Christian Ranucci : l'affaire du pull-over rouge



    Soupçonné de l'enlèvement et du meurtre d'une petite fille de huit ans, Christian Ranucci vit les preuves s'accumuler contre lui : accident avec délit de fuite, arme du crime retrouvée sur ses indications, témoins le reconnaissant formellement, aveux de l'intéressé...
Puis, Ranucci rétracta ses aveux, ce qui ne l'empêcha pas d'être condamné à mort et guillotiné à l'issue d'une instruction incomplète et d'un procès rapide.
Depuis le milieu des années 70, les partisans de l'innocence de Ranucci s'opposent aux tenants de sa culpabilité, souvent avec véhémence.
Malgré de nombreuses zones d'ombre, les demandes de réhabilitation de Ranucci n'ont à ce jour jamais abouti.

Le meurtre



    L'affaire Ranucci débuta à Marseille le 3 juin 1974.
Ce jour-là, Maria-Dolorès Rambla, une petite fille de huit ans, disparut alors qu'elle jouait en compagnie de son petit frère Jean, âgé de cinq ans, au pied de la cité sainte-Agnès à Marseille.
Le petit Jean expliqua rapidement à son père qu'un inconnu les avait abordés sous prétexte d'avoir perdu son chien et qu'il l'avait envoyé à la recherche de l'animal; dans le même temps, Maria-Dolorès aurait accompagné l'homme pour entreprendre des recherches un peu plus loin.
L'enfant précisa que l'homme n'était pas vieux et qu'il ne l'avait jamais vu auparavant.  Il déclara également que l'inconnu était bien habillé et conduisait une voiture grise qui pouvait être une Simca.

    Ses recherches dans le quartier étant demeurées vaines, Pierre Rambla, le père de l'enfant, signala la disparition de sa fille au commissariat de Marseille.
Ce fut la Sûreté urbaine qui hérita de l'affaire et plus spécialement le commissaire Allessandra.
L'enquête débuta sur base d'éléments réduits : pas de témoin de l'enlèvement hormis un très jeune garçon.  Les policiers épluchèrent les dossiers des maniaques sexuels et interrogèrent les habitants de la cité mais en vain.  Des photos de suspects furent présentées au petit Rambla mais ce dernier ne reconnut pas l'homme qui avait abordé sa soeur.
Finalement, les policiers parvinrent à découvrir un témoin adulte, le garagiste Spinelli, qui à une distance de quarante mètres environ avait aperçu un individu faire monter une petite fille dans une voiture grise qui, pour lui, semblait être une Simca 1100.  Vu la distance qui le séparait du lieu des faits, Spinelli ne put guère apporter plus de détails.
Dans l'impasse, les policiers prirent contact avec la presse et lancèrent un appel à témoin.

    Le lendemain, cet appel porta ses fruits.
Un automobiliste, Alain Aubert, signala avoir été témoin la veille d'un accident de roulage avec délit de fuite et avoir poursuivi l'auteur de l'accident qui circulait à bord d'une Peugeot 304 coupé de teinte grise immatriculée 1369SG06.  Aubert précisa que le conducteur avait finalement abandonné son véhicule pour prendre la fuite dans les bois en portant un paquet assez volumineux.
La veille, les victimes de l'accident, les Martinez, avaient justement déposé plainte pour délit de fuite.  Martinez avait déclaré qu'il circulait sur la Nationale 96 entre Toulon et Aix-en-Provence lorsqu'il avait été percuté, au carrefour situé au lieu-dit "La Pomme", par un coupé Peugeot 304 gris dont le conducteur avait pris la fuite.  Sa voiture étant immobilisée dans le carrefour, Martinez avait demandé à un témoin - Aubert - de poursuivre l'auteur afin d'obtenir des informations sur le numéro d'immatriculation du véhicule en cause.

    Une autre personne se fit connaître aux enquêteurs : Henri Guazonne, un contremaître de champignonnière. Si Guazonne n'avait pas été témoin de l'accident, il déclara avoir surpris sur le site privé de la champignonnière, le conducteur d'une Peugeot 304 coupé de teinte grise qui se cachait au fond d'une galerie.  Abordé par Guazonne, l'homme avait prétendu s'être rendu là pour pique-niquer et précisa que sa voiture avait glissé en marche arrière jusqu'au fond de la galerie.  Guazone fit part de ses doutes aux enquêteurs : d'une part la présence de tourbe et de fumier à l'endroit n'incitait pas au pique-nique, d'autre part, la galerie étant sinueuse, la Peugeot n'aurait pu atteindre accidentellement le fond mais aurait heurté une paroi bien avant.
Par ailleurs, Guazonne précisa que le flanc gauche du coupé Peugeot était accidenté.

    Fort de ces éléments, les enquêteurs se mirent à fouiller les environs de la champignonnière et du lieu de l'accident.
A l'endroit où Guazone avait découvert le véhicule Peugeot , les enquêteurs découvrirent un pull-over rouge.
Et, non loin de l'endroit où le conducteur de la Peugeot avait été aperçu par Aubert en train d'abandonner le véhicule pour fuir avec un paquet, un policier découvrit le corps de Maria-Dolorès Rambla dissimulé sous des branchages.
L'autopsie confirma que l'enfant avait été égorgé, blessé de plusieurs coups de couteau et que sa tête avait été fracassée à coups de pierre.  Aucune trace de violence sexuelle ne fut découverte.

