LES TROIS INVASIONSPar Ricardo SoaresLe Géneral Loison a joué un rôle de grande importance aux trois invasions du Portugal par les armées françaises, ordonnées par Napoléon à cause de linobservance du blocage de l Angleterre. À la première, commandée par Junot, larmée française, qui traversa lEspagne à labri du Traité Franco-Espagnol de Fontainebleau, est entrée au Portugal par la frontière de lEst (à Alcântara), et sest installé à la capitale, Lisbonne, le 30 Novembre 1807. Elle na pas trouvé dopposition, et le prince régent portugais a même envoyé un émissaire à la rencontre du Maréchal, lui proposant la soumission. La famille royale portugaise sest toutefois réfugié au Brésil et larmée portugaise a été dissolue, ses éléments les plus valables ayant formé une Légion qui a rejoint les troupes de l Empereur, combattant à Wagram, Jena et en Russie. Apathique au début, le peuple portugais sest soulevé après la déclaration de lannexion de son pays à la France, pendant que lEspagne se levait aussi, comprenant que Napoléon, malgré le Traité de Fontainebleau, voulait loccuper. Lopposition des portugais à loccupation française sest manifesté un peu par tout le pays, mais au début surtout à Porto et dans le Nord. Loison à été chargé de la dissuasion, par la force des armes, de la réaction des portugais contre les envahisseurs. Il a mené pour ce but, en Juin et Juillet 1808, trois expéditions : au Nord, vers Porto (quil na pas atteint), dans le Centre du pays, et au Sud (Province de lAlentejo). Peso da Régua, Nazaré et Évora, pour ne mentionner quune localité à chacune de ces régions, ont subi des pillages, incendies et massacres au passage, et cest surtout en raison de ces incursions, répressives de linsurrection nationale portugaise, que Loison est devenu le plus détesté des français au Portugal. ---------------------- Ayant lu d'avantage, je ne crois plus que lhumble monument dont je vous ai parlé, à la route d Amarante à Mesão Frio, où lon mentionne Loison, signale un endroit auquel les troupes de ce général, envoyées de Porto par Soult lors de la 2ème invasion, en 1809, ont fait demi tour à sa marche sur Trás-os-Montes. En effet, avant de retourner à Amarante, Loison à poursuivi par Mesão Frio et est arrivé jusquà Fontelas, aux proximités de Peso da Régua. Mais il avait déjà été à ce même endroit, suivant le parcours inverse, quand il mena lexpédition répressive qui devrait se rendre à Porto, en 1808, lors de la 1ère invasion. Lavance des français sur cette ville ayant été empêché par des forces portugaises, composées surtout de miliciens et paysans, commandées par Silveira, jestime maintenant que ces évenèments sont les évoqués par l'inscription . La prochaine fois que je me rende sur cet endroit, je m'en certifierai. ---------------------- Le lieutenant-Colonel J. J. Teixeira Botelho, dans son História-Popular-da Guerra da Península (1915) et le Brigadier Carlos de Azeredo, dans son uvre As-Populações-A-Norte-do-Douro-e-os-Franceses-em-1808-e-1809 (1984) rapprochent du point de vue militaire le comportement de Loison à l'est de Porto pendant la 2ème invasion surtout par labsence dune initiative ferme les jours qui suivirent sa conquête du pont dAmarante, et pour ne pas tenir son Maréchal au courant de la situation. Il est sûr, comme Soult à lui-même écrit, que Loison avait lordre de tenir Amarante et son pont, nécessaires à la retraite de larmée française de Porto par lest, et quil les a abandonné par sa propre initiative. Ces informations mont été transmises , gracieusement, par les soins de Monsieur Ricardo Soares, de nationalité Portugaise, passionné par lHistoire de son pays. Je le remercie de mavoir autorisé à faire publié ses extraits précieux pour lHistoire.
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Pour ce qui concerne cette campagne nous nous en référons aux mémoires du Général baron Marbot. A ce propos le Général écrit:
" Le Maréchal Soult ayant fait attaquer l'armée ennemie, celle-ci après une courte et vive résistance, fut mise dans une déroute complète, et perdit plus de 4000 hommes, ainsi que toute son artillerie. Les fuyards, en traversant Braga, tuèrent le Corregidor et commençaient à mettre la ville à feu et à sang, lorsque, poursuivis par les troupes françaises, ils se sauvèrent par la route d'Opporto. Les avantages que le Maréchal Soult venait d'obtenir à Braga furent bien affaiblis par la perte qu'il fit à la même époque, car le Général portugais Syveira, qui s'était jeté sur le flanc gauche de l'armée française pendant qu'elle marchait sur Braga, la division Soult ignorant ce fâcheux événement laissa dans Braga, la division Heudelet et continua sa marche sur Opporto. Les ennemis disputèrent vaillament le passage de la rivière de l'Ave mais, il fut néanmoins forcé. Le Général français Jardon y fut tué. Furieux de leur défaite les Portugais massacrèrent leur chef le Général Vallongo. Les divisions françaises des Généraux Mermet, Merle et Franceschi, se trouvaient alors réunies sur la rive gauche de l'Ave et le chemin d'Opporto leur était ouvert. Elles se concentrèrent alors sur le front des retranchements qui couvraient la ville et le camp contenant au moins 40.000 hommes dont la moitié des troupes réglées, commandées par les Généraux Lima et Peireiras, mais l'autorité réelle était entre les mains de l'évêque, homme violent, qui dirigeait la multitude à son gré aussi les Historiens Anglais et Portugais l'ont-il rendu responsable du massacre de quinze individus de haut rang qu'il ne voulut ou ne put sauver de la fureur du peuple, lorsque celui-ci fut exaspéré par la vue des colonnes françaises.
