Les Cellules communistes combattantes : attentats en série


    En Europe occidentale durant les années 70, alors que la guerre du Vietnam venait de se terminer, l'opposition à l'impérialisme américain s'intensifia.  De nombreux pays, dont l'Allemagne, l'Italie et la France, furent les cibles d'attentats terroristes.  Ce genre d'agissements atteignit la Belgique durant la première moitié des années 80.

Pierre Carette


    Né en 1952, Pierre Carette fut très tôt fasciné par l'extrême-gauche.  En 1976, à peine âgé de 24 ans, il fonda à Bruxelles un Comité de soutien aux prisonniers politiques de la Rote Armee Fraktion ouest-allemande.  Ce comité, épaulé par d'autres organisations similaires, permit à la faction terroriste RAF, soumise à la censure en Allemagne, de diffuser nombre de communiqués.
Fasciné par les leaders de la RAF (Baader, Meinhof, Ennsslin et Raspe), Carette se radicalisa progressivement.  Il entretint ainsi des contacts avec plusieurs membres de la RAF et leur rendit visite en Allemagne.

    En 1976, devenu imprimeur, Carette travailla pour divers partis politiques mais ne cessa pas d'imprimer des tracts à tendance gauchisante ou anarchiste.  Il publia ainsi divers articles de soutien à la RAF ainsi que des tracts provenant de celle-ci et relatifs à la guérilla urbaine.

    En décembre 1977, après la mort en prison des leaders de la RAF, officiellement du fait de suicides, Carette décida de mettre sur pied une manifestation de soutien au groupement terroriste allemand.  La manifestation sera annulée in-extremis du fait d'une descente de la police belge et de la saisie de nombreux documents au siège du comité.

    En 1978, sept membres du comité Carette occupèrent l'ambassade des Pays-Bas à Bruxelles, toujours en soutien aux membres emprisonnés de la RAF.
En mars, la police belge lança une opération d'envergure contre Carette et ses sympathisants : perquisitions, fichage systématique des membres du comité...
Outre le fait d'être un organisme de propagande pour la RAF, le comité Carette prit progressivement les allures d'une base de repli : on y aperçut à plusieurs reprises des extrémistes de gauche allemands, dont la soeur d'Andreas Baader.

    En 1979, Carette publia un écrit qui stipulait : "la lutte armée anti-impérialiste existe ici et maintenant".  Le 25 juin de la même année, une bombe explosa au passage de la voiture du général américain Haig, commandant en chef des Forces armées en Europe, qui se rendait à son bureau du SHAPE à Casteau; l'attentat, qui fit deux blessés légers, fut revendiqué par un groupe inconnu, la "brigade Julien Lahaut" (député communiste assassiné à Seraing en 1950).
Carette ne fut ni inquiété, ni même interrogé.
Cette même année, Carette échangea des courriers avec Frédéric Oriach, le penseur alors détenu du groupe terroriste français "Action Directe".
Sous l'influence d'Oriach, Carette bascula vers la lutte armée.  Fondant la "Ligne rouge", il y publiera les communiqués d'"Action directe".

Premiers attentats



    En 1981, Carette fonda, avec sa compagne Pascale Vandegeerde et un nommé Didier Chevolet, les "Ateliers graphiques" situés à Saint-Gilles, en banlieue bruxelloise. 
Cette organisation attira plusieurs jeunes ultra-gauchisants, dont un certain Bertrand Sassoye, un jeune appelé du contingent qui avait choisi de déserter l'armée.

    Le 2 octobre 1984, un premier attentat frappa la firme Litton à Evere.  Le lendemain, une bombe explosa au siège de la société Man à Dilbeek.  Le 8 du même mois, ce furent les bureaux de la firme Honeywell à Evere qui furent touchés.  Les trois firmes étaient impliquées dans des productions militaires.

    A la mi-octobre 1984, le centre libéral d'études Paul Hymans (Ixelles) et le siège du parti politique flamand CVP (Gand) furent visés.
Le 19 octobre 1984, les autorités belges déclenchèrent l'opération Mammouth.  750 policiers et gendarmes effectuèrent 120 perquisitions dans les milieux gauchisants et écologistes mais les CCC échappèrent à la frappe.
En désespoir de cause, le gouvernement belge accorda un supplément budgétaire de 250 millions de francs belges  (6 millions d'euros) en faveur des forces de police.

    Le 26 novembre 1984, les Cellules communistes combattantes firent sauter deux pylônes de télécommunication sur la base aérienne de Bierset.
Durant la nuit du 11 au 12 décembre, ils attaquèrent à six reprises les pipelines de l'OTAN, les mettant hors-service à Glons, Ittre, Ensival, Gastuche et Ittre et interrompant pour plusieurs jours l'approvisionnement en carburant des forces de l'OTAN entre Le Havre et Aix-la-Chapelle.

