| École Biya |
Bamako - Mali |
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Le parcours d'exil des jeunes Maliens
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Parcours d'exil des jeunes Maliens Document
réalisé suite à un débat organisé en Novembre 2001 avec la classe de terminale du lycée Biya de Bamako.
La discussion était animée par Anne Herman (Inter Projets) Le Mali a connu une grande période de sécheresse, dans les années '70 et 80. Beaucoup d' agriculteurs et d' éleveurs ont du abandonner leur terres et ont fui vers les villes dans le sud. Bamako, la capitale du Mali, a vu augmenter sa population jusqu'à plus d'un million d'habitants. Le pays a peu d'industries et comme il est totalement enclavé, il y a peu d' investissements étrangers. Les familles sont très grandes. Il y a donc beaucoup de jeunes gens qui ne trouvent pas de travail. Et qui vont chercher ailleurs. Heureusement le Mali ne connaît pas la guerre. Il y a eu quelques rebellions des Touaregs dans le nord du pays, mais en général les peuples maliens vivent ensemble paisiblement. La raison principale pour émigrer vers un autre pays, c'est la recherche de travail, le besoin d'un revenu pour vivre ou pour faire vivre la famille. Certains jeunes sont poussés par un goût de l'aventure, d'autres encore ont reçu une bourse pour aller étudier à l'étranger. De nombreux Maliens vont travailler dans les pays voisins: Au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Congo-Brazzaville, et en Libye. Ils y travaillent dans des plantations ou dans des commerces. Il y a aussi beaucoup de Maliens en France, aux États-Unis et au Canada. Partir en Europe, cela coûte cher et c'est de plus en plus difficile. Un jeune qui voudrait partir là-bas a difficile à obtenir un visa. Le plus rapide c'est de prendre un avion. Mais ceci n'est pas donné à tout le monde. Il faut d'abord travailler et économiser pendant deux ou trois ans pour payer un ticket. Le plus souvent c'est un membre de la famille qui est déjà en France, qui avance l'argent et une fois sur place il faut le rembourser. Il y en a d'autres qui passent par le Sénégal ou par la Mauritanie et puis par le Maroc pour essayer d'atteindre l'Europe. Ils vont de village en village, et parfois ils travaillent en cours de route. Nous connaissons les
dangers d'un tel voyage : on peut se faire agresser et voler, il faut traverser le détroit de Gibraltar dans des petits bateaux,
et il y a le risque de naufrage en mer (cela arrive régulièrement...) La vie en Europe n'est pas toujours facile. Les Maliens font le travail que les Européens ne veulent pas faire. C'est très difficile d'obtenir un permis de séjour. Quand on se trouve dans la clandestinité la vie est dure. On ne gagne pas beaucoup d'argent. Les Maliens qui vont en France partent pour de longues années . La famille et les amis leur manquent beaucoup. Pour un Malien la famille est très
importante. Le climat est totalement différent, surtout dans les régions nordiques: il fait très froid en hiver. En Europe il faut respecter les lois et les règles, beaucoup plus qu'ici. On est beaucoup plus strict. Les étrangers sont souvent contrôlés. Pour les Maliens le choc n'est pas si grand que pour d'autres émigrés car au Mali on apprend le Français à l'école : on comprend la langue et on peut échanger des idées. On connaît quand-même déjà un peu le mode de vie français quand on y arrive. La nourriture est différente, on ne trouve pas toujours les denrées qu'on cultive chez nous. Mais, dans les grandes villes il y des magasins spécialisés qui importent les produits d'Afrique, comme le mil, la pâte d'arachide, les feuilles de baobab, des poissons séchés du Niger… tout ce qui rappelle le pays. Les Maliens vivent souvent ensemble dans des foyers. Ils s'y retrouvent pour parler du pays ou pour prier. A l'occasion des fêtes traditionnelles on organise des repas, avec des danses et de la musique. Parfois des groupes Maliens viennent jouer de la musique Africaine et des griots passent pour raconter de vieilles légendes. Ces soirées sont très gaies, et font qu'ils oublient un peu le mal du pays. La majorité des Maliens sont musulmans. L'Islam existe aussi en France. Pratiquer l'islam comme le Coran le prescrit n'est pas toujours possible. Par exemple ici, au Mali, on peut arrêter le travail pour faire la prière 5 fois par jour . Pendant le ramadan, les bus s'arrêtent sur la route pour permettre aux croyants de faire leur prière. En Europe, ce n'est pas possible, on ne peut pas quitter son travail . Sur ce point notre classe n'est pas d'accord et nous avons eu une vive discussion. Certains pensent que cela devrait être un droit, d'autres comprennent que - par exemple quand on travaille dans une équipe dans une
usine - on ne peut pas tout laisser tomber pour aller prier. D'autres encore trouvent qu'on peut toujours prier partout, chacun pour soi, dans sa tête. Celui qui part rêve de gagner beaucoup d'argent, pour acheter une maison ou une voiture et pour envoyer à la famille. Parfois c'est possible de faire venir un plus jeune frère. Le cauchemar c'est de tomber sans travail, sans revenus. Et de revenir sans argent. Il y a beaucoup de racisme et de discrimination en Europe. On dit chez nous que souvent les Africains sont attaqués dans la rue. Nous en avons discuté en classe. Le racisme , cela existe partout. En Afrique aussi, par exemple au Rwanda et au Nigeria le racisme a mené à des guerres civiles et des massacres énormes. En Europe les gens ont peur de l'étranger, ils sont xénophobes .Ils ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas. Il faudrait qu'il y ait plus de contacts entre les peuples et surtout entre les jeunes pour mieux se comprendre. En Afrique , nous sommes beaucoup plus accueillants quand un étranger arrive chez nous. Même si on ne le connaît pas , on lui donne à manger et à boire, on lui offre le logement. C'est la tradition. En Europe cela ne se passe pas comme ça. Il faut déjà être de bons amis avant d'être invité à la maison de quelqu'un. Nous ne comprenons pas pourquoi nous ne pouvons pas voyager librement en Europe. Tous les Maliens ne veulent pas rester en
Europe: on aimerait visiter ou étudier là-bas. Et après revenir ici, dans le pays natal. Dans la vie au quotidien , nous avons beaucoup de contacts avec l'Europe. La culture Européenne est très forte et présente partout: à la télévision, au cinéma, dans les vêtements, les voitures, la langue française, … Ce n'est pas réciproque. A première vue, l'Europe a repris très peu de la culture africaine. Mais quand on réfléchit davantage on voit quand-même des échanges culturels. De grands artistes peintres ou des sculpteurs se sont inspirés des sculptures africaines, et on retrouve des éléments dans l'architecture. En musique aussi, les sources africaines sont claires: le jazz est né du mélange des rythmes africains et de la musique occidentale. Et en ce moment les chanteurs africains sont sur toutes les ondes !
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