fleur de rose trémière

Venez consacrer deux heures de l’un de vos mardi par mois, votre jardin s’en portera beaucoup mieux…et vous aussi…

bordure de fleurs verticales

LA POMME DE TERRE

LA BIOLOGIE DE LA POMME DE TERRE ET LA SÉLECTION DES PLANTS

I - LA PLANTE ET SON MODE DE VIE

A - Une solanée vivace à multiplication végétative.

L'immense famille des solanées compte plusieurs espèces cultivées: la tomate, le tabac, le piment, l'aubergine, le pétunia, et naturellement la POMME DE TERRE (Solanum tuberosum).

1 - Le système aérien est annuel.

    Les TIGES aériennes, au nombre de 2 à 10, parfois davantage, ont un port plus ou moins dressé et une section irrégulière.
    . Les FEUILLES composées qu'elles portent permettent, par leurs différences d'aspect et de coloration, de caractériser les variétés. Les cellules de toutes les parties vertes (y compris les tubercules verdis) contiennent un alcaloïde dangereux, la SOLANINE.
    . Les FLEURS, dont la couleur et le nombre caractéri¬sent les variétés, sont généralement autogames, mais souvent stériles.
    . Les FRUITS ou baies qu'elles produisent contiennent des GRAINES dont l'intérêt, nul en culture, est essentiel en sélection amélioratrice.

2 - Le système souterrain porte des tubercules vivaces.

Les RACINES, nombreuses et fines, sont fasciculées et peuvent pénétrer profondément le sol s'il est suffisamment meuble.
Les TIGES SOUTERRAINES ou rhizomes, ou stolons, sont courtes et leur extrémité se renfle en TUBERCULES.

Ces TUBERCULES sont les organes de conservation qui permettent de classer la pomme de terre parmi les PLANTES VIVACES A MULTIPLICATION VÉGÉTATIVE : la plante, au lieu de se reproduire par voie sexuée grâce à la formation de fleurs et de graines, ne fait que multiplier indéfiniment ses organes végétatifs (racines, tiges et feuilles) grâce à des fragments de tiges portant les réserves nécessaires à leur reprise: les tubercules.

Cette différence essentielle va entraîner, nous allons le voir, des conséquences considérables sur les méthodes de sélection de la plante.

plante de pomme de terre entière, tubercules, racines, tiges et feuilles

La forme, la texture de la peau, le grain et la couleur de la chair, la forme et le développement des germes, sont autant de caractères servant à identifier les variétés.

coupe d'un plant de pomme de terre

B - La physiologie de la pomme de terre: Germination, Croissance et Tubérisation.

1 - Un cycle annuel en quatre phases.

En partant du stade tubercule germé, le cycle végétatif de la pomme de terre comprend quatre étapes:

    - 1 -  Un tubercule germé est planté en terre: ses germes se transforment en tiges feuillées, dont les bourgeons axillaires donnent, au-dessus du sol, des rameaux, et au-dessous, des stolons: c'est la PHASE DE CROISSANCE.

    - 2 -  Puis au bout d'un certain temps, variable selon la variété et le milieu, les extrémités des stolons cessent de croître et se renflent pour former, en une ou deux semaines, les ébauches des tubercules: c'est la TUBÉRISATION, qui se prolonge, jusqu'à la mort de Ia plante, par la phase de grossissement.
Aucun indice ne permet de déceler, sur les organes aériens, le moment de cette ébauche des tubercules.

    - 3 -  A la mort de la plante, soit naturelle, soit artificiellement provoquée, les tubercules sont incapables de germer, même dans des conditions optimales de température et d'humidité: c'est le REPOS VÉGÉTATIF.

    - 4 -  Enfin, après une évolution physiologique interne peu connue, les tubercules deviennent capables d'émettre des bourgeons: c'est la GERMINATION.

Mais comment la plante passe-t-elle d'une phase à l'autre, quels mécanismes et quelles influences commandent ces transformations, et quelles conséquences pratiques tirer de leur connaissance?

2 - Les connaissances nouvelles sur la croissance et la tubérisation.
a) La tubérisation est un phénomène "hormonal".

