L'affaire Anneliese Michel : exorcisme et justice



    Anneliese Michel était une jeune Allemande catholique sur laquelle fut pratiqué un exorcisme et qui mourut en 1976 après avoir arrêté tout traitement médical.  Le procès des exorciseurs eut un grand retentissement en Allemagne.

Les origines



    Anneliese Michel naquit en Bavière le 21 septembre 1952 et grandit dans la ville de Klingenberg am Main.  Ses parents étaient des catholiques très pratiquants et la jeune fille devint elle-même très religieuse.
Anneliese eut trois soeurs dont l'une, Martha, était née avant le mariage de ses parents.  Considérée comme un enfant illégitime, Martha mourut à l'âge de huit ans.  Anneliese décida alors de faire pénitence pour expier les péchés de l'illégitimité.  Elle prit aussi l'habitude de se coucher sur de la pierre pour expier les péchés de prêtres coupables à ses yeux de crimes moraux.



Anneliese Michel


Troubles mentaux ou possession ?



    En 1968, âgée de seize ans, Anneliese fut prise de convulsions et fut diagnostiquée épileptique par un neurologue de Würzburg l'année suivante.
Ayant passé un séjour d'un an en hôpital psychiatrique, Anneliese Michel sombra dans la dépression.  Toujours très pieuse, elle attribua ses problèmes à une possession démoniaque.  Les traitements médicaux qui lui furent prescrits n'eurent guère d'effets et la jeune fille devint intolérante vis-à-vis des lieux et des objets sacrés, à l'exemple des crucifix.  Progressivement, elle se vit contrainte de consommer d'importantes quantités de médicaments psychotropes.

    L'adolescente parvint, malgré ses problèmes, à terminer ses études secondaires, puis intégra l'université de Würzburg.
En juin 1970, reprise de convulsions, elle réintégra une clinique psychiatrique et fut traitée à l'aide d'un anticonvulsivant.  La jeune fille se mit à apercevoir des "faces diaboliques" sur les visages d'autres personnes et entendit des voix qui lui parlaient de damnation.
Décidée de se passer de l'aide de la médecine, la jeune femme se tourna vers la religion et réclama un exorcisme, ce que l'Eglise refusa.
Dans le même temps, elle se vit prescrire du Pericyazine, un médicament utilisé dans le traitement de psychoses diverses, y compris la schizophrénie et les troubles du comportement.
En novembre 1973, ce traitement fut doublé par un autre à base de Tegretol, un médicament anti-épileptique.

    A cette époque, les parents de la malade s'adressèrent à plusieurs religieux et réclamèrent un exorcisme sur la personne de leur fille.  Tous refusèrent mais, finalement, un curé local, le père Ernst Alt, reconnut l'exorcisme nécessaire.  Il obtint de l'évêque de Würzburg, Josef Stangl, l'autorisation de pratiquer le rituel et se vit adjoindre le pasteur Arnold Renz.
Les Pères Alt et Renz


Les exorcismes



    Les traitements médicaux furent abandonnés par la famille et les exorcismes, au départ longs d'une heure par séance, débutèrent secrètement.
Durant ces rituels, Annemiese s'exprimait avec différentes voix de démons.

    Les rituels se prolongèrent durant l'année 1975.  Au printemps 1976, un mois avant sa mort, la jeune femme sembla se rétablir et reprit ses cours à l'université.
Mais, bien vite, son comportement devint inquiétant.  Elle se mit à manger des mouches, aboya sous une table durant deux jours, hurla sans interruption en brisant des crucifix et des images de Jésus, s'auto-mutila, urina sur le sol pour ensuite lécher son urine....

    Entre septembre 1975 et juin 1976, Anneliese subit 67 exorcismes, dont certains longs de huit heures, qui l'épuisèrent totalement.  Ses génuflexions continues aboutirent à une fracture des ligaments de ses genoux.  Vers Pâques, elle refusa de s'alimenter et de boire.  La jeune femme affirma que cesser de s'alimenter allait enlever l'influence de Satan sur elle et qu'elle souhaitait mourir pour expier les péchés de la jeunesse de l'époque.
Le 30 juin 1976, elle demanda l'absolution aux prêtres.

    Le 1 juillet 1976, souffrant de pneumonie et de fièvre, ne pesant plus que 34 kilos, Anneliese Michel mourut dans son sommeil.  Elle fut enterrée dans une section du cimetière local réservée aux enfants illégitimes et aux suicidés.

    Un rapport d'autopsie confirma que sa mort avait été la conséquence de la malnutrition et de la déshydratation supportées durant les onze mois d'exorcisme.

Le procès



    Après enquête, la Justice estima que la mort d'Anneliese Michel était évitable, même dans les jours qui avaient précédé son décès, et accusa le pasteur Ernst Alt, le père Arnold Renz et les parents d'Anneliese, Josef et Anna Michel, de négligence criminelle en ayant décidé de ne pas faire appel à un médecin.

