Georges Rapin : "monsieur Bill"


    Le procès de Georges Rapin, alias "monsieur Bill", un criminel d'origine bourgeoise, fit l'objet d'une forte couverture médiatique au début des années 60.

Premier meurtre


    L'affaire Georges Rapin débuta le 5 avril 1958 à Villejuif, en banlieue parisienne.  Vers deux heures du matin, le propriétaire d'une station-service locale fut éveillé par une détonation.  Quittant l'étage du bâtiment,il gagna la station proprement dite afin de s'assurer de l'état de santé de son employé de service, Roger Adam, un père de trois enfants.  Dans l'arrière-boutique, au milieu de pièces de rechange, il ne tarda pas à découvrir le corps d'Adam, exécuté d'une balle dans la nuque.

    La brigade criminelle de la police judiciaire de Paris entama son enquête.  Il apparut que Roger Adam avait été abattu d'une balle de 7,65 millimètres vers 1h45.  Les policiers estimèrent que les agresseurs devaient être plusieurs et étaient probablement de jeunes malfaiteurs parisiens.
Il fut établi qu'après avoir acheté cinq litres d'essence, le ou les malfaiteurs usèrent d'un billet de 5 000 francs, retrouvé sur place, pour convaincre le pompiste de se rendre dans l'arrière boutique afin d'y trouver une pièce quelconque.  On estima que le tueur avait suivi la victime à son insu jusqu'à l'endroit du meurtre.
Chose étrange toutefois, rien ne semblait avoir été dérobé.  Les enquêteurs retrouvèrent 135 000 francs dans la caisse en plus du billet de 5 000 abandonné par le tueur...  Ils en déduisirent que l'agresseur avait probablement été dérangé et avait pris la fuite sans butin.

    Bientôt, les policiers arrêtèrent quatre jeunes gens, auteurs d'un double vol de voiture à Neuilly et à Fontainebleau.  Ils tentèrent de mettre ces faits en rapport avec le meurtre de Villejuif mais en vain.

    Faute de piste, l'affaire du meurtre du pompiste n'évolua guère jusqu'en 1959.

Deuxième meurtre


    Le 30 mai 1959, en forêt de Fontainebleau, des promeneurs découvrirent le corps d'une femme carbonisée.
L'autopsie démontra que la victime avait été atteinte de deux balles de 7,65 et qu'elle avait ensuite arrosée d'essence avant d'être brûlée vive : preuve absolue, la mort avait été causée par asphyxie due à la fumée...

    La victime fut identifiée grâce à ses escarpins.  Il s'agissait de Muguette Thirel, 23 ans, dite "Dominique", prostituée à Pigalle.  L'enquête démontra que "Dominique" travaillait pour un Corse, Stello, qui l'avait vendue récemment à un dénommé "monsieur Bill".

    Interrogé, Stello livra de bonne grâce des informations sur "monsieur Bill", signalant que l'intéressé possédait un bar à Paris, sur la rive gauche, et était "un fils à papa qui veut jouer les durs".
Rapidement, grâce à des informateurs, le café fut identifié comme étant le "Porto", boulevard Saint-Marcel à Paris.  Son propriétaire était le nommé Georges Rapin, fils unique d'une famille bourgeoise du boulevard Saint-Germain.

    Embarqué pour interrogatoire, Rapin passa rapidement aux aveux.  Il reconnut être "monsieur Bill" et avoir tué "Dominique".

Fils de bonne famille



    Fils d'un ingénieur, Georges Rapin était né en 1936.  Durant son enfance, puis sa jeunesse, il bénéficia de l'amour inconditionnel de sa mère, laquelle avait perdu un premier bébé du fait d'une méningite.
Rapin, surnommé "Pinpin", vit se réaliser tous ses caprices et devint un adolescent manipulateur et turbulent.

    Individu de taille moyenne, Georges Rapin, incapable d'en imposer physiquement, décida d'impressionner les gens grâce à son mode de vie et choisit de se lancer dans une carrière criminelle.
Toutefois, le Milieu ne fut guère impressionné car ce fils de riche à l'élégance tapageuse, au surnom américain et à l'accent corse contrefait.