L'arrestation de Ranucci



    Seul suspect du meurtre, le conducteur du coupé Peugeot fut rapidement identifié sur base du numéro d'immatriculation : il s'agissait d'un jeune homme de vingt ans domicilié à Nice, Christian Ranucci.
Ranucci vivait avec sa mère, une femme qui avait déménagé plus de trente fois pour fuir la violence de son ex-mari.
Ce furent les gendarmes niçois qui furent chargés d'arrêter Ranucci.  Ce dernier fut intercepté à son domicile et conduit à la gendarmerie de Nice en vue d'être interrogé sur les circonstances de l'accident.

    Ranucci reconnut les faits et justifia sa fuite : il avait eu peur de perdre son permis de conduire et avait voulu éviter une augmentation de sa prime d'assurance.
Il déclara s'être arrêté un kilomètre au-delà du carrefour concerné pour réparer puis s'être introduit dans la champignonnière par soucis de discrétion.  Il reconnut également la rencontre avec des employés de la champignonnière.

    Ce ne fut qu'à l'arrivée du commissaire marseillais Allessandra que Ranucci se vit interrogé sur le meurtre de Maria-Dolorès Rambla.  Ranucci nia fermement avoir été impliqué.
La fouille de son véhicule Peugeot permit la découverte d'objets suspect : "un couteau de marque Opinel, quatre lanières de cuir longues d'un mètre et entrelacées à une extrémité, une paire de jumelles, une carabine à air comprimé enveloppée dans un peignoir de bain, une seringue hypodermique usagée".
Ranucci fut transféré à Marseille en vue de son interrogatoire.  Ce dernier dura quinze heures.
Ranucci nia s'être rendu à Marseille et nia être propriétaire du pull rouge retrouvé dans la champignonnière.
Dans le même temps, les policiers s'intéressèrent à d'autres faits survenus durant les mois précédents; plusieurs fillettes avaient failli être enlevées par un jeune homme ressemblant à Ranucci et qui, à chaque fois, avait prétendu avoir perdu son chien.
Ranucci fut présenté au petit Jean Rambla qui ne le reconnut pas.  L'enfant ne reconnut pas davantage le véhicule Peugeot de Ranucci stationné dans la cour du commissariat.
L'audition du garagiste Spinelli n'apporta pas grand chose.  Il confirma avoir vu un véhicule Simca 1100 mais reconnut également s'être peut être trompé vu la distance qui le séparait du véhicule et la similitude de modèle entre la Simca 1100 et la Peugeot 304 coupé vues de Trois-quart arrière.
Christian Ranucci


Simca 1100 citée par Spinelli et J. Rambla


Peugeot 304 coupé (Ranucci)




    Les époux Aubert furent réentendus. 
Madame Aubert déclara que le conducteur était sorti de la voiture en tirant un enfant par le bras.  Elle ne put préciser s'il s'agissait d'un garçon ou d'une fille mais l'enfant lui parut âgé entre six et huit ans.
Alain Aubert confirma la déclaration de son épouse mais se fit plus précis, donnant des détails vestimentaires qui correspondaient aux habits portés par Maria-Dolorès Rambla lors de sa disparition.  Aubert affirma avoir vu non plus un "paquet" mais un enfant âgé entre sept et dix ans.  Il communiqua également le numéro d'immatriculation de la voiture de Ranucci.
Les Aubert précisèrent que l'homme et l'enfant étaient sortis de la Peugeot par la portière droite, détail important car la portière gauche de la 304 était bloquée suite à l'accident.
Leur audition terminée, les époux Aubert furent à tour de rôle confrontés à Ranucci et le reconnurent formellement.  Madame Aubert déclara "C'est bien vous que j'ai vu.  Non seulement je vous reconnais, mais je peux affirmer que vous avez forcé une fillette à descendre de votre voiture.  Vous l'avez tirée par le bras pour l'entraîner loin de la route.  J'ai entendu les paroles de la fillette.  Elle vous a dit - Où va-t'on ?  Qu'est-ce qu'on fait ?"

Les aveux



    Confronté à ce témoignage, Ranucci s'effondra totalement et passa aux aveux.
Il reconnut s'être rendu à Marseille, avoir abordé deux enfants sous prétexte d'avoir perdu un animal et avoir invité la petite fille a monter dans son véhicule.  Ranucci dessina également un plan des lieux de l'enlèvement.
Ranucci en vint ensuite aux détails de l'accident et à sa tentative de fuite.  Il déclara ensuite être sorti avec l'enfant pas la portière droite en la tirant par la main.  Lorsque l'enfant prit peur, Ranucci déclara avoir paniqué et l'avoir frappé de plusieurs coups d'un couteau qu'il portait sur lui.  Il déclara que la suite des événements était confuse dans son esprit mais reconnut avoir recouvert le corps de branches d'épineux et montra aux enquêteurs des traces de piqûres et de coupures encore visibles sur ses mains.
Ranucci déclara ensuite avoir dissimulé son véhicule dans une galerie de la champignonnière et avoir jeté l'arme du crime à cet endroit.
Ranucci nia toutefois être propriétaire du pull rouge retrouvé sur place.
Interrogé sur le motif de l'enlèvement de l'enfant, il ne put fournir de motivation.

    Présenté quelques minutes à sa mère, Ranucci reconnut également sa culpabilité devant celle-ci.

    Présenté au juge d'instruction Ilda Di Marino, Ranucci fut avisé qu'il lui était loisible d'attendre la présence d'un avocat avant de faire une déclaration.  Le jeune homme refusa cette possibilité et confirma ses aveux en apportant des détails supplémentaires.
La fin de son audition se termina comme suit : "En résumé, j'affirme avoir pris l'enfant après avoir éloigné le petit garçon se trouvant avec elle.  Je reconnais avoir porté des coups de couteau à l'enfant.  Je réaffirme que je ne peux absolument pas expliquer ce que j'ai fait.  Je réaffirme que je n'avais pas de mauvaises intentions lorsque j'ai pris l'enfant".

