Fritz Haarmann : le boucher de Hanovre



    Friedrich Haarman, tueur en série allemand des années 1920, est passé à la postérité sous le nom de "Boucher de Hanovre"
Il se rendit coupable d'agressions sexuelles, de meurtres, de mutilations et de démembrements sur au moins 24 garçons et jeunes hommes, entre 1918 et 1924, autour de la ville de Hanovre.

L'enfance



    Friedrich Haarmann est né à Hanovre le 25 octobre 1879.  Il était le sixième enfant et dernier enfant de la famille.
Si son père se montra peu présent, sa mère gâta énormément le dernier né.
Son père avait épousé sa mère pour sa seule richesse.  Il passa toute sa vie pour un individu colérique et infidèle.
Dès son enfance, Fritz développa une haine certaine pour cet homme.

    Enfant calme, Fritz fut peu socialisé.  Dès son plus jeune âge, l'enfant se montra efféminé; il portait un grand intérêt pour les poupées, les robes et les travaux de couture.

    A l'école, son comportement fut exemplaire mais ses résultats assez décevants.  Il fut décrit comme "enclin à la rêverie".
A deux reprises, il fut contraint de répéter une année scolaire.  Il semble aussi, qu'en au moins une occasion, il fut molesté par un enseignant.

    Il quitta l'école en 1894, travailla brièvement comme apprenti serrurier puis, alors âgé de quinze ans, s'inscrivit dans une académie militaire.

L'adolescence et les premiers délits



    Haarmann s'adapta bien à la vie militaire et fut décrit comme un bon soldat.  Toutefois, après cinq mois de service, il fut victime de problèmes de santé qui furent considérés comme "équivalents à l'épilepsie".  En novembre 1895, il quitta l'armée et retourna à Hanovre.

    Vers l'âge de seize ans, Haarmann commit ses premiers délits de nature sexuelle.  Il attirait de jeunes garçons dans des endroits isolés pour abuser d'eux.  Il fut arrêté une première fois en juillet 1896.
Après d'autres arrestations, il fut transféré en hôpital psychiatrique et diagnostiqué "incurablement dérangé".  Du fait de ce diagnostic, il échappa à un procès.
A la fin de l'année 1897, sans doute avec le complicité de sa mère, il s'évada de l'institut psychiatrique et se réfugia en Suisse où il demeura seize mois, avant de retourner à Hanovre en avril 1899.

    Au début de l'année 1900, il se fiança à Erna Loewert.
En octobre 1900, Haarmann fut convoqué pour effectuer son service militaire.

La période militaire



    Le 12 octobre 1900, Haarmann fut affecté dans la ville alsacienne de Colmar.
Il passa pour un soldat exemplaire et un excellent tireur.  Il décrira plus tard cette période de service militaire comme le meilleur moment de sa vie.
En octobre 1901, il commença à souffrir de vertiges et fut hospitalisé durant quatre mois avant d'être jugé inapte et renvoyé à la vie civile.

    Il retourna à Hanovre et s'installa avec sa fiancée.  A plusieurs reprises, pour des motifs divers, il déposa plainte contre son père mais fut systématiquement débouté.

    La justice ordonna au plaignant de subir un examen psychiatrique, lequel fut effectué en mai 1903.  Haarmann ne fut pas jugé mentalement instable.

    Haarmann tint brièvement une poissonnerie, plaça des assurance, puis fut reconnu comme invalide et toucha une petite pension de l'armée.
En 1904, sa fiancée, bien qu'enceinte, rompit avec lui.

Le délinquant



    Haarmann débuta alors une carrière d'escroc et de voleur.  Bien que trouvant régulièrement un emploi, il n'hésita jamais à voler ses patrons ou leurs clients.
A partir de 1905, il connut plusieurs périodes d'emprisonnement pour vol, détournement de fonds, agression...
De fait, il passa l'essentiel des années 1905 - 1912 en détention.

    A la fin de l'année 1913, il fut arrêté à la suite d'un cambriolage et condamné à cinq années de détention.
Il échappa dès lors au carnage de la première guerre mondiale.
Libéré en avril 1918, Haarmann s'installa à Berlin, puis retourna à Hanovre où il loua une chambre en août 1918.
Il reprit bien vite des activités illégales et se lança dans des activités de contrebande.

    La pauvreté consécutive à la première guerre mondiale amena une recrudescence des vols, agressions et meurtres en Allemagne.  En 1919, l'armée n'existait plus et la police allemande, mal payée et surchargée, manquait de ressources.  Dans ce contexte, les informateurs étaient les bienvenus.

