LEGENDES

Le Pont Arc-en-ciel
version française de "Rainbow Bridge"

Il y a un pont qui relie le Paradis et la Terre. On l'appelle le 'Pont de
l'Arc-en-Ciel' à cause de ses nombreuses couleurs. Au bout du Pont de
l'Arc-en-Ciel, il y a un pays de prairies, de collines et de vallées
luxuriantes.

Quand un de nos compagnons décède, il va là-bas. Il y a toujours de la
nourriture et un temps printannier. Les animaux vieux et faibles sont jeunes
à nouveau. Ceux qui ont été blessés ou mutilés sont de nouveau en pleine
forme. Ils jouent ensemble toute la journée.

Une chose manque tout de même : ils ne sont pas avec ceux qui les ont aimés
sur terre. Alors, chaque jour ils courent et jouent, jusqu'au moment où l'un
d'eux s'arrête soudain de jouer et regarde en l'air. Son nez s'agite ! Ses
yeux fixent l'horizon ! Et tout d'un coup, il s'éloigne en courant du
groupe, volant au-dessus de l'herbe verte, ses pattes le portant de plus en
plus vite.

Il vous a vu, et, quand vous vous rencontrez, vous prenez votre compagnon
dans vos bras, et vous l'étreignez. Les bisous pleuvent sur votre visage
encore et encore et encore, et vous dévisagez une fois de plus votre ami
tant adoré.

Alors vous traversez ensemble le Pont de l'Arc-en-Ciel, pour ne plus jamais
être séparé.

Auteur inconnu


 

LE CHAT EN WALLONIE  

Sultan Nicolas

Il n’y a pas de quoi s’en vanter, mais la Wallonie devança les provinces du Nord avec le premier bûcher de Huy en 1495. L’abominable chasse aux sorcières commencera cinquante-cinq ans plus tard et se terminera en 1680. L’histoire que voici n’a, heureusement, rien à voir avec cette période troublée. Elle se passe au XXe siècle.

Sultan Nicolas était le chat du professeur et écrivain Georges Rency, dont le véritable nom était Albert Stassart. Bien sûr, pour ce qui est du matou, il ne s’agissait pas d’un véritable sultan, mais il en avait l’allure… Un très beau chat, noir et blanc ; l’œil vif et perçant ! Son regard d’aigle et ses bonds souples donnaient l’impression qu’il se serait envolé, s’il avait voulu ! C’est dire combien les oiseaux se méfiaient de lui. Il était également la terreur du quartier félin.

Les mâles lui cédaient le passage, les femelles aussi en quelque sorte. Les descendants n’avaient pas toujours la classe de Sultan Nicolas, mais c’était sans importance. Au contraire, ainsi il continuait de régner superbement et sans réel héritier ou envieux ? Il leur en avait fait passer l’envie ! Plusieurs blessures de guerre l’embellissaient encore et flattaient son image de marque. Mieux que des décorations, elles étaient la preuve de sa virilité à toute épreuve.

Dans la province où la Meuse coule tranquillement, Sultan Nicolas régnait sur les arrière-maisons et les grands jardins fleuris. Tout cela était son territoire, son « Alhambra ». Il lui arrivait même de se faire inviter chez des gens, particulièrement chez un docteur et sa gouvernante. Ceux-ci le recevaient comme il convenait, étaient fiers de servir un pareil Sultan.

Oui, Huy, c’était vraiment son paradis. Aussi, lorsque son maître-mais en avait-il réellement un ?- dut déménager pour aller s’installer à Namur, Sultan Nicolas refusa de le suivre et se réfugia chez le vieux docteur. Quitter ses amis, et même ses ennemis !…Etre privé de jardin et vivre en appartement…ça, jamais !

Ingratitude ou devoir de son rang, le chat Nicolas fut si bien compris que la légende fit de lui un Sultan plutôt qu’un profiteur. Il vécut et demeura à Huy jusqu’à sa mort. Celle-ci lui fit mordre la poussière, moustaches en croix, à un âge canonique.

Le Chêne à chats

   Ceux que l’on appelait les « témoins du démon » - avec une majuscule, car le Malin semblait presque aussi fort que Dieu -, ceux-là donc, se réunissaient au lieu-dit Noir Dieu. L’endroit était appelé ainsi, non seulement à Gilly, où des coalitions s’organisaient en confréries que présidait une Dame Sorcière à la Jarretière ; mais il en était de même à Monceau-sur-Sambre et à Marchienne. Là où la justice faisait périr les sorciers, les voleurs et les assassins, les adeptes du sabbat rendaient hommage à leurs compagnons disparus. Criaient vengeance, peut-être. En tout cas, personne n’aurait aimé se trouver dans les parages.