    Sur base des indications de Ranucci, armés d'un détecteur de métaux, les gendarmes découvrirent un couteau tâché de sang dans la galerie de la champignonnière.

    Peu de temps après, une confrontation générale fut organisée par le Parquet.  Le garagiste Spinelli et le petit Jean Rambla, témoins de l'enlèvement, ne furent pas conviés.
Vincent Martinez, le conducteur de la voiture accidentée, tint des propos subjectifs au sujet de Ranucci : "Ses yeux m'ont frappé par leur expression de crainte...  Il allait vraiment très vite, comme quelqu'un qui a intérêt à prendre la fuite...".
Alain Aubert, le témoin de l'accident, déclara avoir "vu le conducteur près de la portière côté passager, ouvrir cette portière de l'extérieur", chose impossible puisque Ranucci n'aurait pu sortir par la portière gauche bloquée suite à l'accident.
D'une manière générale, peut être influencés par leur lecture de la presse, les témoins devinrent beaucoup plus loquaces et subjectifs que lors des premières déclarations.

La personnalité de Ranucci



    Les experts-psychiatres qui examinèrent Ranucci firent de lui le portrait suivant :
"Christian Ranucci est un jeune homme inquiet, courtois dans ses rapports avec autrui.  Le débit verbal saccadé témoigne d'une angoisse latente.  S'exprimant d'abondance, il se livre pourtant très peu.  En ce qui concerne les faits qui lui sont reprochés, il se considère comme physiquement responsable mais pas moralement car, dit-il, il n'a à aucun moment prémédité son geste.  Il semble refouler les souvenirs trop traumatisants pour l'équilibre de sa personnalité.  Cet oubli paraît le fait d'un réflexe autodéfensif inconscient et pas un système de défense qui semble suspect, eu égard à des aptitudes intellectuelles situées dans une bonne moyenne.  Dans les situations inhabituelles à retentissement affectif profond, le sujet est dérouté et susceptible de conduites mal adaptées.
Le domaine affectif et sentimental reste le plus problématique pour le sujet qui, privé d'autorité virile, ne parvient pas à se dégager de l'influence maternelle d'où des relations fils-mère teintées de sadomasochisme, infantiles, exigeantes, exclusives et dominées par une profonde rancune.
La crise de l'adolescence a accentué le malaise du sujet dont la sexualité demeure immature, mal orientée, fortement problématique à l'heure actuelle.
Ce malaise aggrave une agressivité latente, très refoulée, mais susceptible de se manifester de manière explosive sous l'effet d'une forte émotion.  Après quoi, lucide et intelligent, le sujet retrouve la maîtrise de soi."

    L'enquête de voisinage effectuée au sujet de Christian Ranucci ne révéla rien de particulier.

    Les enquêteurs se demandèrent si Ranucci prenait ou non des drogues et ce suite à la découverte, chez lui, d'une caisse contenant des ampoules de sulfate de strychnine ou d'adrénoxyl.  Ranucci resta évasif sur la question, tout comme sur la raison de la présence d'une seringue dans son véhicule.

    Au sujet des lanières de cuir découvertes dans son véhicule et qui ressemblaient à un fouet, Ranucci déclara qu'il s'agissait d'un scoubidou, tel qu'il avait appris à les faire lors de son service militaire en Allemagne.  Interrogés, les camarades de garnison de Ranucci ne confirmèrent pas ses dires.

    Toutes les personnes qui fréquentèrent Ranucci ne purent donner de détails sur les loisirs de l'intéressé car il ne les partageait pas.  On ne l'aperçut jamais avec des filles hormis une, Monique M'Bodj, qui déclara "Notez bien qu'il n'a jamais eu d'exigences sexuelles anormales.  Christian a toujours été très gentil avec moi.  Je ne l'ai jamais vu en colère."

Reconstitution, rétractation et faits connexes



    Trois semaines après les faits, une reconstitution fut organisée par le juge Di Marino.
Cette reconstitution dura moins de cinq heures et fut considérée comme "baclée" par la suite.
Concernant l'enlèvement, Jean Rambla et Eugène Spinelli ne furent pas invité à montrer en situation ce qu'il avaient vu des faits.  Craignant des réactions hostiles de la population, le juge fit simplement passer le cortège judiciaire dans la rue et demanda simplement à Ranucci de confirmer si c'était là qu'il avait enlevé l'enfant.  Ranucci, prostré dans le fourgon, confirma à peine.
Les avocats de Ranucci s'opposèrent vivement à ce procédé car de nombreuses zones d'ombre entouraient les circonstances de l'enlèvement et parce que ni Spinelli ni J. Rambla n'avaient reconnu Ranucci comme étant l'auteur du kidnapping.

    Au carrefour de la Pomme, la reconstitution infirma les dires de Ranucci.  Ranucci avait déclaré qu'il roulait vers Marseille afin de reconduire l'enfant chez elle.  Il fut établi qu'au contraire il venait de Marseille et roulait vers Nice.
Ranucci reconnut l'endroit où fut découvert le couteau et maintint que sa voiture avait glissé naturellement jusqu'au fond de la galerie de la champignonnière.  La reconstitution ne confirma pas ce dernier point.

