L'étude de la révolution a révélé, sur les moeurs de cette époque, les faits qui montrent à quel degré la soif de l'Or, dévorait les missionnaires de la liberté, doublant leur activité pour l'apostolat. Le soldat piquait, les fournisseurs volaient, les chefs naguèrent encore soldats fricotaient. Il serait curieux de reprendre les notes de Clarke sur les généraux de l'armée d'Italie, notes tranchantes où l'on retrouve parfois, comme Cervoni: "Très brave...aime beaucoup l'argent..." et de suivre dans leurs étapes successives, ceux qu'il avait ainsi, en 1797, marqué d'un stigmate. Nous donnons ci-après, un rapport de Rapp sur ces sortes d'opérations. Loison s'y trouve cité mais Loison était connu à l'Etat-Major Général. Un rapport de Berthier daté de Münich le 17 avril 1806, lui avait imputé 151.701 francs d'exactions en Tyrol alors que sur cette somme il n'avait remis que 47.597 florins dans la caisse du Payeur. Et qui plus est, lorsqu'on l'invitait à effectuer les versements des fonds indûment retenus, Loison avait l'oreille plutôt dure. Sommé par le Maréchal Ney, le 2 janvier 1806, d'avoir à verser dans les 24 heures une somme de 75.000 francs provenant de la contribution de Botzen, Loison ne s'exécuta pas. cependant il avait reconnu sa dette et le Maréchal le 4 janvier le lui rappelait ainsi:
"A Osnabrück vous m'avez engagé votre parole d'honneur que vous feriez la remise au payeur de 75.000 francs. Aussitôt après le retour de votre aide-de-camp je suis forcé de vous déclarer que je mettrai l'exposé de votre conduite sous les yeux de Sa Majesté si, dans six jours, vous n'avez pas rempli vos promesses, soit en payant la somme susdite, soit en remettant à la caisse une reconnaissance de la même somme." (20 francs or valaient 550 francs français où 3300 francs belges).
Or les diverses pièces qui, en mars 1806 seulement, après une telle mise en demeure, éclaire d'un jour particulier les opérations de Loison, il ressort qu'il s'était approprié 290.000 francs (171.000 à Botzen et 118.992 à Trente).
Ces hommes du reste, avaient des qualités qui balançaient leurs défauts. On sait que Napoléon avait tendance à mettre le plus souvent des généraux médiocres en valeur. Il craignait, en effet, qu'un chef trop intelligent puisse rivaliser avec lui. Ceux-la il les écartait assez loin sous la surveillance de délateurs. Ce fut, sans doute, le cas de Loison qui lui prouva, à maintes reprises ses qualités en Italie.
Napoléon accabla ses généraux de toutes sortes de sobriquets et on est en droit de se demander s'il ne caricatura pas Berthier d'Oison en pensant à l'autre à qui il avait coupé le "L". Il oubliait peut-être que Loison n'avait pas besoin d'aile pour voler !. L'honnêteté native de l'Empereur l'éloignait des tripoteurs qui volent l'Etat. On connaît son altercation avec l'un d'eux:
- Comment vous appelez-vous ?
- Vollant, Sire.
- Voilà un nom qui sonne mal, pour un fournisseur de l'armée.
- Sire, mon nom prend deux L.
- Avec deux ailes, on n'en vole que mieux !"
Le premier février 1807, Loison est à Stettin, partout on se bat contre les Russes. A Joséphine, Napoléon écrit:
"Mon amie je suis toujours à Eylau, ce pays est couvert de morts et de blessés. Ce n'est pas là, la plus belle partie de la guerre, l'on souffre et l'âme est oppressée à voir tant de victimes".
Le premier avril, l'armée ayant retrouvé son âme et presque sa force, le quartier général émigre vers le château de Finkenstein. Loison se bat avec acharnement devant Colberg. Le 9 juillet signature du traité de Tilsit, sur un radeau construit au milieu du Niemen. Napoléon ordonne la réunion de 20.000 hommes à Bayonne. Le Général Loison rejoint l'armée dite de la "Gironde" (corps d'observation) placée sous le commandement de Junot qui franchit la frontière d'Espagne dans les 24 heures le 27 octobre 1807. Le Portugal conclut un accord secret avec l'Angleterre. Napoléon ne se laissera pas duper et ordonnera immédiatement à Junot, à la tête d'une triste armée de conscrits, d'envahir le Portugal. Pourtant pour atteindre le Portugal il faut à l'armée de traverser plusieurs provinces espagnoles. Charles IV ne s'opposera pas au passage des troupes françaises et l'occupation s'effectuera sans heurt. Cette affaira Portugaise se transformera néanmoins en affaire Espagnole. L'entrevue de Bayonne amènera l'abdication des souverains espagnols en faveur de Joseph, frère de Napoléon. A peine installé le Roi Joseph 1er aura à subir la vindicte populaire. Le 20 juillet, à Madrid il apprendra la célèbre capitulation de Beylen. Cette capitulation du général Dupont précédera celle de Cintra au Portugal. L'Angleterre s'étant portée à l'aide des insurgés espagnols et portugais, Loison et son chef Junot profitaient des délices d'une occupation sans problème. Le climat merveilleux, les palmiers tous les plaisirs de la table et de la volupté les avaient plongés dans une douce indolence. Lorsque les Anglais attaquèrent, au lieu d'être rejetés à la mer, ils dictèrent leurs conditions. Grâce à la convention de Cintra, Loison pu rentrer en France le 30 août avec ce qu'il restait de son armée. Il commandait alors la deuxième division du 8e corps sous Junot. Il fut mis en congé jusqu'au 9 novembre.