Les tueries du Brabant  : vingt-huit morts pour un mobile ignoré


  Entre 1982 et 1985, la Belgique fut le théâtre d'une quinzaines d'attaques à mains armées qui visèrent essentiellement des grandes surfaces de l'enseigne Delhaize.
Ne reculant devant aucune violence, les tueurs du Brabant wallon, nom sous lequel ils sont passés à la postérité, causèrent la mort de vingt-huit personnes innocentes mais n'amassèrent qu'un butin dérisoire.
Aujourd'hui, il faut tirer un constat d'échec de l'enquête importante qui fut pourtant entreprise suite aux faits : non seulement l'identité des tueurs demeure inconnue mais même leurs mobiles demeurent mystérieux...

1982 et 1983 : Les premières attaques


    L'affaire dite des "tueurs du Brabant" débuta de façon très discrète le 13 mars 1982.
Ce jour-là, des cambrioleurs s'attaquèrent à une armurerie en plein centre de la petite ville belge de Dinant.  Le vol, fait mineur, passa pratiquement inaperçu et les voleurs emportèrent un fusil de chasse à double canons.  Cette arme ne fut jamais utilisée dans les tueries mais elle sera retrouvée plus tard, en 1986, dans le canal de Ronquières aux côtés d'armes plus tristement célèbres...  Ce sera le seul lien qui sera établi entre ce cambriolage et les faits ultérieurs.

    Durant la nuit du 13 au 14 août 1982, les futurs tueurs se déplacèrent en France et cambriolèrent une épicerie de Maubeuge.  Parvenue sur place, la police française essuya des tirs d'armes de poing et un des policiers fut blessé au ventre.  Les auteurs parvinrent à prendre la fuite vers la Belgique à bord d'une Volkswagen Santana immatriculée dans ce pays.  L'enquête française établit rapidement que ce véhicule avait été volé à Bruxelles le 11 mai 1982.

    Le premier fait sanglant se déroula à Wavre, dans la province belge du Brabant, le 30 septembre 1982.
Plusieurs individus masqués pénétrèrent dans l'armurerie Dekaize, maîtrisèrent le commerçant et s'emparèrent d'une quinzaine d'armes de poing ou d'épaule.
Un policier communal, Claude Haulotte, de passage sur place par hasard, tenta d'intervenir mais il fut tué d'une balle dans la tête par l'un des braqueurs, peut être le chauffeur de la VW Santana, resté en arrière.
Un des gangsters déplaça calmement le véhicule de police qui empêchait toute fuite, puis la bande s'échappa à bord de la Volkswagen volée.
L'alerte générale ayant été donnée par les forces de l'ordre, les braqueurs furent retrouvés par deux gendarmes de la BSR dans une allée de la forêt de Soignes.  Là survint une nouvelle fusillade au cours de laquelle les deux gendarmes furent sérieusement touchés et laissés pour morts.
Rescapés par miracle, les deux gendarmes, Roland Campine et Bernard Sartillot, déclareront ultérieurement avoir eu l'impression d'affronter des collègues, faisant référence à la façon de dégainer et de tirer des gangsters.  L'adjudant-chef Campine dira avoir cru reconnaître un gendarme du nom de Madani Bouhouche à l'arrière du véhicule des auteurs.  Bouhouche, un nom qui reviendra dans d'autres affaires. 
Un témoin de la fusillade de la forêt de Soignes reçut, le jour même, un appel téléphonique au cours duquel il lui fut conseillé de se taire...  Les auteurs avaient-ils eu accès au fichier d'immatriculation des véhicules ?
La VW Santana utilisée par les tueurs sera découverte le lendemain des faits, incendiée en forêt de Soignes.
Les témoins de l'agression de l'armurier furent de peu d'utilité.  Dekaize décrivit un des agresseurs, efféminé, comme "une petite tapette marocaine"...
L'armurerie Dekaise à Wavre



    Un nouveau meurtre fut commis à Beersel le 23 décembre 1982.  Cette nuit-là, le concierge d'une auberge située dans les dépendances du château de Beersel, fut exécuté dans sa chambre de cinq balles de calibre 22LR.  Agée de 72 ans, la victime, José Vanden Eynde, conservait dit-on des contacts avec la vieille extrême-droite.

    Un nouveau crime inexpliqué survint à Mons le 9 janvier 1983.  Dans le coffre de son véhicule de service, les policiers découvrirent le corps d'un taximan bruxellois, Constantin Angelou, exécuté de quatre balles de 22LR et délesté de sa recette, soit environ 10.000 francs belges (250 euros).
L'expertise balistique confirmera que l'arme utilisée était la même que celle de Beersel, deux semaines plus tôt.

    Le premier braquage "classique" des Tueurs eut lieu à Genval le 11 février 1983.  Porteurs de masques de carnaval, les auteurs braquèrent le magasin Delhaize local, tirèrent en l'air, raflèrent 700.000 francs belges (17.500 euros) et prirent la fuite à bord d'une Peugeot 504 signalée volée.

    Nouveau braquage au Delhaize de Uccle, le 25 février 1983 : des coups de feu tirés en l'air, un butin de 600.000 francs belges (15.000 euros) et un blessé.  Voyant un passant courir pour alerter la police, un braqueur ouvrit le feu et atteignit le témoin au genou.  Les auteurs, qui avaient tenté de simuler un accent arabe, prirent la fuite à bord d'une Volkswagen Golf carjackée peu avant le hold-up.

    Les braqueurs réapparurent au Colruyt de Hal, le 3 mars 1983.  Arrivé à bord d'une VW Golf Rabbit volée, les gangsters raflèrent 1.182.115 francs (30.000 euros) et exécutèrent le gérant, Walter Verstappen, d'une balle dans la tête.
Le véhicule utilisé sera retrouvée incendié quatre mois plus tard dans un bois voisin d'Anderlues.
Dans le cadre de ce vol, les auteurs connaissaient l'emplacement du coffre.  Avaient-ils bénéficié d'une complicité interne ?  L'enquête n'éclaircit guère ce point.

    Le 8 juin 1983, la bande commit une effraction nocturne dans un show-room de Braine-l'Alleud et déroba une Saab turbo.  Un chien de garde, gênant, fut abattu de onze balles de calibre 22LR.  L'arme utilisée à cette occasion fut la même qu'à Beersel et à Mons.

    Dans la nuit du 9 au 10 septembre, les auteurs pénétrèrent par effraction dans une entreprise de fabrication de vêtements et de tentes, Wittock - Van Landeghem, mais furent surpris par le gardien.  Ils n'hésitèrent pas à poursuivre la victime jusqu'à l'intérieur de son habitation pour l'exécuter froidement.  La femme du gardien sera gravement blessée et laissée pour morte.  Elle en restera handicapée à vie.
Les malfrats, au nombre de trois, prirent la fuite à bord de la Saab volée, emportant au passage sept prototypes de gilets pare-balles testés à l'époque par la gendarmerie.
Un vieil homme, qui avait assisté au manège des auteurs devant l'usine, fut pris pour cible par un tueur mais ne fut pas atteint.

    Une des attaques les plus sanglantes de la première vague eut lieu au Colruyt de Nivelles durant la nuit du 17 septembre 1983.
Les auteurs fracturèrent une porte métallique de la grande surface à l'aide d'un chalumeau.  Durant leur présence sur place survint la voiture d'un couple qui souhaitait faire le plein à la station service du Colruyt.  Les deux témoins,  Jacques Fourez et Elise Dewit, furent immédiatement abattus et dissimulés rapidement.  Les tueurs négligèrent de délester leurs victimes d'une importante somme d'argent liquide et de leurs chéquiers.
Prévenus de l'effraction au Colruyt par un déclenchement d'alarme, deux gendarmes de la brigade de Nivelles parvinrent sur place quelques minutes plus tard.  Leur véhicule de service fut immédiatement pris sous des tirs croisés et l'un des gendarmes, Marcel Morue, tué.  L'autre gendarme sauva sa vie en faisant le mort et en étant servi par la chance; une balle, tirée par un des tueurs pour l'achever, ricocha par miracle sur une pièce d'équipement métallique.
Les tueurs quittèrent alors le Colruyt à l'aide de deux véhicules : la Saab volée et la Mercedes 190 du couple abattu sur le parking.  Ils emmenèrent aussi les pistolets 7,65 pris sur les corps des gendarmes nivellois.
Avertis par radio par le gendarme survivant, des policiers brainois prirent en chasse les véhicules des tueurs.  Ces derniers réagirent par une embuscade de style militaire : un véhicule s'arrêta à droite de la route, l'autre à gauche...  Lorsque la VW Golf des policiers surgit, elle fut prise sous des tirs croisés et son conducteur légèrement blessé.  Les tueurs mirent un moment de flottement à profit pour prendre la fuite.
La Saab fut retrouvée à proximité peu après, avec le butin du cambriolage abandonné dans le coffre : du café, de l'huile, du whisky et des pralines.  Abandonné aussi, un pistolet-mitrailleur Uzi dérobé aux gendarmes abattus...
Les tueurs avaient utilisé une fausse immatriculation copiée sur celle d'une autre Saab appartenant, hasard ou non, au voisin du général Beaurir, le commandant en chef de la gendarmerie.
Cette attaque de Nivelles laissa perplexes nombre d'observateurs : butin sans rapport avec les moyens déployés, volonté manifeste d'affronter les forces de l'ordre...
Le site de l'attaque de Nivelles



    Dans la nuit du 1er octobre 1983, les Tueurs se présentèrent à l'Auberge des Trois Canards, à Ohain, les traits dissimulés par des masques en latex.  Abattant le propriétaire, Jacques Van Camp, ils dérobèrent une VW Golf GTI et prirent la fuite.  L'arme utilisée fut l'un des pistolets arraché aux gendarmes à Nivelles deux semaines auparavant.  Les agresseurs avaient vociféré dans une langue inconnue, peut être de l'arabe dirent certains témoins.

    Le 7 octobre, utilisant la Golf volée à Ohain, repeinte d'une façon professionnelle, les tueurs attaquèrent le Delhaize de Beersel peu avant la fermeture.  Tirant à l'aveugle, les gangsters tuèrent le gérant, Freddy Vermaelen, et blessèrent deux caissières et un client.  Le butin fut d'1,3 million de francs (32.500 euros).  Freddy Vermaelen était conseiller en sécurité auprès du groupe Delhaize.

    Dans les jours qui suivirent, les directions des grandes surfaces proposèrent une prime de 10.000.000 de francs belges (250.000 euros) à toute personne susceptible de dénoncer les auteurs.

La piste boraine



    Durant l'automne de 1983, une femme craignant les violences de son concubin, Jean-Claude Estiévenart, déposa le revolver de celui-ci, un Ruger, à la gendarmerie de Colfontaine.
Un service de balistique se pencha sur l'arme et conclut que celle-ci avait été utilisée lors de la fusillade du Colruyt de Nivelles.
L'enquête sembla alors bien s'orienter.
Avant d'arriver chez Estiévenart, le Ruger avait fait l'objet de tractations douteuses de la part de Michel Cocu, un ancien policier communal limogé pour vol, et de Adriano Vittorio, un perceur de coffres.
Les "Borains" furent arrêtés vers la fin de 1983 et trois d'entre-eux, dont Cocu et Vittorio, avouèrent partiellement les faits avant de se rétracter.
Au final, les "Borains" resteront détenus deux ans.