    Après l'arrestation de Ranucci, les policiers ressortirent d'anciens dossiers d'attentats à la pudeur afin d'établir d'éventuelles rapprochements.
A la suite de la parution de la photo de Ranucci dans la presse, un nouveau témoin, Marc Papalardo, se fit connaître.  Il déclara que le 15 avril précédent, son fils de quatre ans et demi avait été abordé à Nice par un homme qui lui avait proposé des bonbons et l'avait entraîné dans un parking avant de lui proposer un rendez-vous pour le lendemain après-midi.  Le lendemain, le père se rendit au rendez-vous et l'enfant désigna l'homme de la veille; ce dernier prit la fuite à la vue du père.  Papalardo reconnut formellement Ranucci comme étant l'individu en question; son fils Patrice lui se montra plus dubitatif.
Deux jours plus tard, une Niçoise signala qu'un homme avait suivi sa fille de dix ans dans la cage d'escaliers de l'immeuble et avait pris la fuite à la vue de la mère.  Ici aussi, la femme reconnut l'auteur comme étant Ranucci et la fillette confirma.
Devant le juge d'instruction, Mr Papalardo maintint ses accusations, la mère de famille se fit beaucoup moins formelle, les deux enfants concernés ne reconnurent plus Ranucci.

    Le 27 décembre 1974, détenu depuis sept mois, Ranucci fut présenté une dernière fois au juge d'instruction Di Marino.  Ranucci revint alors sur ses aveux : "Si j'ai reconnu les faits, c'est parce que j'y étais forcé.  A Marseille, on m'a dit qu'il y avait des témoins et des charges contre moi.  Forcé par la logique et ne me souvenant de rien, j'ai tout reconnu.  Je reconnais par contre que c'est bien moi qui ai indiqué aux enquêteurs où se trouvait le couteau qui effectivement m'appartient.  Par contre, je ne me souviens pas de ce que j'ai pu faire avec ce couteau.  Je ne me souviens pas d'avoir enlevé quiconque."

    Dans le même temps, la mère de Christian Ranucci rencontra au parloir de la prison des Baumettes un témoin providentiel.  Une dame, madame Mattei, lui déclara que sa fille de dix ans avait été abordée par un homme d'une trentaine d'années qui circulait dans une Simca grise et portait un pull-over rouge.  L'inconnu avait prétendu être à la recherche de son chien.
Toujours selon madame Mattei, le même inconnu aurait, le lendemain, tenté d'entraîner un petit garçon de la cité.
Selon madame Mattei, ces faits s'étaient déroulés aux environs du 1er juin, soit avant l'enlèvement de Marie-Dolorès Rambla.
De vérifications effectuées par les défenseurs de Ranucci, il apparut bientôt que d'autres plaintes avaient été déposées dans des commissariats locaux pour des agissements similaires de l'inconnu au chien perdu...
Madame Mattei fut entendue par le substitut du procureur de la République et s'en étonna car ayant déjà été entendue sur les faits à la permanence de son commissariat de quartier.  De son côté, le commissariat concerné affirma ne pas avoir retrouvé trace de cette déclaration.

    Forts de ce témoignage, les défenseurs de Ranucci s'attachèrent à étudier les diverses zones d'ombre de l'affaire.  L'un des avocats, Paul Lombard, s'étonna de la reconstitution bâclée et estima que le transport sur les lieux avait uniquement permis de confirmer les témoignages à charge.

Le procès



    Le procès de Christian Ranucci s'ouvrit au palais de justice d'Aix-en-Provence le 9 mars 1976 dans une ambiance surchauffée.
En effet, l'opinion publique française était alors sous le choc de l'enlèvement et de l'assassinat à Troyes du petit Philippe Bertrand; son assassin, Patrick Henry, avait été confondu moins de trois semaines avant l'ouverture du procès Ranucci.

    Le président Antonna ouvrit les débats.
Quatre jurés furent récusés : une mère de trente-trois ans jugée trop émotive, et trois hommes d'une cinquantaine d'années jugés trop vieux que pour prononcer un verdict de clémence.
Le jury se composa finalement de onze jurés, soit neuf titulaires et deux remplaçants.

    Ranucci choqua dès son entrée dans la salle d'audience car adoptant une attitude arrogante et étant vêtu d'un costume bleu canard.

    La lecture de l'acte d'accusation dura près d'une demi-heure.
Puis, l'audience débuta par une description de la personnalité de Ranucci.  L'accusé, arrogant et antipathique, agaça manifestement le public.
Interrogé au sujet du plan qu'il avait établi du lieu de l'enlèvement, Ranucci fit mine de ne pas comprendre, puis reconnut finalement en avoir été l'auteur mais l'avoir établi sous la contrainte des policiers.
Interrogé sur le couteau, Ranucci nia pour la première fois en être le propriétaire; jusqu'alors, il avait reconnu que le couteau lui appartenait et avait persisté dans cette attitude même après avoir rétracté ses aveux.
Interrogé sur les lanières de cuir retrouvées dans son véhicule et qui semblaient former un fouet, Ranucci en revint à l'explication du scoubidou qu'il avait appris à faire à l'armée.
On évoqua ensuite un pantalon taché de sang retrouvé dans le coffre de la voiture de Ranucci.  L'analyse du sang avait permis d'établir qu'il était du groupe A, le même que celui de la victime mais aussi le même que l'accusé.  Ranucci affirma que le sang était le sien car il s'était blessé lors de l'accident.  Le président lui rétorqua qu'un médecin l'avait examiné lors de sa garde à vue et n'avait rien remarqué à l'exception d'une plaie chronique au genou mais qui n'avait pas saigné depuis longtemps.
Interrogé sur l'origine des plaies qu'il présentait aux mains lors de son arrestation, Ranucci déclara s'être blessé avec des branches d'épineux en les plaçant sous les  roues de sa voiture embourbée.
S'entendant rappeler ses déclarations préalables, Ranucci expliqua être passé aux aveux après avoir été battu à coups de matraque et brûlé avec de l'acide.

