Les besoins d’une main-d’œuvre d’appoint dans l’après-guerre
En 1945, la production annuelle des charbonnages belges s’élève à 16 millions de tonnes alors qu’elle était de 30 millions en 1939. Ce déficit charbonnier entrave les objectifs de la reconstruction nationale. La plupart des secteurs industriels (la métallurgie, le ciment, les fours à chaux, le textile, les cuirs, etc.) ne peuvent satisfaire la demande par insuffisance de charbon. Cette chute de la production résulte essentiellement d’une diminution de la main-d’œuvre employée dans le secteur. S’il y avait 136 530 ouvriers répertoriés en 1940, ils ne sont plus que 87 566 à la fin de la guerre. Or, la reconstruction nationale de la Belgique dépend principalement de la capacité de gagner « la bataille du charbon » selon les termes historiques de A. Van Acker, alors Premier ministre et ministre des Charbonnages.
Malgré les améliorations apportées aux conditions de travail et aux salaires des mineurs de fond, le recrutement de travailleurs nationaux se tarit. Dès lors, les pouvoirs publics reviennent à une politique menée avant-guerre : le recrutement de travailleurs étrangers. De manière provisoire, le besoin en main-d’œuvre est comblé par la mise au travail des prisonniers de guerre qui seront libérés en 1947. En raison des changements politiques en Pologne, ce pays n’est plus une zone de recrutement. Des contacts sont noués avec les autorités italiennes qui aboutissent à la signature d’un protocole entre la Belgique et l’Italie en juin 1946.
Celui-ci prévoit l’envoi de 50 000 travailleurs italiens dans les mines belges en échange du droit à 200 kilos de charbon par mineur et par jour, payés au prix plein par l’Italie. La demande initiale est vite dépassée. L’immigration par contingentement débute. Entre 1946 et 1948, 65 056 hommes, répartis en 85 convois, arrivent en Belgique, et ils sont répartis dans les cinq bassins charbonniers belges (en Campine, dans le Centre, à Charleroi, à Liège et à Mons). L’imprévoyance des pouvoirs publics qui caractérise alors la politique d’immigration se vérifie dans l’absence de structures de logement prévues pour accueillir les travailleurs immigrés. Lorsqu’elle signe le Protocole de 1946, la Belgique sait qu’elle est incapable de loger 50 000 arrivants. Jusqu’au début des années cinquante, certains travailleurs italiens sont logés dans les anciens camps de prisonniers. Par la suite, certains quitteront ces logements pour les phalanstères qu’ils dénomment "cantine".
Le travail dans les mines occasionne de nombreux accidents de travail et à diverses reprises l’Italie suspend l’envoi de nouveaux travailleurs. Mais c’est après la catastrophe de Marcinelle (8 août 1956) qui cause la mort de 262 mineurs dont 136 sont italiens que l’Italie suspend l’émigration vers la Belgique. Celle-ci se tourne alors vers d’autres bassins d’emploi et conclut de nouvelles conventions bilatérales, notamment avec l’Espagne (1956), la Grèce (1957), le Maroc (1964), la Turquie (1964), la Tunisie (1969), l’Algérie (1970), la Yougoslavie (1970). Avec la crise dans le secteur charbonnier, les travailleurs immigrés trouvent de l’emploi dans d’autres secteurs économiques comme la métallurgie, la chimie, la construction et les transports.
Extrait de Et si on racontait…
Une histoire de l’immigration en Belgique par Marco MARTINELLO et Andrea REA
(p. 2 – 4)
Dossier de la Communauté Wallonie – Bruxelles. Communauté française de
Belgique