Les expériences tendant à faire tubériser des boutures racinées ont conduit à ces conclusions:

    - Le feuillage élabore une substance de tubérisation, qui agit à partir d'une certaine dose.
    - La croissance de "la plante se ralentit ou s'arrête dès que la tubérisation se produit: croissance et tubérisation semblent deux phénomènes qui s'opposent.
    - La température et la photopériode (durée du jour) agissent ensemble sur la synthèse de la substance de tubérisation :

         les températures basses et les jours courts favorisent l'élaboration de la substance de tubérisation: ces conditions sont favorables au départ de la tubérisation et défavorables à la croissance.
         les températures élevées et les jours longs favorisent au contraire la croissance et retardent ou même arrêtent la tubérisation.

Mais les variétés réagissent différemment à ces influences: leur "longueur critique du jour" celle à partir de laquelle leur tubérisation est arrêtée, est différente selon les variétés (elle est de 13 à 16 heures pour nos variétés, mais la température peut modifier ces limites).

- Les variétés à "longueur critique du jour" basse.
sont en général des variétés tardives, ayant un long cycle de végétation.
Elles demandent à être plantées tôt, afin que leur feuillage ait le temps de synthétiser suffisamment de substance de tubérisation pendant les jours courts du printemps.
Plantées trop tard, elles risquent de voir leur tubérisation arrêtée pendant les périodes chaudes et de jours longs. La tubérisation reprenant plus tard donnera des tubercules en "chapelets". C'est le phénomène de la "repousse".

- Les variétés à "longueur critique du jour" élevée sont les variétés hâtives ou demi hâtives qui peuvent être plantées plus tard sans que leur tubérisation soit perturbée.

Mais le feuillage n'est pas seul à élaborer la substance de tubérisation .

b) L'incubation du tubercule prépare la tubérisation.

Le tubercule de pomme de terre en cours de conservation élabore lui aussi la même substance de tubérisation, et d'autant plus que la température de stockage est élevée.
C'est l'action cumulée de cette substance par le tubercule puis par le feuillage, qui déclenchera la tubérisation.
A la fin de cette période dite "phase d'incubation", les germes du tubercule se mettent à former spontanément des tubercules fils, ce phénomène, appelé boulage marque la fin de cette phase, le tubercule a atteint le "stade d'incubation".
Planté à ce moment, il ne lèverait même plus.
Mais l'incubation ayant lieu dans le tubercule lui même, et non dans ses germes, s'accomplit inexorablement, même si la germination est retardée par le froid ou par des produits inhibiteurs, ou si les tubercules ont été dégermés une ou plusieurs fois.
La rapidité d'incubation à une température donnée dépend de la variété: certaines variétés incubent vite, d'autres plus lentement.
Cette rapidité n'a aucun lien avec la précocité de la variété.

LES PHASES DE L'INCUBATION DU TUBERCULE ET LA VIGUEUR DE CROISSANCE

Entre sa récolte et sa nouvelle plantation, le tubercule accumule une "SUBSTANCE DE TUBERISATION", d'autant plus vite que la température de conservation est élevée

A CHAQUE DOSE DE CETTE SUBSTANCE HORMONALE CORRESPOND UN STADE PHYSIOLOGIQUE DU TUBERCULE :

A  -  Dose NULLE :

Repos végétatif

pomme de terre non germée

B -  Dose FAIBLE :

Réveil de la germination

pomme de terre légèrement germée

C  -  Dose LEGERE :   ( Stade 1)

1ère période de la germination
Un seul germe au sommet :  "dominance apicale »

Plantation à ce stade :
Croissance LENTE.

pomme de terre avec un seul germe

D  -  Dose MOYENNE :   (Stade 2)

Stade optimal de plantation
2ème période de la germination
Tous les germes démarrent

Plantation à ce stade :
Croissance RAPIDE.

pomme de terre germée

E  -  Dose FORTE :   (Stade 3)
3ème pêriode de la germination
Les germes filent et se ramifient

Plantation à ce stade :
Arrêt rapide de la croissance et TUBERISATION IMMEDIATE.

pomme de terre germée

F  -  Dose MAXIMALE :   (Stade d’incubation)
Les germes tubérisent avant même d'être plantés.
C'est le "boulage".

Plantation à ce stade :
Pas de LEVEE.

les germes portent des petites boules à leurs extrémités
c) La vigueur de la germination annonce la vigueur de la croissance.

La germination présente trois phases :
    - une phase de croissance LENTE (zone 1) qui succède à la dormance;
    - une phase de croissance ACTIVE (zone Il) ;
    - une phase de croissance RALENTIE, pratiquement nulle (zone III).

