéquats, sans chiens pisteurs, sans caméras infrarouges.  Le gendarme Michaux entendit même des chuchotements d'enfants pendant la fouille des lieux mais n'y prêta guère attention, ce dont il ne se remettra jamais.  La perquisition fut tellement bâclée que les cassettes vidéo qui furent saisies ne furent visionnées que 4 ans plus tard, en 1999, révélant leur contenu explosif : Dutroux occupé à construire l'une de ses caches, Dutroux en train de violer une jeune Slovaque en 1995... On avait pourtant là toutes les preuves pour inculper plus sérieusement Dutroux et le mettre sous pression.  Une partie des cassettes se perdra dans les dédales administratifs de la gendarmerie; une autre partie sera rendue à Dutroux.
Après la libération de Dutroux, la gendarmerie relâcha complètement son dispositif de surveillance; Othello fut officiellement abandonné le 25 janvier 1996.  Dutroux fut "oublié", comme s'il s'était amendé.  Le 28 mai 1996, Sabine Dardenne était pourtant enlevée, et le 9 août, Dutroux enlevait Laetitia Delhez devant la piscine de Bertrix.
   
    Les 17 et 18 décembre 1996, la commission interrogea les principaux responsables de l'enquête : la juge Doutrèwe accusa la gendarmerie de rétention d'information, l'adjudant Lesage contesta avec véhémence.

    Les débats dureront seize mois.  Le 14 avril 1997, la commission rendit son premier rapport.  Le 17 février 1998, un second rapport établit que Dutroux n'avait pas bénéficié de protection; la commission suggéra par ailleurs une réforme des polices : "En fonction des données dont elle dispose et sans préjudice des développements ultérieurs des enquêtes judiciaires, la commission n'a pas constaté d'indices que les mouvances criminelles en question aient bénéficié au sein des services de police, de la magistrature, de l'administration ou du monde politique de protections telles qu'elles puissent expliquer à elles seules les échecs, les retards, les anomalies dans les enquêtes.  La commission a donc été amenée à constater que les graves lacunes relevées trouvent surtout leur origine d'une part dans des manquements, des défaillances, des carences, des fautes professionnelles, tant personnelles que collectives, d'autre part dans des défauts structurels de conception et de fonctionnement de la politique criminelle et du système répressif en Belgique.  La commission estime toujours que le système judiciaire et policier, tant dans sa conception législative que dans son organisation par le pouvoir exécutif est profondément déficient.  La commission continue à croire que tout le système doit être profondément repensé et remanié, tant sur le plan humain que structurel, de haut en bas de l'échelle, et que les réformes doivent être poursuivies et menées à bien sans désemparer.  La commission regrette aussi que son travail ait été entravé par la volonté de certains de dissimuler des informations, de nier des évidences, de camoufler les réalités et ce dans le but évident d'esquiver leurs responsabilités."

    Le 23 avril 1998, lors d'un transfert au palais de justice, Marc Dutroux, qui n'était pas menotté, parvient à maîtriser un des policiers chargés de le garder, le délesta de son arme et s'échappa.  Dutroux fut arrêté quelques heures plus tard, dans une forêt, par un garde forestier.  L'incident, néanmoins, déclencha une vaste indignation publique et le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, le ministre de l'Intérieur, Johan Vande Lanotte, et le chef de la gendarmerie belge, le général Willy Deridder, furent contraints de démissionner.

    A la fin mai 1998, l'accord Octopus déclencha une vaste réforme des polices belges.  Suite aux dysfonctionnements constatés lors de l'affaire Dutroux, le gouvernement belge décida de dissoudre tous les corps de polices existants pour créer, le 7 décembre 1998, une police structurée en deux niveaux : la police fédérale, ayant une compétence nationale, et la police locale, dépendante du bourgmestre et ayant en charge l'une des 195 zones de police dites «locales».
La réforme rassembla donc en une même administration diverses entités chargées de l'ordre public, dont les principales étaient :
    la gendarmerie nationale belge, dépendant du ministre de l'intérieur
    les corps de police communale et de police rurale, dépendant des bourgmestres
    la police judiciaire belge
    la police des chemins de fer.
La cache dans la cave de Marcinelle


