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LE NEPAD: UN PLAN D'AJUSTEMENT STRUCTUREL
POUR L'AFRIQUE
Badara Ndiaye
Depuis 1998, se déroulent sur le continent Africain des débats
intenses sur les nouvelles stratégies de développement.
Tabo Mbeki lance son plan pour le développement du continent qui
s'appuie sur une doctrine de Renaissance Africaine. Dans son essence,
la Renaissance Africaine doit permettre une éclosion des valeurs
culturelles et systèmes de connaissance locaux, le dynamisme des
langues africaines. L'éducation dans cette optique doit participer
à libérer les enfants, les jeunes et adultes de la domination
mentale et psychologique. (Voir la déclaration de Johannesburg
sur l'éducation pour Tous 6-9 Décembre 1999).
Le concept de Renaissance Africaine largement débattu en Afrique
du Sud a été favorablement accueilli par la plupart des
intellectuels Africains comme un concept ouvert capable de servir de référentiel
pour la construction d'une vision d'indépendance vis-à-vis
des puissances occidentales et des institutions financières internationales
(FMI, Banque Mondiale). Plusieurs panafricanistes y avaient vu la possibilité
d'un renouvellement du panafricanisme militant. Portée par l'Afrique
du Sud et toute l'aura politique et sociale de Nelson Mandela, cette vision
dans le contexte d'une accélération de la mondialisation
néolibérale pouvait être une opportunité de
réarmement d'ensemble des populations africaines.
En face du plan " MBEKI ", il y a une autre proposition de la
part du président sénégalais Abdoulaye Wade, qui
a un " destin libéral " pour l'Afrique à travers
le plan " Oméga ".
A la différence de la proposition de Mbeki, celle du Président
Sénégalais est essentiellement fondée sur la création
d'un Marché commun Africain ouvertement libéral.
Un constat s'impose : Les dirigeants Africains passent beaucoup de temps
à élaborer des projets pour le continent sans suite ni effets
bénéfique sur les populations. Le plan de Lagos au début
des années 80 est resté lettre morte. Il en est de même
de plusieurs plans et projets régionaux ou sous régionaux.
Cette fois-ci, il y a eu une tentative de créer un vaste mouvement
d'adhésion à travers une synthèse des deux plans
sous le nom de NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement
de l'Afrique) et un lobbying intense auprès d'experts Africains
pour leur faire accepter le NEPAD.
Le NEPAD se veut un outil unique de négociation collective des
Etats face au G8 et aux institutions financières internationales.
On comprend donc l'importance qu'on lui accorde dans la réflexion
et les mobilisations sociales.
Dans sa structure, il comporte un cadre philosophique qui définit
une vision et des commissions de travail thématiques de réflexions
et d'élaborations de projets à soumette aux bailleurs de
fonds avec comme date de début d'exécution des accords en
2003.
Au niveau de la vision, Abdoulaye Wade du Sénégal affirme
qu'il s'agira de faire appel à l'initiative privée pour
financer le NEPAD, car la mondialisation peut-être... bénéfique
à l'Afrique. Comment? Par des crédits à long terme
de 40 à 50 ans et des possibilités pour rapatrier les bénéfices.
Encore une Afrique pour les capitaux, car on ne voit pas de privés
africains capables d'investir massivement dans les infrastructures qui
constituent un point fondamental du NEPAD.
Déjà à Gênes, les chefs d'Etat africains présents
ont présenté au G-8 le projet qui comporte entre autres
aspects, le développement d'infrastructures à l'échelle
du continent. La réponse du G8 intitulé " Plan de Gênes
" ne comporte aucune référence aux infrastructures.
Il comporte plutôt des demandes de plus grande ouverture au marché
et à la mondialisation libérale. Lors d'une brève
visite à Dakar, Tony Blair a réaffirmé son soutien
à cette approche.
Si le président libéral sénégalais refuse
d'admettre que le NEPAD est un plan d'ajustement pour tout le continent,
Michel Camdessus représentant la France au sein du FMI affirme
qu'il s'agit d'un chantier pour l'initiative privée. Mais voilà,
il ne pouvait s'arrêter en si bon chemin: Elle doit être incitée
à venir. Comment?
" C'est aux Africains de le dire " répond-il avec cynisme.
" S'il existe une conditionnalité intérieure, elle
doit rendre inutiles les conditionnalités extérieures. "
Franchement. Voilà une bien cynique manière de dire aux
Africains: " Tropicalisez les conditionnalités connues des
IFI et du G8 et nous n'y ajouterons rien d'autre ". Le NEPAD est
un ajustement structurel avec des " chances d'appropriation politique
" pour reprendre la formule de M. Camdessus.
