Fin sans histoire pour lecteur fin

 
 

À son petit regret, l’auteur se perd dans le jeu subtil des négations tandis que son héros inactif, sans même avoir existé, se dissout dans une rhétorique puérile.

Le soleil ne pointait pas encore à l’horizon : n’était-il pas six heures seulement et n’était-ce pas l’automne déjà ? La tête ailleurs et le corps pas vraiment en forme, Michel – par exemple (ne l’appelons pas autrement car il ne répond pas à une autre apostrophe) ne s’était pas levé selon son habitude. Il n’avait pas branché la cafetière électrique, pas plus qu’il n’avait mis les pieds dans la cuisine. Il n’avait pas pensé allumer la radio dans la salle de bains – d’abord parce qu’il n’avait jamais installé de récepteur en cette pièce qu’il ne considérait pas comme un salon ; ensuite, parce qu’il n’avait ressenti ni le besoin de procéder à sa toilette, ni l’envie de se plonger dans un tapage exogène.

En ce pas tout à fait jour – ni férié ni chômé, il n’ouvrit pas la fenêtre du séjour et n’entendit pas le tram 33 que des voies stridentes ne tenaient guère éloigné de son domicile de plus de douze kilomètres par ciel non couvert. Ce n’était pas décidé, mais ce n’était pas impossible : il n’irait pas travailler, il n’irait même pas sur les lieux du travail de ses collègues ; mais il ne resterait pas chez lui non plus. Il ne fit ni une ni deux, il n’enfila pas sa modeste pelisse, il ne prit pas l’ascenseur, il ne descendit pas les escaliers sans bousculer la concierge, il ne releva pas son courrier et ne rendit pas son salut à la dame qui n’entrait jamais sans s’essuyer les pieds. N’était-il pas libre ? Ne marchait-il pas où ses pas ne s’appesan­tissaient pas ?

Ne tardons plus : ne lassons pas… Un lecteur pas libre, même fin, n’hésite pas à quitter un texte sans fin, quoique libre.

Combien de temps n’avait-il pas marché ainsi ? Ne s’était-il pas égaré ? Non ! ne voyait-il pas la façade de son immeuble dont le porche ne l’écœurait plus ? Il ne serait pas dit qu’il ne rentrerait pas. Avant de traverser, il ne jeta un œil ni à droite ni à gauche : le tram 33, dévoyé (mais n’est-ce pas le lot du tram d’évoluer là où nul ne l’attend et de n’être plus, ou pas encore, là où le troupeau piétine ?), le tram 33 ne l’évita pas. Il ne fut pas conduit à l’hôpital. Il ne se rendit pas lui-même à la morgue.

Le soleil n’éclairait plus l’horizon : n’était-il pas l’heure et n’était-ce pas la fin de l’hiver déjà ? La tête ailleurs et le corps vraiment pas en forme, Michel (il ne répondrait plus à ce nom non plus) ne s’est pas levé.

(Texte écrit en Île* Lisible, en toute proportion de mes fonctions mentales ; nous sommes une heure virgule Ah ça par exemple ! il est luncredi onze sous zéro octaoût après l’Arrêt Vos Ludions)

M. BACKELJAU

Avertissement

Ce texte comportant de nombreux virus
– notamment du type ALLAIS-VIAN  
(pour les spécialistes),
toute tentative de mise en abyme psychanalytique
risque de provoquer des effets déplorables
sur l’expérimentateur.