Une plantation faite au stade B, donnera une levée rapide et vigoureuse, alors que faite en C, elle ne donnera, malgré de bonnes conditions de sol et de fumure, que des plantes chétives et à faible enracinement.
Or ici encore, cette capacité de croissance dépend de l'âge du tubercule et non de celui des germes: les germes repoussant après un égermage ne donneront une pousse vigoureuse que s'ils se situent dans la zone de croissance active (zone II).

En A (pendant la phase I): croissance lente de nouveaux germes ( V1 )
En B (pendant la phase II): croissance rapide de nouveaux germes ( V2 )
En C (pendant la phase III): croissance très lente de nouveaux germes ( V3 )

Mais si l'égermage est pratiqué, aux même date ( A et B ), sur un tubercule plus incubé (ligne pointillée), la vigueur de repousse est différente: V'1 en A, et V'2 en B



tableau montrant la repousse des germes après égermage

Dans la phase de croissance lente un seul germe pousse au sommet: on dit qu'il y a "dominance apicale".
Dans la zone II au contraire, tous les germes partent ensemble.
Les tubercules conservés en magasin frigorifique pendant quelques mois, et n'ayant jamais germé, partent directement au stade II et émettent plusieurs germes vigoureux.

3 - Les applications de ces découvertes intéressent tous les producteurs.
a) Le choix d'une variété

doit tenir compte de l’équipement de conservation et de mise en germination des plants.

    - Les VARIÉTES A INCUBATION RAPIDE exigent de très bonnes conditions de conservation: basse température, stockage en clayettes, en vrac ventilé, ou en sacs.
Ce sont, par ordre alphabétique: Béa, Belle de Fontenay, Belle de Locronan, Bintje, Daroli, Eersterling, Institut de Beauvais, Kemé, Ker Pondy, Mireille, Ostara, Panther, Primabel, Saskia, Sieglinde, Stella, Urgenta, Valdor, Viola.
Leur germination ne devrait intervenir que deux mois avant la plantation.
Plus les conditions de conservation s'éloigneront de cet optimum, plus les accidents culturaux (boulage, faiblesse végétative, pieds manquants) seront à craindre.

    -Les VARIÉTÉS A INCUBATION PLUS LENTE sont moins délicates
. Ce sont surtout: B.F. 15, Claudia, Idéal, Krasava, Sirtema, Solanum, Ultimus...

    - LES VARIÉTES A INCUBATION LENTE sont des variétés dites "rustiques".
Leur conservation ne pose pas de problèmes.
Ce sont surtout: Ackersegen, Anan Banner, Etoile du Léon, Ostbote, Régale, Rosa, Saucisse, Voran.



b) La date de plantation dépend de la variété choisie.

    - Les VARIÉTÉS A LONGUEUR CRITIQUE DU JOUR FAIBLE (Ackersegen, Industrie, Ker Pondy, Krasava, Ostbote, Panther, Régale, Rosa, Roseval, Saucisse, Voran) doivent être plantées tôt, dès que le permettent, le climat et la préparation du sol.
Plantées trop tard, en jours longs, elles risquent de voir leur tubérisation arrêtée par des conditions trop favorables à la croissance, pour reprendre plus tard (phénomène de la "repousse".

    - Les VARIÉTÉS A LONGUEUR CRITIQUE DU JOUR ÉLEVÉE (toutes les autres variétés) peuvent être plantées plus tard sans que leur tubérisation en souffre.
Mais la date de plantation optimale ne peut être connue que par une expérimentation systématique dans chaque micro-région.



c) La préparation des plants doit toujours être soignée.

La culture réussira d'autant mieux que les tubercules seront plantés au cours de leur phase active de germination (zone III).
Ce stade est en général atteint deux mois après le départ de la germination.

LA CULTURE DE LA POMME DE TERRE

I - La place de la pomme de terre dans la rotation

A - LA POMME DE TERRE VIENT EN "TÊTE DE ROTATION".

Tout comme la betterave, la pomme de terre présente les qualités d'une tête de rotation: c'est une plante d'été, une plante sarclée, une plante exigeant un travail sérieux du sol et une bonne fumure.

Elle peut être cultivée aussi bien après céréales qu'après plantes sarclées.
On la cultive souvent aussi après retournement de prairie, à condition que cette opération ait été faite avant l'hiver et qu'on lutte éventuellement contre les taupins et autres parasites du sol.

La pomme de terre n'enrichit cependant pas le sol en humus: ses résidus, trop pauvres en lignine et cellulose, ne sont pas humifiables.
De plus, sa culture accélère beaucoup la minéralisation des réserves organiques du sol.
Elle ne doit pas revenir sur le même sol plus d'une fois tous les trois à quatre ans, surtout s'il y a risques d'infestation par les nématodes.