    Comme pour faire un pied de nez aux enquêteurs, les tueurs frappèrent une nouvelle fois, à Anderlues, le 1er décembre 1983.  La bijouterie Szymusik fut braquée et le couple d'exploitants abattus.  Le butin emporté par les bandits fut très maigre (des bijoux et montres pour une valeur d'achat de 140.000 francs (3.570 euros) et un revolver Arminius de calibre 38 appartenant au bijoutier) mais l'enquête ne manqua pas d'établir que deux armes utilisées à Anderlues avaient également servi à Nivelles.
Le véhicule des auteurs, la VW Golf volée à Ohain, fut retrouvée incendiée peu après dans le bois de Hourpes.
Cette attaque demeure mystérieuse.  Pourquoi les tueurs frappèrent-ils alors que des coupables parfaits se trouvaient sous les verrous ?  L'attaque visait elle à blanchir les Borains, à faire passer un message ?  Les tueurs visaient-ils initialement un magasin Colruyt voisin qui, ce jour-là, était exceptionnellement fermé ?

    Cette attaque meurtrière rendit les enquêteurs dubitatifs.  Les Borains emprisonnés étaient-ils hors de cause ?  S'agissait-il d'une attaque menée par des complices pour les disculper ?
Soumis à un laboratoire de balistique allemand, le Ruger d'Estiévenart fut déclaré totalement étranger aux tueries.
Malgré ce rapport, le Parquet de Nivelles décida de maintenir les Borains en détention.  Sur la requête d'un avocat, la Cour de Cassation dessaisit Nivelles.  Le dossier aboutit dès lors à Charleroi.

    Etrangement, l'année 1984 ne vit aucune action des tueurs du Brabant.
La Belgique ne fut pourtant guère épargnée car cette année-là, les Cellules Communistes Combattantes entamèrent leur campagne d'attentats.

1985 : la deuxième vague


    Le vendredi 27 septembre 1985, après une absence de 22 mois, les Tueurs du Brabant réapparurent à Braine-l'Alleud et à Overijse.
Débarquant d'une Golf GTI volée chez un concessionnaire Volkswagen de Kortenberg, ils braquèrent deux grands surfaces Delhaize en moins de trente minutes.
A Braine, tirant sans raison, les tueurs firent trois tués et plusieurs blessés pour un butin de 380.000 francs belges (10.000 euros).
A Overijse, il y aura cinq tués, dont un enfant qui faisait de la bicyclette sur le parking, pour un butin de 500.000 francs (12.500 euros).  Huit victimes, alors qu'il était possible de commettre les vols sans tirer le moindre coup de feu...

    Le 9 novembre 1985, deux adolescents furent arrêtés en possession de chèques provenant du carnage de Braine-l'Alleud.
Là encore, la piste s'effondra rapidement : les deux jeunes avaient découvert ces chèques dans le bois de la Houssière, à Braine-le-Comte, parmi des documents incendiés et avaient tenté de les monnayer en ignorant leur provenance exacte.

    Ce même 9 novembre en soirée, les Tueurs réapparurent au Delhaize d'Alost.  Sortant d'une Golf GTI, trois individus, porteurs de manteaux longs et de masques de carnaval, ouvrirent le feu à l'aveugle sur le parking, puis dans le magasin.  Au total, 40 coups de feu seront tirés, principalement à l'aide de riot-guns.  Au départ des Tueurs, on dénombrera huit tués, dont sept abattus à l'extérieur, avant l'entrée des tueurs dans le magasin.  Tout cela pour un butin avoisinant les 15 000 euros.
Malgré une rapide intervention policière, les braqueurs parviendront à forcer les barrages et à prendre la fuite; le tueur principal, décrit comme "un géant", posté à l'arrière de la Golf et tirant plusieurs décharges de riot-gun par le hayon laissé ouvert.

    Durant la nuit suivante, dans le bois de La Houssière où les chèques de Braine-l'Alleud avaient été découverts dans la matinée, des jeunes croisèrent une Golf à l'arrêt et remarquèrent la présence de deux hommes debout devant une forme humaine allongée.  Paniqués, les jeunes prirent la fuite et ne témoignèrent que bien plus tard.
Les enquêteurs estimèrent qu'il pouvait s'agit de l'"enterrement" d'un tueur touché par un policier lors de la fuite d'Alost.  Des fouilles effectuées à l'endroit en 2004 ne donneront aucun résultat.

    La nuit suivante, des témoins aperçurent plusieurs individus décharger des sacs de deux véhicules, une Mercedes et une Golf, et s'en débarrasser dans le canal de Ronquières.
Le surlendemain, une VW Golf carbonisée sera retrouvée dans les bois de La Houssière.
Un plongeur examina les eaux du canal de Ronquières mais ne trouva rien.
L'épave de la voiture utilisée à Alost



    En novembre 1986, le juge d'instruction Troch du Parquet de Termonde, en charge des affaires de Temse et d'Alost, fit une nouvelle fois sonder le canal de Ronquières.
Cette fois les plongeurs découvrirent des armes, des gilets pare-balles volés à Temse, ainsi qu'un petit coffre volé à Alost.

    En 2009, une analyse de ces pièces à conviction sera menée et débouchera sur la conclusion que les objets étaient restés immergés entre quatre et huit semaines, et non un an comme supposé auparavant.  Cette découverte fera parler de manipulation de l'enquête : les indices auraient été mélangés pour créer un lien artificiel entre les tueries...

Le mystère subsiste


    L'attaque d'Alost en 1985 fut la dernière apparition des Tueurs du Brabant.
En trois ans, ces derniers firent quinze attaques, vingt-huit morts, plusieurs dizaines de blessés pour un butin global d'environ 8 millions de francs belges (200.000 euros).

    Deux primes de 10 millions de francs, offertes par Delhaize d'une part et par une association d'autres enseignes commerciales d'autre part, n'amenèrent aucune divulgation.

    En avril 1988, les "Borains" furent jugés devant la Cour d'Assises du Hainaut.  Les témoins n'en reconnurent aucun et ils furent tous acquittés.

    Créée en 1988, une commission parlementaire entendit 118 témoins et rendit son rapport en 1990.
Parmi les nombreuses pages de ce rapport, on peut lire "la question est de savoir s'il s'agissait de banditisme ou de terrorisme", "ces crimes dissimulèrent d'autres mobiles"...

    Malgré d'importants moyens d'enquête mis en oeuvre, on ignore toujours l'identité des auteurs des tueries, ainsi que leurs mobiles.
Les enquêteurs disposent bien d'un ADN, prélevé sur un mégot de cigarette trouvé dans le cendrier du taxi à Mons, mais guère plus.

    Sur base de témoignages, parfois obtenus sous hypnose, des portraits-robots furent établis.  Le numéro 4 serait le tueur principal.
   
    Quid des mobiles ?

    Certains estimèrent que le vol était le mobile principal.  Mais exceptionnellement rares sont les voleurs qui, pour s'emparer d'huile et de pralines, abattent un couple et deux gendarmes, puis attendent l'affrontement avec la police qui les a pris en chasse.

    On évoqua aussi une possibilité de rackets des Delhaize mais, malgré de fortes primes offertes par les grandes surfaces, aucune information ne filtra jamais.

    On envisagea la culpabilité d'extrémistes de droite, d'adeptes du Practical Shooting, d'éléments étrangers (tels que la CIA) qui auraient tenté de déstabiliser la Belgique pour l'orienter vers un régime plus fort...

    Pour certains, il n'y eut qu'une bande de tueurs.  Pourtant, des indices laissent à penser que les Tueurs de 1982 n'étaient pas ceux de 1983, ni même de 1985.  Ce qui sous-entend une conception d'ensemble et une bonne organisation.

    Une seconde commission parlementaire, créée en 1996, n'aboutit à aucun résultat probant.

    Alors que la prescription des crimes en Belgique survenait au bout de 20 ans, dans le cadre des Tueries du Brabant, cette durée fut portée à 30 ans.  En 2015, alors que les crimes étaient sur le point d'être prescrits, la Loi belge fut une nouvelle fois modifiée portant les délais de prescriptions à :
  • 20 ans pour les crimes punis de la réclusion à perpétuité et les crimes punis de la réclusion de 20 ans ou plus pour autant qu'ils aient été commis à l'encontre d'un mineur.  Il s'agit par exemple du meurtre, du terrorisme et du viol ou de l'attentat à la pudeur ayant causé la mort de la victime...
  • 15 ans pour les crimes punis de la réclusion de 20 ans ou plus commis sur des majeurs d'âge.  Il s'agit par exemple de l'attentat à la pudeur, du viol, des mutilations génitales, de la traite des êtres humaines en vue de la prostitution ou d'autres formes d'exploitation sexuelle.
  • 10 ans pour les autres crimes...
Ces délais peuvent être doublés à la suite d'actes interruptifs ou suspensifs...  Les crimes des Tueurs du Brabant seront donc prescrit en 2025, quarante ans après leur première attaque...

Les pistes exploitées - la filière boraine



    La filière boraine était composée de petits malfrats arrêtés à la suite de l'expertise faussée d'une arme appartenant à l'un de ses membres, Jean-Claude Estiévenart.  Les membres majeurs étaient :
  • Jean-Claude Estiévenart, connu des services de police pour une série d'attaques à main armée commises dans le Borinage.
  • Adriano VIttorio, un Français, ancien membre du Service d'Action Civique (une police parallèle regroupant brigands et mercenaires active sous la présidence de De Gaulle et de ses successeurs), était aussi connu pour plusieurs attaques à main armée. 
  • Michel Cocu, ancien policier communal limogé pour vol et déclarations frauduleuses.  Propriétaire initial du revolver Ruger litigieux.
  • Kaci Bouaroudj, informateur de la police, dénoncé par Vittorio d'être l'un des membres de la filière.
  • Michel Baudet, ami des précédents, décrit comme un homme peu éduqué, au quotient intellectuel limité et de nature influençable.

    A l'issue d'interrogatoires prolongés, une partie des Borains passèrent aux aveux.  Ces aveux furent généralement fantaisistes, parfois troublants, et, au final, les inculpés revinrent sur leurs déclarations, déclarant avoir avoué sous la pression policière.

    Aucun des suspects ne correspondait à la description d'un tueur.  Les victimes ne les reconnurent pas après présentation.

    Au niveau des éléments à charge, on démontra que les Borains étaient en liaison avec la famille Becker, des gitans sédentarisés qui terrorisaient le Borinage depuis des années.  Or, un témoin de l'attaque de Temse (Tamise) reconnut un membre de cette famille, le nommé Robert Becker, comme étant l'individu qui avait ouvert le feu sur lui.  Par ailleurs, un garagiste signala que, après l'attaque d'Anderlues, le nommé Robert Becker était à la recherche d'une portière de Volkswagen Golf GTI.
Un autre témoin affirma avoir vu une voiture Saab, utilisée par les tueurs à Tamise et à Nivelle, dissimulée sous une bâche sur un terrain appartenant à un proche des Borains.

