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Lucky Luke, cow-boy solitaire.

                                                                                        

Orphelin de Morris et Goscinny, ses pères créateurs, Lucky Luke nous revient.
Il est de retour, la clope en moins, remplacée avantageusement par une herbe sèche qu’il mâchonne à longueur de chevauchées -lutte contre le tabagisme oblige-. 

Pourquoi vous parler de lui à l’approche des fêtes de fin d’année ?
Rassurez-vous, je ne joue pas la publicité pour le libraire du coin mais tout simplement parce que je crois que ce sympathique cow-boy présente, me semble-t-il, bien des similitudes avec nos arbitres.

Est-ce parce que certains d’entre nous dégainent plus vite que leur ombre ? Peut-être !
Est-ce parce que Lucky Luke vient toujours mais difficilement à bout des Daltons ? Peut-être aussi !

Est-ce parce que les Daltons ne s’avouent jamais vaincus ? Sans doute.
N’allez cependant pas croire que je veuille comparer les trios arbitraux qui sévissent tous les week-ends à Lucky Luke, Jolly Jumper ou Rantamplan.
Loin de moi cette caricature facile et injuste.  

Non, je voudrais simplement mettre l’accent sur la solitude qui est le lot de nos arbitres… Lucky Luke, aussi sympathique soit-il, n’en reste pas moins le « cow-boy solitaire ». 

Nos arbitres de province sont les premiers à souffrir de cet isolement mais je dois ajouter que, malheureusement, beaucoup d’entre eux éprouvent mille peines à s’en libérer…et ceci ne peut qu’aggraver cela.  

Victor Hugo disait très justement :  «  L’enfer est tout dans ce mot : la solitude ». 

Et oui, il arrive souvent que l’on ne connaisse même pas l’arbitre du jour qui se présente  (quand il se présente ) à l’entrée des installations. Nul ne sait d’où il vient et seul le montant des frais de déplacement éveille l’attention du trésorier local.

« On n’aura pas assez du montant des entrées pour vous payer ! » ou

« Tiens, vous n’êtes jamais venu. Vous êtes nouveau ? »
(C’est rassurant car comme le disait Sullivan : « Les inconnus sont nos meilleurs amis. ») ou encore

« Ah, oui, c’est vous qui avez eu des ennuis à X ou Y ! » ou

« Espérons que cela se passera mieux que la fois dernière ! » ou aussi et heureusement :

«  On est toujours heureux de vous rencontrer »… mais ce dernier accueil est tellement rare et souvent assorti de l’un ou l’autre bémol…

« Il n’est pas mauvais, ce n’est pas comme A ou F ! » 

Et cela s’arrête là, souvent….Comme depuis le moment où il a quitté son domicile, il se retrouve seul. Seul face aux nombreuses charges administratives, face aux joueurs, face aux entraîneurs, face aux lois du jeu - que soit dit en passant tous croient connaître -, seul face aux critiques, seul aussi, et c’est bien dangereux, face aux louanges.
Je m’explique : la gerbe de félicitations que l’on adresse à l’arbitre est souvent assortie de remarques flatteuses quant à la valeur des joueurs en présence et à leur esprit sportif. Souvent assortie aussi de remarques désobligeantes à l’égard de collègues. Et le Prince du jour s’étourdit à l’écoute de ces compliments. Il en est qui, particulièrement compétents, sûrement, chanceux, sans doute, cultivent leur image de Monsieur Propre et qui donnent raison à Talleyrand :

« Cet homme croit qu’il devient sourd quand il n’entend plus parler de lui . ». 

 Ces héros du jour courent un double danger : Pareil état de grâce risque de ne pas durer bien longtemps mais , et cela est bien plus pernicieux, cela le sort du groupe de ses collègues. En se mettant exagérément en valeur (sifflet d’or, que ne ferait-on en ton nom ?) l’arbitre se renferme sur lui-même et risque fort qu’on lui glisse une peau de banane sous la semelle à la première occasion venue. 

Cette dernière remarque induit une autre réflexion de ma part :
Dans notre « famille » arbitrale, on aime se la jouer « perso ». Si ce n’est vrai, expliquez-moi la raison pour laquelle nos amicales ont tellement de difficulté à recruter.
Expliquez-moi aussi la raison pour laquelle il nous faut batailler pour que chaque arbitre suive un minimum de cours. Pourquoi, lors de ces cours, au lieu de mettre les expériences en commun, on met en avant sa situation personnelle quand on ne se conduit pas comme des potaches coquins. Exagérations ou vécu de chacun ? A votre bon cœur. 