    Bien que connu comme criminel et homosexuel (l'homosexualité était illégale et passible d'emprisonnement), Haarmann devint sans difficulté informateur pour le compte de la police.  Bien que passant pour une source fiable d'information, Haarmann joua un double jeu; ces activités d'informateur lui permirent d'accéder à des biens volés et d'approcher de jeunes garçons.
Fritz Haarmann

Le meurtrier



    Entre 1918 et 1924, Haarmann commit au moins 24  meurtres, et probablement 27.
Toutes les victimes étaient des hommes âgés entre 10 et 22 ans, la plupart du temps adolescents.
Il approcha ses victimes en promettant un logement ou du travail, ou en prétextant une arrestation.

    Une fois amenée à l'appartement de Haarmann, la victime était assassinée.  Haarmann étranglait parfois ses victimes mais, généralement, il mordait celles-ci à la gorge, endommageant la trachée.
Toutes les victimes furent démembrées et les restes jetés dans la rivière Leine.

    Après l'arrestation du tueur, des rumeurs circulèrent sur le fait que la chair des victimes avait été consommée par Haarmann.  Le fait ne fut jamais prouvé mais il apparut que Haarmann officia un temps comme pourvoyeur de viande de contrebande, désossée et coupée en dés.
L'immeuble où Haarmann commit l'essentiel de ses crimes

La première victime



    La première victime connue de Haarmann fut un jeune fugueur de 17 ans, Friedel Rothe, qui disparut le 27 septembre 1918.
L'enquête permit d'établir qu'il avait été aperçu pour la dernière fois en compagnie de Haarmann.
En octobre 1918, la police perquisitionna le domicile de Haarmann et trouva ce dernier en compagnie d'un garçon de 13 ans partiellement dénudé.  Haarmann fut accusé d'agression sexuelle sur mineur et condamné à une peine d'emprisonnement de neuf mois.  Les enquêteurs fouillèrent le lieu mais ne trouvèrent pas la tête de Friedel Rothe, enveloppée dans du papier journal et cachée derrière le poêle.

    Libéré en 1919, Haarmann fit la connaissance d'un jeune fugueur de 18 ans, Hans Grans, lequel vivait dans la rue après avoir fui le domicile familial de Berlin.

La liaison avec Grans



    Grans, au courant de l'homosexualité de Haarmann, accepta de vendre son corps.  De son côté, Haarmann déclarera qu'il considérait Grans "comme un fils".

    Grans devint l'amant de Haarmann, puis son complice.
Hans Grans

Meurtres en série



    Les victimes suivantes de Haarmann furent des navetteurs, des fugueurs ou des prostitués qui se trouvaient autour de la gare de Hanovre.
Haarmann commit son deuxième assassinat le 12 février 1923 sur la personne de Fritz Franke, 17 ans.

    Cinq semaines plus tard, le 20 mars, Haarmann rencontra Wilhelm Schutze, 17 ans, à la gare de Hanovre.  Il disparut sans laisser de trace.  On ne retrouva jamais son corps, mais bien ses effets personnels au domicile de Haarmann après l'arrestation de ce dernier.
Deux autres victimes furent Roland Huch, 16 ans, disparu le 23 ami, et Hans Sonnenfeld, 19 ans, disparu aux environs du 31 mai 1923.

    Le 25 juin 1923, un garçon de 13 ans, Ernst Ehrenberg, le fils d'un voisin de Haarmann, disparut en allant faire un achat pour son père.  Sa casquette sera retrouvée dans l'appartement du tueur après son arrestation.
Deux mois plus tard, un commis de 18 ans, Heinrich Struss, disparut à son tour.  Une fois encore, ses effets seront retrouvés chez Haarmaan.
L'assassinat de Struss aurait été suivi par celui de Paul Brnischewski, 17 ans.  Ses vêtements seront retrouvés au domicile du tueur.

    Aux environs du 30 septembre 1923, Haarmann tua Richard Graf, 17 ans, lequel avait annoncé à sa famille avoir rencontré à la gare de Hanovre un individu qui lui avait promis un bon travail.
Deux semaines pus tard, le 12 octobre, Wilhelm Erdner, 16 ans, disparut.  L'enquête établit qu'il avait été accosté par le détective Fritz Honnerbrock, un pseudonyme utilisé par Haarmann.  Par ailleurs, le 20 du même mois, Haarmann et Grans vendirent le vélo de Erdner.
Durant la semaine suivante, deux adolescents disparurent de la gare de Hanovre : Hermann Wolf, 15 ans, le 24 octobre et Heinz Brikmann, 13 ans, le 27 octobre.  Haarmann ne fut jamais confondu pour ce dernier meurtre.