    Au niveau des éléments à décharge, on démontra l'absence de preuves matérielles contre les Borains (à l'exception du Ruger sur l'usage duquel les experts ne purent jamais se mettre d'accord) : pas d'armes, pas de preuve d'enrichissement, pas de masques, quasiment pas de témoignages...

    La conviction des jurés fut vite faite et un acquittement général fut prononcé.
En 1998, Michel Cocu accepta de se soumettre à une analyse ADN.  Les résultats furent négatifs.
En dépit de ce manque d'éléments, certains enquêteurs penchent toujours pour une culpabilité, au moins partielle, des Borains.

    Estiévenart s'est pendu en détention en février 2008; il attendait un nouveau procès en assises à la suite d'un meurtre commis pour faciliter un vol.
Vittorio est mort en 2005.
Baudet perdit la vie dans un accident de voiture en 1995.
Michel Cocu est décédé en 2016.  L'année précédente, Cocu, présenté comme le chef de la filière boraine, s'était vu proposer par la Justice un statut de repenti qu'il avait refusé: preuve que, 28 ans après l'acquittement des "Borains", la piste demeurait envisagée par les enquêteurs. 
Innocents pour la justice, les Borains étaient-ils vraiment innocents ?  Les policiers demeurent partagés.  Pour certains, les Borains n'avaient rien à voir.  Pour d'autres, on trouve dans leurs aveux des éléments qui prouvent qu'ils étaient dans le coup.  Michel Cocu avait avoué, une dizaine de fois, son implication dans certaines tueries, notamment à Hal, Genval et Nivelles, avant de se rétracter.

      Concernant le Ruger, de nombreuses expertises furent menées :
1. La première expertise fut demandée au commandant Claude Dery que l'on considérait à l'époque comme le meilleur expert dans le domaine en Belgique.  Il estima que le Ruger de Michel Cocu avait été utilisé certainement à Genval et plus que probablement à Hal.  Les conclusions de Dery furent ensuite très critiquées.
2. En janvier 1984, un collège de trois experts estima que l'arme avait été utilisée lors des deux attaques.
3. Deux membres du troisième collège d'experts arrivèrent aux mêmes conclusions qui ne furent pas partagées par le troisième membre qui refusa de contresigner les conclusions.
4. Un expert de la FN (Fabrique nationale) affirma que l'arme avait été utilisée à Hal mais se dit incapable de se prononcer pour Genval.
5. Une expertise du service de l'identité judiciaire de la police française affirma que l'arme avait servi aux deux attaques.
6. Pour les Allemands de la BKA, le Ruger n'avait pas servi.  Les méthodes allemandes furent également critiquées.
7. Les mêmes conclusions négatives furent tirées par le laboratoire de métallographie et de microscopie chimique de la Faculté polytechnique de Mons.
8. Une expertise réalisée à l'ERM (école royale militaire) innocenta les Borains.
9. L'expertise suivante, menée également à l'ERM, donna un résultat incertain.  L'arme avait peut-être servi mais sans certitude.
10. La dernière expertise réalisée par les laboratoires de la police scientifique de Paris affirma que le Ruger avait bel et bien servi aux attaques.
Bref, 6 "oui, 1 "peut-être", 3 "non".....
Cocu, Estiévenart, Vittorio, Baudet, les noms les plus cités de la Filière Boraine

Les pistes exploitées - l'enquête de la BSR de Wavre



    Cette enquête fut initiée à la suite de la première agression mortelle des tueurs, l'attaque de l'armurerie Dekaise à Wavre en septembre 1982.
Il apparut que l'armurier mettait au point des silencieux destinés à certains type de pistolets-mitrailleurs et ce à la suite d'une commande de plusieurs individus connus comme des trafiquants d'armes internationaux.
Les gendarmes se mirent en travail en partant d'une hypothèse : l'attaque de l'armurerie était une manoeuvre d'intimidation de la part de clients insatisfaits du travail de Dekaize.
Une série de perquisitions mirent les gendarmes sur la piste de la firme Kintex, une société d'armement bulgare dépendant des services secrets du Pacte de Varsovie, ainsi que sur la trace de trafiquants libanais agissant pour le compte des phalanges chrétiennes libanaises alors engagées dans une guerre civile contre les musulmans.
Plusieurs Libanais furent identifiés et localisés sur le sol belge;  Il apparut qu'ils entretenaient d'étroites relations avec des gangsters du Milieu bruxellois.

    Privés du soutien de leur hiérarchie, les gendarmes poursuivirent une enquête de plus en plus nébuleuse.  Cette dernière bascula progressivement vers les milieux de l'extrême-droite.

    Au final, l'enquête fut arrêtée sur instructions du Parquet et de l'Etat-Major de la gendarmerie.  Aujourd'hui retraité, l'un des enquêteurs de Wavre déclara à la presse que l'un des tueurs de l'époque était un gendarme qu'il refusa de nommer.

    Considérée comme intéressante à ses débuts, cette enquête se perdit ensuite dans une série de directions improbables : services secrets bulgares, phalanges chrétiennes libanaises, Opus Dei....
Elle eut toutefois le mérite d'être la première à envisager un mobile politique aux tueries et une alliance possible de groupuscules idéologiques avec des membres du grand banditisme.

Les pistes exploitées - la piste du grand banditisme



    En 1987, la Justice belge décapita la bande de Baasrode, connue pour avoir effectué une série d'attaques à main armée en Flandre.
Parmi les principaux condamnés figuraient : Philippe De Staercke, Leopold Van Esbroeck, Dominique Salesse...

    Un véhicule de la bande, retrouvé en 1985, contenait des munitions identiques à celles utilisées par les tueurs à Braine-l'Alleud, Alost et Overijse.  Par ailleurs, ce véhicule avait été préparé d'une manière identique à celle des tueurs : siège arrière enlevé, ouverture du coffre rendue possible depuis l'intérieur, feux arrières mis hors-services, fausse plaque copiée sur une immatriculation attribuée à un véhicule de même type.

    Il apparut que Van Esbroeck et Salesse avaient quitté le pays au lendemain de l'attaque d'Alost.

    Au final de nombreux membres de la bande furent inculpés dans le cadre des tueries.  Des masques, semblables à ceux des tueurs, et des armes furent retrouvés en grand nombre.  Par contre, les analyses balistiques effectuées s'avérèrent négatives.

    Evadé de prison la nuit de la tuerie de Nivelles, Philippe De Staercke pouvait matériellement s'être trouvé sur les lieux de l'attaque.

    Il apparut aussi que la famille De Staercke entretenait des contacts réguliers avec la famille Becker, les gitans sédentarisés déjà cités dans le cadre de la filière boraine.

    Enfin, un témoin confirma avoir aperçu Philippe De Staercke près de l'auberge des Trois-Canards à Ohain la nuit où l'établissement fut attaqué.  Le témoin se rétracta par la suite, peut-être sous la menace.

    Il apparut que, la nuit de la tuerie d'Alost, De Staercke avait remis à un complice une valise qui avait été enterrée et qui fut finalement retrouvée.  Un laboratoire anglais trouva dans cette valise des traces de limaille provenant d'armes.

    Malgré une série d'inculpations, l'enquête sur la bande de Baasrode stagna rapidement.  Aucun aveu ne fut recueilli, aucun élément matériel trouvé.
Les psychiatres déclarèrent que les profils psychologiques des membres de la bande étaient incompatibles avec ceux des tueurs.

    En 2001, De Staercke bénéficia d'un non-lieu total dans le cadre des tueries du Brabant.

    La piste rebondit en 2010, à l'occasion d'une émission de télévision consacrée aux tueries.  Sous hypnose, un témoin permit l'établissement d'un portrait-robot du conducteur d'une Golf GTI aperçue juste avant l'attaque d'Alost en 1985.  Ce portrait-robot ressemblait étrangement à Dominique Salesse, le préparateur de voitures de la bande de Baasrode.  A la suite de fuites dans la presse, le nom de Salesse fut livré en pâture.  Salesse ne fut toutefois pas inquiété par la Justice.

    Les analyses ADN effectuées sur plusieurs membres de la bande s'avérèrent négatives.

    A l'heure actuelle, la plupart des membres de l'ex bande de Baasrode se sont retirés du banditisme.  En Flandre, une implication des membres de la bande de Baasrode demeure une piste privilégiée.

    La piste du grand-bandistisme resurgit en 2014 avec l'arrestation de Jean-Marie Tinck, un criminel de la région du Centre, dénoncé par un indicateur et qui s'était vanté à plusieurs reprises d'avoir fait partie des tueurs.  Tinck avait été, en 1997, mis en rapport avec un portrait-robot et reconnu par trois témoins.  Après une courte détention, en l'absence de preuves, Tinck fut libéré.  Il prétendit avoir agi par vantardise et passa, avec succès, le test du polygraphe. 

Les pistes exploitées - les ballets roses



    Selon cette théorie, cinq victimes des tueurs (Van Camp, Fourez, Dewit, Angelou et Vanden Eynde) auraient été en possession d'une cassette vidéo de "ballets roses", une série d'abus sexuels commis sur mineurs par des personnages faisant partie de l'élite du pays.

    Cette cassette n'apparut jamais nulle part et relève probablement du pur fantasme.  A la mort de l'un des Borains, Adriano Vittorio, on découvrit chez lui une cassette vidéo le montrant en pleine orgie sexuelle mais il n'y avait pas trace de mineurs ou de célébrités.

Les pistes exploitées  - la piste de l'extrême-droite



    Selon cette théorie, les attaques furent le fait d'éléments d'extrême-droite qui visaient à déstabiliser l'Etat belge afin de mettre en place un pouvoir fort dans le pays, en lieu et place des institutions démocratiquement élues.

      Les Parquets ne creusèrent guère cette piste, au grand dam de nombreux policiers qui la jugeaient plutôt crédible.

    Quoi qu'il en soit, les bois de la Hourpes et de la Houssière servirent de terrain d'entraînement au tir à une série de groupes fascisants gravitant autour du Parti des Forces Nouvelles.  Ces mêmes bois où les tueurs du Brabant abandonnèrent plusieurs véhicules.  Les membres des Forces Nouvelles et du Front de la Jeunesse fréquentaient visiblement les mêmes endroits que les tueurs.  A moins que ces derniers n'aient abandonnés leurs véhicules à ces endroits pour diriger les soupçons vers l'extrême-droite...  Il est à noter que l'ancien ministre d'Etat Paul Vanden Boeynants aurait félicité, en privé, des membres des Forces Nouvelles pour l'efficacité de leur lutte contre la subversion gauchiste.

