Frank, DBD n° 3

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Préliminaire

Interview et couverture - DBD 1999.
L'Elan, sérigraphie à 85 ex. - Schlirf Book 1985.
Zoo, sérigraphie à 75 ex. - ASBL BD World 1998.
Zoo, Cinquantenaire, offset à 100 ex. - ASBL BD World 1998.

Tous les droits sont réservés.

Sérigraphie Schlirf L'interview

Extraits de l'interview de Frank réalisée par Frédéric Bosser et Hervé Laviale pour DBD.

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DBD :A quel moment L'Elan est-il né, et qui en a eu l'idée ?
Frank :Pendant mon service civil, je participais à l'animation de Spirou, mais comme je disposais de peu de temps, on m'avait donné les bas de pages (pendant que Yann et Conrad réalisaient les hauts de pages). Ces dessins servaient à annoncer les petites nouveautés du journal. Un jour où je devais avertir les lecteurs de l'arrivée d'une nouvelle formule très enthousiasmante, je me suis dit que j'allais faire intervenir un personnage déprimé, que le contraste entre la joie de la nouvelle et la tristesse du personnage serait amusante. Cet élan avait quelque chose de touchant et Degotte a proposé que je le continue. De Kuyssche a accepté et ce tout petit strip hebdomadaire a duré cinq ans. Cela m'a plu de rire gentiment de la déprime car c'était très thérapeutique pour moi. J'ai eu énormément de retours du public et je trouvais sain que cela puisse concerner beaucoup de gens. C'était par ailleurs une drôle d'expérience puisque je n'avais jamais pensé faire du strip humoristique.

Pourquoi Vincent Murat et L'Elan se sont-ils arrêtés ?
Avec L'Elan, j'étais arrivé au bout du filon. Quant à Vincent Murat, l'album est sorti dans la collection Dupuis Aventures et le personnage n'était pas destiné à continuer, même si j'ai eu un temps avec Philippe Tome le projet d'en faire un deuxième.

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L'oncle de Broussaille est nettement inspiré du dessinateur René Hausmann. Etait-il au courant avant la parution de l'histoire ?
René est quelqu'un dont j'admirais beaucoup le travail quand j'étais gamin, un peu comme René Follet. Et lorsque j'ai eu la chance de le rencontrer en vrai... j'ai été impressionné. Avec Bom, nous nous sommes tout de suite dit que la personnalité de l'oncle de Broussaille correspondait comme deux gouttes d'eau à celle de René Hausmann. Nous avons décidé de lui faire la surprise. Quand l'histoire est parue dans Spirou, il m'a appelé en me disant "Allo, cher neveu". Il arrive encore régulièrement qu'à table, il prenne un morceau de chocolat et dise en me regardant "Voilà de l'énergie immédiatement assimilable", phrase que je l'avais entendu prononcer bien avant que nous la remettions dans une séquence des Sculpteurs de lumière.

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Qui est que justement le lecteur de Zoo ? Est-ce le même que celui de Broussaille ?
Je pense que cela se recoupe en partie, d'autant plus que le lecteur de Broussaille a changé lui aussi. Je suis comblé par les retours que j'obtiens. J'essaie de proposer des histoires humainement qualitatives, et les lecteurs semblent ressentir cette volonté. Mon professeur de yoga a parfaitement résumé mon état d'esprit pour Zoo en me disant qu'il avait compris dès les premières pages qu'il fallait qu'il lise cette histoire non avec son cerveau droit mais avec son cerveau gauche.

C'est à dire ?
Qu'il fallait laisser de côté tout l'aspect mental, rationnel, la compréhension, la maîtrise, et se laisser aller vers des choses plus émotionnelles, instinctives, intérieures. Du coeur aussi.

Les couleurs directes vont-elles dans ce sens ?
Absolument. On cherche des zones d'ombres qui vont brouiller la lecture analytique. Dans le premier tome (plus que dans le second où l'on développe plus l'histoire), j'ai passé du noir sur le dessin ou bien j'ai fait de la surexposition. Cela empêche l'oeil de rester inactif. Ce n'est pas un dessin qu'on peut analyser. C'est comme les anciennes photos noir et blanc. Il y a du brouillard, des brunissements, et cela touche une autre zone en nous. C'est celle-ci que je veux atteindre.

Le résultat correspond-il à vos attentes ?
Je suis satisfait de la qualité d'impression même s'il aurait fallu faire beaucoup mieux. Le problème pour moi, c'est la taille, je préférerais un format plus grand pour avoir un impact physique plus fort avec les images. J'ai fait des diapositives de certaines cases que j'ai projetées contre un mur. Le résultat est surprenant... On est dedans.

BD World, sérigraphie BD World, offset

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Comment vous situez-vous par rapport aux dessinateurs belges ou français ?
Je ne ressens pas le besoin de m'ancrer à l'un des deux mondes en particulier mais disons que je me sens mieux en Belgique où la chaleur et l'humanité prévalent tandis que la forme et le discours s'imposent en France. Prenez un dessin de Walthéry, regardez le, vous y trouverez toujours cette gouaille, cette chaleur, cette générosité qui me plaisent, qui continuent de me nourrir.

Vous paraissez pourtant très cérébral, très intellectuel dans votre démarche ?
Je me sens avant tout instinctif, je pars du vivant, cela n'empêche pas de penser. Comme je vous l'ai dit, je suis attiré par Follet, Hausmann, les humanistes, les organiques... des gens qui travaillent la matière pour en sortir les tripes, à l'inverse d'un Schuiten par exemple qui a mes yeux n'applique que des concepts...

Les auteurs de BD sont-ils reconnus comme des artistes en Belgique ?
Non, absolument pas. Ils ont le statut de dessinateurs de gros nez. La culture est un problème récurrent en Belgique. Même s'il s'y trouve beaucoup de créateurs.

Parmi les jeunes, quels sont ceux qui vous intéressent ?
Ces années-ci, je lis peu de BD. Je me tiens juste au courant. Il y a quelques auteurs que je continue à suivre comme Moebius, Baudoin, Claire Wendling pour des leçons d'anatomie, Michetz pour son encrage,... J'ai bien aimé le début de Léon La Came de De Crécy. Là, il touchait vraiment un sujet dont on ne parle pas assez : l'horreur économique... On est tous d'accord pour dire qu'on est dans un monde de 'fous' mais personne n'en parle. Il faudrait aller plus loin ce que justement la fiction permet.

Couverture DBD On sent en vous une colère à ce sujet...
Oui.. Car quand la vie va mal, c'est le rôle de l'artiste de revenir à l'essentiel. Je trouve que la BD peut jouer ce rôle. Il y a toute une génération de jeunes artistes qui pourraient travailler là-dessus, même si c'est difficile d'en parler. On est pris sous une chape de plomb qui nous empêche de trouver des solutions. Démonter tout demande une énergie et un recul considérable. La BD peut apporter des solutions car c'est un média qui parle au lecteur seul à seul. On est dans le domaine de la fiction, on est là pour faire plaisir, donc il y a une intimité qui se crée... On a le pouvoir incroyable de toucher directement le lecteur.

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DBD

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4, rue Crétet
F-75009 Paris

DBD n° 3, Dossier Frank
Trimestriel, les dossiers de la bande dessinée.

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Cette page fait partie du site "ChM BD". Créé le 19/06/99 par Christian Mariavelle (© 1999).

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