Le crime de la champignonnière : une affaire non élucidée



    Le crime de la champignonnière d'Auderghem fut l'un des meurtres les plus mystérieux commis en Belgique à la fin du siècle dernier, et aussi l'un des plus horribles.
La mort de Christine Van Hees, une adolescente de seize ans, fut mise en rapport avec les affaires judiciaires les plus célèbres du temps : affaire Dutroux, tueurs de Brabant,...
Bien qu'ayant nourri tous les fantasmes, cette affaire n'aboutit à aucune condamnation.

Le meurtre



    L'affaire dite de la champignonnière débuta le 13 février 1984 vers 21 heures, lorsque les pompiers d'Auderghem, une commune de l'agglomération bruxelloise, reçurent un appel signalant un incendie le long du boulevard du Triomphe.
Il apparut que le feu provenait d'une ancienne champignonnière, abandonnée depuis une dizaine d'années.

    Après avoir progressé dans une série de couloir et de pièces souterraines, pompiers et policiers aboutirent dans une salle au centre de laquelle gisait le corps d'une jeune fille.
La victime, couchée sur le ventre, avait un fil électrique autour du cou.  Ce fil était relié aux jambes, lesquelles étaient repliées vers l'arrière.  Les mains étaient attachées.  Partiellement calciné, le corps était fortement meurtri au niveau des jambes et des mains.  Une rumeur voulut qu'un large clou traversait une main de la victime mais ce fait ne fut pas confirmé.

    La victime fut identifiée comme étant Christine Van Hees, seize ans.  Celle-ci avait quitté l'école vers 16h30 et avait fait du shopping, une heure durant, avec une amie avant de disparaître, non loin du lieu de découverte du corps.

    L'autopsie démontra que la jeune fille avait été torturée et violée avant d'être étranglée.  Les mauvais traitements infligés à la malheureuse avaient été si nombreux qu'il fut malaisé de déterminé lesquels avaient plus particulièrement contribué à la mort.
L'enquête permit d'établir que plusieurs personnes avaient entendu des cris provenir de la champignonnière, mais personne n'avait appelé la police.
Le meurtre, particulièrement sordide, déclencha une vive émotion en Belgique.
L'enquête fut confiée à la police judiciaire de Bruxelles, laquelle ne ménagea pas ses efforts afin de confondre le ou les auteurs.
Christine Van Hees


La piste Punk



    Deux mois après le meurtre, un témoignage dirigea les enquêteurs vers un certain Alain Lenglet, un punk de 21 ans.  Ce dernier déclara qu'un autre punk dénommé "Petit tondu" s'était vanté de faire partie d'une secte satanique et d'avoir tué l'adolescente.  Lenglet ajouta que "Petit tondu" fréquentait régulièrement l'"Iroquois".
"Petit tondu" et "Iroquois" furent identifiés : il s'agissait de Serge Braeckman et Serge Clooth.
La police effectua une descente dans les squats occupés par les punks et mit la main sur un cahier que le père de Christine reconnut immédiatement.

    Confronté à Braeckman, Lenglet maintint ses accusations.  Celles-ci furent renforcées par les dires d'un autre punk.

    Les enquêteurs établirent aussi que Serge Clooth, alias l'Iroquois, avait été arrêté en Allemagne le 5 mars de cette même année 1984, dans le cadre d'un meurtre commis en février sur la personne d'une jeune fille de 15 ans qui fréquentait les milieux punks de Aachen.  Clooth avait été relaxé par la justice allemande, faute de preuves.
Arrêté à Eupen le 28 juin 1984, Clooth fut inculpé du meurtre de Christine Van Hees.

    Les soupçons des enquêteurs furent confortés par les déclarations de proches de Christine qui affirmèrent que celle-ci fréquentait des punks.