    Puis, ce fut le tour des experts-psychiatres.
Le professeur Sutter de la faculté de médecine de Marseille, une sommité de l'époque, déclara que Ranucci ne souffrait pas de maladie mentale mais présentait un psychisme immature ce qui faisait de lui un individu fragile et émotif.  Le psychiatre ajouta que cette émotivité était d'ordinaire contenue , mais que dans des circonstances exceptionnelles, elle pouvait prendre un caractère explosif.
Le médecin parla également d'une sexualité mal assurée et bloquée sur la période de l'adolescence, ce qui pouvait amener le sujet à entreprendre des enfants..

    Le médecin légiste Vuillet décrivit la longue série de blessures mortelles de Maria-Dolorès Rambla.  Au sujet du pantalon taché de sang de Ranucci, le légiste insista sur le fait que le sang tachait le vêtement de l'extérieur vers l'intérieur, ce qui écarta fortement la possibilité qu'il provienne de Ranucci lui-même.

    L'après-midi du premier jour du procès, une série de témoins, tous accablants pour Ranucci, se succédèrent.
Les témoins Aubert furent malmenés par la défense de Ranucci.  L'avocat Lombard parla à leur sujet de mémoire progresive et constata leurs contradictions, ayant d'abord parlé d'un paquet, puis d'un enfant.  L'avocat s'interrogea aussi sur la possibilité qu'avait eue Ranucci de sortir de son véhicule par une portière gauche bloquée par l'accident.
Dans l'ensemble cependant, la première journée du procès s'acheva sur une accumulation de charges.

    La deuxième journée débuta par l'audition des témoins de la défense.
Le garagiste Spinelli admit qu'à la distance à laquelle il se trouvait, il avait peut être confondu une Simca 1100 et une Peugeot 304 coupé, les deux modèles se ressemblant de l'arrière.  Ce témoignage ne fut d'aucun secours pour Ranucci.

    Le deuxième témoin fut madame Mattei qui avait affirmé avoir été témoin d'une tentative d'enlèvement d'enfant commise par un homme qui portait un pull-over rouge et roulait en Simca.  Son témoignage fut mis en pièce par l'accusation car madame Mattei fut incapable de donner le nom de l'enfant victime de la tentative d'enlèvement signalée; de même, la seconde tentative d'enlèvement, celle de la fille de madame Mattei, se serait déroulée un vendredi après-midi, à un moment où l'enfant aurait du être à l'école...
L'avocat de la partie civile, Collard, s'étonna que madame Mattei n'ait pas immédiatement signalé l'incident à la police.
Les questions du président, de l'avocat général et de l'avocat de la partie civile semèrent le doute dans l'esprit des jurés sur l'authenticité même du témoignage de madame Mattei.

    Deux autres témoins parlèrent d'un homme au pull-over rouge qui circulait dans une Simca grise et aurait eu un comportement douteux devant des fillettes.

    Vint ensuite la plaidoirie de l'avocat de la partie civile, Collard, qui étrangement sembla vouloir sauver la tête de l'accusé : "Moi, je ne peux pas croire qu'on tue les enfants sans folie.  Admettez, Ranucci, que vous étiez habité par une force qui n'était pas la vôtre.  Je veux croire à un autre Ranucci.  Un Ranucci qui a su que son père avait pu porter un coup de couteau au visage de sa mère.  Un Ranucci qui a été conduit au crime par son passé".
L'avocat des Rambla écarta également la sentence de mort : "Je veux que Ranucci se souvienne de son crime.  Je veux pour lui un chagrin et un repentir qui ne finissent jamais".

    Ensuite, l'avocat général Viala requit la peine de mort.  Il rappela les aveux de Ranucci renouvelés par quatre fois : devant les policiers, le juge d'instruction, sa mère et les experts-psychiatres.
Viala insista sur les témoignages accablants et sur les pièces à conviction, dont le couteau retrouvé sur les indications de Ranucci lui-même.
De même, il contourna l'absence de reconnaissance de Ranucci par les deux témoins du rapt, le petit Jean Rambla et le garagiste Spinelli, en insistant sur la fragilité du témoignage d'un enfant et en rappelant que le garagiste se trouvait à quarante mètres du lieu des faits.
Enfin, l'avocat général évoqua les témoignages relatifs à un homme au pull-over rouge et les mit en pièces en rappelant que leurs auteurs avaient fortement varié dans leurs déclarations successives.

    La matinée s'acheva sur la plaidoirie du premier avocat de la défense, Maître Le Forsonney, qui insista sur le mystère de l'homme au pull-over rouge.

    L'après-midi de la seconde journée débuta par la plaidoirie du second avocat de Ranucci, Maître Lombart.  L'avocat insista sur la fragilité du dossier, décortiqua la procédure et contesta les rapports des experts-psychiatres et les déclarations de certains témoins.  Il insista également sur les multiples témoignages relatifs à l'homme au pull-over rouge et à la Simca grise.

    Si l'usage veut que personne ne reprenne la parole après la plaidoirie de la défense, l'avocat général créa la surprise en brandissant cinq procès-verbaux et en donnant lecture de l'un d'eux qui faisait état d'un maniaque au pull-over vert...
En faisant état de pièces non versées au dossier et dont la défense n'avait pas eu connaissance, Viala donna à la défense un motif de cassation.  Les observateurs se demandèrent si l'avocat général n'avait pas agi sciemment afin de donner une nouvelle chance à Ranucci.

    Le jury délibéra rapidement et répondit "oui" aux cinq questions sur la culpabilité de Ranucci.  Par huit voix sur neuf, il rejeta les circonstances atténuantes.
Christian Ranucci fut condamné à mort.