    Il faut également signaler l'existence, parmi les membres du Front de la Jeunesse, d'un certain Claude Delperdange, véritable sosie du portrait-robot du tueur géant de la bande.
Homme d'affaire respectable, Delperdange fut assassiné en 1991 par sa femme dans des circonstances troubles.
Il faudra plus de huit ans pour que l'épouse comparaisse, libre, devant la Justice.  Ses avocats demandèrent le huis clos et le procès se déroula sans témoin.  L'accusée fut reconnue coupable mais ne fut pas condamnée.  Le fantôme du sosie du "géant" rôde toujours sur l'affaire...
Claude Delperdange




    Citons aussi l'enquête effectuée par les policiers de Termonde sur un mystérieux groupe G instauré au sein de la gendarmerie au début des années 1970 et qui réunissait des partisans d'une idéologie d'extrême-droite.
Martial Lekeu, un ancien gendarme et membre du groupe G, réfugié aux Etats-Unis, affirma qu'il existait des plans établis par la gendarmerie qui visaient à déstabiliser l'Etat au moyen "de bandes armées formées à l'attaque de supermarchés".
Les états de service de Lekeu furent vérifiés et il apparut qu'il n'était pas de service lors de la plupart des attaques.  Pour l'attaque de Temse (Tamise), il se serait trouvé en Espagne lors des faits.  Etrangement, Lekeu avait d'ailleurs conservé son billet d'avion pendant de longues années...
Décédé aux Etats-Unis, Lekeu est considéré par nombre d'enquêteurs comme un mythomane et un manipulateur.
Une implication d'une  partie de la gendarmerie belge dans une tentative de déstabilisation de l'Etat n'est toutefois pas à rejeter au vu d'éléments d'enquête ayant trait à une mystérieuse "Opération bleue" prévue en 1973.  Selon des archives officielles, des enquêtes détaillées et des témoignages dignes de foi, un réseau clandestin avait programmé cette année-là un putsch militaire.  Un gendarme, proche des célèbres Beijer et Bouhouche, déclara : "A la date convenue par les conspirateurs, nous avons été mis en stand-by de 24 heures.  Nous étions mobilisés pour un coup d'Etat.  Notre objectif était de prendre le Parlement.  Par la suite, j'ai appris que ce jour-là, tous les MP chargés de sa protection avaient été désarmés.  Sous prétexte que l'un des leurs s'était suicidé récemment.  On a appris par la suite aussi que ce jour-là les blindés avaient fait mouvement d'Allemagne jusqu'à la frontière belge.  Que les paras devaient intervenir.  Que la gendarmerie avait acheté - hors dotation pour ne pas laisser de traces - du matériel permettant d'assurer sur le terrain des liaisons radios entre les gendarmes et les militaires.  Que ce matériel a été retrouvé par la BSR de Bruxelles. Que les cibles étaient le Parlement, le Palais royal, la RTBF, les principaux noeuds de communication."
Toutefois, malgré une planification préparée depuis de longs mois et le soutien de plusieurs secteurs, ce scénario antidémocratique ne fut jamais mis en oeuvre.  Une personnalité politique de premier plan devait prendre le pouvoir.  Deux heures avant le déclenchement, son secrétaire privé l'a informé de ce qui se préparait et du rôle qui lui était offert.  Cette personnalité a refusé. Et tout s'est arrêté...
Le commandant de la gendarmerie de l'époque a admit, devant une commission d'enquête, certains mouvements de troupes, officiellement qualifiés de "manoeuvres".
Quant au nom de ce politicien choisi par ces comploteurs, un autre témoin de l'époque, contacté par un journaliste de la Dernière Heure, aurait cité Paul Vanden Boeynants, alors ministre de la Défense nationale.

    Un autre nom lié aux tueries est celui de Jean Bultot, un ex-directeur de prison qui bascula dans le crime.  Proche du milieu du banditisme et de celui de l'extrême-droite, Bultot fut arrêté à l'issue de tractations délictueuses avec deux membres de la bande de Baasrode déjà citée, Leopold Van Esbroeck et Dominique Salesse.
Libéré, il se réfugia au Paraguay avec l'aide du Parti des Forces Nouvelles.  Van Esbroeck déclara que Bultot lui avait proposé de participer à des opérations de commando visant à déstabiliser l'Etat.  Par ailleurs, un informateur prétendit que, la veille de l'attaque d'Alost, Bultot l'avait contacté en réclamant la livraison d'un pistolet-mitrailleur.
Finalement arrêté et renvoyé vers la Belgique, Bultot fut longuement entendu.  On ne put le relier d'une manière crédible aux tueries du Brabant.

    Autre piste intéressante, celle du Westland New Post (WNP), une organisation d'extrême-droite à caractère néo-nazi dirigée par Paul Latinus et dont certains membres furent impliqués dans de multiples homicides.  L'existence de ce groupement fut dévoilée en 1983 et il apparut rapidement que deux membres de la Sûreté de l'Etat en faisait partie, officiellement pour raison d'"infiltration".
L'ombre des tueurs du Brabant se dessina rapidement dans la mouvance du WNP dont certains éléments étaient pour le moins incontrôlables.
Il fut démontré que des membres avaient eu pour mission de surveiller des supermarchés ainsi que de déterminer le temps de réaction des services de police.
Paul Latinus, le leader du groupe, prit rendez-vous avec un commissaire de police afin de "faire des révélations dans le cadre des tueries du Brabant".  Avant d'avoir été entendu, Latinus fut retrouvé pendu dans la cave de son domicile.  Le fils qu'il avait utilisé pour se pendre se rompait sous un poids de 42 kilos, hors Latinus en pesait plus de 50...  En dépit de nombreuses zones d'ombre, la mort de Latinus fut finalement considérée comme un suicide.
Plusieurs membres du WNP affirmèrent qu'un noyau d'une quinzaine d'hommes s'étaient réunis autour de Latinus afin de mener des actions violentes.  Toutefois, aucune preuve crédible ne fut découverte à charge du WNP.
Idéologiquement malléables, plusieurs membres de l'organisation auraient été capables de commettre des actions violentes dans un but de déstabilisation.
Cette piste connut un rebondissement en octobre 2014 avec l'arrestation de Michel Libert, un membre actif du WNP.  Entendu en qualité de suspect, l'homme fut libéré rapidement sans qu'aucune charge ne soit retenue contre lui.

    Dans cette optique WNP, le nom de Michel Libert fut souvent cité; l'homme fut entendu maintes fois dans le cadre des tueries du Brabant, en qualité de « suspect ».
   
    Militaire de carrière, Libert était, à l'époque des tueries, un membre actif du WNB, le Westland New Post, groupuscule clairement d'extrême-droite, qui recrutait essentiellement parmi les militaires et les gendarmes.  Selon divers éléments d'enquête, Libert aurait transmis, aux membres du WNP, des ordres impliquant la surveillance des grands magasins, au début des années 80.

    Un témoin anonyme précisa avoir été recruté par le WNP et avoir vu Michel Libert qui effectuait alors une mission de reconnaissance dans un GB de Crainhem.
Michel Libert lui aurait également "avoué" son implication dans une fusillade avec la police en 1982.
Or, en cette année 1982, une fusillade avec la police de Maubeuge avait eu lieu.  Et un policier avait été tué à Wavre, ainsi que deux gendarmes blessés lors d'une course-poursuite consécutive au braquage de l'armurerie Dekaise.

    Mesurant 1.92 mètres et ayant une ressemblance prononcée avec un portrait-robot, Libert fut suspecté d'être le "géant" des tueries.
L'homme a toujours nié et a, à l'occasion, déposé plainte pour diffamation.

    Cette piste de l'extrême-droite demeure l'une des plus prometteuse au stade actuel de l'enquête.

Les pistes exploitées - le réseau stay-behind



    1984 vit la découverte en Italie du réseau clandestin nommé Gladio impliqué dans une série d'attentats commis dans les années 1970 - 1980.  Ses membres espéraient que les attentats seraient attribués à l'extrême-gauche ce qui aurait permis d'obtenir, à terme, l'établissement d'un pouvoir fort dans le pays.

    En 1990, le gouvernement italien confirma l'existence de Gladio, un réseau établi en 1945 sous l'influence des USA et qui aurait constitué un noyau de résistance contre une éventuelle invasion soviétique.  Le gouvernement déclara également que de tels réseaux clandestins existaient dans d'autres pays du bloc de l'Ouest.

    En Belgique, le gouvernement nia, dans un premier temps,  l'existence d'un tel réseau avant dans reconnaître la réalité à demi-mots.
En 1990, le réseau stay-behind belge fut officiellement dissous.  Une commission d'enquête parlementaire ne parvint pas à en savoir davantage sur celui-ci, les autorités militaires ayant refusé de collaborer et de fournir les noms des personnes impliquées.
Les parlementaires déclarèrent finalement : "Nous n'avons pas découvert d'éléments permettant de croire que les membres du réseau stay-behind avaient pu jouer un rôle dans les activités criminelles qui ont inquiété l'opinion publique."

Les pistes exploitées - le rôle de Bouhouche et Beijer.



    Madani Bouhouche et Robert Beijer, deux ex-gendarmes, furent impliqués dans plusieurs faits criminels en Belgique dans les années 1980.
Ce fut l'enquête sur l'assassinat de Juan Mendez, un ingénieur de la fabrique d'armement FN, commis en 1986, qui impliqua Bouhouche et Beijer dans les tueries du Brabant.  Chargé des ventes d'armes à l'Amérique latine, Mendez était un ami de Bouhouche mais les deux hommes s'étaient brouillés peu avant la mort du premier à la suite d'un vol d'armes; Mendez soupçonnait Bouhouche d'être celui qui l'avait délesté des armes contenues dans sa collection privée.
Un pistolet découvert chez Bouhouche fut, dans un premier temps, identifié comme l'arme qui avait servi à tuer Mendez.  Bouhouche fut placé sous mandat d'arrêt.  Proche de l'extrême-droite, Bouhouche demanda à son ancien collègue, Robert Beijer, de lui fournir un alibi.  En 1987, Beijer fut également arrêté.

    Dans des boxes de garages loués par Beijer, on découvrit des armes volées à la gendarmerie en 1981.  L'une de ces armes fut, momentanément, considérée comme ayant servi dans les tueries.
On se souvient également que, lors de l'attaque de l'armurerie Dekaize à Wavre en 1982, un gendarme avait cru identifié Bouhouche dans la voiture des auteurs.
On découvrit chez Beijer des photographies du Delhaize d'Alost.  Beijer se justifia en déclarant qu'elles avaient été prises dans le cadre de son emploi de détective privé.
On découvrit également chez les deux hommes plusieurs fausses plaques présentant un défaut identique à la plaque d'immatriculation apposée sur la Saab des tueurs lors des événements de septembre 1983 à Nivelles.  Outre ce défaut, il apparut que les plaques avaient été vieillies artificiellement selon un procédé identique...
Autre détail troublant, la Vokswagen Santana des tueurs de Wavre (septembre 1982) fut retrouvée incendiée à l'endroit précis où fut abandonné le contenu d'une camionnette volée retrouvée dans un garage loué par Beijer...

      Il apparut également que, alors qu'il se trouvait au Panama, Juan Mendez fit une crise d'angoisse en apprenant la nouvelle de la tuerie d'Alost (1985).  Il semblait persuadé que ses armes avaient été utilisées pour commettre les tueries.

    Enfin, certaines connexions apparurent entre Bouhouche et la filière boraine.