Le procès 



    Le procès Dutroux, qualifié de « procès du siècle » par la presse belge, débuta le 1er mars 2004 à Arlon.
Marc Dutroux eut à répondre :
    d'être à la tête d'une bande impliquée dans l'enlèvement et la séquestration de six jeunes filles dont cinq mineures ;
    d'être membre d'une association de malfaiteurs et d'avoir participé à un trafic de drogue ;
    d'avoir assassiné An Marchal, Eefje Lambrecks et Bernard Weinstein ;
    d'avoir enlevé Laetitia Delhez, Sabine Dardenne, An Marchal, Eefje Lambrecks, Julie Lejeune et Melissa Russo ;
    d'avoir séquestré Julie Lejeune, Melissa Russo, An Marchal, Eefje Lambrecks, Sabine Dardenne, Laetitia Delhez, Bernard Weinstein, Pierre Rochow, Philippe Divers, Bénédicte Jadot à Marcinelle-Charleroi dans une geôle mesurant 2,34 m de long et 99 cm de large, pour une hauteur de 1,64 m ;
    d'avoir commis un vol avec violence au préjudice de Philippe Divers et Pierre Rochow ;
    d'avoir violé trois jeunes Slovaques, Henrieta Palusova et les soeurs Manckova, ainsi que Laetitia Delhez, Sabine Dardenne, An Marchal, Eefje Lambrecks, Julie Lejeune et Melissa Russo.
Dutroux




    Michelle Martin eut à répondre :
  • de la séquestration de Julie et Mélissa (avec menaces de mort et tortures corporelles ayant entraîné la mort) ;
  • du viol de Yancka Manckova. (jeune fille slovaque) ;
  • de la séquestration d'An et Eefje, avec menaces de mort et tortures corporelles ayant entraîné la mort ;
  • de la séquestration de Sabine, avec menaces de mort et tortures corporelles ;
  • de la séquestration de Laetitia avec menaces de mort et tortures corporelles.
Martin




    Michel Lelièvre fut accusé :
  • d'être membre d'une association de malfaiteurs impliquée dans le trafic d'ecstasy et le trafic de faux documents et autres faux ;
  • de l'enlèvement d'An, Eefje et Sabine ;.
  • de trafic d'héroïne et haschich ;
  • de l'enlèvement de Laetitia ;
  • de trafic d'ecstasy ;
  • de la séquestration de Laetitia avec menaces de mort et tortures corporelles.
Lelièvre




    Michel Nihoul fut accusé :
  • de l'enlèvement de Laetitia ;
  • de trafic d'ecstasy ;
  • de la séquestration de Laetitia avec menaces de mort et tortures corporelles.
Nihoul




    Le procès ne permit pas d'éclairer certaines zones d'ombre de l'affaire tels que des cheveux non expertisés, des traces non identifiées relevées dans la cache de Marcinelle...

    Dutroux profita du procès pour émettre une nouvelle version des faits : il avait trouvé Julie et Melissa chez lui un soir, ignorant qui les avait enlevées.  Elles étaient destinées au réseau de Nihoul.  Dutroux admit avoir enlevé An et Eefje avec l'aide de deux gendarmes à la solde de Nihoul.  Toujours selon Dutroux, l'enlèvement de Laeticia Delhez, c'était pour répondre à une commande de Nihoul...  En résumé, Dutroux s'exonéra de toute responsabilité et se décrivit comme un sauveur d'enfants promis aux appétits sexuels de clients de Nihoul.

    Lors de sa comparution, le juge Langlois lava Nihoul de soupçons relatifs à l'enlèvement et à la séquestration de filles.

    Marc Dutroux fut reconnu coupable d'être le chef d'une association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements d'enfants et membre d'une association impliquée dans le trafic de drogue; de l'enlèvement de Julie Lejeune, Mélissa Russo, An Marchal, Eefje Lambrecks, Sabine Dardenne et Lætitia Delhez; de l'assassinat de Bernard Weinstein, An, Eefje, Julie et Mélissa ; de la séquestration de Philippe Divers, Pierre Rochow et Bénédicte Jadot ainsi que celle de Bernard Weinstein, Julie, Mélissa, An, Eefje, Sabine et Laetitia ; du viol des soeurs Manckova, de Henrieta Palusova, de Julie, Mélissa, An, Eefje, Sabine et Laetitia. Il a été condamné à la réclusion à perpétuité et à une peine de dix années de mise à la disposition du gouvernement, une peine permettant au gouvernement de le garder en prison en cas de libération conditionnelle.  Ses demandes de libération conditionnelle furent d'ailleurs à chaque fois refusée en raison de la dangerosité toujours reconnue du condamné.

