VISITE DE BONAPARTE ET JOSÉPHINE A LIÈGE.


La dénonciation du traité d'Amiens, le réseau de l'Ambassadeur Anglais à Londres et le Manifeste de son gouvernement signifiant sa volonté de garder Malte pendant une période dix ans, la réclamation de l'évacuation de la Hollande par les français, tous ces facteurs de frictions ont incité Bonaparte aux préparatifs de guerre contre l'Angleterre. Bonaparte part en inspection dans le Nord et en Belgique. Le voyage durera presque deux mois, exactement du 24 juin au 12 août. Après Maastricht et Visé, c'est Liège qui, le 1er août, reçoit le Premier Consul et Joséphine. L'accueil est enthousiaste et nous laissons entendre les témoins du moment. Monseigneur Zaeppfel, les reçoit à Maastricht et raconte à son neveu le Général Clarke :

On comprend que la venue au pouvoir d'un homme de génie comme Bonaparte fut saluée par un enthousiasme général. C'était avec lui, le retour aux principes d'autorité. L'administration restaurée, le culte rétabli, la police reconstituée, la propriété assurée et la garantie morale de la liberté individuelle promise à tous les citoyens. "Napoléon" était populaire et les honnêtes gens reconnaissaient en lui leur sauveur. Sa venue à Liège fut l'éclosion de fêtes et d'illuminations comme on n'en avait plus vu depuis longtemps et ce fut une explosion de poésie lyrique. Monseigneur Zaeppfel semble avoir été l'un des plus enthousiastes. A peine arrivé à Liège et sans qu'on lui donne le temps de se rafraîchir et celui de s'épousseter, Bonaparte reçoit les clefs de la ville, subit les discours du Maire, du Préfet, du Général de division LOISON, du Commandant de la garde d'honneur, du Président du Tribunal etc On a peine aujourd'hui à s'imaginer les scènes d'explosion d'enthousiasme populaire qui accueillirent Bonaparte pendant cette traversée. Les Césars de la Rome antique n'en virent point de semblables car leur mérite réside dans la sincérité. Quand on pense à l'affluence de personnes venues des environs pour jouir de spectacle annoncé et accourues en tel nombre que, au dire des contemporains, la ville compta pendant ces quelques jours, plus trois fois sa population ordinaire. Infatigable et inlassable, Bonaparte trouva encore ce jour là le temps d'escalader le Mont Saint-Martin et entra, à l'improviste dans l'hôtel Van den Steen de Jehay. Huit Généraux et Officiers Supérieurs avec seize Ordonnances s'y étaient logés et un concert y avait été improvisé pour le soir. D'un pas rapide, Bonaparte traversa le porche, enjamba bancs et banquettes et s'en fut à la terrasse. Il portait le costume vert de Colonel des Chasseurs, une culotte de peau blanche, des bottes molles qu'il battait continuellement d'une cravache. Il avait des cheveux longs. Le général LOISON interpella les gens de service de l'hôtel et demanda brusquement ce que signifiait ce tohu-bohu de sièges et de banquettes. On lui répondit que c'étaient les préparatifs d'un concert donné par les généraux à la Société Liégeoise. "Napoléon" se mit à rire et, se tournant promptement vers le général Loison, il reprit;

Puis avisant le panorama de la ville, objet de sa visite, il se mit à considérer et, désignant l'église Saint Jean à ses pieds:

Puis, il s'avança à l'extrémité de la terrasse et découvrit les deux tours en ruine de la Cathédrale Saint-Lambert. Il haussa les épaules et dit:

Nous avons lu qu'il existe une autre version ?

NAPOLEON BONAPARTE CONSUL.
Peinture du baron Gros. Musée de la Légion d'Honneur. Paris.
" Dans le fond, la cathédrale Saint Lambert alors qu'elle avait
déjà été détruite par les révolutionnaires Liégeois."

Il visite ensuite le quartier d'Amercoeur, alors triste et incendié par les Autrichiens. Il accordait 300.000 francs pour sa reconstruction. Bonaparte voulut également visiter, accompagné du Général Loison, l'ancien champs de bataille de Rocourt qui eut lieu en 1746. Le lundi 1 août, le Premier Consul et Madame étaient loin de s'imaginer la bataille de chars qui aurait lieu bien plus tard. Rocourt, village de la Province de Liège, faisant en ce jour partie de la ville de Liège, a été illustré non seulement par la victoire du Maréchal de Saxe sur les Impériaux mais fut encore le théâtre d'un violent combat de chars auquel, bien malgré moi, j'ai assisté en plein coeur de la bataille.

Le jeudi 7 septembre 1944, à onze heures du soir, une colonne de 9 tanks allemands venant de Tongres franchissait le carrefour de la place Reine Astrid se dirigeant vers Liège. Sur son passage elle était ovationnée par quelques imprudents s'imaginant voir les américains. Quelques minutes plus tard, par la rue d'Ans, (j'habitais au n°18) à trente mètres de mon habitation, survenait au carrefour, de la place Reine Astrid, un convoi de quatre véhicules américains comprenant trois tanks et un half track qui venaient y prendre position.

 

La colonne allemande comprenant les 9 tanks revient en arrière et avance vers le carrefour. Les américains bombardent celle-ci à bout pourtant?. Quel carnage n'aurait-elle pas fait si le feu avait été ouvert quelques minutes plus tôt.
L'officier américain n'a pas le temps de regagner l'intérieur de son tank et tombe grièvement blessé d'une balle de mitrailleuse. Certains "tigres" tentent la fuite par les campagnes mais ils n'échappent pas à l'hécatombe. Sur les 9 chars allemands, un seul parvient à s'échapper et, sur les 8 autres sept sont frappés à mort et la plupart flambent et sautent.
Les allemands ne s'en tirent pas là, dans le cours de la nuit après la destruction des chars, un groupe de dix hommes, simplement armés de grenades et déchaussés, tentèrent un coup de main contre les américains. Ils s'approchèrent du carrefour, par la rue d'Ans, en rampant mais, la sentinelle américaine lança à temps quelques rafales de mitrailleuse "antiaérienne" sur les agresseurs qui se trouvaient seulement à quelques mètres. Le sol était jonché de mourants, un des blessés, au petit matin, suppliait mon père de l'achever. Les quatre qui échappèrent furent repris par l'armée blanche". La gazette de Liège de l'époque relata les faits, dont je me suis inspiré. "

Ces documents ont été aimablement confiés par Monsieur Jean DENGIS

 

Ce premier août 1803, Bonaparte ne pouvait imaginer les combats qui ensanglanteraient le monde , cent quarante ans plus tard!.
Voulant se soustraire à la foule qui l'entourait sur les hauteurs, Bonaparte fit prendre le trot à son cheval et, suivi de ses aides de camp (LOISON) descendit à fond de train le chemin rude et abrupt où on avait peine à marcher à pied, aboutissant à la place "sur-la-fontaine" autrement dit le thier de la fontaine. Ce dernier fut pavé et converti en escalier en 1865. Arrivé "sur-la-fontaine il poursuivit sa tournée...