    Jugés en 1994 dans le cadre de plusieurs affaires criminelles, les deux anciens gendarmes furent sévèrement condamnés mais furent acquittés dans le cadre des tueries du Brabant, aucune preuve directe n'ayant été retenue contre eux.  Les analyses balistiques qui les impliquaient dans le meurtre de Mendez et les tueries s'avérèrent au final négatives.

    Après sa libération, Beijer partit pour la Thailande.  Bouhouche décéda accidentellement en France, en 2005.
Madani Bouhouche

Les pistes exploitées - le racket sur la firme Delhaize



    Les tueurs du Brabant s'attaquèrent par deux fois à des magasins de la firme Colruyt.  Ils s'attaquèrent sept fois à des enseignes Delhaize où ils tuèrent dix-sept personnes.
La cible privilégiée des Delhaize poussa à se poser diverses questions sur les raisons des attaques : règlement de comptes entre firmes, manoeuvres criminelles autour de l'achat d'actions, tentative de racket ?

    Même si la piste ne fut guère creusée, divers éléments pouvaient attirer l'attention des enquêteurs en ce sens et ce dès 1984.  Cette année-là, une valise fut découverte en bordure d'autoroute près de Bruxelles.  La valise contenait des armes, des documents d'identité volés et un document manuscrit portant la mention "Leclercq boss Delhaise 250 000 actions de 5 000". 
Jacques Leclercq était l'un des responsables de la firme Delhaize pour le marché américain.
La police parvint à identifier le propriétaire de la valise : un certain Claude Dubois, alors emprisonné dans le cadre d'un meurtre.  Dubois reconnut être le propriétaire de la valise et l'avoir laissée dans un dancing dont il était propriétaire et qui avait disparu dans un incendie; il déclara ignorer qui avait pu récupérer la valise et ne rien savoir de ce qu'elle avait pu contenir.
Dubois avait le profil d'un des tueurs de par sa grande taille et son goût des armes.  Par le passé, il avait croisé Elise Dewit, l'une des victimes de Nivelle, et avait été le collaborateur d'un avocat qui avait travaillé avec Jacques Van Camp, une autre victime tuée à Ohain...  Arrêté en décembre 1983, Dubois avait été libéré à la fin de 1984, des dates correspondant avec la période de silence des tueurs.
En 2004, Dubois écopa de trente années de détention dans le cadre d'un autre meurtre.  Il déclara avoir des révélations à faire sur les tueries mais décéda en détention avant de fournir des informations précises.

    Comme signalé plus haut, Jacques Leclercq était l'un des responsables de Delhaize pour les USA.  La firme, implantée sur le continent nord-américain, se heurta violemment aux syndicats US connus pour leurs méthodes extrêmes et leurs liens avec le syndicat du crime.  Dans leur lutte contre les pratiques commerciales de la firme Delhaize, les syndicats américains seraient-ils allés jusqu'à envoyer des tueurs en Belgique ?  Cette méthode aurait eu le mérite de tenir le FBI hors de l'affaire, les crimes ayant lieu en dehors des Etats-Unis.
Quelques mois après la dernière attaque des tueurs, Delhaize céda 51% de ses avoirs américains à une autre firme.  Delhaire aurait ainsi cédé et les tueurs auraient reçu l'ordre de mettre un terme à leurs opérations... 
Le FBI ne fut jamais consulté par les autorités belges à ce sujet.

    La firme Delhaize nia toute possibilité de racket.  Elle annonça avoir été une cible privilégiée car elle avait moins investi dans la sécurité que ses concurrents.

    Ce ne fut qu'en 1997 que les enquêteurs se penchèrent sur la comptabilité de Delhaize.  Un peu tard pour découvrir la trace du paiement d'une quelconque rançon.  Par ailleurs, les possibilités d'existence d'une comptabilité parallèle ne sont pas à négliger dans le cadre d'une multinationale.

Les pistes exploitées - la piste des cadavres exquis



    Cette piste se base sur la possibilité que les tueurs n'aient visé que quelques personnes précises dont les exécutions avaient été noyées dans la masse apparente des tueries.
Cette piste s'avéra délicate car elle heurta la sensibilité des familles des victimes.

    Un magistrat bruxellois sous-entendit que certaines familles de victimes n'avaient pas subi de préjudice financier à la suite de la mort d'un proche et qu'elles s'étaient faites particulièrement discrètes, comme si elles avaient reçu un dédommagement en échange de leur silence.

    Le même magistrat constata que des sociétés bancaires, comptables ou immobilières étaient liées à plusieurs victimes.
Le magistrat cita les noms de sept victimes qui gravitaient dans un milieu économique occulte proche de l'extrême-droite et de l'ancien ministre Paul Vanden Boeynants.
Les victimes sont les suivantes :

 
  • Léon Finné : Finné fut directeur d'une banque Copine, laquelle faisait partie du Crédit Commercial et Financier.  Ce même crédit disposait d'autres filiales dont l'une était gérée par un avocat lié à Jacques Van Camp, la victime d'Ohain.
Le crédit disposait également d'une agence immobilière qui loua des boxes de garages à Robert Beijer et à Madani Bouhouche et dans lesquelles on découvrit des armes volées à la gendarmerie.
FInné travailla avec la gendarmerie et fournit de fortes sommes d'argent à des sections où travaillaient notamment Beijer et Bouhouche.  FInné était également membre du Centre Politique des Indépendants et Cadres Chrétiens, l'aile droite du parti catholique dirigé par Paul Vanden Boeynants.  Le CEPIC fut dissous en 1982 en raison de ses liaisons avec l'extrême-droite, dont le Front de la Jeunesse.
Mais, si Finné devait mourir, on se dit qu'il existait des méthodes plus simples pour l'éliminer que de l'attirer sur un parking où devaient aussi être abattues plusieurs personnes...

 
  • José Vanden Eynde : Selon de fils de Vanden Eynde, son père s'était rendu à l'auberge des Trois Canards, gérée par Jacques Van Camp, afin d'y remettre un mystérieux colis.  Vanden Eynde avait servi dans la Légion fasciste Condor durant la guerre d'Espagne et avait très bien connu le leader rexiste Léon Degrelle.  A la mort de Vanden Eynde, son fils partit en Afrique et loua son habitation à un truand connu.  L'immeuble fut ensuite cambriolé.  Par ceux qui cherchaient quelque chose à l'auberge de Beersel ?  Etait-ce la cassette des fameux ballets roses ?

 
  • Constantin Angelou : Angelou résidait en face du siège du Front de la Jeunesse.  Ses activités l'auraient amené à croiser un truand du nom de Gérard Lafaurie, un sous-fifre d'une bande dirigée par Marcel Castris et Bruno Farcy.  Lafaurie était informateur de gendarmes mis sous écoute par Beijer et Bouhouche...

 
  • Jacques Van Camp : il était en relation avec un avocat d'affaires proches du banquier Léon Finné...

 
  • Jacques Fourez et Elise Dewit : Fourez gérait une société immobilière qui devait de fortes sommes à une société appartenant à un ami très proche de l'ancien ministre Vanden Boeynants.  On découvrit au domicile du couple une carte de visite de l'auberge tenue par Jacques Van Camp.  Le couple était aussi en liaison avec un notaire proche de Vanden Boeynants et de la droite conservatrice.  Peu avant son exécution, le couple négociait l'achat d'un terrain dans les Ardennes alors que leur société affichait un passif de 400 000 euros...  Avec quel argent ?  Celui de la cassette des ballets roses qu'ils possédaient et qui aurait fini par causer leur mort ?

 
  • Les époux Szymuzik : Des informations parlent d'une implication de la Mafia italienne dans les homicides d'Anderlues.  Les enquêteurs soupçonnèrent les bijoutiers d'avoir été impliqués dans un trafic d'or et de pierres précieuses entre la Belgique et l'Italie.  Le frère du bijoutier abattu soupçonna quant à lui un racket...  Szymusik se sentait menacé et paraissait inquiet...

Les pistes exploitées - la piste Patrick Haemers



    La carrière criminelle de Patrick Haemers a fait l'objet d'une publication spécifique sur ce site.
Quelles sont les éventuelles implications d'Haemers dans les tueries ?

    Une caissière du Delhaize d'Alost l'aurait reconnu en repérage le jour de l'attaque.  On trouva chez lui des armes dérobées à l'ingénieur de la FN Juan Mendez, ainsi que des masques de carnaval similaires à ceux des tueurs.  Des témoins déclarèrent l'avoir aperçu à de multiples reprises à l'auberge des Trois Canards gérée par Van Camp.  Une victime des tueries, David Van De Steen, âgé de neuf ans lors de l'attaque d'Alost en 1985, le reconnut plusieurs années après les tueries comme l'homme qui avait abattu son père, sa mère et sa soeur.

    Haemers s'est suicidé en détention après avoir toujours nié la moindre implication dans les tueries.

Les pistes exploitées - la piste Bruno Van Deuren



    En 1988, une bijouterie bruxelloise fut attaquée par deux hommes armés de fusils à pompe et au visage caché par un masque de carnaval.  Ils prirent ensuite la fuite à bord d'une VW Golf GTI.  Un modus-operandi similaire à celui des tueurs malgré une exception notable : les braqueurs ne firent pas usage de leurs armes.

    Un gangster fut rapidement arrêté.  Le second fut identifié comme Bruno Van Deuren.  L'intéressé fut retrouvé peu après, torturé et exécuté d'une balle dans la nuque, dans un parc d'Ostende.

    Après l'attaque de l'armurerie Dekaize en septembre 1982, un informateur avait impliqué Van Deuren, dit "le Gitan".
En 1987, alors en détention, Van Deuren avoua devant le directeur de prison et une assistante sociale sa participation à l'attaque de l'armurerie Dekaize.  Il ne fut pas pris au sérieux.

    La mort de Van Deuren est demeurée inexpliquée.  Tué car il en savait trop sur les tueurs ?

Les pistes exploitées - l'affaire Astérix



    En 1988, un magistrat de Charleroi reçut un rapport qui avait transité, deux ans durant, par les Parquets de Nivelles et de Bruxelles.  L'importance du rapport semblait avoir échappé à tout le monde.

    Durant l'année 1984, un certain "Astérix" affirma que le chef des tueurs était un gendarme prénommé Dany.  On pense immédiatement à Madani Bouhouche qui, gêné par ses origines algériennes, se faisait appeler Dany.  Le dénommé Dany fournissait les tueurs en armes et les rémunérait avant de les exfiltrer vers la Légion étrangère.  Les attentats auraient été commandités par une société américaine concurrente de Delhaize et chaque tueur aurait reçu l'équivalent de 15 000 euros actuels.

    Etrangement, Astérix affirma qu'un Sud-Américain travaillant pour la FN allait être assassiné car la bande du Brabant ne lui faisait plus confiance.
En cette année 1984, personne n'avait encore entendu parler de Bouhouche ni de Juan Mendez....

    Astérix fut assassiné le 22 janvier 1985, quelques jours après Mendez, et selon un modus similaire : abattu dans sa voiture de plusieurs balles dans la tête.

    Le vrai nom d'Astérix était François Ertrijckx.  On ne lui connaissait pas d'ennemis et son meurtre demeura inexpliqué.