Il faut que les Etats Africains eux-mêmes s'approprient politiquement
cette démarche pour que les IFI n'interviennent pas. Autrement
dit, Michel Camdessus dit ceci : "Faites ce que nous vous demandons
de faire sans dire à vos peuples que c'est nous qui vous l'exigeons".
Une manière de rendre la Banque Mondiale, le FMI et le G 8 "
acceptables " face aux critiques de plus en plus en dures des sociétés
civiles internationales.
En attendant que les commissions de travail du NEPAD terminent leurs conclusions,
on peut déjà se faire une idée de ce qui attend le
continent si les peuples ne se révoltent pas : un ajustement structurel
pour l'ensemble du continent avec en prime un accroissement de la dette
africaine et de la misère sociale.
Contre le NEPAD, il faut une "Panafricaine de résistance et
d'alternatives" solidaire des luttes qui se déroulent partout
dans le monde que ce soit à Porto Alegre, Bamako, Paris, Bruxelles,
etc.
Les organisations syndicales africaines, dont l'ORAF-CISL et l'OUSA qui
sont des centrales panafricaines, ont dans le cadre d'une rencontre à
Dakar organisé en coopération avec le BIT une conférence
sur " le rôle des travailleurs et des syndicats africains face
au NEPAD " qui a exprimé des points de vue qui augurent des
résistances syndicales continentales. Un document intitulé
" la Déclaration de Dakar " concentre les points de vue
des syndicats africains.
Pour M. Mamadou Diallo, de la Confédération nationale des
Travailleurs du Sénégal (CNTS) et membre du Comité
technique syndical, " le NEPAD doit tirer les leçons du passé
". Pour lui, l'échec des programmes et plans antérieurs
se sont inscrits dans une perspective néolibérale. Pour
les syndicalistes africains, si le NEPAD doit définir un nouveau
partenariat, il ne doit pas léser l'Afrique.
Ainsi, la Déclaration de Dakar exige que " le NEPAD mette
les préoccupations des populations au coeur de stratégie
" pour une perspective de développement durable.
Ils mettent en garde les autorités contre toute nouvelle forme
de remboursement des dettes imposée par le bailleurs de fonds,
car les dettes ont été totalement remboursées. Dès
lors les syndicats ouvrent une perspective intéressante en faisant
de l'annulation de la dette un moyen de développer l'Afrique.
Pour éviter que le NEPAD ne soit encore un autre plan pour les
bailleurs de fonds et leurs intérêts, les syndicats africains
exigent qu'il soit encadré par les politiques de l'union Africaine.
De ce fait, il doit être l'instrument de l'Union Africaine et non
le contraire. C'est là une position clé de rupture par rapport
aux anciennes visions et stratégies. Le NEPAD ne doit pas s'aligner
sur le libéralisme, mais sur une politique sociale. Il s'agit là
d'une vision aux antipodes de celle de Michel Camdessus qui demande aux
Africains de s'insérer dans une perspective d'ajustement structurel.
La rupture est encore plus nette, car les organisations syndicales africaines
rejettent le modèle de développement induit par l'ajustement
structurel au profit d'une stratégie de réponse aux besoins
des populations avec l'agriculture comme moteur de l'industrialisation
au lieu de continuer à promouvoir une extraversion de l'économie
qui ne vise qu'à payer des dettes illégitimes. Ainsi, pour
les syndicats africains, le paysan doit être au centre de l'économie.
Ces positions signifient que le NEPAD doit être inclus dans le social,
ce qui requiert une mobilisation de toutes les couches laborieuses, particulièrement
les femmes qui ont le plus souffert de l'ajustement structurel.
Enfin, les syndicats ont affirmé la nécessité d'être
consultés en raison du rôle important qu'ils ont joué
en Afrique dans les changements politiques, sociaux et financiers.
Comme on le voit, le NEPAD commence à faire l'objet de critiques
collectives et, fait important, des actions de résistance syndicale
coordonnée à l'échelle africaine sont devenues possibles.
Il appartient à toute la société civile africaine
de poursuivre les débats dans tous les pays et l'échelle
continentale, d'organiser des sessions de formation et d'information et
de se mobiliser comme à Gênes, Seattle, etc. pour empêcher
que l'Afrique ne soit plongée dans une misère encore plus
grande.
Badara NDIAYE
Chargé de la communication au CADTM-Sénégal
bnjay@hotmail.com
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