1814

Les vainqueurs de Leipzig se précipitent vers la garnison française de Hambourg. Le 6 avril, l'Empereur abdique et prend possession de l'île d'Elbe.
Loison, sous les ordres du Maréchal Davout, ne sera pas à Paris, lors de l'abdication, comme certains l'affirment. Il combattra encore après la fin de l'Empire puisque la garnison de Hambourg se rendra après que l'Empereur eut pris la route de l'exil.
Davout, Louis-Nicolas -Nicolas(1770-1823) fut commandant en chef de l'armée d'Allemagne, il sert pratiquement de Vice-Roi à Napoléon, outre Rhin et s'y conduit de façon à être surnommé par les Hambourgeois "Der Jakobiner Eckmül". En Russie, après avoir été vainqueur de Mohilev et avait contribué à la victoire de la Moskowa, il est le seul à garder son corps dans un ordre parfait pendant la retraite.
Tant de preuves d'un talent stratégique et tactique exceptionnels ne suffisent pourtant pas, à faire vraiment de Davout, "Paternel au dernier point pour les soldats" (l'aveu se trouve sous la plume d'un de ses détracteurs), est détesté de ses subordonnés immédiats, tant il est strict sur la discipline.Et au faîte des honneurs, il soigne mal son image de marque: intègre, gauche, bourru, brutalement franc. Napoléon l'estime mais préfère le tenir éloigné de lui, est-ce pour cela qu'en 1813 il immobilise Davout à défendre coûte que coûte Hambourg mais, garde sous sa main pour les plus durs combats de son règne, tant de Lieutenants de bien moindre valeur. Du moins Davout ne rendra la place que le 27 mai 1814, près de deux mois après la chute de Paris, après avoir fait tirer sur le drapeau blanc d'un premier envoyé du Roi restauré.(Encyclopedia Universalis-Thesaurus A p.937).
En 1813, Loison fut affecté à l'armée du Maréchal Davout à Hambourg, il fit partie d'une expédition à Schwering, dans un mouvement sur Wismar "Qu'il sut rendre lucratif" écrit Thibault. Il se montra aussi malveillant envers son nouveau chef qu'envers ses prédécesseurs, sardonique de sa nature, il s'en donnait à coeur joie quand on était entre Généraux, au sujet des bévues du Maréchal.
C'est aux mémoires de Thiebault que nous empruntons les renseignements qui suivent:
"Après la défaite de Ney par Bernadotte, Davout eut à se replier sur Wesel avec son armée, rejoindre l'Empereur et ne pas être cerné par l'ennemi. Les généraux placés sous ses ordres voulaient l'y amener, mais aucun n'était qualifié pour le faire et n'osait s'y résoudre, alors que par son ancienneté, son caractère, une supériorité qu'on ne lui disputait pas, son élocution facile et verveuse, l'espèce de franc parlé qu'il avait conservé, Loison pouvait à la rigueur, se charger d'amener le Maréchal à discuter, ce qui commandait les intérêts de l'armée, de l'Empereur et de la France. Après une conférence entre Loison et Tiebault, à Razebourg où était Loison, le 22, ces deux généraux tombèrent d'accord sur la nécessité de tenir un conseil de guerre, tous les Généraux de division de l'armée, non pour contraindre le Maréchal, mais pour le couvrir par l'émission d'un voeu qui ne pouvait manquer d'être unanime. Il en fut ainsi, mais Loison n'obtenait aucun résultat par suite du refus de Davout.