Les pistes exploitées - les mercenaires



    Des mercenaires auraient constitué une réserve de main-d'oeuvre spécialisée pour d'éventuels commanditaires. 
La Cellule Brabant Wallon n'a jamais cru à l'implication de mercenaires dans les tueries même si le profil psychologique de tels hommes pouvait correspondre aux tueurs : maniement des armes, froideur, organisation...

    Un mercenaire français du nom de Jacques Lafaille attire ainsi particulièrement l'attention.  Adepte des hold-up dès 1979, l'homme était de grande taille et utilisait des masques de carnaval.  En 1982 et 1983, l'homme utilisait une Golf GTI.
Il fut détenu en France entre novembre 1983 et juillet 1985, période de silence des tueurs du Brabant.

Les pistes exploitées - le PIO



    Vers 1970, le ministre Paul Vanden Boeynants s'irrita de l'expansion du mouvement des objecteurs de conscience.  Pour lutter contre cet état d'esprit, il ordonna la création par l'armée du PIO (Public Information Office).

    Le PIO fut divisé en deux branches.  La branche militaire était chargée de saboter les conférences anti-militaristes.  La branche civile publiait une revue anticommuniste dénommée "Inforep".

    Fort de 400 membres, le PIO se vit remis en cause en 1979.  L'Etat ne souhaitant plus le financer, l'organisme semi-officiel bascula dans le secteur privé et bénéficia du financement de sociétés appartenant au baron de Bonvoisin, surnommé "le baron noir" en raison de ses liens avec l'extrême-droite.
Son évolution ultérieure devint mystérieuse mais constituait une menace à peine voilée pour les institutions démocratiques.

L'implication prétendue de Vanden Boeynants



    Selon certains enquêteurs et journalistes, l'ex-Premier ministre Paul Vanden Boeynants aurait été impliqué, voire responsable des tueries.
Cette théorie se base sur le fait que les victimes Fourez-Dewit, tuées à Nivelles, auraient été des proches de VDB.  Ils l'auraient fait chanter à propos de terrains acquis illégalement.  On imagina que VDB avait fait appel aux gendarmes Beijer et Bouhouche pour faire taire les maîtres chanteurs.  Les gendarmes auraient fait le ménage, se seraient emparés des preuves et auraient eux mêmes réclamer de l'argent à VDB.  Ce dernier ne voulant pas céder, Beijer et Bouhouche auraient organisé la campagne de terreur pour influencer le Ministre qui, en raison de ses contacts avec l'extrême-droite, aurait paru un commanditaire plausible.  VDB aurait alors accepté de payer moyennant une exigence, celle d'être enlevé quelques années plus tard...  La rançon aurait fait office de payement.  Patrick Haemers, le ravisseur, fut d'ailleurs soupçonné d'avoir fait partie des tueurs...  Hypothèse....

      La famille de Paul Vanden Boeynants, aujourd'hui décédé, s'est réservée le droit de déposer plainte pour diffamation contre ceux qui avaient été à l'origine de la propagation de tels propos.

    Objectivement, Vanden Boeynants exerça nombre de mandats comme beaucoup de politiciens.  Il ne pouvait pas tout gérer ni tout connaître de ce qui se passait partout.  Il semble toutefois établi qu'il flirta avec des groupements douteux et son nom revint régulièrement dans plusieurs affaires judiciaires....  Hasard, erreurs, imprudences ?
Force est de constater que dans le cadre des tueries, quelles que soient les pistes exploitées, on en revient régulièrement au même milieu politico-financier et aux mêmes personnes...

Les pistes exploitées - la piste française


 
    Une théorie veut que les tueurs aient été originaires du nord de la France
Il est à noter que la première attaque de la bande eut lieu à Maubeuge, sur le sol français.
La Volkswagen Santana des tueurs, utilisée pour l'attaque de l'armurerie Dekaize à Wavre, présentait des trous de fixation de plaque au diamètre standard utilisé en France.

    Une prostituée bruxelloise déclara que l'attaque d'un Colruyt en 1983 avait été effectuée par une bande venue de France.

    Lille, Roubaix et Maubeuge étaient des centres de criminalité proches de la Belgique et le franchissement de la frontière était aisé.

    Un gangster intéressant fut Marcel Castris, dit "le gros Marcel".  Le trafiquant était lié à un autre parrain, Albert "Bruno" Farcy; les deux hommes furent cités dans l'enquête de la BSR de Wavre.  Ils étaient des exécutants du Libanais Elias Shiber qui fut soupçonné d'avoir fait disparaître des armes liées aux tueries en les expédiant à l'étranger.

    Des enquêteurs français sont persuadés de trouver l'origine des tueries dans la Milieu lillois d'où se dégageait la personnalité de Jean-Pierre Halla, lequel collabora un temps avec la bande Haemers.  Halla aurait été exécuté par des complices à la suite de l'échec d'un hold-up dans la seconde moitié des années 80.  Son corps ne fut jamais retrouvé.

    Selon l'ex-commissaire Jean-Pierre Adam, la vérité passerait par les frères Thierry et Xavier Sliman, des truands du Nord de la France.
Lors du premier fait, le vol d'un fusil de chasse le 13 mars 1982 dans une armurerie à Dinant, les auteurs rejoignirent une voiture qu'on vit démarrer en direction de la France.
Le 14 août ce fut sur le territoire français, à Maubeuge, que les auteurs cambriolaient une épicerie.  Leur véhicule portait fut employé, le 30 septembre de la même année 1982, lors de l'attaque à Wavre de l'armurerie Dekaise.  Aperçue avec des plaques françaises lors du braquage, elle fut retrouvée avec des fausses plaques belges.  On observa à cette occasion que le véhicule Volkswagen présentait, au niveau des plaques d'immatriculation, des traces de rivets, système de fixation de plaques utilisé exclusivement en France.

    Le 7 octobre 1982, un témoin se présenta à la gendarmerie de Hastière (Belgique), requérant l'anonymat et désignant comme l'un des auteurs un certain Xavier Sliman, un truand du Nord de la France.

    Pour Jean-Pierre Adam, la brigade de gendarmerie de Hastière avait l'information capitale depuis le début et si la piste avait été suivie dans les règles, les tueries n'auraient pas eu lieu et vingt-sept personnes n'auraient pas été tuées. 

    Chez Jean-Pierre Adam, le déclic eut lieu dix-sept ans plus tard, en 1999, alors qu'il enquêtait dans un autre dossier.  En commission rogatoire, à Charleville-Mézières, il consulta le dossier gendarmerie des frères Xavier et Thierry Sliman et trouva à la première page, un avis de recherche belge : celui du vol d'armes perpétré en 1982 à Wavre chez l'armurier Dekaise.  L'avis de recherche contenait le portrait-robot de l'auteur principal des faits de Wavre, lequel présentait une ressemblance avec Xavier Sliman.

    Xavier Sliman avait été opéré quelque temps plus tôt aux deux genoux.  Or, à Wavre, l'un des auteurs boitait. L'armurier Dekaise décrivit aussi l'un des auteurs comme une “tapette marocaine”, une description qui, selon certains, pouvait s'appliquer à Thierry Sliman.

    Lors de la plupart des faits commis, on signala la présence d'un "géant".  Il y avait un champion de body-building dans la bande des frères Sliman, chez qui le SRPJ de Reims avait même saisi, des années plus tard, un masque de carnaval des années 80 similaire à celui porté par l'un des tueurs, un masque représentant un vieil homme.

    Dès le 7 octobre 1982, les gendarmes de Hastière disposaient du nom de Xavier Sliman mais l'information ne fut pas été partagée par des enquêteurs qui firent cavalier seul...
Xavier Sliman fut interpellé à Arlon et interrogé sur son emploi du temps.  Il avait eu un mois pour se préparer un alibi. Le sien était douteux mais la petite brigade de gendarmerie de Hastière n'avait pas guère de moyens.  On ne perquisitionna pas chez les Sliman, en France, malgré l'existence de renseignements présentant ces individus comme des psychopathes dangereux chez qui des armes avaient été retrouvées quelques mois plus tôt...

    Dans le dossier Sliman, Adam remarqua, en 1999, une photo de Xavier Sliman, prise en 1981, soit un an avant le début des tueries.  Xavier Sliman y portait un manteau du même type que celui repêché dans le canal à Ronquières et jeté à l'eau par les tueurs du Brabant.  Même déformé par le séjour dans l'eau, la ressemblance restait frappante....

    Par ailleurs, un certain Pierre M., membre de la bande Sliman, présentait une ressemblance avec un autre portrait robot d'un tueur.

    Autre fait étrange, Xavier Sliman possédait une Mercedes foncée, identique à celle citée par plusieurs témoins dans le cadre des tueries.

    Enfin, les Sliman étaient d'origine marocaine et certains témoins des actions des tueurs firent état d'échanges verbaux dans une langue similaire à de l'arabe...

    Selon cette théorie, la bande des Sliman, trop surveillée en France, se serait rabattue vers la Belgique pour pousuivre ses agissements.

    Mais plusieurs témoins ne reconnurent pas les Sliman sur photos tandis que, selon d'autres sources, quatre auraient reconnu Xavier Sliman.
Par ailleurs, les enquêteurs disposaient des empreintes des Sliman, fichés de longue date en France, à des fins de comparaison.  Vu l'absence de poursuites en ce sens, il est à supposer que les empreintes ne correspondaient pas à celles des tueurs même si, dans l'absolu, rien ne prouve que ces vérifications aient jamais été menées.

    Les frères Sliman sont décédés en 2011 et 2019.
Xavier Sliman

Pierre M.

Les pistes suivies - le profiling



    Le profiling, basé sur l'analyse comportementale, vise à déterminer le profil psychologique des criminels.

    La Cellule Brabant Wallon s'adressa à deux profilers français qui n'eurent que partiellement accès au dossier.  Ils en déduisirent que les auteurs étaient des marginaux attirés par le gain et dirigés par un chef de bande psychopathe, auteur de 23 des 28 meurtres attribués à la bande.

    Des profilers canadiens, usant d'une technique dénommée géomantique et qui visait à déterminer la zone de repli des auteurs, délimitèrent un quartier de l'entité de Rhode-Saint-Genèse.  Les archives du cadastre furent croisées avec les suspects potentiels mais rien de concret ne sortit de cette enquête.

    La profileuse belge Danielle Zucker fut engagée en 2007 pour étudier la première vague des tueries, soit la période 1982-1983.  Son travail fut très critiqué par les autorités belges mais validé par les Américains.  Selon Zucker, les auteurs constituaient un groupe à tendance psychopatique et toxicomaniaque mais dépourvu d'idéologie.  Des individus sans liens particuliers, occasionnellement liés par une opportunité.  Ils appartiendraient à des milieux divers : employés de garage ou de restaurant...  Zucker dressa un profil précis de trois hommes : un binôme de violents sous la direction d'un psychopathe quadragénaire.  L'un des auteurs aurait été espagnol et la zone de confort de la bande se serait située à Ixelles, ce qui rejoint les premiers éléments de l'enquête.  Zucker identifia l'un des trois hommes, un jeune de 18 ans domicilié à Lembeek en 1982 (endroit où la bande vola une voiture) et qui travaillait dans la restauration; l'individu avait un passé judiciaire éloquent : viol, vols avec violences, toxicomanie...  L'individu avait agressé un taximan pour lui dérober sa recette (une affaire qui fait penser au meurtre du taximan Angelou).  La soeur du suspect travaillait à l'auberge de Beersel, attaquée par les auteurs en 1982, entre 1981 et 1982.  Le suspect a quitté la Belgique pour la Suisse.
Les devoirs d'enquête prescrits par madame Zucker ne furent jamais effectués.