    Michelle Martin fut reconnue coupable d'association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements et séquestrations d'enfants; de la séquestration de Laetitia, Sabine, An, Eefje, Mélissa et Julie avec la circonstance aggravante d'avoir entraîné la mort de ces deux dernières; du viol de Yancka Mackova.  Les psychiatres reconnurent en elle une femme fragile exposée à la décompensation de bouffées psychotiques.  Elle fut condamnée à trente années de réclusion et demanda sa liberté conditionnelle chaque année à partir de 2009 mais sans l'obtenir.  Elle fit à nouveau cette demande en mai 2011, demandant à se retirer dans un couvent en France; la demande fut acceptée par la Justice belge mais n'aboutit pas du fait d'un refus des autorités françaises qui n'avaient pas été consultées préalablement.  La décision de libération anticipée de Martin avait suscité l'indignation des victimes vivantes et des familles des victimes décédées; le couvent français disposé à l'accueillir était d'ailleurs revenu sur sa décision face au tollé général.
Le 31 juillet 2012, le tribunal d'application des peines de Mons accorda sa libération conditionnelle à l'ex-femme de Marc Dutroux, justifiant sa décision
  • par le faible risque de récidive (Le 26 avril 1989, Michelle Martin était condamnée par la Cour d'Appel de Mons à cinq ans de prison pour viols et séquestrations de jeunes filles et pourrait être considérée comme récidiviste vu les faits de 1996.  Or, en Belgique, les récidivistes doivent en principe attendre d'avoir purgé deux tiers de leur peine avant de pouvoir espérer une libération conditionnelle.  Mais, la seconde peine ayant été prononcée par une cour d'assises, alors que la première l'avait été via la Cour d'Appel, cette différence de juridiction empêcha techniquement la notion de récidive, même si la logique semblait l'indiquer),
  • par l'attitude respectueuse de Michelle Martin vis-à-vis des familles des victimes (Jean-Denis Lejeune souligna à ce propos, l'absence d'excuses et d'indemnisation de la part de Martin),
  • sur les rapports psychosociaux positifs qui furent été rédigés par les différents services concernés.
Les conditions de libération imposés à Martin furent l'obligation de ne pas commettre d'infraction, d'habiter à une adresse fixe connue, de poursuivre les indemnités, l'interdiction d'entrer en contact avec les victimes et de résider en province de Luxembourg ou de Liège), l'interdiction de tout contact avec les médias, l'obligation de suivre un accompagnement psychologique.
En contre-partie de ces conditions, l'ex-épouse de Marc Dutroux fut autorisée à résider au monastère des Clarisses, à Malonne.
Jean-Denis Lejeune, père de la petite Julie, s'exprima au sujet de cette libération conditionnelle : "On n'a pas le choix. Les avocats n'ont fait qu'utiliser le système judiciaire belge en place pour le moment. Il n'y a rien d'illégal. C'est la voie normale. Comme les conditions de libération sont respectées, la justice ne peut pas faire autrement que d'accepter la libération de Michèle Martin. J'ai une profonde rage. On est en train de libérer la criminelle de ma fille. Cette femme est multirécidiviste. Elle a déjà été jugée en 1986 pour les mêmes faits, mais comme cela avait été jugé par une Cour différente, la notion de récidive n'existe pas. C'est pour cela qu'au tiers de la peine, elle est déjà libérable. Je fais appel aux responsables  politiques : changer le système judiciaire. Avec des peines incompressibles pour les meurtres et viols d'enfants." 

    Michel Lelièvre fut reconnu coupable de participation à une association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements et les séquestrations d'enfants, ainsi que de participation à une association mêlée au trafic d'êtres humains; des enlèvements de Sabine, An et Laetitia; de la séquestration de An, Eefje, Sabine et Laetitia; de trafic d'ecstasy.  Il fut condamné à vingt-cinq années de réclusion.  En 2011, Lelièvre a demandé un régime de détention limitée, à savoir une remise en liberté la journée et un retour chaque nuit pour dormir en prison.  Cette demande a été rejetée par le tribunal d'application des peines de Bruxelles qui a estimé que Michel Lelièvre ne respectait pas les conditions d'un tel régime de semi-liberté.  Lelièvre resfut finalement libéré, sous conditions, le 30 septembre 2019