    En septembre, Clooth nia avoir connu Christine Van Hees mais, peu après, passa partiellement aux aveux et impliqua deux autres punks du nom de "Kleenex", à savoir le nommé Alain Debois, et "Vicious", alias Renaud Thill.
Finalement, Clooth déclara s'être rendu à la champignonnière en compagnie de ses comparses et de Christine Van Hees.  Après que le groupe eut consommé de la drogue, les punks auraient, selon ses dires, violé Christine; la victime aurait ensuite été ligotée avec du fil de fer, brûlée à l'aide de cigarettes, pendue, arrosée d'essence et, finalement, brûlée [PV 19850 PJ BXL 12.09.84].

    Braeckman fut arrêté à la fin septembre.  Il fut rejoint par Thill et Lenglet.  A l'exception de Clooth, tous nièrent avoir été impliqués dans le meurtre.
Thill, qui effectuait son service militaire, put établir qu'il n'était pas en congé le jour du meurtre.

    Interrogé à vingt reprises, Clooth changea systématiquement de version.  Il avoua le viol de Christine mais affirma n'avoir impliqué Thill et Braeckman que par ressentiment envers eux.
En janvier 1985, Clooth déclara que sept auteurs se trouvaient dans la champignonnière afin d'offrir l'adolescente à Satan.  Il donna de nombreux détails relatifs à la scène de crime, aux blessures de la victime, à ses sous-vêtements...
En novembre, Clooth revint sur ses déclarations, affirmant que les détails lui avaient été donnés par les policiers.

    Clooth passa deux ans en détention préventive, avant d'être libéré, le 17 novembre 1987.

    Le 10 octobre 1990, un non lieu fut prononcé en faveur de Clooth, Lenglet, Thill et Debois.  Clooth attaqua l'Etat belge devant la Cour européenne des droits de l"homme à Strasbourg et obtint la condamnation de ce dernier, de même d'une indemnisation substantielle eu égard à la longueur injustifiée de sa détention.
Serge Clooth


La piste Dutroux



    L'affaire revint à la Une de l'actualité en janvier 1997, à la suite de l'arrestation du pédophile Marc Dutroux.
Un témoin contesté de l'affaire Dutroux, connu sous le nom de X1, alias Régina Louf, affirma avoir assisté à la mort de Christine Van Hees et de deux autres adolescentes et impliqua Marc Dutroux et son co-accusé Michel Nihoul, ainsi que leur complice de longue date Bernard Weinstein.  Par la suite, elle impliqua aussi l'épouse de Dutroux, Michèle Martin.

    Bien qu'ayant donné des détails troublants relatifs la scène de crime, Régina Louf fut considérée comme un témoin non crédible.
Premièrement, Weinstein, le complice de Dutroux, ne pouvait se trouver à la champignonnière car il était détenu en France au moment du meurtre.
Qui plus est, il fut établi que Louf ne se trouvait pas non plus sur le lieu des faits.
Troisièmement, il apparut que le laps de temps séparant le moment de la disparition de Christine et celui de la découverte de son corps - environ trois heures - n'était pas suffisant pour qu'y tienne la liste des sévices décrits par Louf.
Enfin, l'expertise psychiatrique du témoin lui ôta une bonne part de sa crédibilité.

    Une nouvelle fois, les enquêteurs avaient perdu un temps précieux.

La piste "Tueurs du Brabant"



    Une autre hypothèse apparut progressivement, celle d'un lien entre la mort de Christine Van Hees et les tueries du Brabant.