Et pour couronner le tout, nous retrouvons notre nouveau mode de communication : internet, l’ordinateur qui loin de  nous mettre en communication, nous isole encore un peu plus. Je ne sais qui a dit, mais je n’en mourrai pas : « A quoi cela sert-il d’être relié au monde entier si l’on n’a rien à se dire ? »
Je sais que, une fois encore, vous me trouverez outrancier. Qu’à cela ne tienne., je m’en remettrai.
Dans mon combat, je suis certain de posséder au moins deux alliés. Le premier, un ami de toujours dont je ne peux citer le nom sous peine de le voir s’étouffer de honte : 

« Pour démolir l’arbitrage, nous n’avons pas besoin du monde extérieur, nous avons tout ce qu’il nous faut au sein de notre monde arbitral. »

Il aime répéter à toute occasion ces quelques paroles qui claquent malheureusement comme un coup de fouet dans le vent. 

Mon second allié est un de nos anciens arbitres.
Permettez-moi de vous soumettre  in extenso le contenu de sa lettre de démission .Cette lettre datée du 27 janvier 2009 garde encore actuellement toute sa valeur et remplacera avantageusement une page de considérations aussi pertinentes soient-elles :…   

« Je vais commencer la construction de ma maison et j’ai envie de passer les quelques heures qui me restent le dimanche après-midi au sein de ma famille. » 

 Quoi de plus louable, me direz-vous. Attendez la suite

 «  L’arbitrage me plaisait mais après avoir joué dans une équipe durant 20 ans, je souffrais énormément de la solitude avant, pendant et après le match. . Dire bonjour, avant le match, à quelqu’un qu’on connaît et véritablement une catastrophe  et est toujours mal vu par l’adversaire – Avoir un sourire pour un spectateur connu est très mal  perçu. Ne parlons pas de l’après match. Bref, je ne vois plus l’arbitrage comme une détente « sociale », comme une détente du dimanche. Je voudrais retrouver le jeu d’équipe de temps en temps. Voilà pourquoi l’arbitrage n’est plus pour moi. » 

Qu’à ce que je sache, à notre niveau, l’arbitrage est surtout source de délassement et de pratique sportive, non ? … et le tout dans la convivialité et le partage !!! A première vue, nous sommes parfois loin de compte !!!
Vous qui avez croisé la route de cet arbitre, vous ne vous êtes certainement pas douté qu’il était en recherche de communication, d’amitié, de reconnaissance, peut-être. Quel gâchis, ne croyez-vous pas. Si ces quelques considérations d’un garçon déçu pouvaient vous apporter une nouvelle manière de voir et de faire, je crois que la partie serait en partie gagnée . 

Mais, trêve de leçons et de conseils endormants, voici venu le temps des fêtes de fin d’année et celui non moins important de la présentation des vœux  pour l’an neuf.
Mes vœux de nouvelle année, je me permets de les emprunter à Boris de Schloezer qui préfaçait en 1987 une traduction de « La guerre et la paix » de Tolstoï.  

Il reprend à son compte une citation du journal de l’auteur pour qui les quatre années qu’il consacra à  l’élaboration de cette œuvre furent les plus heureuses qu’il eût connues. 

« On ne peut vivre que tant qu’on est ivre de la vie ; mais aussitôt que l’ivresse est passée, on ne peut pas ne pas voir que tout n’est que duperie, duperie stupide. » 

Et il se rappelle l’apologue hindou : suspendu à un arbuste entre un lion et un dragon, l’homme sait qu’il n’échappera pas à la mort ; et néanmoins, il lèche en attendant des gouttes de miel sur les feuilles de l’arbuste.  

«  Et moi aussi, continue Tolstoï, je suce le miel de la vie. » 

Les vœux que je vous adresse, s’ils sont bien mièvres dans la forme, n’en sont pas moins profondément vrais et sincères.  

Vivez avec passion. 

Prenez le bon temps quand il se présente et si, immanquablement, vous rencontrez l’épreuve et la contradiction, ayez la force de la surmonter en pensant au miel dont vous pourrez bientôt vous régaler. 

Sachez  partager, communier aux autres, car il est de situations que l’on ne peut régler sans aide, sans partage, sans amitié. 

Ne soyez pas avares d’un conseil, d’une bonne tape dans le dos, du don de vos loisirs et de votre amitié.

 

Joyeux Noël et Bonne année à vous tous. 

Et à l’année prochaine, le plaisir de vous revoir.

                                                                       Yves DEVAUX
                                                                          CPA Luxembourg

 

 

 

 

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