    Le cas de Michel Nihoul s'avéra délicat : commanditaire ou simple escroc ?  Les jurés revinrent avec un verdict de culpabilité par sept voix contre cinq.  Les trois magistrats de la cour durent alors se joindre aux jurés pour parvenir à une décision définitive.  Au final, Nihoul fut acquitté des préventions les plus lourdes.  Il fut reconnu coupable d'être le chef d'une association de malfaiteurs impliquée dans un trafic de drogue, de voitures, de documents d'identité ou dans la traite des êtres humains mais fut acquitté pour l'enlèvement de Laetitia.  Il fut condamné à cinq années de prison et libéré en mai 2006.
Lorsqu'elle raconta ces six jours de séquestration, Laëtitia Delhez évoqua des communications téléphoniques au cours desquelles elle aurait entendu Marc Dutroux prononcer deux prénoms, Michel et Jean-Michel, et la phrase « ça a marché ».  Il semble que Michel Nihoul se serait fait appeler Jean-Michel.  Par ailleurs, les relevés téléphoniques indiquent qu'à cette même période, le poste de Nihoul a été appelé à cinq reprises par celui de Dutroux.
En 2011, le tribunal de première instance de Bruxelles rejeta une demande de dommages et intérêts introduite par Michel Nihoul pour calomnie et diffamation contre l'ancien ministre de la Justice, Marc Verwilghen.  Michel Nihoul s'était offusqué de certains passages d'un livre rédigé par deux journalistes sur base d'entretiens avec l'ancien président de la commission Dutroux et exigeait 50.000 euros de dommages et intérêts pour calomnie et diffamation.  Marc Verwilghen évoquait notamment l'implication possible de Michel Nihoul, son réseau et les protections dont il aurait bénéficié.  Le tribunal débouta Nihoul.

    Cette pénible affaire fit également d'autres victimes :
  • Martine Doutrèwe, la juge d'instruction chargée du dossier "Julie et Melissa" fut critiquée par la commission Dutroux pour "son manque d'initiative", "son manque de disponibilité" et ses "erreurs d'appréciation"; moins de deux mois après son audition par la commission, la magistrate fut contrainte de quitter ses fonctions à cause d'un cancer. Elle décéda en avril 1999, à l'âge de 42 ans.
  • Le gendarme René Michaux, qui avait mené une perquisition infructueuse à Marcinelle et avait cru entendre des voix d'enfants alors qu'il se trouvait dans la cave de Dutroux, resta très marqué par les événements et souffrit de deux cancers.  Il mourut en janvier 2009, à l'âge de 55 ans des suites d'une infection intestinale.
  • Georges Zicot, le membre de la PJ de Charleroi, mêlé à la découverte du camion volé qui était caché dans le hangar de Dutroux, fut considéré comme un complice de ce dernier et incarcéré.  Il fut acquitté de toutes les préventions en 2005 par le tribunal correctionnel de Nivelles.  En 2009, la Cour de cassation déclara que Zicot "fut arrêté dans des conditions particulièrement traumatisantes pour lui-même et ses proches".  Elle souligna "le caractère inhumain du traitement dont (Georges Zicot) présumé innocent fit l'objet".  Elle souligna aussi qu'il "a subi des interrogatoires prolongés dans des conditions très éprouvantes".  La Cour de cassation a ordonné que cette décision soit publiée au Moniteur Belge.  Georges Zicot reste très marqué par ces événements; en 2011, il déclarait dans la presse : " Cela m'a détruit.  J'en suis toujours malade nerveusement.  Même réhabilité, être qualifié de "protecteur de Dutroux" laisse des traces indélébiles.  Vous imaginez ce que c'est d'être un flic jeté en tôle pendant 35 jours, qualifié de ripoux, de complice d'un kidnappeur pédophile, et entouré d'autres détenus qu'il a lui-même arrêté!?  Cela a bloqué ma carrière.  J'ai été mis sur la touche, déplacé plus de cinq ans à Bruxelles.  Côté privé, certains se sont détournés et beaucoup de gens m'associent toujours à l'affaire. Le plus moche cela a été pour ma famille et mes proches.  Mon arrestation à domicile, j'en fais encore des cauchemars.  Vous savez, j'ai une gamine autiste qui à cette occasion a été tapée au sol avec une arme sur la tempe.  Elle non plus n'a pas oublié cette opération commando.  Ils étaient une quarantaine pour venir m'arrêter.  Deux auraient suffi, je les aurais suivi. Il fallait faire du cinéma et que ça mousse devant la presse."

    Insouciant à toutes ces souffrances, Dutroux n'a guère changé.  Selon son avocat actuel, Dutroux déplore le "fait de s'être retrouvé au centre d'une gigantesque magouille".  Et Ronny Baudewyn de préciser: "Il n'a aucune idée de la façon dont la Belgique a ressenti et vécu ses actes. (...) Il espère sortir de prison comme n'importe quel autre prisonnier pourrait le faire après avoir purgé sa peine".
En rêvant à sa libération prochaine, Dutroux, isolé du monde extérieur et des autres prisonniers depuis 1996, continuerait à empoisonner la vie du personnel de son établissement carcéral; au niveau de son régime alimentaire par exemple, sans fondement diététique ou médical valable, l'homme refuse le poisson pané mais raffole des croquettes, il refuse tout type de fromage sauf un mais à l'unique condition que celui-ci lui soit servi en tranches et non sous une autre forme, de même qu'on ne peut lui servir aucune sorte de viande hachée alors qu'il aime particulièrement le jambon et la volaille...  Des exigences pour le moins osées de la part d'un individu reconnu coupable d'avoir laissé mourir de faim plusieurs enfants...