Cassation et demande de grâce



    Le 11 mars 1976, les défenseurs de Ranucci introduisirent un pourvoi en cassation, faisant référence aux procès-verbaux exhibés par l'avocat général et qui n'avaient pas été versés au dossier de la défense.
Le pourvoi fut rejeté le 17 juin.

    Restait la grâce présidentielle.  Le 21 juillet Lombard rencontra le président de la République, Valéry Giscard d'Estaing.
Le lendemain, les espoirs de Ranucci furent mis à mal par un nouvel assassinat d'enfant, celui de Vincent Gallardo, huit ans, enlevé et assassiné dans un village varois (le meurtrier ne sera jamais identifié).
Opposé à la peine de mort mais sensible à l'opinion publique qui réclamait la peine capitale pour les assassins d'enfants, Giscard d'Estaing refusa finalement la grâce de Ranucci.
Dès que la décision présidentielle fut connue, l'exécution fut fixée au lendemain, 28 juillet 1976.
Ce jour-là, à quatre heures du matin, Ranucci fut réveillé par des gardiens qui lui entravèrent les bras.  Ayant refusé de s'habiller, il fut conduit à la guillotine en pyjama.
A 4 heures 13, le couperet tomba.

Ranucci innocent ?



    La mort de Ranucci donna une dimension politique à l'affaire et relança le débat sur la peine de mort.

    Désireuse de réhabiliter son fils, la mère de Ranucci contacta une maison d'édition et l'écrivain Gilles Perrault.
Ce dernier mit deux ans à écrire "Le Pull-over rouge", ouvrage dans lequel il prit le contre-pied de l'enquête officielle et dénonça les zones d'ombre de l'affaire.

    En 1979, les avocats de Ranucci déposèrent une première requête en révision en s'appuyant essentiellement sur le croquis des lieux de l'enlèvement établi par Ranucci.  Maria-Dolorès Rambla avait été enlevée au pied d'un énorme platane; or, sur le croquis de Ranucci, cet arbre ne figurait pas.
Cette première tentative ne passa même pas la première étape car, le 30 janvier 1979, le garde des Sceaux annonça qu'il ne transmettrait pas le dossier à la cour de révision.
Toutefois, au cours de cette même année 1979, un comité pour la révision du procès fut créé par une poignée d'intellectuels.  En quelques mois, ce comité compta vingt mille adhésions.

    Une seconde requête en révision fut déposée en juillet 1981.  Cette dernière reposait sur deux éléments nouveaux concernant l'emploi du temps de Ranucci durant la nuit précédant le meurtre et sur l'éventuelle falsification d'un procès-verbal.
Le premier élément permit d'établir que Ranucci se trouvait à Marseille la nuit du 2 au 3 juillet 1974 et non à Salernes comme stipulé dans ses aveux.  Un témoin, Daniel Moussy, déclara qu'un chien avait été heurté par le véhicule qui le précédait et qui était la Peugeot de Ranucci.  Moussy laissa ses coordonnées à Ranucci.  Selon  les défenseurs de Ranucci, les enquêteurs avaient trouvé ces coordonnées dans la poche de Ranucci et entendirent Moussy mais sa déposition ne fut pas versée au dossier.  Moussy aurait dû être cité au procès mais ne le fut pas.
Le second élément reposa sur le procès-verbal  dressant la liste des objets découverts dans la voiture de Ranucci et qui aurait été falsifié.  A la demande des avocats, un expert de la Cour de cassation examina le procès-verbal et conclut que la ligne "un pantalon d'homme de couleur sombre" figurant en haut d'une page n'était pas dans le même alignement que le reste du texte ce qui démontrait vraisemblablement un ajout de la ligne postérieurement à la rédaction du procès-verbal.  Pour les avocats de Ranucci, il s'agirait d'une falsification destinée à cacher le fait que le pantalon concerné ne fut pas découvert dans la voiture de leur client le 5 juin 1974, mais plus tard dans le garage de Ranucci où ce dernier avait l'habitude de laisser trainer de vieux vêtements.
A l'issue d'une longue enquête, la seconde demande de révision fut rejetée en 1987.

    En 1989, une troisième demande de révision fut déposée, basée sur des anomalies découvertes à plusieurs stades de l'enquête. 
Ainsi, selon les procès-verbaux, la voiture de Ranucci aurait été saisie trois fois et conduite trois fois de Nice à Marseille - le 5 juin 1974 par l'équipe du commissaire Allessandra, le 10 juin par un policier marseillais et toujours le 10 juin par un policier niçois.  Les défenseurs de Ranucci s'interrogèrent : succession d'erreurs ou mise en scène ?
Des zones d'ombre entourent également la découverte de l'arme du crime.  Officiellement, celle-ci fut découverte le 6 juin 1974 à 19h25 sur les indications de Ranucci.  Toutefois, le scellé porte la date du 5 juin, soit la veille des aveux de Ranucci.  De même, un P.-V. rapporte la découverte de l'arme le 6 juin à 17h30, moment où les gendarmes étaient encore à la recherche de l'arme.  A force de procès-verbaux contradictoires, les circonstances de la découverte de l'arme ont perdu en crédibilité.
Les défenseurs de Ranucci mirent aussi en avant le fait que l'accusation s'était acharnée à prouver que le couteau appartenait à Ranucci mais n'avait pas prouvé que les blessures de la victime avaient été infligées par ledit couteau.
De même, le jour et l'heure approximative de la mort de la victime ne sont nulle part précisés.  Or, un chien pisteur avait grandement contribué à la découverte du corps de la petite Rambla.  Un pistage perdant de sa fiabilité après 48 heures, les avocats émirent l'hypothèse que la fillette n'avait pas été tuée au moment de la présence de Ranucci sur place mais peut être le lendemain ou le surlendemain.  Plusieurs maîtres chiens professionnels ne les démentirent pas.
Les avocats revinrent également sur le pull-over rouge, trop grand pour Ranucci mais cité à plusieurs reprises dans les procès-verbaux d'agissements suspects d'un inconnu roulant en Simca grise.
De manière générale, plusieurs questions furent éludées par l'enquête et l'instruction, questions qui étaient susceptibles d'affaiblir la thèse de la culpabilité de Ranucci.
L'audience de la commission de révision fut fixée au 15 novembre 1991 et les avocats de Ranucci y plaidèrent en mettant en avant ce qu'ils estimaient être de graves lacunes dans l'enquête ainsi que de possibles manipulations.
Le 29 novembre, le commission de révision rejeta la requête, estimant qu'aucun fait nouveau n'était de nature à faire naître un doute.

