Gaetano "Tany" Zampa : le parrain de la côte



    Successeur des Guérini à la tête du Milieu marseillais, Zampa domina nombre d'activités mafieuses durant les années 70.  Engagé dans une guerre des gangs contre un autre gangster, Francis Vanverberghe, alias "Le Belge", Zampa connaîtra une chute brutale.

Les origines



    Gaetano Zampa naquit à Marseille le 18 mars 1933.  Il était le fils de Mathieu Zampa, un gangster d'origine napolitaine alors inféodé aux parrains marseillais Carbone et Spirito.
Filleul de Paul Carbone, Gaetano Zampa gravita dans les sphères du Milieu dès son plus jeune âge.
Durant la seconde guerre mondiale, son père, Mathieu, navigua entre collaboration et résistance; dès 1943, il rejoignit le clan des Guérini dorénavant appelés à régner sur Marseille.
A cette même époque, Gaetano Zampa fit ses premières armes pour le compte du Milieu.  Il transporta des enveloppes bourrées d'argent et, à l'occasion, fit le coup de poing ou de lame avec des adversaires.
Rapidement, Zampa apparut comme un instable, violent, souvent pris de tremblements et bégayant.  Pourtant, il fut rapidement apprécié du Milieu car ne dénonçant jamais personne et ne reculant devant aucune limite pour parvenir à ses fins.

    Suivant l'exemple de son père, Gaetano Zampa, surnommé "Tany", se rangea sous la bannière des Guérini et se rapprocha du maire socialiste de Marseille, Gaston Deferre, présenté comme proche du Milieu.  Agé de vingt ans, Zampa devint le garde du corps de Deferre.

    En mars 1953, à l'occasion d'une grève des dockers, Zampa entreprit de disperser la foule à sa manière : il s'empara d'une mitraillette et tira plusieurs rafales qui eurent tôt fait de provoquer la fuite des manifestants.

    A la même époque, Tany Zampa fit de fréquents voyages au Sénégal où son père possédait un bordel d'importance, lequel comptait comme client le président Senghor en personne.
Zampa fit également ses armes à Paris dès 1955, fréquentant les gangsters corses et marseillais de Pigalle.  Sur place, associé  à d'autres Marseillais, Zampa racketta des établissements, prit des filles sous sa protection et se rendit influent dans plusieurs cercles de jeux.
Opposé à des gangsters bien établis, comme Jo Attia et Jacky le Mat, Zampa en imposa par sa violence.

    Revenu à Marseille, il fit la preuve de ses progrès.  Le 24 décembre 1960, avec l'aide de complices, il braqua la Caisse des allocations familiales de Marseille.  Le butin fut de deux millions de nouveaux francs.  Aucun des participants ne fut arrêté et ils n'avouèrent les faits qu'une fois la prescription atteinte.
Tany Zampa


La prise de pouvoir



    Le pouvoir des Guérini allant en s'atténuant, Zampa acquit plusieurs boîtes de nuit marseillaises, dont l'Annabel's Club et le Krypton (Aix-en-Provence).
Au milieu des années 60, il fut brièvement incarcéré pour port illégal d'une arme à feu.

    Le pouvoir des Guérini s'effondra le 28 juin 1967, jour où Antoine Guérini fut abattu par deux motards.  Les enquêteurs soupçonnèrent Zampa d'avoir été le commanditaire et son lieutenant Jacky le Mat d'avoir été l'un des tireurs.
Soupçons fondés ou pas, la mort de Guérini laissa la place libre à Zampa qui s'autoproclama le nouveau parrain de Marseille.

    Si l'implication de Zampa dans le trafic international d'héroïne est sujette à contestation, toutes les sources s'accordent à reconnaître au gangster, dès cette époque, une position dominante dans les opérations de racket, les braquages, le proxénétisme, les assassinats commandités, les prises d'intérêts illégales, la protection payante de stars du show-biz (on a cité le nom d'Alain Delon), les cercles de jeux...
Contrairement aux Guérini, Zampa se distingua par une diplomatie des plus réduites et par des méthodes expéditives.  Au prix d'un ou plusieurs assassinats par semaine, Zampa s'imposa là où les Guérini avaient échoué par manque de violence.

    Seul un lieutenant des Guérini, plus jeune de quinze ans que Zampa, sembla vouloir faire de la résistance.  Il s'agissait de Francis Vanverberghe, alias "Francis le Belge".  Fort d'une dizaine d'hommes décidés, le clan du Belge devint la cible de Zampa dès 1972 - 1973, une date qui coïncida avec la mort du père de Zampa.  Preuve de la puissance du clan, les funérailles de Zampa père furent suivies par des représentants du parrain américain Lucky Luciano, pourtant décédé depuis 1962, ainsi que par des représentants du monde politique délégués, par exemple, par le maire de Marseille Gaston Deferre ou par le président sénégalais Léopold Sédar Sanghor.