    Quelques vingt-cinq années après les faits, que reste-t'il de l'affaire Dutroux ?
  • Régina Louf, la plus célèbre des témoins "X", qui alimentèrent longtemps la thèse du grand réseau pédophile, entendue à dix-sept reprises par la police, a été l'objet d'une campagne médiatique la faisant passer pour folle; une enquête parlementaire a évincé son témoignage et ce dernier a été rejeté.  Sur l'affaire Dutroux, elle estime ne jamais avoir menti. Ce serait ses paroles qui auraient été mal interprétées.
  • Créés dans la foulée de la Marche blanche, les comités blancs, ces collectifs de citoyens désirant un "changement," ont atteint en 1997 le nombre de 130, surtout en Belgique francophone.  Sans structure définie, ils ont très vite périclité.  En 2004, on n'en répertoriait officiellement plus que... sept.
  • On croyait l'institut Abrasax, cette association sataniste de Jumet, en cheville avec Dutroux, mais la piste se révéla sans fondement.  Francis Desmedt, alias le grand maître Anubis, est décédé en 2006.  Son institut a été dissous et repris par un "cercle Abrasax" qui dispense toujours des cours d'occultisme.
  • Le "Dolo", un café située rue Philippe Baucq à Etterbeek, propriété de Nihoul à l'époque de l'affaire Dutroux, fut considéré comme le lieu où se déroulaient de nombreuses orgies impliquant des personnalités.  Fermé après l'arrestation de Nihoul, le café est passé aux mains de plusieurs propriétaires sans jamais rouvrir.
  • Après l'arrestation de Dutroux, la Justice avait ouvert un dossier 86 bis, qui allait être connu sous le simple nom de «dossier bis».  Il concernait d'éventuels suspects inconnus et quelques microtraces génétiques ainsi que des cheveux trouvés dans la cache.  Ce dossier Bis avait été l'objet de passes d'armes entre le procureur Michel Bourlet, qui avait longtemps défendu l'idée qu'un «grand réseau protectionnel», et le juge Jacques Langlois dont l'instruction avait fermé la porte à ce «grand complot».  La chambre du conseil de Neufchâteau a refermé le dossier Dutroux bis en rendant une ordonnance de non-lieu en octobre 2010.
  • Seule note positive de l'affaire Dutroux, la création Child Focus, une organisation non gouvernementale fondée en juin 1996 par Jean-Denis Lejeune, le père de Julie, l'une des enfants enlevée par Marc Dutroux.  Le 31 mars 1998, Child Focus était pleinement opérationnelle.  Child Focus a une action préventive en matière de :
    disparition d'enfant ;
    enlèvement par un parent ou un étranger, vol d'enfant ou kidnapping ;
    fugue ;
    maltraitance et exploitation sexuelle des enfants.
Il apporte un soutien psychologique et juridique aux victimes (parents et enfants).  Il s'assure du suivi des cas par les personnes chargées des dossiers.  Il aide à constituer et à diffuser l'information dans les médias.
Au cours de ses dix premières années d'existence, le numéro de téléphone gratuit de Child Focus, le 116000, a enregistré près de 350.000 appels pertinents et le centre a traité plus de 30.000 dossiers relatifs à des disparitions et à de la maltraitance sexuelle. Child Focus continue de plaider pour la mise en place d'un numéro d'appel unique dans toute l'U.E., ainsi que pour la mise en place au niveau européen des « Alerte enlèvement ».  Child Focus est financé à 50 % par l'État belge et par des dons pour le reste.

L AFFAIRE DUTROUX


Identité : Marc Dutroux, Michelle Martin, Michel Lelièvre

Victimes : 5

Lieu : Région de Charleroi et de Sars-la-Buissière (Hainaut, Belgique)

Date : Entre 1995 et 1996

Moyens : Mauvais traitements et inanition

Mobile : Appât du gain et, surtout, perversité d'ordre sexuel

Verdict : Dutroux, perpétuité; Martin , 30 ans et libérée en 2012; Lelièvre, 25 ans; Nihoul, 5 ans et libéré en 2006


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