Verhaeren

  1. INTRODUCTION
  2. Du bois d'Angre, il disait dans " Flammes hautes ":

    J'ai pour voisin et compagnon
    Un vaste et puissant paysage
    Qui chante et luit comme un visage
    Devant le seuil de ma maison


  3. ARRIVEE DE VERHAEREN A ROISIN
  4. Madame Dupriez fut témoin de la vie de Verhaeren dans ce coin délicieux du Hainaut. Elle voulut bien me confier quelques souvenirs personnels. Verhaeren, me dit-elle, vint pour la première fois au "Caillou" en 1898. A cette époque, le poète surmené, avait besoin de repos au sortir d'une grave crise de neurasthénie qui nous a valu "Les Débâcles" et les Flambeaux Noirs". La veuve de Roodenbach ( originaire de Frameries ) lui découvrit, sur les bords de la Honnelle le coin dont il devait faire son "havre de grâce".

  5. SEJOURS
  6. Avec une fidélité rigoureuse, Verhaeren y séjourna chaque année dès les premiers jours de mars aux derniers jours de mai, et d'août à novembre. Dans l'entre-temps, le poète particulièrement sensible au rhume des foins, devait fuir la campagne. Il se retirait alors à Paris (Saint Cloud ), à Londres ou à Ostende. Verhaeren passa également quelques hivers au "Caillou" ; Au début, il y résidait en qualité de pensionnaire à la "Crémerie" exploitée par les parents de Mme Dupriez. Au bout de quelques temps, Verhaeren étant continuellement dérangé par les promeneurs, Laurent lui aménagea un bureau au fond de la cour dans la sellerie. Plus tard, le poète obtint la jouissance d'un local contigu; et ainsi, d' année en année, le ménage Verhaeren devint locataire de tout un corps de bâtiment.

    Emile Verhaeren et son épouse
    Emile Verhaeren et son épouse, Marthe Massin.


  7. DE VERHAEREN A ROISIN
  8. Verhaeren vivait très simplement. Chaque jour, il était tôt levé. Après avoir copieusement déjeuné" ( vous pouvez noter en passant qu'il avait un faible pour la pâtisserie ) le poète travaillait jusqu'à onze heures. Alors, très correctement vêtu, le plus souvent d'un costume de velours gris, mais jamais débraillé, ainsi que certains se sont plu à le dire, Verhaeren, armé d'un solide bâton, partait à travers bois ou à travers champs. Cette promenade se prolongeait jusqu'à midi et demi. Le poète courait les bois, musardait dans le vallon de la Honnelle, grisé de nature, ou bien il s'en allait jusqu'à Ange chez son vieil ami le graveur Charles Berner, dernier survivant de cette génération, qui aujourd'hui, à plus de nonante ans, conserve encore le souvenir de ces jours heureux. Dans l'atelier on allumait une pipe et souvent l'artiste commençait un de ces portraits tracés de son ami dont il nous a donné toute une série. Puis, Verhaeren reprenait son chemin de retour, s'arrêtant dans les villages, causant avec le maréchal-ferrant ou avec le paysan qui rentrait des champs, caressant la joue d'un enfant, salué de tous avec un respect familier, car sa silhouette caractéristique fut bientôt connue de tout le pays. Toutefois, si, en cours de route, Verhaeren se sentait subitement inspiré, il rentrait précipitamment et s'enfermait dans son bureau. Dans ces moments là, personne n'eut commis le geste sacrilège de l'approcher.

    L'après-midi, Verhaeren et sa femme rendaient des visites ou recevaient leurs amis. Parmi ceux qui fréquentèrent assidûment le poète, on peut citer Montald, Charles Bernier, Maeterlinck, Camille Lemonnier, James Ensor, Van Rysselbergh et bien d'autres. Verhaeren reçut aussi, en 1907 Clémenceau qui passa une journée entière au "Caillou".

    Le musée Verhaeren
    ROISIN - Le musée Verhaeren


  9. TRAITS DE CARACTERES DU POETE
  10. Il a laissé à Roisin mille choses dont chacune fait lumineusement ressortir le génie, la simplicité et l'infinie bonté de l'incomparable poète prématurément disparu. De cette longue conversation je détacherais quelques traits et anecdotes.

    La population des alentours aimait beaucoup Verhaeren. Les paysans entre eux l'appelaient familièrement "l'homme du bo" ( l'homme du bois ). Le peuple l'aimait non seulement parce qu'il s'attardait volontiers au cours de ses promenades à bavarder avec tous mais aussi parce qu'il avait appris due Verhaeren, discrètement, faisait distribuer de la viande aux familles indigentes.

    Voici un autre exemple de la bonté de Verhaeren : Quelques années avant la guerre de 1914-1918 , ayant résolu de passer l'hiver au "Caillou", Verhaeren avait acheté à Bruxelles un manteau extrêmement coûteux. Par un matin extrêmement neigeux de décembre, il part à travers la campagne chaudement emmitouflé dans sons nouveau manteau. A midi, il rentre en veston, transi de froid. Et à Madame Verhaeren qui l' interroge, il fait cette réponse tout simplement :"j'ai rencontré quelque part un vieillard et un petit enfant qui paraissaient avoir plus froid que moi, alors je leur ai donné mon manteau".