    Rapin continua à bénéficier des largesses de sa famille.  Ses parents lui offrirent un bar, le "Bill's Bar", rue Pascal, puis un second, le "Porto"...  Rapin obtint ensuite une librairie qu'il délaissa comme ses autres établissements.

    Image personnifiée du raté, Rapin exigea ensuite de ses parents une Renault Dauphine Gordini neuve.  Il l'obtint...
Georges Rapin


Gangster d'opérette



    Tourné en ridicule par le Milieu, Rapin, alias "monsieur Bill", décida de posséder "une gagneuse".  Ce fut Muguette Thirel, vendue pour 500 000 francs par Stello.  Rapin exigea peu après de la fille une forte somme d'argent dans un laps de temps réduit.  Muguette Thirel, alias "Dominique", eut le tort, elle aussi, de ne pas prendre Rapin au sérieux.  Le 29 mai 1959, décidé à gagner le respect par la peur, Rapin emmena Muguette en forêt de Fontainebleau et l'abattit de deux balles qui atteignirent le foie.  Sa victime inconsciente, Rapin l'aspergea d'essence et mit le feu au corps.  Il se rendit compte que sa victime n'était pas morte en voyant celle-ci ramper sur plusieurs mètres tandis qu'elle était dévorée par les flammes.

    Outre l'aveu du meurtre de Muguette Thiel, Rapin reconnut une dizaine de crimes et se prétendit "nettoyeur" pour le Milieu.
Il reconnut aussi le meurtre de Roger Adam, survenu à Villejuif l'année précédente.  Rapin justifia le meurtre par une parole insolente qu'aurait eue le pompiste à son égard.

Le procès



    Si les "exploits" dont se vanta Rapin aux enquêteurs s'avérèrent faux, il fut établi qu'il était bien l'assassin de Muguette Thiel et de Roger Adam.

    La famille de Georges Rapin décida de contacter les avocats les plus réputés pour assurer sa défense.
Le bâtonnier Schwab s'attela à la tâche, épaulé par René Floriot, l'avocat le plus célèbre de son époque.
Rapin fut reconnu sain d'esprit.
Si la défense hésita sur la stratégie à suivre (éducation laxiste, soif de reconnaissance, dédoublement de personnalité,...), l'avocat général souligna énergiquement que Rapin avait tué à deux reprises et requit la peine de mort.  Rapin revint sur ses aveux et renia son personnage de "monsieur Bill".

    Le 31 mars 1960, Rapin fut condamné à mort en moins de trente minutes.  Il refusa de se pourvoir en cassation, considérant sa condamnation comme une reconnaissance de son statut de criminel d'envergure.
Rapin fut guillotiné le 26 juillet 1960 à 4h05.

    Gangster d'opérette mais véritable assassin, Rapin, le fils de bourgeois qui voulait obtenir la reconnaissance en devenant une figure du crime, fut surtout une caricature raillée et finalement "balancée" par le Milieu.  Et il y avait de quoi : un meurtre insensé d'un pompiste commis pour un soi-disant propos déplacé mal pris par le pseudo-caïd du crime, doublé du meurtre aussi sauvage qu'inutile d'une "gagneuse" à qui il avait demandé de ramener une trop forte somme d'argent en trop peu de temps.  Rapin, l'homme qui de par sa naissance pouvait prétendre à une haute destinée, fut de son vivant un raté.  Pourtant, après sa chute, il atteignit toutefois la célébrité à laquelle il aspirait :
  • il obtint les honneurs de la presse au moment de son procès,
  • son attitude courageuse lors de son exécution lui valut la considération posthume du Milieu,
  • même si son histoire est aujourd'hui largement oubliée, de nombreux livres décrivirent le parcours de Rapin, dont certains récents.  Et il est probable qu'il y en aura encore dans le futur.
G. Rapin


GEORGES RAPIN, "MONSIEUR BILL"


Nom : Georges Rapin

Victimes : 2

Lieux : Villejuif, forêt de Fontainebleau (Paris, France)

Dates : D'avril 1958 à mai 1959

Moyen : Pistolet de calibre 7,65

Mobile : Volonté de reconnaissance

Verdict : Peine de mort.  Exécuté le 26 juillet 1960


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