    Aux yeux de la justice française, Christian Ranucci demeure coupable du meurtre de Maria-Dolorès Rambla.

Les arguments en faveur de Ranucci



1. Les deux témoins de l'enlèvement (Rambla et Spinelli) n'ont pas reconnu formellement Ranucci ou sa voiture,
2. Le pull-over rouge retrouvé dans la champignonnière était trop grand pour Ranucci (mais avait-il un rapport avec l'affaire ?).  Une polémique demeure aussi sur l'état de ce pull-over.  Un gendarme prétendit que ce pull-over était au moment de sa saisie dans un état de salissure avancée et se trouvait dans la champignonnière depuis très longtemps.  A contrario,  à la suite de la mise sous scellé, la juge Ilda Di Marino indiqua qu'on lui a remis un pull-over "propre".  Jean-François Le Forsonney, l'un des avocats de Ranucci, confirma que le pull était "neuf et en très bon état", sous-entendant qu'il avait été déposé dans la champignonnière peu avant sa découverte par les gendarmes,
3. Le mobile n'a pas été clairement établi,
4. Les témoignages des époux Aubert et de Vincent Martinez semblent avoir évolué.  Plus exactement, les intéressés ne semblent pas avoir jamais changé de version mais leurs déclarations, telles qu'elles furent retranscrites du moins, ont varié
5. L'heure précise du meurtre n'a pas été certifiée par l'autopsie,
6. Aucun procès-verbal de présentation de Ranucci aux témoins Aubert ne semble avoir été établi,
7. Le plan dessiné par Ranucci correspondrait à un calque du cadastre.  L'immeuble serait à la même échelle et les rues correspondraient au même secteur angulaire,
8. Le couteau n'a pas clairement été reconnu comme l'arme du crime

    Une bonne partie de ces arguments proviennent des ouvrages de Gilles Perrault, chantre de l'innocence de Ranucci, qui fut, il faut le souligner, condamné en 2010 par la cour d'appel d'Aix-en-Provence à une amende de 5.000 euros pour avoir diffamé des policiers de la brigade criminelle de Marseille.  La cour accorda également 10.000 euros de dommages et intérêts à chacun des quatre policiers qui poursuivaient l'écrivain.
Perrault avait accusé les policiers de "légèreté et partialité" dans leurs investigations sur le meurtre de Marie-Dolores Rambla.

      Il faut également préciser que d'autres auteurs que Perrault ont depuis lors pris la défense de Ranucci...  Et qu'une pétition lancée en faveur de la reconnaissance de l'innocence de Ranucci recueillit 20 000 signatures, dont celles de nombreuses personnalités.
Et comment ne pas avoir un ultime doute en se reportant aux paroles du garde des Sceaux, Robert Badinter lui-même, qui en 1981 déclarait à l'Assemblée nationale : "Christian Ranucci : je n'aurais garde d'insister, il y a trop d'interrogations qui se lèvent à son sujet, et ces seules interrogations suffisent, pour toute conscience éprise de justice, à condamner la peine de mort"...