Pendant le blocus de Hambourg il fut chargé de la répartition des vivres, du commandement et de la défense du front sud-est de la place. Plus tard, il y ajouta le service des hôpitaux. Bernadotte qui ne se trouvait pas traité avec assez d'égards par les alliés eut un moment l'idée de se séparer d'eux et de marcher sur Paris avec son armée et celle de Davout après avoir battu les alliés et de replacer Napoléon sur son trône. Pour négocier ce plan avec Davout, il chargea un ancien aide-de-camp de Dumouriez, nommé Rainville, établi Hôtelier à Altona, de transmettre ses propositions à Davout. Quand Rainville arriva à Hambourg, il se rendit chez Loison, le renseigna sur le but de sa démarche et lui demanda conseil. Loison frappé par la gravité de la situation, convaincu que nous ne pourrions plus prolonger cette agonie, considérant de plus, l'impression profonde que la lettre de Clarke (Ministre de la guerre) avait faite sur le Maréchal qui, par sa conduite comme Général en Chef se trouvait gourmandé par un Général de division sans service et sans gloire et qui, pour ainsi dire devenait comptable de tous les malheurs ,qu'avec plus d'esprit et d'entêtement il aurait pu prévenir, Loison engagea Rainville à poursuivre sa mission et lui promit d'appuyer sa proposition si le Maréchal le consultait.
Ainsi encouragé par Loison, Rainville parut devant le Maréchal mais, pris subitement de peur, à l'idée d'être fusillé sans jugement et redoutant la sévérité légendaire du maréchal, il n'osa pas avouer le but de sa mission et s'enfuit précipitamment de Hambourg.
Il est invraisemblable de constater, aujourd'hui, qu'un tel concours de circonstances aurait pu, en quelques instants, faire basculer le sens de l'Histoire de l'Europe et sans doute même du monde.
Il n'aurait fallut que l'assentiment du Maréchal Davout aux ambitions de Bernadotte et de quelques Généraux pour renverser une situation devenue inextricable pour l'Empereur et pour la France.
On ne saura donc jamais si, cette éventualité, aurait épargné par la suite, tant de malheurs encourus par tant de populations.
Napoléon abdiqua le 4 avril. La nouvelle aurait mis plus d'un mois pour parvenir jusqu'à Hambourg.
La correspondance du Maréchal Davout donne de ces événements une chronologie plus vraisemblable. Le Général Beningsen, qui commandait le siège de Hambourg aurait avisé, dès le 18 avril, du changement de gouvernement en France. Il en aurait aussitôt prévenu le Prince d'Eckmül, (Davout), mais celui-ci aurait refusé de rendre la place qui lui était confiée. Il s'y serait finalement résigné le 29 et, le 5 mai serait arrivé à Hambourg, le Général Fouché, Commissaire du Roi, suivi six jours plus tard, du Lieutenant Gérard, qui prit le commandement de l'armée. Les troupes françaises auraient quitté la ville en trois colonnes les 27, 29 et 31 mai....
...Thiebault poursuit: " Dans le fait, j'étais rentré chez moi assez ému pour qu'une inspiration ne pût me manquer et, je crois pouvoir dire que mon adresse devait être agréable à Louis XVIII, tel qu'on nous le dépeignait et, fut -il différent de sa réputation à tout Prince qui, sans nous avoir vaincus, devenait un gage de paix et devait s'efforcer de faire oublier à quelles calamités nous devions son retour. Tout en attestant notre entière adhésion que par position nous ne pouvions, pour la plupart refuser, j'avais affranchi ma rédaction de flagorneries et de bassesse, de manière à le rendre digne des hommes qui avaient à le signer et, d'un monarque digne de ce que la fortune et le malheur, faisait de lui; je remis donc ma minute au Maréchal qui, l'ayant fait copier de suite, nous la fit signer sans désemparer. Mais ici, le Maréchal éleva une question à laquelle je ne m'attendais pas. Je croyais en effet, qu'il allait désigner le porteur, alors qu'il se borna à nous dire: " Par qui ferons-nous partir cette adresse, "Loison grillait d'en être chargé et, à dix reprises, il nous l'avait fait sentir; mais aucun de nous ne se souciait de lui, persuadés, que nous étions, qu'il en profiterait pour faire ou chercher à faire son nid, fut-ce aux dépens de tous les autres. Et, cependant, si l'on prenait par la tête, cette mission lui revenait de droit, d'autre part, comme capacité et comme vigueur, il n'avait guère de concurrents à craindre et, pour nous le rappeler ,il se hâta de parler et dit:
"Je pense que cette adresse soit portée par qui, au besoin saurait défendre la cause de l'armée."
