CONGRES  DE  L'ENSEIGNEMENT  CATHOLIQUE  2002

N'ayant pu participer à ce Congrès, nous nous en tiendrons à ce qui en a été écrit dans la presse. Cela permettra sans doute d'avoir le regard le plus objectif. (NDLR)

Les 11 et 12 octobre 2002 eut lieu le Congrès de l'Enseignement catholique " En avant l'école", dans l'Aula magna de Louvain-la-Neuve avec plus de mille participants.

Ce Congrès avait pour but de développer trois thèmes:

- le SENS d'une école chrétienne dans une société déconfessionnalisée,

- l'organisation de la SOLIDARITE entre les écoles du réseau,

- les nouvelles conditions pour une organisation LEGITIME de l'enseignement catholique.

Le thème le plus important est le premier, car si l'école n'est plus chrétienne, la solidarité rejoindra ce que les autres font, une sorte de philantropie, ou l'organisation suivant l'intérêt, souvent assez immédiat. Et en l'absence d'un enseignement chrétien sa légitimité ne se posera plus.

LE SENS D'UNE ECOLE CHRETIENNE DANS UN MONDE DECHRISTIANISE

A . La volonté des participants

Le journaliste de "La Libre Belgique" constate qu'un grand nombre de parents et d'enseignants veut garder l'enseignement chrétien: "On retiendra, de ces journées de réflexion, le débat sur l'engagement «catholique» de l'enseignement libre. Une étiquette que beaucoup de participants ont souhaité vouloir maintenir"(V.d.W.: "Pour un vrai pluralisme concret", dans "La Libre Belgique". du 14 octobre 2002, p. 6).

B . La recommandation de M. Gauchet

Selon M. Jacques Vandenschrieck, organisateur du Congrès et responsable du Service de recherche du SeGEC, qui s'adressait à Radio catholique (RTBF), le  dimanche 27 octobre 2002, vers 19 h., Monsieur Marcel GAUCHET, philosophe politique français et Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, invité au Congrès à titre d'expert, a proclamé, comme incroyant, le devoir de l'enseignement catholique belge de garder vivante la tradition et les trésors chrétiens.

C . La conviction de l'Eglise

Monseigneur Aloys Jousten, évêque de Liège, responsable de l'enseignement, a confirmé cette orientation dans son intervention: "l'école catholique est  un de ces lieux où les chrétiens sont appelés à assumer activement leur place dans la société" non pas en la dominant, mais en la servant. L'école chrétienne est là pour faire grandir en humanité les élèves par la formation, l'éducation et l'enseignement, en particulier de la religion catholique.

Comme il existe deux sortes de relations à Jésus-Chrit, ceux qui s'inspirent de l'Evangile avancent que "Dans une école chrétienne, l'acte fondateur fera référence à l'Evangile, moins souvent peut-être à Jésus-Christ. Les valeurs évangéliques sont donc les critères explicites pour le projet scolaire." Tandis que ceux qui adhèrent personnellement au Christ souhaiteront que les jeunes découvrent à l'école leur vocation chrétienne, l'appel de Dieu, la foi, cette "richesse particulière pour l'homme, puisqu'elle lui donne une nouvelle perspective, une destinée éternelle".

Face à la diversité actuelle des croyances et du degré d'adhésion à la foi chrétienne et à la religion, Monseigneur affirme qu'il ne suffit pas que l'école catholique cherche à vivre les valeurs évangéliques, ni même à "y proposer un art de vivre inspiré des Béatitudes". "L'école doit être un lieu où on aide les jeunes à construire, à se forger une conviction, une identité, une orientation fondamentale pour leur personne et pour leur vie future. Il faut au moins vouloir en jeter les bases.[...] Dans l'école catholique, la foi catholique occupe une place privilégiée, notamment grâce au cours de religion. [...] Il faut donc un enseignement sur la foi." De plus, "il faut souhaiter que, dans nos écoles, il y ait de nombreux enseignants chrétiens qui osent s'affirmer comme tels dans le milieu scolaire. Enseignement de la religion et témoignages d'adultes chrétiens sont des facteurs d'une grande importance pour l'élaboration progressive d'une identité personnelle" chrétienne. "Par ailleurs, je pense qu'on ne saurait surestimer l'incidence du dialogue foi-culture dans les autres cours sur l'élaboration de cette identité."

L'intervention de l'Evêque délégué pour l'enseignement semblait si convaincante, qu'il paraît que M. Di Rupo, président du Parti socialiste, perdit son calme, s'exclamant: "Si vous voulez faire du prosélytisme, l'Etat ne vous subventionnera plus !" Sereine objectivité !

D . La position du SeGEC

1./ Déjà en février, M. Pascal André faisait remarquer au chanoine Armand Beauduin, Directeur général de SeGEC: "Cet accent que vous mettez sur la construction de la personne ne vous est pas propre." Et à sa question: "Qu'est-ce que l'enseignement catholique apporte de plus?", le chanoine répondait: "Je ne crois pas que nous apportions quelque chose de plus ou que nous soyons meilleurs que les autres. Nous sommes tout simplement différents. Nous avons chacun notre histoire et notre tradition." (Pascal ANDRE: "Les écoles libres en quête d'un nouveau souffle", dans "La Libre Belgique" du 5 février 2002) Prudentissime, le Directeur du SeGEC ne relevait que la différence des écoles catholiques due à l'histoire et à la tradition scolaires, alors que l'enseignement chrétien a été fondé pour "apporter quelque chose de plus": la foi chrétienne apporte un sens à la vie sur la terre, une attention aux personnes et à la vie humaine, un projet d'union au Christ qui débute ici-bas pour s'épanouir dans l'éternité, et cela modifie toute l'optique de l'existence.