Opporto bâti sur la rive droite du Douro est dominé par d'immenses rochers garnis alors de 200 pièces de canons. Un pont de bateaux, long de deux cent cinquante toises, unissait la ville au faubourg de Villa-Nova. Avant d 'attaquer Opporto, le Maréchal Soult écrivit au Prélat pour épargner à cette grande ville les horreurs d'un siège. Le prisonnier portugais qu'on chargea de ce message fut sur le point d'être pendu. L'évêque entra néanmoins en pourparlers mais, sans faire cesser le feu des remparts puisqu'il finit par refuser de se rendre. Il paraît qu'il craignit d'être victime de la population dont il avait lui-même exalté la fureur, par de fausses espérances de succès. Le 28 mars, le maréchal, voulant détourner l'attention des ennemis du centre de retranchements par où il comptait pénétrer dans la ville, fit attaquer ses ailes. La division Merle enleva sur sa gauche plusieurs clos fortifiés, pendant que les généraux Delaborde et Francesi menaçaient vers la droite, d'autres ouvrages extérieurs. Sur ces entrefaites, quelques bataillons ennemis ayant crié qu'ils voulaient se rendre, le général Foy, s'avança imprudemment suivi de son aide de camp. Celui-ci fut tué, le général fait prisonnier, mis complètement nu et traîné à l'instant à l'intérieur de la ville. Les Portugais exécraient le Général Loison qui les avait battus. Ce Général ayant depuis longtemps perdu un bras, les ennemis l'avaient surnommé "MANETA" (le manchot). En voyant le Général Foy prisonnier, la population d'Opporto, croyant que c'était Loison, se mit à crier: " Tuez, tuez, Maneta !". Mais Foy eut la présence d'esprit de lever ses deux mains et de les montrer à la foule. Celle-ci reconnut son erreur et le laissa conduire en prison. L'évêque bien qu'il eut seul amené les choses à cet état de crise, n'eut pas le courage de braver le danger et laissant aux Généraux Lima et Pereiras le soin de défendre la ville comme ils pourraient, il s'enfuit avec bonne escorte du côté opposé à celui de l'attaque, traversa la rivière et ne s'arrêta qu'au couvent de la Serra, bâti au sommet de la montagne escarpée qui, sur la rive gauche, domine le faubourg de Villa-Nova. De là, le prélat pouvait en toute sécurité, être spectateur des horreurs du combat du lendemain ...
Le Général Loison, malgré les ordres qu'il avait reçus de défendre cette ville à outrance, abandonna le seul passage qui resta à l'armée française pour sortir de la périlleuse situation où elle se trouvait. Le Maréchal Soult voyant qu'une partie des forces ennemies cherchaient à gagner ses arrières, pendant que le surplus marchant sur Opporto, menaçait de l'attaquer de front, résolut d'abandonner cette ville et de faire retraite sur les frontières d'Espagne. Son mouvement fixé pour le 12, ayant été retardé de 24 heures, la nécessité de réunir l'artillerie et de mettre les convois en route, ce retard lui devint fatal. Les conspirateurs étaient fort occupés, les ordres du maréchal étaient négligés ou mal compris et, on lui transmettait de faux rapports sur leur exécution."... En quittant Opporto, le Maréchal faisait reposer tout son espoir de salut sur le Pont d'Amarante qu'il croyait encore occupé par Loison mais, il apprit le 13 au matin, à Penafiel, que ce général venait d'abandonner Amarrante pour se retirer à Guimarëns ! Cette fâcheuse nouvelle n'affaiblît pas l'énergie de Soult et, voyant que le chemin de la retraite lui était coupé, il résolut de se retirer à travers champs, malgré les difficultés que présentait le pays. Aussitôt, imposant silence à toute observation timide, comme aux murmures de quelques conspirateurs, il détruisit son artillerie et ses bagages, fit mettre sur des chevaux de trait ses malades ainsi que des munitions pour l'infanterie et, sous une pluie battante, il gravit la sierra où montagne de Chalina par un sentier rocailleux des plus étroits et se rendit à Guimarëns où il trouva les divisions de LOISON et LORGE qui s'étaient transportées par la route qui vient d'Amarrante. Les forces principales de l'armée française s'étant réunies à Guimarëns sans avoir été attaquées par les Anglais, le Maréchal Soult en conclut avec sagacité que ceux-ci avaient pris la route directe pour aller à Braga et couper toute retraite aux Français privés désormais de tout chemin praticable pour l'artillerie. Déjà, les mécontents, au nombre desquels se trouvait Loison, disaient qu'il fallait faire une capitulation comme celle de Cintra, mais alors, et par une fermeté digne d'admiration, Soult fit détruire toute l'artillerie des divisions Loison et Lorge et, laissant à gauche, la route de Braga, il prit encore les sentiers des montagnes."