    Le 10 novembre1923, Adolf Hannappel, 17 ans, disparut de la gare de Hanovre.  Des témoins certifieront plus tard l'avoir vu en compagnie de Haarmann et Grans.
Un mois plus tard, le 6 décembre, Adolf Hennies, 19 ans, disparut.  Haarmann reconnaîtra avoir démembré la victime mais rejeta le meurtre sur Grans.

L'année 1924



    Le 5 janvier 1924, Ernst Spiecker, 17 ans, disparut.
Dix jours plus tard, Haarmann tua Heinrich Koch, 20 ans.

    Le mois suivant, il fit deux nouvelles victimes : Willi Senger, 19 ans, le 2 février et Hermann Speichert, 16 ans, le 8 février.

    Haarmann fut sans doute mêlé au meurtre de Hermann Bock, le 1er avril.  Les preuves manquèrent contre lui mais des effets appartenant à Bock furent retrouvés chez lui et il fut établi que le tueur avait vendu la valise du disparu.  Haarmann fit également pression sur des connaissances de la victime afin qu'elles ne signalent pas sa disparition.

    Le 8 avril, un fugueur de 16 ans, Alfred Hogrefe, disparut de la gare de Hanovre.
Neuf jours plus tard, WIlhelm Apel, 16 ans, disparut après avoir été abordé dans la gare par Haarmann.
Le 26 avril, Robert Witzel se volatilisa après avoir rencontré "un fonctionnaire de la gare ferroviaire".

    Deux semaines plus tard, Haarmann tua un adolescent de quatorze ans, Heinz Martin, dont les effets seront retrouvés chez lui quelques mois plus tard.
Moins de trois semaines plus tard, le 26 mai, Fritz Wittig, 17 ans, fut tué par Haarmann sur l'insistance de Grans.
Le même jour, Haarmann tua sa plus jeune victime, Friedrich Abeling, dix ans.
Deux semaines plus tard, il fut rejoint dans la mort par Friedrich Koch, seize ans.

    Haarmann fit sa dernière victime le 14 juin, en tuant Erich de Vries, 17 ans.  A son habitude, il démembra ensuite le corps pour se débarrasser des membres dans un plan d'eau.

Confondu



    Le 17 mai 1924, deux enfants jouant près de la rivière Leine découvrirent un crâne humain, lequel s'avéra appartenir à un homme âgé de 18 à 20 ans.
Deux semaines plus tard, le 29 mai, un autre crâne fut découvert.
Dans les jours qui suivirent, un sac contenant des os humains fut découvert près du village de Döhren.
Deux autres crânes, appartenant à des adolescents, furent retrouvés le 13 juin.  Ils présentaient des traces laissées par un couteau et avaient été séparés de la vertèbre à l'aide d'un instrument tranchant.

    Ces découvertes furent mises en rapport avec les nombreuses disparitions de jeunes hommes survenues les années précédentes à Hanovre.
Le 8 juin, des centaines d'habitants de la ville fouillèrent les rives de la rivière Leine.  On découvrit à cette occasion 500 ossements humains, issus de 22 corps différents.
30¨% des ossements appartenaient à des garçons de moins de vingt ans.

    Rapidement, les soupçons se portèrent sur Fritz Haarmann, connu comme homosexuel pédophile et auteur de diverses agressions sexuelles.
Le suspect fut placé sous surveillance.  Comme l'homme travaillait comme indicateur de la police de Hanovre et connaissait les membres des forces de police locales, les autorités engagèrent des agents venus spécialement de Berlin pour observer les allées et venues de Haarmann dès le 18 juin 1924.

L'arrestation



    Le 22 juin, Haarmann fut intercepté en compagnie d'un garçon de quinze ans, Karl Fromm.  Ce dernier signala avoir été violé à plusieurs reprises par Haarmann lors des quatre jours précédents.  Haarmann fut arrêté et inculpé d'agression sexuelle.

    Une perquisition de l'appartement de Haarmann démontra que le sol, les murs et la literie étaient tachés de sang.
Haarmann expliqua faire un commerce illégal de viande de contrebande mais l'enquête de voisinage confirma le passage de nombreux adolescents chez lui.  Par ailleurs, des voisins l'avaient vu quitter son domicile à de multiples reprises, en soirée, porteur de sacs ou de paniers...
Deux anciens locataires affirmèrent avoir suivi Haarmann et l'avoir vu jeter quelque chose dans la rivière Leine.
Les objets retrouvés chez Haarmann furent saisis.  Au cours des jours suivants, nombre de vêtements ou d'effets personnels furent reconnus par des parents d'adolescents disparus.