2 ./ Ensuite, en octobre,  le journaliste de "La Libre Belgique" révèle "la proposition faite par le secrétariat de l'enseignement catholique [SeGEC] de transformer le lien qui unit l'école catholique à l'Eglise: désormais, il ne sera plus hiérarchique, mais deviendra symbolique" (V.d.W.: "Pour un vrai pluralisme concret", dans "La Libre Belgique". du 14 octobre 2002, p. 6). Cette proposition a été reprise par M. Vandenschrieck, responsable du Service de recherche du SeGEC, à Radio catholique (RTBF), le  dimanche 27 octobre 2002.

a)  Que  signifie cette proposition ?

Que les valeurs fondant les établissements catholiques, les cours et leur orientation ne découleront plus des principes évangéliques ?

Que l'Eglise ne s'intéressera plus à l'enseignement donné aux jeunes catholiques ?

Qu'il n'y aura plus un Evêque chargé de l'enseignement au sein de la Conférence épiscopale?

Que les Evêques ou leurs délégués ne nommeront plus les directeurs, les professeurs-prêtres et les titulaires des cours de religion catholique exerçant dans les écoles catholiques ?

Que le nom de saints et de saintes ne sera plus utilisé pour désigner les écoles catholiques ?

b)  Qu'est-ce qu'un lien "symbolique" ?

Le symbole est le signe, l'image qui doit représenter une idée, une abstraction. Le drapeau est le symbole de la patrie. Le lien hiérarchique entre l'enseignement et l'Eglise est manifesté par la présence d'une personne (autorité ecclésiastique dans le milieu scolaire, inspecteurs, etc.) ou un objet (drapeau, liste des directives, ...). Tous étant bien concrètement visibles.

Le lien symbolique signifie-t-il que tous les "signes" extérieurs qui montraient le caractère chrétien des écoles doivent disparaître? L'application des principes religieux, les prêtres professeurs, les livres chrétiens, les crucifix et les statues, ... ?

 

"Symbolique" signifie-t-il que les enseignants chrétiens ne pourront plus l'être qu'à titre privé, ne pourront plus laisser transparaître leur foi dans leurs actes, dans les écoles catholiques?

UNE MODIFICATION DE L'ECOLE CATHOLIQUE

En réponse à la question du journaliste de "La Libre" qui lui demandait: "En quoi ce congrès va-t-il modifier l'orientation de l'école catholique?", ce même M. Vandenschrieck, qui proposera la reconnaissance du pluralisme au cours de l'émission radiophonique citée plus haut, proclame: "Ce que nous appelons de nos voeux, c'est qu'on fasse droit à un pluralisme concret dans l'école en pensant que notre rôle n'est pas de faire des chrétiens, mais de faire en sorte que les jeunes se construisent une personnalité." (V.d.W.: "Pour un vrai pluralisme concret", dans "La Libre Belgique". du 14 octobre 2002, p. 6)

"Faire droit" n'est-ce pas demander que la justice se fasse? Satisfaire à une demande, à une exigence? Qu'on reconnaisse, juridiquement, un droit ? Que signifie alors: "qu'on fasse droit à un pluralisme concret" ? Sinon qu'on accorde - ou qu'on impose ? - l'application du pluralisme dans l'école catholique. Ce qui veut dire que le pluralisme n'existe pas dans l'enseignement catholique et qu'il devrait y être pratiqué au plus vite.

Qu'est-ce que le pluralisme?

Le pluralisme est un système politique ou scolaire reposant sur la coexistence en bons termes de plusieurs groupements ou de plusieurs opinions, croyances ou politiques,  indépendants et respectueux les uns des autres.

Le pluralisme est pratiqué en fait dans les écoles catholiques, puisque enfants catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans, animistes, agnostiques et autres s'y côtoient en suivant la même formation. Chacun professe sa propre foi, sa propre opinion dans le respect des opinions et des convictions des autres. Et, dans une école catholique, il nous semble normal, non pas, peut-être, "de faire des chrétiens", car chacun est libre d'adhérer à des convictions propres, mais de présenter le christianisme et de donner un enseignement respectueux des principes chrétiens et inspiré par eux.

Malheureusement, le "pluralisme" qu'on voudrait imposer, n'est trop souvent que le prétexte pour se grouper avec ceux qu'on veut dominer. Ce "pluralisme" c'est du syncrétisme, c'est-à-dire la fusion, le regroupement de plusieurs doctrines ou religions différentes qu'on présente dans les cours de la même façon, purement technique.

Alors, qu'est exactement le "pluralisme concret" demandé, si le vrai pluralisme existe déjà dans les écoles catholiques ? A défaut de réponse à cette question, que nous lui avons posée, si le responsable du Service de recherche du SeGEC demande qu'on reconnaisse le pluralisme, s'il refuse que les enseignants transmettent la foi qu'ils sont censés vivre et s'il rejette la présentation par l'école d'une vision chrétienne de l'homme et du monde, puisqu'il dit: "notre rôle n'est pas de faire des chrétiens"; s'il se contente de proposer ce que tout enseignant consciencieux fait dans n'importe quelle école: "faire en sorte que les jeunes se construisent une personnalité", nous pensons devoir craindre que le SeGEC ne demande le pluralisme - syncrétisme. Ce qui nous semblerait tout à fait opposé l'objectif pour lequel il a été créé.

En passant par un "pluralisme" discret, on aboutirait à un pluralisme - syncrétisme réel et les tenants de la laïcité auraient gagné ! On aurait vraiment modifié l'école catholique. Devrait-on constater, une fois de plus, qu'il existe, depuis 1958, époque du Pacte Scolaire, une continuité dans le travail de sape systématique des spécificités catholiques du réseau libre catholique?

J. Van Godtsenhoven