"La cause de l'armée ? répondais-je; l'armée a fait son devoir et n'a pas besoin d'être défendue"
"Non sans doute" repris le Maréchal. Je continuai:
"Mon opinion est qu'aucun Général de division ne doit en être chargé et, que cette mission serait en de bonnes mains si, elle était confiée au Général Delcambre."
Un murmure approbatif détermina ce choix et, vers quatre heures du soir, le Général Delcambre, partit pour Paris. Le choix était excellent. Le Général Delcambre a de beaux services militaires, joignait un physique agréable, des manières parfaites, de nobles sentiments et un caractère conciliant et doux.
Dans la soirée le Général Lallemand, libéré par la paix et profitant de la réouverture des communications, nous rejoignit à Hambourg et reprit de suite le commandement de la cavalerie légère de l'armée. Le Maréchal me demanda même, si je ne désirais pas de rentrer en France avec les troupes.
"Dieu me garde, lui répondais-je, commander sur les grands chemins ne m'a jamais tenté ".
Le Général Watir déclara également, qu'il prendrait le poste pour rentrer à Paris; Vichery et Pécheux, suivirent le même exemple; Hohendorp, nous quitta de suite pour rentrer en Hollande, quant à Loison, piqué de n'avoir pas été chargé de porter l'Adresse, il partit dès le lendemain,11 mai et ne gagna rien à nous précéder à Paris. J'avais eu la pensée d'en faire autant mais, je trouvai, plus convenable d'attendre, ainsi que firent les trois premiers Généraux de division que j'ai nommé. Aucun de nous n'ayant voulu conserver le commandement, les troupes du troisième corps de la trente-deuxième division , réparties en huit colonnes, savoir: deux de cavalerie et six d'infanterie, furent dirigées, moitié sur Lille, moitié sur Valenciennes, sous les ordres de sept Généraux de brigade, d'un Adjudant-Commandant. Ainsi finit ce treizième corps, qui aurait pu sauver et la France et l'Empire et qui, rentré en France, fut dissous sans souvenir ou de gloire.
Hambourg n'était pas la seule ville allemande encore tenue par les Français à la fin de 1813. Rapp à Dancig, Couvion-Saint-Cyr à Dresde et d'autres Généraux avaient sous leurs ordres environ 190.000 hommes, dont la présence en France aurait pu changer le sort de la campagne de 1814.
Louis Madelin, s'est fait l'écho des regrets de Thiébault:
"Comment douter, écrit-il, que renforcée de près de 200.000 soldats solides, entraînés, aguerris, notre défense n'eut-elle été victorieuse ,, On sent mal au coeur à cette pensée".
... Le 26 mai, Thiébault quittait Hambourg. Quelques jours après, il était à Paris.
Avec les vaillants défenseurs de Hambourg, Loison revint en France. Après la chute de l'Empire, à l'instar de ses compagnons Officiers, il se rallia aux Bourbons qui lui accordèrent la Croix de Chevalier de Saint Louis, le 27 juin 1814,et le 5 août, le commandement de la 15e division à Rouen.
Mais on ne combat pas plus de quinze ans pour un homme, sans y être foncièrement attaché. Contrairement à ce que certains prétendent, il ne garda pas un goût amer du blâme que Napoléon lui avait fait. Blâme qui d'ailleurs, était bien léger à l'encontre de la gravité de la faute de Loison.

Sources: Mémoires du Général Baron Thiébault-Lacour-Gayet.- Histoire du Consulat et de l'Empire.-Carlo Bronne. Le Général Loison à Liège.-Grands Notables du Ier Empire "Meuse".-Michel Maigret.

 

Maréchal DAVOUT