    Dans le même temps, Zampa étendit son emprise sur les cercles de jeux de la côte basque et du sud-est de la France.
L'année 1972 fut celle du zénith pour Zampa.  Fort de cette puissance,le parrain déclencha les hostilités contre Le Belge : le 5 septembre 1972, il fit abattre au Canet trois hommes du Belge.
Ce dernier répliqua le mois suivant, en Corse et à Marseille, par le meurtre de deux membres du clan Zampa.
Moins d'un mois plus tard, en novembre, Zampa reprit l'avantage en faisant assassiner trois sous-fifres du Belge.
Déchaîné, Vanverberghe décida une contre-attaque d'envergure.  Le 31 mars 1973, le gang du Belge débarqua dans le bar "Tanagra", situé sur le Vieux-Port de Marseille, et ouvrit le feu.  La fusillade coûta la vie à quatre personne :
  • la patronne du bar,
  • Ansan Bitoni, un membre de la French Connection,
  • Joseph Lomini, un ennemi de longue date du Belge
  • Jean-Claude Napoletano, un truand de seconde zone.

    La guerre des gangs s'interrompit en novembre 1973 avec l'arrestation du Belge.  Zampa en profita pour reprendre le terrain perdu.
Le Belge étant hors-jeu pour 14 ans, Zampa étendit son pouvoir.  Parmi les activités non prouvées qui lui furent attribuées à cette époque, on parla de trafic d'armes avec des groupements terroristes et d'assassinats politiques.

    Pourtant, une nouvelle guerre des gangs débuta lorsqu'un ancien lieutenant de Zampa, Jacky Imbert, dit le Mat, s'opposa au Parrain.
Zampa se réfugia en Sicile et donna l'ordre d'exécuter le Mat. Le 1er février 1977, le Mat fut pris pour cible par trois tueurs de Zampa et blessé de 20 balles; il survécut miraculeusement.
Les années 1977 et 1978 furent celles de règlements de compte continus entre Zampa et le Mat.  Rien qu'à Marseille et sa périphérie, on compta une quinzaine de tués dans chaque camp.
Si Zampa se maintint comme Parrain de Marseille, il n'en fut pas moins grandement affaibli.
Le "Tanagra", 1973


La chute



    Le pouvoir de Zampa commença visiblement à vaciller.
Le coup de boutoir final survint en 1981 avec l'assassinat du juge Michel, en charge de la lutte contre le grand banditisme.  On ne parvint pas à établir que Zampa avait été le commanditaire de l'assassinat mais la Justice saisit l'occasion pour en finir avec le parrain.

    En octobre 1983, Gilbert le Libanais, acolyte de Zampa, fut assassiné, probablement par son propre clan à la suite d'un différend financier.  La police mit la main sur sa comptabilité et y découvrit des preuves de fraude concernant Tany Zampa, sa femme Christiane, son avocat, et de nombreuses autres personnes.  Le 19 octobre 1983, la femme de Zampa et son avocat furent arrêtés pour abus de biens sociaux, infraction à la législation sur les sociétés, et faux en écritures.  Zampa prit la fuite en Italie et, le 21 octobre 1983, un mandat d'arrêt international fut lancé contre lui.
Comme Al Capone cinquante ans auparavant, les seules charges qui avaient pu être retenues contre Zampa furent des délits financiers.
Le 29 novembre 1983, Zampa fut arrêté.

    Supportant mal la détention, Zampa tomba dans une profonde dépression et subit les sarcasmes des autres détenus qui en vinrent à le surnommer "Zampette" ou "La Marraine".
Bien que ne risquant qu'une peine maximale de cinq ans de prison, Zampa fit plusieurs tentatives de suicide.  Le 23 juillet 1984, il parvint à ses fins en se pendant à l'aide d'une corde à sauter.  Le Parrain déchu mourut le 15 août 1984, après plusieurs semaines de coma.
A l'époque, des rumeurs de meurtre circulèrent.  Il fut dit que Zampa avait été étranglé par son co-détenu, puis pendu...  En tout état de cause, le meurtre ne put être prouvé.

    Au même moment, Francis le Belge sortit de détention et s'apprêta à reprendre les rênes du pouvoir.

TANY ZAMPA


Nom : Gaetano Zampa

Victimes : Plus de 20 certifiées, sans doute plusieurs dizaines

Lieux : Marseille (Bouches-du-Rhône, France)

Dates : De 1967 à 1983

Moyens : Fusillades et méthodes mafieuses

Mobile : Appât du gain

Verdict : Suicide avant procès, le 15 août 1984


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