  A Soleilmont, les sorcières commençaient par se dénuder entièrement. Sous la lune, puisque c’était le soir. Mais des soleils intérieurs les possédaient, ceux du Démon. Elles s’enduisaient toutes les articulations du corps d’une pommade magique : de la graisse de chat ou d’enfant mort sans baptême et déterré du cimetière. Puis, c’était l’envol !…Elles se rendaient au lieu de rendez-vous en chevauchant un balai, et en entonnant une incantation magique.

  A Courcelles, un autre endroit que le Noir Dieu jouissait d’une réputation tout aussi sulfureuse : le Chêne à Chats. Avant de s’appeler ainsi, l’arbre avait eu pour nom : « al chambre ».Une chapelle veillait alors sur le vénérable chêne, qui possédait le pouvoir d’exorciser et de chasser les démons. Il suffisait de détacher un morceau de l’arbre et de réciter les prières adéquates. A la longue, le chêne fut comme amputé et une sorte de chambre creusa son tronc. D’où sa première appellation.

  Et puis, par déformation populaire, il devint le Chêne à Chats. C’était plus convaincant  et explicite. Chats et sorcières ont toujours fait bon ménage. Y signaient-ils leur pacte avec le diable, ou se contentaient-ils d’y faire leurs griffes ?…

Où il est question de bouillie

Au XVIIIe siècle dans la région avoisinante des rivères Ourthe la noire et Amblève la blanche, se fit connaître le sorcier Bellem. On dit que notre homme, un berger pauvre et cependant peu enclin au complexe d’infériorité, fit apparaître toute une troupe de chats. La chose se passa bien simplement : la patronne lui ayant servi des bouillies de farine et de lait, alors qu’il travaillait dur et que c’était l’hiver, Bellem en appela à d’étranges chats, miaulant tout aussi étrangement, qui se jetèrent sur les bouillies et les mangèrent. Ils vidèrent encore le chaudron bouillant, puis s’en allèrent comme ils étaient venus ; c’est à dire on ne sait où.

Au siècle suivant, un couple de vieux quitte Liège pour s’installer dans les Ardennes. Trois jours par semaine, l’homme est messager et rentre tard dans la nuit. Sa femme lui demande de ramener un chat, car les souris causent beaucoup de dégâts dans la maison. 

«Je l’ai oublié », dit l’homme chaque fois…

Un vendredi, agacé, il formule la chose ainsi : «J’ai encore oublié cet animal du diable !»

La fois suivante, il rentre avec un magnifique chat noir… « Cette sorte-là est faite de sorciers », fait remarquer la femme.  « Sorcière toi-même ! » intervient le matou.

« Donne-lui tout de même un peu de bouillie, il sera peut-être plus poli », conseille l’homme.

« Elle est trop chaude », grogne aussitôt le félin.

La femme souffle à son tour, mais sur la bouillie. Après tout, autant contenter ce précieux animal qui va exterminer les souris. Elle en est à rêver de la sorte quand le noiraud crache : « Elle n’est pas bonne, ta tambouille…Aussi détestable que ta bouille ! »

Cette fois la femme se fâche et met de force le museau du chat dans la bouillie. Elle s’en amuse même. L’offensé la regarde sans mot dire, mais peut-être pas sans maudire…Au matin, le matou a disparu, et il y a encore davantage de souris. Une véritable invasion !

La mendiante qui rend visite aux deux vieux chaque samedi ne s’arrête pas…Elle détourne la tête et à l’air aussi mécontente que l’étrange félin la veille ! Le sort et les dés sont jetés : la mort est dans les parages. On ne se moque pas impunément d’un pareil chat ! Et malheur à qui le nourrit mal !

Dans la région liègeoise, on conseillait vivement de frotter le dessous des pattes du chat avec du saindoux. Dans les Deux-Sèvres, c’était avec du beurre…En Gironde, on obligeait le félin à tracer un signe de croix ! En tout cas, il fallait frotter les pattes de l’animal contre le mur de la cheminée : « Ainsi il ne quittera plus la maison », assurait-on.

Déjà au XVe siècle, les Evangiles des Quenouilles disaient qu’il fallait faire trois fois le tour de la crémaillère avec le chat dans les bras, et lui promettre sa bouillie quotidienne.

Un drôle d’apothicaire

Dans les Flandres, on lapidait et ébouillantait les chats errants rôdant autour des châteaux…Et ce, pour faire fuir les fantômes. D’autre part, une blague wallonne assure qu’il n’en existe pas en ces contrées, aucun esprit ne rôdant par là.