    En effet, Van Hees avait été vue, avant sa mort, en conversation, dans le centre d'Auderghem, avec les occupants d'une Pontiac Firebird arborant un large aigle sur le capot.  Ce véhicule, relativement rare en Belgique, était identique à celui d'un certain François Ertrijckx, informateur de la police dans le cadre des Tueries du Brabant sous le pseudonyme d'Astérix.  Ertrickx fut d'ailleurs abattu au volant de ce véhicule, sur un parking d'Anderlecht, le 29 janvier 1985.
Ertrijckx avait été le garde du corps du chanteur belge Plastic Bertrand et les deux hommes fréquentaient très régulièrement la discothèque "Le Mirano" située chaussée de Louvain à Bruxelles.  Durant les années 80, l'établissement avait une réputation sulfureuse; il fut d'ailleurs au centre d'un procès à la suite du décès par overdose, le 14 avril 1985, d'un client nommé Jean-Jacques Bijl.  Plusieurs habitués de l'établissement furent condamnés pour trafic de drogue.  Par ailleurs, le dossier du Mirano comportait un volet "moeurs" mais ce dernier n'aboutit jamais.

    Il fut aussi avancé que la victime avait fait la connaissance d'un militaire qui ne fut jamais identifié et Van Hees s'étendit au sujet d'une conversation qu'elle n"aurait jamais dû entendre.
De son côté, Serge Clooth, le punk suspecté, déclara, parmi d'autres versions, que l'adolescente avait été tuée car elle avait été mise au courant d'un vol d'armes dans une caserne de Vielsalm; ces armes auraient été destinées au grand banditisme.
Le vol eut effectivement lieu à Vielsalm, en 1984, après la mort de Christine Van Hees.  Certaines de ces armes furent retrouvées dans une cache des Cellules Communistes Combattantes mais il n'est pas interdit de penser que d'autres auraient pu servir aux tueries....

    Dernier élément troublant : en 1987, la police d'Auderghem reçut un appel anonyme lui conseillant de s'intéresser au "Dolo".  Ce café d'Etterbeek, présenté comme un lieu de débauche, fut régulièrement relié au nom de Michel Nihoul durant l'affaire Dutroux.
Mais, selon un rapport établi par un gendarme, le "Dolo" aurait aussi, durant les années 80, été fréquenté par des mercenaires susceptibles d'avoir été impliqués dans les tueries du Brabant.

    Ce fut sans doute en fonction de cette hypothèse que le procureur du Roi, Jean Deprêtre, longtemps chargé de l'enquête sur les tueurs du Brabant, se fit transmettre le dossier de la champignonnière.

La prescription



    En 2011, un quatrième juge d'intruction, mis en charge du crime de la champignonnière, tenta le tout pour le tout en confiant le dossier à la section "cold case" de la police judiciaire de Bruxelles.
Quinze personnes furent interrogées et des analyses ADN commandées.  Des analyses ADN furent effectuées sur des personnes qui étaient décédées depuis le crime et le milieu "rock" bruxellois fut mis sous pression.  Des enquêtes furent diligentées en Grande-Bretagne et les enquêteurs se concentrèrent à nouveau sur la fameuse Pontiac Firebird aperçue à l'époque des faits.  Son propriétaire ne fut pas identifié.
Pontiac similaire au véhicule recherché



    Malgré ces derniers efforts, la justice belge ne parvint pas à élucider le mystère de la mort atroce de l'adolescente de seize ans.
Ouvert le 13 février 1984, le dossier fut classé sans suite le 14 février 2014, prescription oblige.

    Ce meurtre glauque restera donc impuni.  Christine Van Hees fut-elle victime du réseau Dutroux, des tueurs du Brabant ou de satanistes ?
La chose est peu probable. 
Plus vraisemblablement, l'adolescente, qui connaissait une période un peu difficile, se lia à des personnes peu fréquentables et, avec l'insouciance de son âge, suivit la ou les personnes qu'il ne fallait pas dans un endroit aussi isolé que lugubre.  Rien ne pouvait dès lors plus la sauver des instincts les plus vils de celui ou ceux qui avaient réussi à gagner sa confiance...

LE CRIME DE LA CHAMPIGNONNIERE


Nom : Ignoré

Victime : 1

Lieux : Auderghem, Bruxelles (Belgique)

Date : 13 février 1984

Moyen : Torture, strangulation

Mobile : Non établi

Verdict : Affaire irrésolue


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