Enfin, la pomme de terre primeur peut être cultivée en dérobée, ou être suivie d'une culture dérobée.

B - LA POMME DE TERRE EST UN EXCELLENT PRÉCÉDENT.

Les expérimentations classent presque toujours la pomme de terre en premier, comme précédent du blé; des betteraves, du colza, et même parfois du maïs.
Cette valeur tient surtout à l'amélioration de structure qui résulte du travail du sol par l'arrachage précoce.

Cette récolte précoce laisse le temps nécessaire pour implanter un engrais vert ou une culture fourragère en dérobée, dont la récolte ou l'incorporation au sol peut intervenir:
    -dès l'automne (moutarde blanche, radis chinois, colza de printemps ou alternatif...)
    -au printemps suivant (colza et navette d'hiver, vesce, trèfle incarnat, en mélange avec une céréale d'hiver comme seigle ou avoine...).

II - La préparation du sol pour la pomme de terre

A - LES BUTS: DES RÉSERVES D'EAU - UN SOL MEUBLE ET SANS MOTTES.

. Les réserves d'eau du sol sont accrues par l'ameublissement profond, qui augmente la porosité, et, sur les sols en pente, par la limitation du ruissellement.
La teneur en humus augmente aussi la capacité de rétention en eau du sol.

    . Un sol presque "soufflé" convient à la pomme de terre, dont les tubercules seront d'autant plus réguliers et volumineux qu'ils se développent dans une terre souple et meuble, comme semblent le prouver les résultats obtenus en terres sableuses.
Mais il ne s'agit pas pour autant d'un sol creux et hétérogène, nuisible à toute culture.

    . Signalons enfin que l'ameublissement de surface, si impératif pour la germination de la betterave, est secondaire pour la pomme de terre, dont la faculté germinative est très élevée du fait des réserves du tubercule.

B - LA RÉALISATION: DES PASSAGES MOINS NOMBREUX MAIS PLUS EFFICACES.

1 - L'ameublissement profond n'est pas forcément confié à la charrue: un labour précoce et à grosses mottes donc assez profond n'est utile qu'en sol lourd (argileux ou argilo-calcaire) qu'il faut exposer longuement au gel et aux alternances de pluie et de dessiccation.

En dehors de ces cas, l'ameublissement profond peut être avantageusement réalisé sans retournement par des passages croisés de chisel ou de multi sous-soleuse, un labour léger n'intervenant qu'au printemps pour parfaire l'incorporation des matières organiques (engrais verts broyés, reste de chaumes, fumier ou compost...) déjà mélangés à la terre.

2 - Pour la reprise des terres au printemps et l'ameublissement superficiel, on se guide sur deux objectifs:
    . Obtenir assez de terre meuble pour constituer les buttes.
Il faut donc prévoir au moins 5 centimètres de terre meuble dépourvue de mottes, au-dessous du niveau où seront plantés les tubercules.

    . Limiter le nombre de passages d'outils et de tracteurs, pour éviter le tassement tout en réduisant les frais.
Les méthodes de préparation minimum du sol permettent d'atteindre ces objectifs par l'utilisation, après une reprise par un labour léger à la charrue à socs ou à disques:
    - d'outils rotatifs, à axe horizontal (type rotavator) ou à axe vertical (type Lety).
Ces appareils peuvent travailler, contrairement à ce que l'on recherchait pour un semis de blé, à des vitesses de rotations plus élevées et avec une vitesse d'avancement plus réduite et tablier baissé.
    - de trains d'outils: cultivateurs à dents vibrantes + émotteuse (herse rotative), ou herse vibrante alternative + émotteuse, etc.
    - de roues cages évitant le tassement excessif du tracteur.

III . La fumure de la pomme de terre

A - DES BESOINS ÉLEVÉS MAIS DE TRÈS FORTES RESTITUTIONS PAR LES FANES.

1 - Les exportations d'une tonne de production, chiffrées par le tableau 10-3, font apparaître les exigences de cette plante en azote et en potasse, mais aussi en chaux et en magnésie.
Les exportations en potasse paraissent élevées.
Elles traduisent l'avidité de la pomme de terre pour cet élément, qu'elle consomme souvent en excès lorsque la fumure potassique est abondante.
Cette coûteuse et inutile "consommation de luxe" doit être évitée en ne prenant pas ces exportations théoriques pour des besoins réels.

fleur de rose rouge
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