    Aucune de ces pistes ne donna l'explication des tueries.  La vérité se trouve probablement dans le cumul de plusieurs d'entre elles.

Quid du rôle de la gendarmerie dans les tueries ?



    Dans la nuit du 31 décembre 1981 au 1er janvier 1982, des cambrioleurs s'introduisirent dans la très bien gardée caserne du groupe Diane, un groupe d'élite de la gendarmerie, et s'emparèrent de nombreuses armes sophistiquées et des munitions correspondantes.
Visiblement, les malfrats connaissaient parfaitement la topographie des lieux et savaient où les armes étaient entreposées.
En 1986, dans le canal Charleroi-Bruxelles, à Ronquières, les enquêteurs repêcheront plusieurs sacs contenant des armes utilisées par les Tueurs du Brabant; ils contenaient également du matériel dérobé dans la caserne du Groupe DIane... 
Une autre arme, un Riot Gun, sera retrouvée chez l'ex-gendarme Madani Bouhouche Bouhouche, un individu sulfureux dont le nom reviendra dans d'autres affaires judiciaires. 
D'autres armes volées seront retrouvées en novembre 1987, dans le coffre d'une voiture également volée qui se trouvait dans un box de garage de Woluwé-Saint-Lambert qui avait été loué par l'ancien gendarme Madani Bouhouche... 
Enfin, un fusil Heckler und Koch sera retrouvé chez Juan Mendez, un ingénieur de la FN, proche de Bouhouche et assassiné en 1986.

    Lors de l'attaque sanglante de l'armurerie Dekaize à Wavre, le 30 septembre 1982, deux gendarmes, Campine et Sartillot, crurent reconnaître Madani Bouhouche à l'arrière du véhicule des auteurs.
Pris pour cible et grièvement blessés, ils déclarèrent avoir eu l'impression d'avoir fait face à des collègues, reconnaissant le drill de tir enseigné à la gendarmerie.

    Durant la nuit du 9 au 10 septembre 1983, les Tueurs cambriolèrent la fabrique Wittoch Van Landeghem.
Le butin prêta à réflexion : sept prototypes de gilets pare-balles sophistiqués destinés aux forces de l'ordre et testés par la gendarmerie.  Très peu de monde était au courant de l'existence de ces prototypes...

    Lors des attaques suivantes, on ne put qu'observer les techniques d'assaut que maîtrisaient les tueurs.
Agissant comme sur un terrain de manoeuvre, ils faisaient preuve de sang-froid et de discipline.  Les Tueurs faisaient davantage penser à des militaires entraînés qu'à de simples malfrats.  Des hommes sûrs de leur impunité parce que confiants en leur formation et en leur unité...
On ne peut que constater que le Milieu n'utilise pas ce genre de méthodes, les truands évitant toute violence inutile qui pourrait, en cas d'arrestation, alourdir la peine.  Un vol à main armée est sanctionné de quelques années de prison; une prise d'otage ou un meurtre sont punis bien plus sévèrement....
De plus, dans le monde du banditisme, on n'admet guère les crimes gratuits d'enfants ou de femmes, les meurtres gratuits et délibérés... 

    Le 9 novembre 1985, après la tuerie d'Alost, l'expertise balistique s'avéra troublante.
Les cartouches tirées par les fusils à pompe s'avérèrent d'un type particulier, introuvables dans le commerce mais identiques à celles volées à la caserne du groupe DIane le 31 décembre 1981.

    En 1989, lors de son audition devant un commission d'enquête, le major de gendarmerie Vernaillen, victime d'un attentat contre sa personne en 1981 alors qu'il enquêtait sur des dérives au sein de la gendarmerie, cita les noms des gendarmes Madani Bouhouche, Robert Beijer et Martial Lekeu (cfr Groupe G).  Il affirma aussi avoir reçu d'un informateur des confidences relatives à un projet de coup d'Etat d'extrême-droite.  Cet informateur était Léon FInné, qui tomba en 1985 sous les balles des Tueurs, lors de l'attaque du Delhaize d'Overijse...

    En 1997, une second commission d'enquête tira la conclusion : "Les récits selon lesquels, au cours des années 1970 et 1980, la gendarmerie comme telle aurait conçu des plans, ou pris des mesures opérationnelles en vue de faire un coup d'État, ne reposent sur aucun fondement sérieux"..

    En 2017, la famille de Christian Bonkoffsky, un gendarme décédé en 2015, accusa l'intéressé d'avoir été le "géant" au motif que le gendarme aurait avoué ses crimes sur son lit de mort.
Parmi les éléments à charge :
  • la taille de Bonkoffski (1.90 mètre),
  • lors de la deuxième vague des tueries, en 1985, Bonkoffsky était à chaque fois absent de son travail lors des braquages,
  • le lendemain d'une tuerie, le gendarme avait envoyé un certificat médical pour blessure au pied; lors d'une attaque ultérieure, l'un des agresseurs boitait...
  • les aveux de Bonkoffsky sur son lit de mort

    Christian Bonkoffsky, ancien de la Brigade Diane, termina sa carrière au commissariat d'Alost.
Or, une victime survivante de l'attaque de Braine-l'Alleud (1985), qui avait croisé le regard d'un tueur, affirma avoir par la suite reconnu ce même regard chez un policier... du commissariat d'Alost.  Son témoignage fut classé sans suite.
En 2018, forts d'une analyse ADN négative, les enquêteurs s'estimèrent en mesure de dire que Bonkoffsky n'était pas le géant des tueries.
Christiaan Bonkoffsky


   
    En 2016, une victime de l'attaque d'Alost, âgée de neuf ans en 1985, livra une information obtenue par le petit-fils d'un ancien responsable de la Sûreté de l'Etat.  Ce dernier aurait demandé à sa famille de ne pas se rendre au Delhaize d'Alost dans les jours correspondant à la période de l'attaque : "Ce monsieur, le grand-père donc, qui travaillait pour la Sûreté de l'Etat savait beaucoup de choses à propos de la bande, il connaissait le plan et n'a rien fait pour empêcher ça.  Cela veut dire qu'il est peut-être lui-même membre de la bande"...

    En 2017, deux boîtes en métal comportant une inscription "gendarmerie", dont l'une contenait un millier de cartouches de 9 mm, et un sac plastique contenant un riot-gun et une arme de poing furent découverts dans le canal de Bruxelles-Charleroi, un peu en aval de Ronquières.

    En 2018, une information filtra d'un plongeur de l'armée qui, en 1986, avait découvert dans le canal de Ronquières, un sac d'une trentaine de kilos, semblant contenir des "tubes" (ou des armes).  Le sac fut récupéré par trois hommes en civil, des gendarmes selon le plongeur, qui circulaient dans une Renault 4 blanche, dépourvue de signes distinctifs, similaire à celles utilisées à l'époque par la BSR, un service de la gendarmerie.
Le sac ne fut jamais retrouvé, ni les trois hommes identifiés.  Cette découverte n'apparut dans aucun procès verbal.

    Toujours en 2018, se basant sur l'analyse des objets découverts dans le canal de Ronquières en 1986 et qui avaient séjourné dans l'eau près peu de temps, le Parquet fédéral admit une "manipulation de l'enquête"...
En novembre 1986, des pièces en lien avec les tueries (armes, munitions, gilet pare-balles) avaient été retrouvées.  La vérification de ces pièces, demandées par un Juge d'Instruction en 2009, démontra que les pièces étaient en trop bon état et n'avaient été jetées à l'eau que peu de temps avant leur découverte.  En 1985, un plongeur de la police avait fouillé le même endroit et n'avait rien trouvé.  Sur base d'analyses scientifiques récentes, il s'avère que certaines pièces ne seraient restées à l'eau que 24 ou 48 heures...  Ceux qui auraient jeté ces objets provenant des tueries devaient forcément les avoir en leur possession et être au courant des fouilles qui allaient être menées.  Le but aurait été de créer des liens artificiels entre certaines attaques pour embrouiller les pistes....

    En 2017 l'avocat d'une famille de victimes reçut une lettre anonyme d'un ancien gendarme d'Alost.
L'homme y affirmait qu'il avait dû donner l'ordre, le 9 novembre 1985, de cesser la surveillance du magasin Delhaize local une demi-heure avant la fermeture, soit quelques minutes avant l'attaque.  L'homme communiqua le nom d'au moins un supérieur hiérarchique à l'origine de cet ordre et affirme que l'attaque était "un travail interne à la gendarmerie'".
Dans une autre lettre anonyme, un second gendarme affirma que la police des autoroutes, qui disposait d'une Porsche, d'une BMW et de plusieurs motos capables de poursuivre la Golf GTI des Tueurs, n'avait pas été autorisée à intervenir après les attaques contre les Delhaize de Braine-l'Alleud et Overijse (27 septembre 1985).  Ordre fut donné à l'unité de procéder à des contrôles d'alcoolémies après l'attaque de Braine- Alleud; une demi-heure plus tard, après l'attaque d'Overijse, l'ordre fut confirmé.  Selon le gendarme anonyme, une demande de poursuite fut effectuée mais "nos supérieurs nous l'ont interdit".
Dégoûtés et en colère, les gendarmes jetèrent les sacs des contrôles d'alcoolémie à la poubelle...
Des ordres auraient donc été donnés au sein de la gendarmerie pour ne rien faire...
Quoi qu'il en soit, après l'attaque de Braine-l'Alleud, alors que les Tueurs roulaient vers Overijse, à une vingtaine de kilomètres de distance, aucune alerte générale ne fut lancée.
Même après la seconde attaque, un avis de recherche non urgent fut lancé, officiellement par "erreur".
Le procureur général de Liège, Christian De Valkeneer, commenta : "Ce n'est pas la première fois que des gendarmes s'étonnent des consignes reçues par rapport aux tueurs du Brabant.  Mais la difficulté, c'est de savoir si ces ordres ont été donnés pour ne pas intercepter les auteurs.  Rien ne prouve à ce stade que ce n'était pas simplement une manière d'organiser le travail, sans intention de protéger les auteurs.".

    Manipulation et implication ?  Ou erreurs malheureuses ?

    Evoquée dès 1983, la piste de la gendarmerie fut régulièrement tournée en ridicule par les autorités avant de revenir en force à partir de 2016.

