X. Les forces non gravitationnelles
Que le
noyau d'une comète
tourne sur lui-même est une hypothèse bien naturelle,
puisque tous les autres membres du système solaire et
même, plus généralement, tous les corps
célestes sont animés d'un tel mouvement, et cette
propriété a d'ailleurs été vérifiée
dans bon nombre de cas. C'est une des hypothèses fondamentales
qui, avec celle de l'existence d'une couche isolante recouvrant
la surface du noyau,
permirent à Whipple de donner enfin à l'aide d'un
modèle semi-quantitatif, une interprétation satisfaisante
de l'accélération ou de la décélération
de certaines comètes périodiques par rapport au
mouvement purement newtonien.
La présence
de matière spongieuse, évacuée de ses glaces,
en surface exerce une influence très importante sur l'interaction
d'une comète avec la radiation solaire. Le transfert
de la chaleur vers les glaces situées sous la croûte
est relativement lent en raison de la porosité (il s'effectue
par rayonnement au travers des cavités et dépend
par ailleurs de la capacité calorifique des constituants
minéraux). Ensuite, les gaz une fois libérés
doivent se propager par les interstices vers la surface. Il
y a donc un délai entre l'instant où le rayonnement
solaire atteint une région de la surface du noyau
et le moment où le gaz s'échappe. D'autre part,
l'expulsion de gaz en quantité appréciable doit
avoir pour conséquence qu'une réaction s'exerce
sur le noyau, tout
comme les gaz éjectés par une fusée communiquent
à celle-ci l'impulsion responsable de son mouvement.

En effet,
par suite du retard entre insolation et éjection gazeuse
et en raison de la rotation du noyau,
le maximum de sublimation n'aura pas lieu au moment du passage
du Soleil méridien (au "midi"), mais bien dans "l'après-midi"
¾ ce délai présente
une certaine analogie avec le fait que la température
à la surface de notre globe n'est pas maximale à
midi, alors que le rayonnement solaire est le plus intense,
mais plutôt, en moyenne, vers trois heures de l'après-midi
¾ de sorte que la réaction
produite sur le noyau
(appelé "force non gravitationnelle") ne sera pas dirigée
exactement à l'opposé du soleil.
La composante
transversale Ft de cette force sera dirigée
vers l'avant ou vers l'arrière selon que la rotation
du noyau est directe
(sens du mouvement de rotation et du mouvement orbital identiques)
ou rétrograde (sens opposés). Dans le premier
cas la comète devra se déplacer sur une orbite
plus grande et sa période deviendra plus longue que si
aucune force non gravitationnelle n'agissait (comme le disent
les formules donnant la vitesse en fonction de la distance au
Soleil, il y aura décélération). Dans le
second cas, au contraire, le demi grand axe de l'orbite ainsi
que la période décroîtront (accélération).
Cette dernière situation est comparable à celle
d'un satellite artificiel qui, freiné par la force de
friction de l'atmosphère descend progressivement vers
la Terre, sa période devenant de plus en plus courte.
On a cru longtemps d'ailleurs, que l'accélération du mouvement de quelques comètes périodiques, dont P/Encke, était due à l'effet d'un milieu résistant sur ce mouvement mais on dut abandonner cette idée lorsque l'on découvrit que la période de certaines comètes augmentait progressivement, au contraire. L'interprétation correcte est celle de "l'effet fusée" et l'étude d'une cinquantaine de comètes indique que pour la moitié d'entre elles à peu près, la composante Ft est positive, dirigée dans le sens du mouvement orbital.
Ainsi, le modèle de Whipple a permis d'interpréter les anomalies de mouvements de quelques comètes périodiques. Les composantes radiales, Fr, et transversale, Ft, de la force non-gravitationnelle, varie avec le taux de sublimation, en fonction de la distance héliocentrique et elle varie aussi d'une comète à l'autre (la troisième composante, perpendiculaire au plan de l'orbite, est négligeable). L'effet de Fr, dirigée à l'opposé du Soleil, est une simple réduction apparente de la gravitation du Soleil; cette composante est de l'ordre de quelques cent millièmes de l'attraction gravitationnelle solaire. Ft est de quelque fois à quelques dizaines de fois plus petite, de sorte que l'angle de retard (angle entre la direction de l'émission gazeuse maximale et le méridien passant par le Soleil) est variable lui aussi, il est souvent relativement faible, sauf pour les comètes les plus vieilles, dotées d'une croûte isolante importante, pour lesquelles il peut atteindre 90°.
Le taux
de variation de période le plus élevé que
l'on connaisse parmi les comètes à courte
période est celui de la comète P/Schwassmann-Wachmann
3, de période P = 5,4 ans, pour laquelle D
P/P = + 0,0005; elle est retardée de près d'un
jour par révolution.
Ce sont
évidemment les comètes périodiques qui
se prêtent le mieux à l'étude des effets
non-gravitationnels, puisque l'on peut généralement
les suivre révolution après révolution
et calculer leur orbite avec grande précision. Mais de
tels effets ont été décelés aussi
dans le cas de comètes à longue
période: en incluant des termes non-gravitationnels
dans les équations de mouvement, on a pu éliminer
des écarts systématiques de une à quelque
secondes d'arc subsistant entre les positions observées
et les positions calculées en ne prenant en compte que
les seules interactions gravitationnelles. Ces comètes
étant, en général, plus actives, leurs
composantes Fr et Ft sont plus grandes
que celles des comètes périodiques (facteurs 5
à 10). En revanche on connaît quelques comètes
à courte période
peu actives pour lesquelles on n'a trouvé aucune déviation
mesurable par rapport au mouvement newtonien après plusieurs
apparitions (la précision requise est, bien sûr,
très élevée, vu la petitesse des effets
recherchés).
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