Les arguments qui accusent Ranucci



1. La similitude entre une SImca 1000 (première version) et une Peugeot 304,
2. Le garagiste Spinelli a donné de l'auteur un signalement pouvant correspondre à Ranucci : 'il pouvait mesurer 1,80 m environ, il était de corpulence moyenne et avait des cheveux châtain clair.  Il était vêtu d'une veste claire et d'un pantalon foncé"  Ranucci portait un pantalon bleu marine et une veste en peau de daim,
3. La voiture de Ranucci a été impliquée dans l'accident avec Martinez, a été poursuivie par les Aubert et s'est arrêtée près de l'endroit où sera découvert le corps.  Ranucci n'a jamais nié avoir eu l'accident.  C'est la même voiture que Guazzone et Rahou découvrirent embourbée dans la champignonnière, quatre heures après l'accident, à proximité de l'endroit où sera découvert le couteau suivant les indications de Ranucci,
4.  Le couteau, reconnu par Ranucci comme sien, sera découvert sur ses indications,
5. Le fait que Vincent Martinez et les époux Aubert aient immédiatement fait le lien entre l'accident et l'enlèvement, signalé par les radios, donne une grande crédibilité à leurs témoignages.  Leurs appels entraînèrent par ailleurs la découverte du corps,
6. Ranucci présentait des griffures sur les avant-bras et le corps de la victime avait été dissimulé sous des arbustes piquants.  Ranucci prétendra s'être griffé en transportant des branchages sous les roues de son véhicule mais la champignonnière, nettoyée peu avant les faits, ne contenait pratiquement plus de ronces,
7. Le pantalon de Ranucci présentait des traces de sang.  Il  correspondait au pantalon décrit par le témoin Rambla et Ranucci reconnaîtra par ailleurs avoir porté le vêtement au moment de l'accident.  Un médecin qui examina Ranucci après son arrestation ne découvrit sur lui aucune trace de blessure récente susceptible d'avoir laissé le sang sur le vêtement.  Enfin, Ranucci déclara a juge d'intruction : "Sans pouvoir être formel, je pense donc que si une tache de sang a été découverte sur le pantalon trouvé dans ma voiture par les policiers, je pense qu'il s'agit de sang provenant de la fillette ; avant que l'enfant ne soit égorgée mon pantalon était propre, il n'avait aucune tache",
8. Un cheveu clair et bouclé similaire à ceux de la victime fut découvert dans l'habitacle de la voiture de Ranucci,
9. Ranucci n'avait aucun alibi pour la période comprise entre l'heure de l'enlèvement et l'heure de l'accident
10. Ranucci n'a jamais démenti être le propriétaire du couteau couvert de sang, supposé être l'arme du crime, retrouvé sur base de ses indications.
11. Les témoignages des époux Aubert qui ont vu Ranucci avec un enfant, sur le lieu et aux environs de l'heure du crime,
12. Ranucci n'a pas nié être l'auteur du croquis du lieu de l'enlèvement.  Il le confirma même devant le juge, le 27 décembre 1974, alors qu'il s'était rétracté sur d'autre points...
13. L'enlèvement de Marie-Dolorès Rambla peut être rapproché d'autres événements qui auraient impliqué des enfants et Ranucci lui-même.  On peut, par exemple, se rapporter au témoignage de Marc Pappalardo, qui affirma avoir reconnu Ranucci comme étant l'individu qui s'en était pris à son enfant peu avant le meurtre de la petite Rambla
14. Un témoin, Guy Rosano, âgé de 19 ans lors des faits et retrouvé bien après l'exécution de Ranucci, affirma avoir vu, le jour de l'enlèvement et sur les lieux de celui-ci, la petite Rambla en compagnie d'un homme qu'il reconnut formellement comme Ranucci sur base de photos parues dans la presse.  Il affirma que l'homme portait des lunettes aux "verres fumés"; or, une paire de lunettes de soleil se trouvait dans le véhicule de Ranucci lors de sa saisie...  Rosano, cependant, n'assista pas à l'enlèvement proprement dit, un camion de livraison lui ayant masqué la vue.
15. La pédophilie présumée de Ranucci : En 1978, un pédophile du nom de Jacques Dugué fut arrêté.  D'après l'ouvrage "La Politique, le sexe et la finance" de Yann Moncomble (1989), le nom de Christian Ranucci figurait dans le carnet d'un client du réseau pédophile de Jacques Dugué; ce réseau faisait circuler des photographies et documents vidéos à caractère pédopornographique (scellé no 117 du dossier Sokolowski).  Le cinéaste Yves Boisset déclara pour sa part avoir eu accès, lors d'un tournage, à un émargement d'abonnés à une revue pédopornographique, liste sur laquelle aurait figuré le nom de Christian Ranucci.

Des avis divisés



    Plus de quarante ans après les faits, les opinions demeurent violemment tranchées.  Il suffit pour s'en convaincre de consulter les propos injurieux que se lancent, sur certains forums, les partisans et adversaires de la culpabilité !

    L'équipe de rédaction de "Dossiers criminels" ne doute pas de la culpabilité de Ranucci mais ne peut s'empêcher d'admettre ce qui apparaît comme certaines maladresses de l'enquête et de l'instruction.
La véritable question n'est peut-être pas tant celle de la culpabilité de Ranucci que du verdict final...  Etait-il normal de condamner à mort un accusé sans avoir pu établir approximativement le mobile, le moment du meurtre et sans avoir mis en correspondance le couteau de Ranucci et les blessures de la victime ?  De toute évidence, la réponse est non...

    Coupable ou innocent, Ranucci fit preuve de malchance et de bêtise.
De malchance car son procès se déroula dans un contexte de haine populaire et au pire moment possible, soit dans les jours suivants l'arrestation de l'assassin d'enfant Patrick Henry (qui échappa lui à la guillotine).
De bêtise par son comportement arrogant et déplacé à l'audience.  Eut-il été un inculpé silencieux et résigné qu'il eut probablement échappé à la mort...

      Dans l'affaire Ranucci, nul besoin de tenter de convaincre son voisin.  Si pour vous Ranucci est coupable, soit.  Si pour vous, Ranucci est innocent, soit...
Votre opinion ne changera rien au passé, ni au futur.  Plusieurs décennies après les faits, la culpabilité et l'innocence n'ont plus d'importance, si ce n'est peut être pour les familles concernées.
Ranucci est mort et si on admettait son innocence, il n'en revivrait pas pour autant, pas plus que la petite Marie-Dolorès.    Il n'y a plus non plus besoin de l'argument "Ranucci" pour abolir la peine de mort qui, depuis plusieurs décennies, est rangée aux oubliettes de l'histoire judiciaire..

    Même si cette affaire fait beaucoup discourir et couler d'encre, il n'y a, au fond, peut être plus grand chose à dire sur Ranucci.
L'athée est-il plus proche de la vérité sur le monde que le chrétien convaincu ?
Pas plus vous que moi ne détenons la vérité, et nul ne la détient sans le moindre doute possible.
Coupable ou innocent, la seule certitude, c'est que son cas soulèvera encore longtemps des questions...

AFFAIRE DU PULL OVER ROUGE

Identité : Christian Ranucci

Victime : 1

Lieu : Région de Marseille (France)

Date : 3 juin 1974

Moyen : Couteau

Mobile : Ignoré, culpabilité contestée

Verdict : Peine de mort.  Exécuté le 28 juillet 1976


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