    Le tournant de l'enquête survint le 29 juin 1924.  Des vêtements retrouvés chez Haarmann furent identifiés comme appartenant à un disparu de 18 ans, Robert Witzel.  Or, un crâne retrouvé dans les jours précédents avait été formellement attribué à Witzel.  Par ailleurs, un témoin identifia Haarmann comme étant l'homme qui accompagnait Witzel la veille de la disparition de ce dernier...

Les aveux



    Haarmann avoua le viol, le meurtre et le démembrement de nombreux jeunes hommes, entre 1918 et 1924.
Il déclara avoir étranglé ses victimes ou avoir sauvagement mordu celles-ci au niveau du cou.  Il signala qu'une seule personne avait pu lui échapper mais, de toute évidence, celle-ci n'avait pas déposé plainte auprès de la police.
Il expliqua aussi sa manière de procéder au démembrement des victimes.  Un démembrement complet exigeait généralement deux jours.  Les viscères et la chair étaient jetés aux toilettes ou dans la rivière Leine.  Les os, parfois brisés, étaient également jetés à l'eau.

    Haarmann affirma que ses crimes n'avaient jamais été prémédités mais de nombreux indices amenaient à croire que la plupart des meurtres avait été planifiés au cours des heures ou des jours qui les précédaient.

    Il affirma avoir fait entre 50 et 70 victimes mais les preuves ne le reliaient qu'à 27 homicides.

    Le 16 août 1924, Haarmann fit l'objet d'un examen psychiatrique.  Il fut jugé responsable de ses actes.

Le procès



    Le procès de Fritz Haarmann et Hans Grans débuta le 4 décembre 1924.
Accusé de 27 assassinats, Haarmann reconnut sa culpabilité dans 14 homicides.  Grans plaida non coupable.

    Le procès reçut une large couverture médiatique et fut qualifié de procès "le plus révoltant de l'histoire criminelle allemande".
Haarmann se montra souvent dédaigneux ou taciturne.
Plusieurs voisins témoignèrent sur divers sujets; les uns avaient vu nombre de jeunes hommes entrer chez Haarmann, d'autres l'avaient vu sortir régulièrement avec des paquets ou jeter des choses dans la rivière Leine.  D'autres encore affirmèrent avoir acheté à Haarmann une viande étrange qui les avait rendus malades !

    190 témoins défilèrent au cours des deux semaines de procès.
Le 19 décembre 1924, Fritz Haarmann fut reconnu coupable de 24 des 27 meurtres et condamné à mort par décapitation.
Hans Grans fut reconnu coupable d'un assassinat, d'incitation au meurtre, de complicité de meurtres et fut condamné à mort.

    Haarmann ne fit pas appel, contrairement à Grans dont le pourvoi fut rejeté le 6 février 1925.

Exécution



    Le 15 avril 1925, Fritz Haarmann fut décapité par une guillotine dans l'enceinte de la prison de Hanovre.
Ses dernières paroles furent : "Je suis coupable, messieurs, mais je veux mourir comme un homme.  Je me repens mais je ne crains pas la mort".

Epilogue



    Après l'exécution de Haarmann, son cerveau fut disséqué.  Il présentait des traces de méningites.
La tête de Haarmann fut conservée dans du formol par l'école de médecine de Göttingen.  Elle ne fut incinérée qu'en 2014.

    Les restes des victimes de Haarmann furent enterré dans une fosse commune en février 1925.  En avril 1928, le lieu fut surmonté d'un monument de granit sur lequel figure les noms et l'âge des victimes.

    La découverte d'une lettre de Haarmann faisant état de l'innocence de Grans valut à ce dernier un second procès.
Ce dernier se tint en janvier 1926.  Le 19 du même mois, Grans fut reconnu coupable d'avoir aidé et encouragé Haarmann et condamné à douze années de détention. Grans continua à vivre à Hanovre après sa libération et mourut en 1975.

    La cas Haarmann provoqua de vives discussions en Allemagne au sujet des méthodes d'enquêtes policières, du traitement des malades mentaux délinquants, de l'utilité de la peine de mort....  On discuta surtout de l'homosexualité, alors illégale, et on assista à la propagation d'une vague d'homophobie dans le pays.

Médias



    Fritz Haarmann inspira le tueur d'enfants fictif Hans Becker, joué par Peter Lorre, dans le film "M le maudit" de Fritz Lang (1931).  En plus de Fritz Haarmann, Lang s'inspira aussi des crimes, alors récents et notoires, de Peter Kürten, le "Vampire de Düsseldorf".

LE BOUCHER DE HANOVRE


Nom : Fritz Haarman

Victimes : 27 ou plus

Lieu : Hanovre (Allemagne)

Dates : De 1918 à 1924

Moyens : Strangulation, morsures à la gorge

Mobiles : Gratification sexuelle

Verdict : Peine de mort, exécuté le 15 avril 1925


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