FUENTES D'ONORO.

... Lorsque nous rencontrâmes l'armée anglo-portugaise à l'extrême frontière de l'Espagne et du Portugal, elle était postée en avant de la forteresse d'Almeida, dont elle faisait le blocus, les troupes occupaient un très vaste plateau situé entre le ruisseau de Rorones et celui qui coule dans le profond ravin nommé Dos Casas. Lord Wellington avait sa gauche auprès du fort détruit de la Conception, le centre vers le village d'Almeida et sa droite placée à Fuentes de Onoro, se prolongeait vers le marais de Nave de Avel, d'où sort le cours d'eau que les uns nomment Dos Casas et les autres Onoro, ce ruisseau couvrait son front. Les Français arrivèrent sur cette ligne de trois colonnes, par la route de Ciudad-Rodrigo. Les 6e et 9e corps réunis sous les ordres du général Loison, formaient l'aile gauche placée en face de Fuentes d'Onoro. Le 8e corps sous Junot et la cavalerie de Montbrun étaient au centre au bas du monticule de la Briba. Le général Reynier, avec le 2e corps prit position à la droite observant Almeida et la Conception. Plusieurs bataillons d'élite, les lanciers de la Garde et quelques batteries composaient la réserve aux ordres du général Lepic, célèbre par sa valeur et la brillante conduite qu'il avait eue à la bataille d'Eylau.

... A peine nos troupes étaient-elles à leurs postes respectifs que le Général Loison, sans attendre les ordres de Masséna pour un mouvement simultané, fondit sur le village d'Onoro, occupé par les Ecossais et la division d'élite de l'armée des alliés. L'attaque fut si brusque et si vive que les ennemis bien que retranchés dans des maisons en pierres sèches, très solides, furent obligés d'abandonner leur poste mais, ils se retirèrent dans une vieille chapelle située au sommet des énormes rochers qui dominent Onoro et il devint impossible de les déloger de cette importante position. Masséna prescrivit donc de s'en tenir pour le moment à l'occupation du village et de garnir toutes les maisons de troupes mais, cet ordre fut mal exécuté car la division Ferey qui était chargée se laissait emporter par l'ardeur d'un premier succès alla se former tout entière en dehors d'Onoro et s'exposa ainsi au canon et à la fusillade des Anglais placés tout autour de la chapelle. Enfin pour comble de malheur le désordre fut jeté parmi nos troupes par un déplorable évènement que l'on aurait dû prévoir. Il y avait dans la division Ferey, un bataillon de la légion Hanovrienne au service de la France. L'habit d'uniforme de ce corps était rouge comme celui des Anglais mais, il portait des capotes grises comme toute l'armée Française. Aussi le Commandant des Hanovriens qui avait eu plusieurs hommes tués par nos gens au combat de Busaco, avait-il demandé, avant d'entrer à Onoro, l'autorisation de faire garder les capotes à sa troupe au lieu de les rouler sur les sacs ainsi comme cela venait d'être prescrit. Mais, le Général Loison lui répondit qu'il devait se conformer à l'ordre donné pour tout le corps d'armée. Il en résultat une méprise bien cruelle car le 6e corps Français ayant été envoyé au soutien des Hanovriens qui combattaient en première ligne les prit au milieu de la fumée, pour un bataillon Anglais et tira sur eux pendant que notre artillerie, induite aussi en erreur par les habits rouges les couvrait de mitraille. Je dois à ces braves Hanovriens la justice de dire que, bien que placés ainsi entre deux feux ils les supportèrent longtemps sans reculer d'un seul pas mais, ayant un grand nombre de blessés et cent hommes tués, le bataillon se trouva dans l'obligation de se retirer en longeant un des côtés du village. Les soldats d'un régiment français qui y entraient en ce moment voyant des habits rouges sur leur flanc se crurent tournés par une colonne anglaise et il en résulta quelque désordre dont les ennemis profitèrent pour reprendre Fuentes d'Onoro. La nuit vint mettre un terme à ce premier engagement dans lequel nous eûmes 600 hommes mis hors de combat. Les pertes des ennemis furent à peu près les mêmes et portèrent principalement sur leurs meilleures troupes, les Ecossais. Le Colonel Anglais Williams fut tué...

... Tout faisait présager aux Français d'une victoire éclatante, lorsque par suite d'une discussion élevée entre les généraux Loison et Montbrun, celui-ci suspendit la marche de sa réserve de cavalerie, sous prétexte que les batteries de la garde qu'on lui avait promises n'étaient pas encore arrivées. En effet, le Maréchal Bessières les avait retenues sans en prévenir Masséna qui averti trop tard de cette difficulté, envoya sur le champ plusieurs pièces à Montbrun, mais le temps d'arrêt de celui-ci nous fut doublement funeste. D'abord parce que l'infanterie de Loison ne se voyant plus secondée par la cavalerie de Montbrun, hésita à s'engager dans la plaine et en second lieu, cette halte fatale permît à Wellington d'appeler toute sa cavalerie au secours des divisions anglaises de Houston et de Crawford, les seules qui fussent encore arrivées à se ranger devant nous !

... La division Huston fut, néanmoins foudroyée. Wellington n'avait plus cette partie du champ de bataille que la division Crawford et celle de cavalerie, le surplus de son armée, pris à revers, n'ayant pas encore terminé l'immense changement de front qui devait l'amener en ligne devant les Français. Comme le terrain sur lequel on se battait en ce moment, avant notre passage du marais, le lieu le moins exposé à nos coups, les gens attachés à l'intendance de l'armée anglaise, les blessés, les domestiques, les bagages, les chevaux de mains, les soldats éloignés de leurs régiments s'y étaient agglomérés et cette vaste plaine était couverte jusqu'à Turones d'une multitude en désordre, au milieu de laquelle les trois carrés que venaient de former l'infanterie de Crawford ne paraissaient que comme des points. Et nous avions là, à portée de canon et prêt à fondre sur les ennemis le corps du général Loison, celui de Junot, cinq mille hommes de cavalerie, dont mille de la garde, et de plus quatre batteries de campagne. Déjà le 8e corps avait dépassé le bois de Pozo Velho, le 9e attaquait vivement le village de Fuentes d'Onoro par la rive droite de Dos Casas, et le général Reynier avait ordre de déboucher sur Ameida afin de prendre les Anglais par l'arrière il n'y avait donc qu'à marcher en avant.. Aussi l'Historien Napier, qui assistait à cette bataille convient-il que dans tout le cours de la guerre, il n'y a point eu de moment aussi dangereux pour les armées britanniques. Mais l'aveugle fortune en décida autrement. Le Général Loison au lieu d'aller sur la rive gauche et le bois à prendre en revers le village de Fuentes d'Onoro, attaqué de front par le général Drouet d'Erlon, perdit beaucoup de temps et fit de faux mouvements qui permirent à Wellington de renforcer ce poste important devenu la clef de la position...

... L'occasion de la victoire fut perdue pour nous sans retour...

Loison quitta son commandement le 7 mai et commandant de la 14e division le 14 juin. Ensuite la 25e division à Liège le 12 novembre.