Nul n’ignore plus aujourd’hui ce qui se passait à Ypres, quand on jetait les chats depuis le haut des tours… Mais à Verviers, en Wallonie, c’est un apothicaire nommé Sarola qui fit parler de lui; l’affaire se passa en 1641. Lui vint une idée de faire voler un chat ! Les habitants eurent vent du projet, et malgré leur mécontentement, le magistrat de la ville autorisa l’expérience. Quel vent poussa donc l’apothicaire à faire pourfendre les airs par son chat ? Ne risquait-il pas d’être pourfendu lui-même par la foule en colère ? En tout cas, il apporta tant de soin à la chose que l’on vit l’homme suspendre l’animal sous des vessies gonflées ; il le lança ensuite du haut de la tour de l’église Saint-Remacle.

La chute fut impressionnante, mais le chat s’en sortit indemne. Il n’en aurait pas été de même pour ce drôle d’apothicaire, si le vent ou la chose avait mal tourné . La foule s’apprêtait à le malmener, la mort du matou aurait coûté cher à l’homme. l’humour aurait grogné et soufflé qu’il ne l’avait pas volé ! Heureusement, le drame n’eut pas lieu, une chance pour l’un et pour l’autre !

Plusieurs siècles plus tard, en 1951, l’expérience est renouvelée… Mais cette fois, la Société Protectrice des Animaux* existe, et c’est un chat en peluche que l’on projette. La fête commémore le tricentenaire de Verviers en tant que ville de la principauté de Liège. Le vent pousse le ballon vers Huy, 40 km plus loin…Là où, dit-on, le chat qui ronronne récite ses prières. A Huy, on a prétendu longtemps que c’est Jésus-et non Mahomet- qui coupa la manche de son vêtement pour ne pas déranger son chat.

* En France, la Société Protectrice des Animaux fut créée en 1847, soit un an avant l’abolition de l’esclavage.

 D’Jean l’Tchêtleux

Il est une légende extraordinaire en Ardennes, extra-ordinaire, parce qu’il n’est pas fréquent qu’un homme accouche… et à plus forte raison, de chatons. L’histoire, la voici : ce matin-là, D’Jean Lorint se réveilla avec l’idée d’aller faire un tour du côté de Bastogne. Il avait mal dormi et voulait se distraire en visitant la foire aux bestiaux.

En cours de route, trois fieffés farceurs l’interpellent et lui font croire qu’il a mauvaise mine. C ‘est vrai, il ne se sent pas bien. Une sorte de nausée, bougrement affaibli, le gaillard ! Il finit par rentrer chez lui et sa femme, Marie-Jène, s’inquiète à juste titre. Son mari a mal au ventre, transpire, vacille. Il s’étend sur le lit, tandis qu’on appelle le médecin. Mais avant qu’arrive celui-ci, D’Jean ressent un vif chatouillement à l’abdomen…

Il ne peut s’empêcher de hoquetter, son cœur bat la chamade. Lorsqu’il soulève la couverture, que voit-il ?…Quatre chatons blottis contre son ventre rebondi.

Il songe aussitôt à la macrale* de Rosière avec laquelle il a eu des mots. Serait-ce une vengeance ou un enchantement, que ces quatre magnifiques chatons ? C’est un brave homme, le D’Jean de la Marie-Jène, il ne peut abandonner sa progéniture. Et puis, cela fera plaisir à la chatte de la maison. Dès ce jour, ce n’est plus D’Jean l’Tchêteux**.  Avouez qu’il y a de quoi !

En Gaume, les habitants du village de Termes sont devenus des t’chès au XVIIe siècle. Pourquoi ce sobriquet ? Un jour d’hiver, un cortège funèbre fit grand bruit, alors qu’il empruntait le chemin rocailleux du « Champ du Chat ». Un des porteurs glissa sur le sol gelé, le cercueil tomba, s’entrouvrit, et en sortit…non la dépouille de la vieille que l’on conduisait à l’église de Jamoigne, mais un chat !

*    macrale veut dire sorcière en wallon

**  En Lorraine, chat se dit « chet »; à Montbéliard et Contejan, c’est « tchait »; et « tchat » ou « tçat » dans la Creuse

 

Les sorciers de Bihain

La grande Thérèse, une étrange femme, passait pour être sorcière. Paralytique, son mari subissait peut-être l’effet boomerang d’un mauvais sort jeté; il arrive que le mal atteigne un proche. Le dénommé Henri était venu rendre visite à Thérèse, et bavardait avec son mari en l’attendant. Comme le handicapé sommeillait, le visiteur ouvrit un livre et lut sans comprendre. Des chats noirs apparurent aussitôt, firent un vacarme effrayant.

Lorsque la femme rentra, elle se fâcha : « Puisque vous avez commencé, continuez ! » grogna-t-elle, en montrant du doigt le passage qu’elle imposa à l’imprudent.

Terrifié, celui-ci obéit et les chats disparurent à la queue leu leu dans le bois de Cedrogne, vers Pisserotte. Le dénommé Henri se garda bien de retourner chez Thérèse. Il en parla à sa nièce qui, longtemps après la mort de son oncle, raconta l’affaire.

