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Les eurodollars
Pour expliquer la genèse de la dette du Tiers Monde,
il faut remonter à l'origine de la globalisation financière
: les eurodollars. Au cours des années 50, ces eurodollars, c'est-à-dire
les dollars investis hors des Etats-Unis, sont utilisés en monnaie
palpable (dollars papiers) par les firmes américaines investissant
surtout dans l'Europe d'après-guerre.
Progressivement, ces eurodollars sont utilisés par les banques
non-américaines. Ils sont négociés à des taux
légèrement inférieurs aux taux du marché et
cette aubaine a le don d'attirer les banques internationales qui les négocient
progressivement en monnaie impalpable (dollars scripturaux).
Les eurodollars se multiplient alors mécaniquement par le jeu de
prêts en chaîne entre banques du Nord (Société
Générale, Crédit Lyonnais, Bank of America, etc.).
Ce mécanisme est au départ développé dans
le plus grand secret. Personne ne s'émeut de cette multiplication
de dollars apatrides.
Au milieu des années 60 débute le développement des
euro-obligations, c'est-à-dire des prêts octroyés
par les banques en eurodollars, le tout en dehors de tout contrôle
étatique.
Débute alors le développement d'un marché parallèle
international libre de toute règle. Les eurodollars croissent alors
de manière exponentielle et le phénomène débouche
sur la "surliquidité" des banques. Ayant accumulé
les dépôts en eurodollars sans trouver suffisamment d'emprunteurs,
les banques du Nord vont alors prêter leurs surplus à des
taux d'intérêt réels faibles, voire négatifs,
aux pays du Tiers Monde.
Dans la seconde moitié des années 70, les deux chocs pétroliers
entraînent le développement des pétrodollars (les
dollars issus du pétrole), venant s'ajouter aux eurodollars dans
les caisses de banques de plus en plus "surliquides". Alors
que la crise au Nord se généralise et que les débouchés
se contractent dangereusement, le recyclage des eurodollars et des pétrodollars
des banques du Nord vers le Tiers Monde prend des proportions démesurées.
Entre 1970 et 1980, le montant de la dette du Tiers Monde contractée
auprès des banques internationales est multipliée par 33,
alors que la dette contractée auprès des Etats et des institutions
financières multilatérales (souvent pour financer les "éléphants
blancs" et autres projets "clé sur porte" inadaptés
aux besoins locaux et écologiquement destructeurs) n'est multipliée
que par 5.
En 1979, les Etats-Unis décident unilatéralement d'augmenter
de manière drastique leurs taux d'intérêt. Or, les
taux des prêts octroyés au Tiers Monde par les banques "surliquides"
étaient variables et directement déterminés par les
taux américains. L'augmentation des taux américains aboutit
ainsi à une explosion mécanique des remboursements de la
dette du Tiers Monde et à la crise d'insolvabilité des années
80.
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