    Derniers éléments en date, en janvier 2019, l'arrestation de deux anciens enquêteurs, Philippe V. et François A.
Philippe V., membre de la cellule d'enquête Delta, avait fortement orienté l'enquête vers le canal de Ronquières où furent découvertes les pièces douteuses reliant les tueries.  V. fut inculpé pour avoir, en tant que membre des services de police, sciemment et volontairement retenu des informations présentant un intérêt pour l'exécution de l'action publique et pour participation à une association de malfaiteurs en vue de commettre des délits.  Plus concrètement, il fut soupçonné d'avoir lui-même jeté les armes et autres objets dans le canal dans les jours ou les heures précédant leur découverte ou, à tout le moins, de protéger un informateur pouvant mener aux tueurs ou ayant fait partie de la bande.
François A., adjudant en retraite de la BSR de Halle, fut arrêté, sur aveu de V., pour avoir fourni au second les informations relatives au lieu où reposaient les objets liés aux tueries.  A., qui avait enquêté sur le meurtre de l'auberge de Beersel, avait remis les informations à V. dans des circonstances étranges, lors d'un rendez-vous dans un café bruxellois, en dehors de toute procédure policière classique.  Les enquêteurs soupçonnèrent A. d'être celui qui bénéficiait d'un informateur et cherchèrent à déterminer s'il avait éventuellement «utilisé» Philippe V. pour provoquer une nouvelle plongée dans le canal dans le canal.  A., qui venait de la BSR de Bruxelles, avait fréquenté  les sulfureux gendarmes/gangsters  Madani Bouhouche et Robert Beijer
Après quelques semaines, les deux hommes furent libérés, tout en demeurant inculpés.

      Avec le temps, diverses révélations apparurent dans le cadre de cette affaires.
Des gendarmes déclarèrent ainsi avoir, au moins à cinq reprises, reçut des ordres ayant eu pour effet de faciliter la fuite des tueurs :
  • Après le braquage de l'armurerie Dekaise (septembre 1982), l'ensemble des carrefours stratégiques menant vers Bruxelles furent cadenassés, sauf un...  Aucun ordre ne fut donné pour garder le pont de Groenendael, point de passage vers la forêt de Soignes où les tueurs parvinrent sans encombre et incendièrent leur véhicule,
  • Après les tueries de Braine-l'Alleud et Overijse (septembre 1985), des gendarmes de la police de la route, qui disposaient de véhicules suffisamment puissants que pour prendre en chasse la Golf GTI des tueurs, se virent ordonnés de cesser leurs patrouilles sur la E411,
  • Lors de la tuerie d'Alost (novembre 1985), les gendarmes en surveillance du magasin quittèrent, sur ordre, les lieux vers 19h30, laissant la voie libre aux tueurs qui arrivèrent sur place quelques minutes plus tard,
  • Un ancien gendarme d'Alost témoigna, en 2016, après la tuerie du 9 novembre 1985, avoir reçu l'ordre de dégager un carrefour situé entre Alost et le bois de la Houssière, livrant le passage aux tueurs alors que la gendarmerie disposait d'un plan d'alerte listant l'ensemble des carrefours où installer un barrage.  Selon, le gendarme, l'ordre venait "d'en haut".  A l'époque la gendarmerie utilisait l'indicatif "Dara" pour les ordres émanant du district, mais cette instruction fut assortie d'un indicatif "Gudule", réservé à l'échelon de commandement supérieur au District, à savoir, à minima, le Groupe (niveau provincial)
  • Concernant les passages des tueurs au bois de la Houssière la nuit de la tuerie d'Alost, des gendarmes ne gardaient qu'un seul accès au bois; d'autres avaient reçus des ordres erronés...  Il y a avait donc bien des gendarmes en surveillance sur place, mais pas au bon endroit....

      Mais, plutôt que de faits volontaires, on parle aujourd'hui de conséquences de guerre des polices et d'incompétence :
  • Concernant le pont de Groenendael, police et gendarmerie, manquant de coordination, auraient chacun ignoré ce que faisait l'autre et auraient cru, de bonne foi, que le pont était sous contrôle
  • L'absence de barrages efficaces après Alost fut expliqué de la même manière, ainsi que du fait de la surprise, les tueurs n'ayant plus frappé depuis deux ans,
  • A Alost, les gendarmes cessèrent la surveillance pour céder la place à la police qui, effectivement, arriva sur place durant l'attaque; il n'empêche que les tueurs profitèrent étrangement du créneau de changement de services pour mener l'attaque...

La piste des asociaux



    En 2002, sous l'impulsion du juge Lacroix, deux experts français invités à se pencher sur le dossier affirmèrent que les tueurs n'appartenaient pas à une mouvance terroriste, un groupuscule d'extrême-droite ou une organisation clandestine, ni au grand-banditisme traditionnel.

    Selon eux, les Tueurs étaient des individus marginalisés, froids, déterminés et brutaux mais dépourvus de toute forme d'idéologie.  Une meute d'asociaux pour qui les butins réduits pouvaient  constituer des prises substantielles.

    Les analystes de la Sûreté du QUébec optèrent pour le même profil, de même que la profileuse belge Danielle Zucker : un groupe d'auteurs psychopathiques, sans liens serrés entre eux, opportunistes et simplement mus par l'avidité.

    Les coupables auraient donc été dans le giron de certains clans familiaux désocialisés bien connus en Wallonie et en région bruxelloise.

    En vogue en 2007, cette piste prometteuse a depuis été abandonnée.

Résumé des faits



 
  • 13 mars 1982, après-midi, Dinant : Vol simple d'un fusil de chasse Faul 10mm par deux auteurs.  A côté du Faul, une arme de grande valeur fut négligée.  Le Faul sera retrouvé dans le canal à Ronquières en 1986,

 
  • 10 mai 1982, 22h20, Ixelles : Vol, façon "car jacking" d'une Austin Allegro par deux auteurs.  Le véhicule leur servira à se rendre jusqu'à Lembeek afin d'y voler un autre véhicule,

 
  • 10 au 11 mai 1982, nuit, Lembeek - Halle : Vol d'une Volswagen Santana au garage Brichau.  Le show-room fut fracturé et la voiture volée avec les clefs sur le démarreur.  L'Austin fut abandonnée sur place,

 
  • 14 août 1982, 3h25, Maubeuge : Vol à l'épicerie Piot.  Les auteurs ouvrirent le feu contre la police et emportèrent de l'alcool et des produits alimentaires.  Ils étaient à bord de la VW Santana,

 
  • 30 septembre 1982, 10h35, Wavre : Attaque de l'armurerie Dekaize par trois auteurs qui abattirent un policier à leur sortie du commerce.  La voiture fut prise en charge par la gendarmerie et il y eut un nouvel échange de tirs, faisant deux blessés parmi les gendarmes.  Le véhicule fut incendié à Watermael.  Le butin de l'attaque s'établit à des revolvers, pistolets et pistolets mitrailleurs.  Une arme sera retrouvée dans le canal à Ronquières en 1986,

 
  • 22 au 23 décembre 1982, nuit, Beersel : Meurtre sur le concierge de l'auberge de Beersel.  La victime fut ligotée et exécutée de six balles de calibre 22 tirées derrière l'oreille gauche.  Butin : de la bière, du café, des alcools, des cigarettes,

 
  • 9 janvier 1983, nuit, Bruxelles : Disparition du taximan Angelou, chaussée de Mons à Anderlecht.  Il fut retrouvé, exécuté de quatre balles de 22lr dans la nuque, dans le coffre de son véhicule, à Mons, le 12 janvier,

 
  • 28 janvier 1983, 20h30, Watermael :Vol, façon car-jacking, d'une Peugeot 504 par plusieurs auteurs.  La voiture fut abandonnée à Ohain, près de l'auberge des Trois Canards, le 15 février, avec la malle arrière percée de balles,

 
  • 11 février 1983, 19h10, Genval : Hold-up au Colruyt.  Bilan, pas de victimes et 700 000 francs belges,

 
  • 14 février 1983, 19h20, Lasnes : Car-jacking d'une VW Golf Rabbit par deux auteurs arrivés à bord de la Peugeot 504.  La voiture sera découverte au bois d'Hourpes, le 9 juin, dépourvues de nombreux accessoires,

 
  • 25 février 1983, 19h20, Uccle: Hold-up au Delhaize par trois auteurs au visage noircis.  Ils prirent la fuite à bord de la Golf avec 600 000 francs belges.

 
  • 3 mars 1983, 19h30, Halle : Hold-up au Colruyt pas trois auteurs arrivées en VW Golf. Un tué, 1 100 000 francs dérobés,

 
  • 8 juin 1983, 01h00, Braine l'Alleud : Vol d'une Saab 900 Turbo dans un show-room,

 
  • 10 septembre 1983, 2h30, Temse : Vol de gilets pare-balles et meurtre du concierge des lieux.  Les auteurs circulaient à bord de la Saab.  Des restes de gilets furent découvert dans le canal à Ronquières en 1986,

 
  • 17 septembre 1983, 1h25, Nivelles : Vol au Colruyt.  Meurtre des époux Fourez-Dewit arrivés sur place et du gendarme Morue.  Démarrant à bord de la Saab et de la Mercedes des époux Fourez, les auteurs ouvrirent le feu sur la police à Braine l'Alleud.  La Saab, endommagée fut abandonnée à peu de distance de là.  Butin : du café, des praline et de l'huile, abandonnées avec la Saab.  Seront retrouvés à Ronquières en 1986 les deux pistolets 7,65 dérobés aux gendarmes,

 
  • 2 octobre 1983, 1h00, Ohain : Vol à l'auberge des Trois Canards et meurtre du gérant. Vol d'une VW Golf GTI par trois auteurs.  La voiture, repeinte en noir, sera abandonnée incendiée à Anderlues, le 1 décembre 1983,

 
  • 7 octobre 1983, 19h50, Beersel : Hold-up au Delhaize par trois auteurs à bord de la Golf.  Ils abattirent le gérant et repartirent avec 1 200 000 francs,

 
  • 1 décembre 1983, 18h30, Anderlues : Vol de la bijouterie Szymusik et double meurtre des exploitants par trois auteurs circulant à bord de la Golf volée à Ohain.  La Golf fut incendiée à proximité du lieu des faits,

 
  • 27 septembre 1985, 20h10, Braine l'Alleud : Hold-up au Delhaize faisant trois morts pour un butin de 750 000 francs belges,

 
  • 27 septembre 1985, 20h35, Overyse : Hold-up au Delhaize faisant cinq morts.  Butin : 1 520 000 francs en chèques et 991 000 francs en liquide,

 
  • 9 novembre 1985, 19h40, Alost : Hold-up au Delhaize. Huit morts, dont sept tués sur le parking avant l'entrée des auteurs dans le magasin.  Butin : 737 000 francs belges et un coffre qui sera découvert dans le canal à Ronquières en 1986,

 
  • 12 novembre 1985, nuit, Ronquières : Agissements suspects de personnes jetant des sacs au canal,

 
  • 6 et 7 novembre 1986, Ronquières :Découverte dans le canal des objets liant les tueries de 1982-1983 et 1985.

LES TUEURS DU BRABANT WALLON


Identité : inconnue

Nombre de victimes : 28 tués

Lieu : Provinces du Brabant, du Hainaut, de Namur, de Flandre orientale (Belgique), Nord-Pas-de-Calais (France)

Dates : Du 13 mars 1982 au 9 novembre 1985

Moyens : Armes à feu, Riot-Gun

Mobile : Aucun mobile précis dégagé (Grand bantitisme, actes de déstabilisation politique ???)

Verdict : Enquête en cours


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