Quant à Thérèse la sorcière, elle quitta le village et mourut octogénaire en 1896, à Ougrée.

La commune de Bihain, avec ses 1.400 habitants, comptait alors six sections : Bihain, Fraiture, Hébronval, Regné, Petites Tailles et Ottré. C’est dans cette dernière que ce déroula l’histoire que voici et dont l’abbé Didier*  est le véritable héros.

Il faut savoir que dans les villages d’Ottré, ordinairement paisible, deux familles s’en voulaient à mort. C’est bien ce qui arriva et il y eu mort d’homme. L’assassin se résolut à pactiser avec l’enfer et ses suppôts, afin de se rendre invisible. Il contacta cinq vieux makrês de la contrée, et ceux-ci lui assurèrent la chose. C’est qu’ils connaissaient la recette de l’Agrippa, laquelle portait le nom d’un célèbre sorcier né à Cologne en 1486, et mort dans un hôpital de Grenoble en 1533.

Après avoir saisi, de nuit et à la course, un chat noir vierge de tout poil blanc, ils se réunirent chez l’un d’eux et commencèrent la cuisson de la bête. Il fallait l’enfermer dans un pot, maintenir le couvercle de celui-ci avec une chaîne, et surtout, la cuisson devait se faire à sec et jusqu’à ce qu’il ne restât que les os. Un des sorciers faisait le guet . Soudain, arriva l’abbé Didier. Une multitude de corbeaux remplirent la pièce et firent un vacarme infernal. Comme affamés, les oiseaux se ruèrent sur le chaudron avec furie. Ensuite, l’abbé fit répandre une paillasse de paille d’avoine dans la prairie, et exorcisa.

 * Originaire de Mabompré, l’abbé Didier administra la paroisse d’Ottré pendant 47 ans(1830-1877)

Recette de l’Agrippa (à réaliser uniquement dans votre imaginaire)

 Vous volerez un chat noir, et achèterez un pot neuf, un miroir, un briquet, une pierre d’agate, du charbon et de l’amadou observant d’aller prendre de l’eau, au coup de minuit, à une fontaine.

Après quoi, vous allumez votre feu ; mettez le chat dans le pot et tenez-le de a main gauche sans jamais bouger, ni regarder derrière vous, quelque bruit que vous entendiez.

Après l’avoir fait bouillir vingt-quatre heures, vous le mettrez dans un plat neuf ; prenez la viande et la jetez par-dessus l’épaule gauche, en disant : « Accipe quod tibi do, et nihil amplius ».

Puis, vous mettez les os, un à un, sous les dents du côté gauche, en vous regardant dans le miroir; et si ce n’est pas le bon, vous le jetterez de même, en disant les mêmes paroles jusqu’à ce que vous l’ayez trouvé ; et sitôt que vous ne vous verrez plus dans le miroir, retirez vous à reculons, en disant : « Pater, in manus tuas commendo spiritum meum ».

Dans « les travailleurs de la mer », Victor Hugo précise qu’une fleur de lys apparaissait naturellement sur une partie du corps des élus, lesquels étaient des guérisseurs et non des êtres diaboliques. On en trouvaient en Wallonie, en Normandie et dans la Creuse.

Le chat de la Hêtraie

Lors du week-end de Pâques 1989 eut lieu à Genval, dans le Brabant wallon, un bien étrange drame… Son importance est relative, et ce sont les pensionnaires de la Hêtraie ; home pour le troisième âge, qui avertirent la directrice, Madame Liota Hens. Le chat de l’endroit était monté sur un peuplier et ne parvenait plus à descendre.

Le vent se fit mauvais, véritable tourmente. La bête grimpa encore. L’arbre ploya, des branches cassèrent. Plus moyen d’aller "cueillir" le chat ! Cela se passait le samedi, et le dimanche matin, on vit des corneilles tournoyer lugubrement autour du pauvre matou…

Vers midi, le soleil dardait ses rayons d’enfer, comme si la nature se vengeait de l’intrépidité de l’animal. On appela les pompiers. Rien à faire : l’échelle était trop courte. La bête affolée risquait de se rompre les os.

Un élévateur vint spécialement de Flandre au secours du chat wallon en détresse ! Une entreprise privée, avec tarif de week-end. Voilà qui coûta cher, mais il y allait de la santé des pensionnaires, lesquels n’avaient pas dormi, et de plus, perdaient l’appétit.

Le chat fut enfin sauvé, et alors seulement, la fête de Pâques prit tout son sens. Cette fois, les cœurs étaient à la joie !

Sources : HISTOIRE DU CHAT ET DES HOMMES de José Moinaut Ed. J-M Collet  1997 - Merci à Christine pour sa précieuse collaboration

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