Premiers morts



    Les attentats des CCC n'influencèrent pourtant pas la politique belge au sein de l'OTAN.  A cette époque, la Belgique se déclara en faveur de l'implantation de missiles nucléaires américains sur son sol; dans le même temps, les moyens de la gendarmerie furent renforcés.

    Le 15 janvier 1985 fut une journée chargée en événements : la Belgique décida de l'implantation de missiles de croisière à Florennes, la RAF allemande et Action directe française fusionnèrent...  Le même jour, les CCC firent sauter une voiture devant un bâtiment du Shape en région bruxelloise.

    Le gouvernement américain, qui craignait de nouveaux attentats contre ses intérêts sur le sol belge, reprocha à la Belgique l'insuffisance de ses mesures de sécurité.
En conséquence, le 28 janvier 1985, 1 500 gendarmes et policiers furent déployés sur les sites stratégiques.

    Les 20 et 21 avril 1985, alors que les CCC ne faisaient plus parler d'eux depuis trois mois, deux attentats frappèrent l'OTAN et la société AEG-Telefunken en région bruxelloise.  Ils furent revendiqués par un groupuscule inconnu, le Front révolutionnaire pour l'action prolétarienne (FRAP).

    Durant la nuit du 1er mai, les CCC stationnèrent une camionnette piégée face au siège de la Fédération des entreprises de Belgique, à Bruxelles.
Deux jeunes s'enfuirent de la camionnette et furent aperçus par un témoin qui appela la police au numéro 906.  Une minute plus tard, les CCC appelèrent la gendarmerie au numéro 901, signalant qu'un véhicule exploserait dans le quart d'heure dans la rue des Sols.  Peu après, le témoin rappela la police au 906 afin de préciser que de la fumée sortait de la camionnette; la police prévint les pompiers.
De son côté, sans avoir averti les autres services, la gendarmerie envoya sur place une patrouille qui ne remarqua rien d'anormal.
Les pompiers parvinrent sur place à minuit 25.  La camionnette, truffée de bonbonnes de gaz, explosa, tuant deux pompiers de 39 et 30 ans, et blessant grièvement deux autres.

    Quelques heures après le drame, les CCC publièrent un communiqué dans lequel ils exprimèrent leurs regrets et rejetèrent la responsabilité de la mort des pompiers sur la gendarmerie qui, sachant qu'il s'agissait d'un véhicule piégé, n'avait pas prévenu les pompiers.
Six jours plus tard, les CCC firent exploser le siège de la direction supérieure de la logistique de la gendarmerie à Bruxelles.
Les CCC avaient prévu une série d'autres actions mais, au lendemain du drame de la rue des Sols, ils les annulèrent.

    En mai 1985, le gouvernement belge mit 1 000 chômeurs en appui de la police et 400 militaires en appui de la gendarmerie.
Les numéros d'urgence 901 et 906 furent unifiés.

Nouvelles actions



    Durant l'été 1985, sur fond de visite papale, la Belgique bascula dans le cauchemar : au drame du Heysel succéda une reprise des braquages des Tueurs du Brabant dont on n'avait plus entendu parler depuis 1983, ainsi que de nouvelles actions des CCC.
Le 8 octobre, ces dernières firent exploser un véhicule sur le site bruxellois de Sibelgaz en prélude à leur nouvelle campagne "Karl Marx".
Le 12 octobre deux colis piégés explosèrent à Charleroi, l'un au siège de Fabrimetal, l'autre au siège du ministère des Finances.
Une semaine plus tard, un cocktail Molotov fut lancé contre une agence militaire d'information à Namur.  Puis, la voiture du responsable de l'Agence pour la coopération et le développement fut prise pour cible.

    Les attentats se poursuivirent durant la nuit du 3 au 4 novembre 1985 lorsqu'une qu'une Renault Espace équipée d'un haut-parleur fut stationnée devant une agence de la banque Bruxelles-Lambert à Bruxelles.  Un individu abandonna le véhicule après avoir actionné le mécanisme vocal qui demandait aux passants de s'éloigner.  A ce moment surgit la voiture d'un garde Securitas.  Le terroriste tira plusieurs rafales de mitraillette sur la voiture avant de fuir.  Miraculeusement, le garde se sortit indemne de son véhicule sur lequel on dénombra 24 impacts de balles.  Peu après, la Renault Espace explosa alors que le haut-parleur diffusait l'Internationale.

