Dès sa rentrée d'Italie à Paris, Bonaparte eut plusieurs entretiens avec Monseigneur Martinia, évêque de Verceil et entreprit des pourparlers avec le Pape. Les négociations devaient nécessairement, se dérouler à Paris. Les négociations devaient aboutir rapidement à une solution au problème de l'Église. Tantôt, il était aimable, tantôt il menaçait même d'envahir les Etats du Pape. Au bout de quelques péripéties le Concordat fut conclu et signé le 15 juillet 1801. L'entente avec Rome lui apporterait beaucoup de possibilités de compromis avec l'Etranger et une paix religieuse relative à l'intérieur de la France. Le gouvernement ne voulu plus de prêtres réfractaires et il nomma un certain nombre de nouveaux Évêques. Le Concordat était loin de plaire à tout le monde et, même le peuple en grande partie catholique ne savait plus à quel Saint se vouer. Une partie des églises fermées ou désaffectées pouvaient à nouveau rouvrir leurs portes aux fidèles.
Depuis le haut Moyen âge, la Principauté de Liège est dirigée par un Prince Évêque Souverain. Liège, d'abord ville occupée et ensuite chef-lieu du Département de l'Ourte (Ourthe) accueillera le Général Loison.
En 1793, les Liégeois, imitant les français de 1789 à la Bastille, commenceront à démolir la cathédrale Saint-Lambert. Ce que décrit l'Historien Philippe Raxhon:
" En 1793, les Liégeois rompent avec leur passé ecclésiastique, il en finissent aussi avec la première phase de leur révolution, celle du 18 août 1789. L'intégration des réfugiés Liégeois à Paris, lors du premier exil, dans le processus révolutionnaire français et l'entrée des troupes françaises à Liège, ont balayé la dynamique propre de la révolution Liégeoise. Anéantir la cathédrale, c'est rejoindre le grand spectacle de la révolution car la révolution est spectaculaire, théâtrale dans ses discours et dans ses gestes; il fallait aux liégeois un geste digne dans les élans de la France, il fallait que s'écroulât la grande tour de la cathédrale."
Plus tard, Napoléon demanderait: "Quels sont les imbéciles qui ont fait cela ?"
C'est dans cette atmosphère que la ville de Liège allait recevoir dans ses murs, deux personnalités françaises qui allaient vivre dans le même climat. Le général Loison à qui le Premier Consul a remis son épée, le 19 juillet 1801, prendra le commandement de la 25e division, le 19 septembre 1801 et les généraux Gency et Charbonnier commandent sous lui, le premier à Liège, l'autre à Maastricht. Loison a trente et un ans, il est marié et père d'une petite fille. Indépendamment de son attitude à Orval, il n'est ni anticlérical, ni antisocial. En réalité il n'est contre rien, seul l'intérêt semble guider son comportement. Aimant le faste, la bonne chère, les femmes et le jeu, il n'est pas riche, il est richissime. Il invitera son oncle, curé d'Azannes et le fera sacré Evêque de Bayonne. Le Premier Consul connaissait Loison et on peut supposer qu'il s'en méfiait assez pour l'écarter du pouvoir. Avec la venue de Monseigneur Zaeppfel, Loison sera lié à deux prélats.
Le Concordat qui venait d'être signé annonçait le rétablissement de la paix religieuse et prévoyait la réorganisation des diocèses de France. Le général Clarke qui par les circonstances de la révolution avait connu la famille Zaeppfel et qui avait épousé Françoise Zaeppfel, la nièce de l'évêque, employa son crédit aux fins d'obtenir un Evêché à son oncle. C'est à son nouveau neveu et à lui seul que Jean-Evangéliste Zaeppfel dut sa promotion à l'épiscopat. Il fut désigné pour l'Evêché de Liège et il prit possession de son siège, le 22 août 1802 et l'occupa jusqu'à sa mort. Jean Puraye, qui a écrit un beau livre sur l'Évêque Zaeppfel et parle de la correspondance échangée entre Jean-Evangéliste Zaeppfel et son neveu en 1801 au moment où le général lui fait obtenir un Evêché.