  11. OEUVRES ECRITES A ROISIN
  12. Flammes hautes, Hélène de Sparte, Philippe II, Heures claires et Heures d'Après-midi

  13. SOUVENIRS LAISSES A ROISIN
  14. Les très nombreux séjours que l' auteur de "La multiple splendeur" fit au "Caillou" sont perpétués de multiples façons.

  15. SES PREMIERES IMPRESSIONS SUR ROISIN
  16. Lorsque Verhaeren y descendit pour la première fois, il ne put s'empêcher de dire à sa femme: "Mais, ma bonne, nous allons mourir d'ennui ici". Le poète ne soupçonnait pas qu'à quelques centaines de mètres de l'arrêt du "Caillou qui bique" (un peu avant Roisin) existe un véritable Eden, un endroit boisé, verdoyant et sauvage à souhait où pendant plusieurs années, il devait, chaque année durant de longs mois, puiser la plus généreuse des inspirations.

  17. DESTRUCTION DU COTTAGE A ROISIN
  18. Pendant toute la première guerre mondiale, ce cottage fut sauvegardé. La "kommandantur" de Saint-Guislain en avait d'ailleurs interdit l'accès aux soldats. Mais en 1918, lors de la débandade des troupes du Kaiser, provoquée par la victorieuse offensive interalliée, cette interdiction ne fut plus respectée. En outre, le 6 novembre 1918, les allemands couvrant leur retraite à coups de canon, un obus incendia la crémerie Laurent et ses annexes. Du cottage de Verhaeren ne subsistèrent que des murs branlants. Quelques objets métalliques furent retrouvés dans les décombres, ainsi que l'encadrement, partiellement carbonisé de la grande glace Empire qui garnissait la cheminée du cabinet de travail et un plâtre de Montald miraculeusement intact.

  19. RESTAURATION DU COTTAGE A ROISIN
  20. Restauré en 1928, le cottage fut rétabli dans son architecture primitive avec cette différence toutefois que la tuile remplaça l'ardoise dans la couverture. Petit à petit, grâce à la pieuse et intelligente activité de la veuve du poète et de Madame Dupriez, et grâce, aussi, à la générosité de mécènes qui donnèrent des objets ayant appartenu à Verhaeren, le bureau a été reconstitué. S'il est vrai que cette reconstitution a dû être faite en grande partie au moyen de meubles et de souvenirs de provenances diverses, l'aspect général du bureau a été fidèlement reproduit suivant les indications précises fournies par de nombreux croquis dus à la plume de la veuve du poète. Ces croquis figurent parmi les archives du musée.

  21. INTERIEUR DU MUSEE DE ROISIN
  22. Plusieurs objets métalliques qui garnissaient le bureau de Verhaeren ont été retrouvés dans les décombres, après l'incendie de 1918. Il s' agit notamment d' un petit vase en cuivre, d' un pressepapiers et d' un encrier en bronze et de deux oiseaux en fer (travail persan). Ce ne sont pas toutefois les seuls objets authentiques de l'ancien cabinet de travail de Verhaeren au "Caillou" qui garnissent l'actuel musée. Il en est d'autres. Chaque fois qu'il quittait Roisin pour un voyage de quelques durée, Verhaeren confiait à Monsieur Laurent ses pièces d'argenterie et tous ses manuscrits. Grâce à cette précaution, de très nombreux autographes du poète voisinent dans les armoires du musée, avec les premières éditions de ses oeuvres.

    Verhaeren possédait un lapin vert, en porcelaine de Copenhague, que lui avait offert sa femme au début de leur mariage. Ce lapin vert, considéré par lui comme une mascotte suivait Verhaeren dans tous ses déplacements. Il lui avait fait une place à part dans sa légendaire besace. Cependant, lorsqu'il quitta le "Caillou" pour Saint Cloud en 1914, il oublia son fétiche et en fut très affecté. En 1917, une parente du poète passant par Roisin et sachant le prix que Verhaeren attachait à son lapin, s' en empara subrepticement. Dans la suite, elle le fit remettre à Madame Verhaeren qui, curieuse coïncidence, le rapporta au "Caillou" quelques jours avant sa mort, en recommandant qu' on en prît grand soin.

    Parmi les autres objets pieusement ressemblés dans le sanctuaire de Roisin figurent le dernier buvard utilisé à Saint Cloud par le poète (au moyen d'un miroir, on peut lire de nombreuses signatures ainsi que quelques finales de lettres); plusieurs sièges provenant également de la maison de saint Cloud; une réplique du buste de Verhaeren (oeuvre de Schroevens) érigé en 1918 à Rouen; un portrait par Boznenska, deux des fameuses besaces du poète et , notamment, celle qu' il portait lors de l' accident qui lui coûta la vie en gare de Rouen; enfin, une abondante collection de livres dédicacés offerts à Verhaeren et disposés sur des étagères exactement semblables à celles qui existaient avant l'incendie.

  23. MONUMENT VERHAEREN
  24. A la lisière du bois d'Angre, on inaugurait en 1937, sur une stèle de pierre à peine dégrossie, un buste du poète, oeuvre d'Angelo Hecq, un sculpteur hennuyer auquel on doit déjà les monuments de Tamines et de Pâturages.

    L'inauguration du 'Monument Verhaeren
    ROISIN - L'inauguration du Monument Verhaeren


    Le premier monument Verhaeren
    ROISIN - Le premier monument Verhaeren

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