    Le 4 novembre toujours, deux hommes pénétrèrent dans une agence bancaire de la Société Générale située boulevard Tirou à Charleroi.  Ils y déposèrent une valise ainsi que des tracts qui annonçaient une explosion dans les trente minutes.  A l'heure dite, alors que le quartier avait été évacué, l'immeuble explosa.  Les enquêteurs prirent la peine de filmer les badauds : Pierre Carette se trouvait parmi eux.
Le lendemain, les CCC commirent deux autres attentats, contre la Hannover Bank de Charleroi, et contre le Kredietbank d'Anvers.
Ce même jour, le gouvernement annonça de nouvelles mesures antiterroristes.  Les gendarmeries et les palais de justice furent protégés derrière des sacs de sable, des blocs de béton et du fil barbelé.  Le gouvernement annonça le vote d'un budget complémentaire de cinq milliards de francs belges (125 millions d'euros) pendant quatre ans afin de renforcer le système répressif.

    Le 16 novembre, à l'issue d'une nouvelle réunion de crise, le gouvernement belge débloqua un demi-milliard supplémentaire et plaça 740 parachutistes en appui de la gendarmerie.
Pourtant, le 21 du même mois, lors de la visite du président américain Reagan au QG de l'OTAN à Evere, les CCC frappèrent le siège européen de Motorola à Bruxelles.

    Le 2 décembre 1985, enfin, les autorités diffusèrent la photo et le signalement de Carette dont les empreintes digitales avaient été relevées sur le lieu d'un attentat commis le 4 novembre.
Cette diffusion tardive d'informations amena la gendarmerie belge à accuser la Sûreté de l'Etat d'avoir laissé agir les CCC intentionnellement.

    Le 4 décembre, un jeune homme déposa une mallette piégée et des tracts des CCC à la Bank of America d'Anvers.  A 11h30, après l'évacuation de l'immeuble, la charge explosa.
Dans la nuit du 6 décembre, une nouvelle explosion détruisit une section d'un pipe-line de l'OTAN à Wortegem-Petegem.

La fin



    Le 16 décembre 1985, une action combinée de la Police Judiciaire et de la Sûreté de l'Etat amena la chute des CCC.
Pris en filature depuis la gare de Charleroi à leur insu, Pascale Vandegeerde et Didier Chevolet gagnèrent Namur où ils retrouvèrent Bertrand Sassoye et Pierre Carette.
Repérés dans un restaurant Quick de la place de la Gare, les quatre membres des CCC furent interceptés sans violences par une trentaine de policiers.

    Des clés découvertes sur Carette permettront de localiser diverses planques de la bande à Charleroi, Liège et Bruxelles.  Dans un appartement bruxellois, les gendarmes découvrirent plusieurs kilos d'explosifs et des plans de futurs attentats.

    Le procès des CCC se déroula aux assises du Brabant dans un contexte ultra-sécurisé.
Débuté le 26 septembre 1988, le procès se termina le 21 octobre par la condamnation des quatre accusés aux travaux forcés à perpétuité.
Pascale Vandegeerde sortit la première de prison, le 4 février 2000.  Didier Chevolet, qui avait pris ses distances par rapport aux CCC en 1995, fut libéré le 9 février 2000.  Bertrand Sassoye suivit le 10 juillet 2000 et enfin Pierre Carette, le 25 février 2003.  Les deux derniers n'ont pas renié à leurs convictions communistes.

    Le 5 juin 2008, Pierre Carette et Bertrand Sassoye furent à nouveau arrêtés, le premier pour non-respect des conditions de libération conditionnelle, le second pour « appartenance à une organisation terroriste », c'est-à-dire ses liens avec le Parti communiste politico-militaire, groupe italien issu des Brigades rouges.  Ils furent libérés à nouveau après une brève détention.

    Soumis à un régime d'isolement strict, Carette purgea 19 années de prison, ce qui constituait la peine la plus longue alors subie par un condamné à perpétuité en Belgique.

    Il semble aujourd'hui établi que les attentats des CCC ne purent être commis par les seuls condamnés, d'autant plus que Sassoye et Vandegeerde ne rejoignirent la lutte armée qu'à la mi-année 1985.
Combien de membres composèrent-ils les CCC ?  Qui étaient-ils ?  Le mystère subsiste.
Pour sa part, Carette se contenta de déclarer, après sa libération, : "Les cellules n'existent plus.  Elles ont été dissoutes après nos arrestations".
Sassoye et Carette


LES CELLULES COMMUNISTES COMBATTANTES


Noms : Pierre Carette, Pascale Vandegeerde, Bertrand Sassoye, Didier Chevolet

Victimes : 2

Lieux : Bruxelles, Anvers, Charleroi,... (Belgique)

Dates : D'octobre 1984 à décembre 1985

Moyens : Explosifs

Mobile : Idéologisme politique

Verdict : Perpétuité; condamnés libérés entre 2000 et 2003



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