" Si Jean Evangéliste Zaeppfel accepta les bons offices de son puissant neveu, il suborna sa nomination au respect des règles du droit Canon. Il se réjouit de sa promotion mais déplora, bien vivement, qu'on lui offrit cet évêché. "On m'a exilé à Liège". et s'il n'avait pas craint de compromettre le général, il aurait refusé la place. Arrivé à Paris le lundi 11 juin 1802, deux jours après il reçut l'information d'usage, le jeudi il avait son instruction et le lundi suivant il était sacré. Arrivé le 19 août, à Liège, il écrivait le 11 septembre à son neveu:
"... L'après-midi, Monsieur le Préfet m'a rendu visite, le samedi, j'ai dîné chez lui à la campagne et le dimanche à l'issue de ma prise de possession et de la distribution des Prix qu'il y a eu le même jour la commune a donné un grand dîné chez le Maire auquel le Préfet, Le Général LOISON et toutes les autorités constituées ont assistés."
"Le plus éminent de ces Messieurs a fait nommer son oncle comme Évêque de Bayonne. Ah, mon dieu, quel homme pour administrer un diocèse. On peut croire que le neveu cherche à commander le même district où l'oncle aura à traiter les affaires ecclésiastiques. Aussi une lettre de recommandation à ce Monsieur serait tout à fait inutile pour avoir affaire à des gens pareils."
L'Évêque poursuivait dans une autre correspondance à son neveu le général Clarke:
" Le Commandant militaire LOISON a aussi beaucoup d'esprit, n'est pas peu fier mais, en ce qui concerne sa conduite, il a fait fort peu d'honneur à son état. Le jeu est toute sa vie et il n'a pas honte de jouer avec des curés grossiers et même avec son chapelain, aussi on n'a ici aucun respect pour lui et il est vraiment regrettable qu'on place des hommes aussi indignes dans des pays nouvellement acquis..."
Quelque temps après l'Evêque écrivait à son neveu:
" Dans une de mes dernières lettres, je vous ai parlé du Général Loison et je vous ai fait savoir qu'il jouait avec son chapelain, en cela j'ai fait erreur , son secrétaire s'appelle Priester et c'est avec lui qu'il passe son temps. Au reste il est à mes yeux un homme dont la conduite ne lui attire que peu d'estime, il ne manque pas d'intelligence et il a de l'esprit mais beaucoup de bassesse. De vous il parle avec beaucoup d'éloges. Il est, actuellement en service à Boulogne, le Chef Suprême semble très bien disposé à son égard. Pour moi, j'ai été brouillé avec lui mais je l'ai forcé à faire le premier pas à ma rencontre. Maintenant tout est aplani jusqu'à nouvel ordre. Très souvent il m'a invité à dîner mais je ne pouvais pas y assister honorablement, il a chez lui une femme suspecte. Au début, elle ne prenait pas ses repas avec lui à table quand il y avait des étrangers maintenant il a pris aussi cette liberté là et MONGE aussi bien que le Préfet ont dîné en compagnie de cette femme mais, ma qualité ne me permet pas et me défend pareille démarche, ce serait une occasion de scandale car tout le monde sait bien qu'il est marié et qu'il vit néanmoins avec cette concubine., CECI ENTRE-NOUS ! "
Dans une autre missive il poursuivait
" Lorsque nous aurons un chef militaire, c'est de Loison que je veux parler, qui vivra publiquement avec une fille qu'il fait passer pour sa femme, tandis que tout le monde sait qu'il est marié avec une personne honnête dont il a des enfants. Pareils écarts peuvent ne pas faire impression dans l'intérieur mais dans un pays aussi religieux que celui de Liège cela fait une sensation on ne peut plus sinistre, tout ce que je vous mande, très cher général, est l'organe de la voix publique et nous dirons ici.. Ah si l'Empereur le savait..! Adieu mon Cher général et neveu..."
Gaspard MONGE cité plus haut par l'évêque de Liège, dans le récit de Jean Puraye, fut le créateur de la géométrie descriptive, était né à Beaune en Bourgogne, le 9 mai 1746. Issu d'une famille très modeste, il avait fait de brillantes études. Professeur de mathématiques et de physique à l'Ecole de Génie de Mézières(1772-1776), membre de l'Académie Royale des Sciences (1780) et examinateur des élèves de la Marine(1783), il embrassa les idées révolutionnaires, participa à la défense nationale et fut ministre de la marine(1792-1793). MONGE, abandonna tôt ses charges officielles et reprit ses travaux scientifiques. Il enseigna à l'école normale et fut un des fondateur de Polytechnique (1795). En 1796, le gouvernement le chargea de mission en Italie, Monge y rencontra le général en chef des armées de la République Française. Bonaparte apprécia les qualités du savant et le décida à participer à la campagne d'Egypte. C'est en Egypte que se noua entre ces deux hommes une intime amitié. MONGE "forcené républicain" voua à Napoléon, un véritable culte.