    Avant le procès, les parents demandèrent la permission d'exhumer les restes de leur fille sous prétexte que celle-ci avait été enterrée en hâte dans un cercueil bon marché.  Le 25 février 1978, les restes de la victime furent placés dans un nouveau cercueil.  Les parents affirmèrent que le corps de leur fille était intact, ce qui confirmait à leurs yeux la possession maléfique.  Toutefois, les rapports officiels font tous mention d'une détérioration normale du corps.

    Le procès débuta le 30 mars 1978. 
Les prêtres furent défendus par des avocats payés par l'Eglise.  Les parents optèrent pour Erich Schmidt-Leichner, l'un des avocats les plus connus d'Allemagne.  Ce dernier affirma la légalité de l'exorcisme en se référant à la constitution allemande et à la non-limitation des croyances religieuses.
La défense fit entendre aux jurés plusieurs enregistrements audio des séances d'exorcisme afin de prouver l'existence des voix démoniaques.
Les prêtres affirmèrent avoir été persuadés de la possession de la jeune femme.
Pour leur part, les médecins rejetèrent totalement l'hypothèse de la possession.  Pour eux, la lourdeur des traitements médicaux de la malade pouvait avoir causé une partie de ses troubles, tout comme l'arrêt brutal des soins.


    Si l'Eglise se trouva sur le banc des accusés, l'accusation se montra modérée, réclamant seulement une amende pour les prêtres et l'absence de condamnation pour les parents qui avaient déjà trop souffert des événements.
Le juge Elmar Bohlender ne suivit pas le réquisitoire et reconnut les deux prêtres et les parents coupables de ne pas avoir cherché une aide médicale.  Les quatre accusés furent condamnés du chef d'homicide par négligence à une peine de six mois de prison assortie d'un sursis probatoire de trois ans. 
Le jugement ménagea la chèvre et le chou.  Aucun des accusés ne connut la prison et la peine de six mois avec sursis fut considérée comme faible dans le cadre d'un homicide involontaire.  A contrario, un verdict de non culpabilité aurait sans doute constitué une porte ouverte à d'autres exorcismes et, peut être, à d'autres décès du même genre.  Une condamnation s'imposait par principe mais elle fut, assez logiquement, légère et visait moins à sanctionner les coupables qu'à provoquer un changement dans les mentalités.

    L'évêque Stangl, qui avait approuvé l'exorcisme en 1975, fut inquiété par le Justice allemande mais ne fut pas condamné en raison de son âge et de sa santé déclinante.  Stangl décéda en 1979.

Conclusions



    Les psychiatres appelés à la Cour parlèrent d'"influence doctrinale" et affirmèrent que les prêtres avaient offert à Anneliese un terrain fertile pour ses délires psychotiques, en conséquence de quoi elle adopta ce comportement de possédée.
Une épilepsie du lobe temporal aurait aussi influencé la psychose d'Anneliese.

    Plusieurs médecins déclarèrent que les symptômes de la jeune femme étaient en rapport avec des troubles dissociatifs : l'adoption de postures étranges et rigides (dystonie), l'utilisation du terme "nous" pour se décrire soi-même, la dilatation des pupilles sans stimuli extérieur, l'amnésie, l'émergence de personnalités distinctes symbolisées par "les démons", la persistance des symptômes malgré des traitements médicaux...

    L'exorcisme échoua car il n'y avait rien à exorciser.  La victime avait eu le malheur de souffrir de troubles de la personnalité proches de la schizophrénie et si elle avait survécu, peut être aurait-elle aujourd'hui, avec les traitements modernes, une vie normale...  L'exorcisme d'Anneliese Michel ne s'est pourtant pas déroulé au moyen-âge mais en 1976, c'est à dire hier, et en Allemagne, l'un des pays les plus industrialisés et les plus avancés au monde...

    Le tombeau d'Anneliese Michel demeure un lieu de pèlerinage pour de nombreux catholiques.  A la fin des années 80, plus de douze ans après sa mort, elle fut une nouvelle fois exhumée pour faire taire les rumeurs relatives à une parfaite conservation de son corps.  Ce dernier était décomposé.
Le père d'Anneliese est décédé en 1999, ses soeurs ont été perdues de vue après avoir quitté leur région d'origine.  Toujours en vie en 2005, occupant encore la maison où s'était déroulé l'exorcisme, la mère d'Anneliese déclara "Je ne regrette rien, il n'y avait pas d'autre moyen".

    Le cas d'Anneliese Michel servit de base au film américain "L'exorcisme d'Emily Rose", sorti en 2005, et qui propose une version très hollywoodienne des faits.
Un film allemand, "Requiem", bien que moins connu, présente une version plus proche des faits.

L'AFFAIRE ANNELIESE MICHEL


Identités : Josef Michel, Anne Michel, Ernst Alt, Arnold Renz

Victime : 1

Lieu : Klingenberg am Main, Bavière (Allemagne)

Dates : Entre septembre 1975 et juin 1976

Moyens  : Malnutrition

Mobile : Néant, homicide involontaire à la suite d'exorcismes

Verdict : Six mois de prison avec sursis


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