Ainsi se terminait la seconde invasion du Portugal. Les maladies et les assassinats avaient fait perdre au Maréchal Soult, 6.000 bons soldats. Dès son retour en Espagne le maréchal Soult, après s'être muni d'artillerie dans les arsenaux de la Corogne, eut à Lugo, une entrevue avec le Maréchal Ney, auquel il proposa de réunir les forces disponibles de leur deux corps d'armée, pour faire ensemble une nouvelle invasion au Portugal. Mais, ces deux maréchaux n'ayant pu s'entendre, Soult, pour refaire ses troupes les conduisit à Zamora.
En terminant, je dois vous faire connaître le sort des officiers compromis dans la conspiration dont j'ai parlée. Le Capitaine Adjudant Major du 18e dragons, Argenton, qui avait été l'âme du complot, fut traduit devant un conseil de guerre et condamné à mort mais il réussit à s'évader. Quant au général Loison et au Colonel Donadieu, qu'on accusait sans preuve, ils n'encoururent aucune punition. Toutefois, le maintien du général Loison, dans l'armée du Portugal ne pouvait que faire un effet fâcheux. Afin de mieux faire comprendre au Roi Joseph quelles étaient ses vues, Soult, envoya le général Fancesi à Madrid. Ce brave et excellent officier étant tombé dans une embuscade fut fait prisonnier et mourut de la fièvre jaune en prison".
Loison, encore une fois eut de la chance d'échapper à la mort. Bien sûr, Loison ne fut pas toujours vaincu au Portugal. Il y eu auparavant ses victoires à Amarrante les 18 et 25 avril sur Silveira mais celles-ci n'effacèrent point sa conduite on ne peut plus équivoque.
Lettre de Monsieur Le Ministre de la Guerre, Duc de Feltre, au Général Loison. Commandant de la 1ère Division de l'Armée d'Espagne.
Paris, le 21 novembre 1809.
Général, Je vous fais connaître par ma lettre en date du 8 novembre que les deux brigades d'Infanterie de la 1ère division de réserve de l'armée d'Espagne, dont le commandement vous est confié, arriveraient à Bayonne du 25 novembre au 2 décembre et que le détachement du régiment des Lanciers Polonais, ainsi que les deux régiments de marche de cavalerie arriveraient à Bayonne les 29 novembre, 6 et 14 décembre.
Je vous préviens, Général, que l'intention de l'Empereur est, que vous soyez rendu le 26 novembre à Bayonne, que vous partiez le 29 de cette place avec la première brigade de votre division commandée par le général Simon pour entrer en Espagne et vous rendre à Vittorio où vous réunirez, successivement, la deuxième brigade d'Infanterie commandée par le Général de brigade Gratien (en place de Valentin) et toute votre cavalerie.
L'intention de sa Majesté est, que vous preniez le commandement supérieur des trois provinces de la Biscaye et que vous correspondiez directement avec , M.C. le Roy d'Espagne mais, surtout avec moi. Sa Majesté compte que le 4 décembre vous occuperez les trois provinces de la Biscaye. Je préviens les commandants de ces provinces et celui de Saint-Sébastien des ordres de sa Majesté à cet égard et, je les charge de vous obéir, en Tout et pour Tout.
La volonté de S.M. l'Empereur et Roi en Général, que tous ces hommes isolés qui se trouvent dans ces provinces , tous les détachements qui forment les bataillons de garnison de Saint-Sébastien, de Bilbao et de Vittoria, enfin tous les hommes et toutes les troupes qui, sous quelques prétextes que ce soit seraient restés dans la Biscaye, partent sur le champ, pour l'intérieur de l'Espagne et que vous les fassiez diriger sur leurs régiments respectifs.
Vous n'excepteriez de cette disposition que le bataillon supplémentaire des Chasseurs de Montagnes, qui est à Bilbao et à Saint-Sébastien.
Vous voudrez bien, Général, faire toutes les dispositions nécessaires pour l'exécution des ordres de Sa Majesté à cet égard. Vous aurez soin de prendre les ordres de Sa Majesté, le Roi d'Espagne pour le mouvement des détachements ou des hommes isolés qui doivent rejoindre leurs corps respectifs et, vous me rendrez compte de toutes vos opérations afin de mettre à portée d'en mettre le résultat sous les yeux de S.M. Impériale et Royale. Je vous invite, Général, à m'accuser la réception de cette lettre et à me faire connaître votre départ et votre arrivée à Bayonne.
Recevez, l'assurance de ma parfaite considération.
Le Ministre de la Guerre.
Signé Duc de Feltre.