"C'était de l'adoration" dira l'Empereur, " Il m'aimait comme on aime sa maîtresse".
Mais, si le savant aimait l'Empereur jusqu'à l'idolâtrie, ce sentiment ne fut mêlé d'aucun esprit de servilité. On pourrait ajouter d'aucune idée de profit.
Gaspard MONGE cité plus haut par l'évêque de Liège, dans le récit de Jean Puraye, fut le créateur de la géométrie descriptive, était né à Beaune en Bourgogne, le 9 mai 1746. Issu d'une famille très modeste, il avait fait de brillantes études. Professeur de mathématiques et de physique à l'Ecole de Génie de Mézières (1772-1776), membre de l'Académie Royale des Sciences (1780) et examinateur des élèves de la Marine(1783), il embrassa les idées révolutionnaires, participa à la défense nationale et fut ministre de la marine (1792-1793). MONGE, abandonna tôt ses charges officielles et reprit ses travaux scientifiques. Il enseigna à l'école normale et fut un des fondateur de Polytechnique (1795).
En 1796, le gouvernement le chargea de mission en Italie, Monge y rencontra le général en chef des armées de la République Française. Bonaparte apprécia les qualités du savant et le décida à participer à la campagne d'Egypte.
C'est en Egypte que se noua entre ces deux hommes une intime amitié. MONGE "forcené républicain" voua à Napoléon, un véritable culte. "C'était de l'adoration" dira l'Empereur, " Il m'aimait comme on aime sa maîtresse". Mais, si le savant aimait l'Empereur jusqu'à l'idolâtrie, ce sentiment ne fut mêlé d'aucun esprit de servilité. On pourrait ajouter d'aucune idée de profit.
Gaspard MONGE
L'Empereur sut récompensé des grands services que Monge rendit au pays et à la science. C'est en souvenir de la campagne d'Egypte qu'il le créa Comte de Péluse (1808). En 1803 , MONGE, fut nommé vice-président du Sénat et, le 28 septembre de la même année il fut pourvu de la Sénatorie de Liège. C'est le premier Consul qui, en date du 1er janvier 1803, avait crée les Sénatories et disposé qu'il y en aurait une correspondant à chaque arrondissement de Tribunal. Le titulaire nommé à vie, aurait une sorte de "Super-Préfet" chargé de missions dans plusieurs départements. Il recevait un revenu de 20.000 à 25.000 francs, serait doté d'une habitation et devrait résider au moins trois mois dans sa Sénatorie.
A Liège le Préfet DESMOUSSEAUX demande à DEWANDRE, inspecteur de bâtiments civils du département de lui soumettre la liste des bâtiments qui pourraient servir à cet effet, d'examiner le château de Seraing et d'aviser aux moyens d'approprier cet édifice à l'établissement d'une Sénatorie. ( Le château de Seraing était l'ancienne résidence des Princes-Evêques). Gaspard Monge avait épousé à Rocroy, le 12 juin 1777, Marie-Catherine Huart, veuve Horbon, maître de forges. Les lettres que le sénateur écrivit à sa femme nous rappellent mieux que ses rapports officiels ses efforts et ses déboires, elles nous parlent également de sa résidence de Seraing. La description que Monge donne à son épouse est pompeuse et enthousiaste;
"le Palais à vingt fenêtre de façade, une galerie avec de beaux balcons sur la rivière, plusieurs cours, communs, vaste orangerie, écuries à mangeoires de pierre pour 80 chevaux, vacherie, faisanderie, étables, caves opulentes, jardin avec charmille, bassins, jets d'eau, serre etc..."
voisinage avec l'église où Madame Monge écrit-il "pourra faire son salut, très à son aise et à bon marché" au total, vingt quatre arpents dont quatre pour bâtiments et cours et vingt en jardin. Le sénateur propriétaire et le savant mathématicien pourront rédiger de beaux rapports, ceux-ci ne parviendront pas à convaincre tout à fait Madame Monge qui refuse de se rendre dans ce château délabré. Jamais, elle ne s'installera dans le château de Seraing.