TEMOIGNAGE d’une habitante de
Cortil-Noirmont, enfant de l’époque, ayant vécu cette période douloureuse
A PROPOS DES CEREMONIES COMMEMORATIVES
En cette période
de l’année beaucoup de souvenirs nous reviennent en mémoire, pas toujours
réjouissants, mais qu’on ne peut oublier. En vue des prochaines cérémonies
commémoratives de la Bataille de
Gembloux, j’ai fouillé mes archives et retrouvé cette photo prise au début de
la guerre 40-45 nous montrant les tombes creusées en hâte dans notre cimetière
et leurs croix de bois, ainsi que sur la droite, les caveaux sur lesquels des
casques ont été posés, indiquant que s’y trouvaient des soldats français
inhumés provisoirement en attente de leur rapatriement en terre natale ;
la morgue à l’arrière plan en étant déjà saturée.
Si mes
souvenirs sont bons, je me rappelle également de la première cérémonie, ce
devait être en 1941, alors que des familles de ces valeureux soldats étaient
présentes, après la messe, nous, enfants de l’école de Cortil, encadrés de nos
enseignants, bravant l’autorité du moment
nous avons déposé quelques modestes bouquets de fleurs cueillies en nos
jardins.
Ensuite vint une brève allocution dont je conserve
précieusement le manuscrit et qui disait :
« Camarades,
Permettez-moi de venir sur ces tombes rendre un
pieux hommage à ces héros de France, au nom des Sections des Déportés de
Cortil-Noirmont et environs, ainsi qu’au nom de notre grande famille la
Fédération Nationale.
Frères Français, dans cette terre où vous reposez,
sachez que vous reposez en terre amie, que jamais nous, déportés, nous
n’oublierons le sacrifice que vous avez fait pour nous et notre patrie.
Vous vous
êtes donnés corps et âmes à l’âge où vous pouviez fonder beaucoup d’espoir,
vous vous êtes sacrifiés non seulement pour votre belle patrie, la France, mais
aussi pour sauver la liberté de notre pays, la Belgique, mais surtout sauver
notre civilisation de la barbarie des envahisseurs.
Jamais un bon Belge ne pourra oublier les héros que
vous êtes et ici sur cette terre qui recouvre vos restes, nous vous faisons le
serment que chaque année nous viendrons la fleurir. De vos tombes nous voulons
faire perpétuer le culte du plus grand et du plus sincère souvenir.
En votre nom, vous qui dormez en paix, c’est de tout cœur que je crie Vive la
France ! Vive ses héros ! Vive nos frères courageux ! »
En 1942, pour
éviter que l’événement ne se reproduise, le commandement allemand envoya quelques
soldats armés et casqués à l’entrée du cimetière pour interdire cette
manifestation. Lorsque le cortège, enfants en tête, s’approcha du cimetière,
les soldats n’eurent pas le courage de s’y opposer et la manifestation reprit
comme l’année précédente, bénédiction des tombes par les curés de Cortil et de
Noirmont réunis et présence massive de toute la population.
Les années
suivantes, toujours sous l’occupation, le bourgmestre rexiste de l’époque fut
bien forcé, probablement contre son gré, d’honorer de sa présence ces
commémorations, comme en témoignent quelques photos prises subrepticement le 16
mai 1944, à l’initiative de Mr le Curé Billmeyer, alors Curé de Cortil. Ces
photos sont actuellement exposées au Musée Français de la commune.
Depuis lors, chaque année les cérémonies
sont réitérées, comme celle-ci,
particulièrement imposante en 1950, pour le dixième anniversaire, en présence d’un détachement militaire
français en provenance de Mulhouse.
J’ajouterai que depuis 1941, en aucune occasion, je n’ai manqué à une de ces messes et je garde toujours en mémoire l’image éplorée de cette pauvre petite dame, veuve du Commandant Chuillet, alors que le corps de son mari n’était pas encore retrouvé. Je me souviens également très bien des fouilles entreprises à sa recherche, toujours pendant la guerre, par un groupe de spécialistes ou anciens combattants, dont un muni d’un pendule a pu localiser le corps dans la haie du jardin de la famille Maillard, probablement enseveli dans un trou d’obus.