ORIGINES.

En remontant le cours du temps jusqu'au siècle des lumières, le splendide décor était déjà planté sur l'Europe et ce mouvement philosophique l'éclairait de tous ces feux. Voltaire, ce prince de l'esprit l'avait conquise sans coup férir et brillait partout de sa présence.

Pourquoi les lumières ? Certains tentent d'expliquer la pensée des philosophes du mouvement. On en vient à douter de son existence, pourtant elle existe. Elle est une lorsqu'on la réduit aux grandes généralités sur la raison, les passions, la nature, l'expérience, le bon ou le mauvais, la tolérance, le progrès, la liberté etc ...

Elle est en France essentiellement laïque, anticléricale.

Dans cette civilisation agricole du XVIIIe siècle tout bouge, les inégalités s'aggravent, les richesses s'accumulent, l'industrialisation commence à faire parler d'elle. Le progrès entraîne une organisation sociale toujours plus complexe. Les philosophes s'interrogent donc sur les formes de constitution civiles.

Cela donne deux chefs-d'oeuvre;

Son influence sur la politique des institutions ne fait aucun doute. De Voltaire à Rousseau, de Sade à Diderot ou Montesquieu pour ne citer que ceux là. Elle n'a pas fait la révolution, elle en a mûri les discours. A l'écart de cette activité intellectuelle la famille LOISON, riches fermiers installés à Montaubé près du village d'Azannes, suivent avec intérêt l'évolution de l'agriculture. Ils auront deux enfants, deux fils. L'aîné Joseph-Jacques naquit le 21 février 1744, son frère François le suivra de peu le 21 décembre 1745.

En ce XVIIIe siècle, la France est engagée dans beaucoup de conflits mais le but n'est pas l'extension territoriale. Elle doit craindre bien plus des agrandissements que de les ambitionner et en 1777, Vergennes ne pense pas autrement. En 1772-73, la France abandonna même les places les plus avancées de l'Évêché de Liège.

De son père qu'il n'a guère connu, Louis XVI hérite la piété, la générosité et l'aversion des idées nouvelles. En revanche, il ignorera tout de l'Art militaire et méconnaîtra le soldat. Les frères Loison sont de cette génération et dans ce contexte historique, Joseph-Jacques et François fils de laboureurs assez fortunés pourront entreprendre de brillantes études supérieures. Joseph-Jacques se dirigera vers le séminaire et par la suite sera vicaire à Thill (village et église aujourd'hui disparus). C'est pour cela qu'on peut dire que... Loison a été d'abord vicaire à Azannes avant 1772 puis curé de Thill et Azannes, dans le diocèse de Verdun. François, après de brillantes études à Metz et à l'Université de Paris, faculté de droit où il proposa sa thèse pour le Doctorat: "du contrat de liberté de parole". Propriétaire du Prévôt Royal de Damvillers, conseiller du ROY il préféra écrire des poésies et des sonnets au petit Trianon car, vu la situation sociale il valait, sans doute mieux de ne pas trop s'engager. En 1789, en lieu et place du Comte de Pouilly, il est élu, député suppléant de la Meuse à l'assemblée Nationale. Il contractera mariage avec Marie-Thérèse Patusset de Saint Germain. Louis Henri naîtra de cette union, le 13 mai 1771 à Damvillers.

La révolution allait augmenter l'influence de François Loison et de ce fait Louis-Henri devenait un fils à papa!. En contrepartie la faveur dont jouirait, plus tard Louis-Henri permettrait à son père de devenir un Notable important. Devenu, successivement, Juge au tribunal de son district puis Juge de Paix il fut nommé au Tribunal civil de Bar-le-Duc. Il décéda en 1814.

 

L'Histoire connue de Damvillers remonte au début du VIIIe siècle alors que son territoire était la propriété de l'Archevêque de Trèves. L'origine de son nom est liée à la présence d'un couvent et d'un de ses prieurs, un certain Villers puis Damvillers. Son Histoire durant la période comprise entre le XIVe siècle et le XVIIe siècle fut convoitée et Damvillers changea de nombreuses fois de suzeraineté. En 1324, Jehan, Roi de Bohème et Comte de Luxembourg acheta Damvilers qu'il fortifia dès 133O. Suivit alors une période trouble où Bourguignons et Lorrains exercèrent leur domination. En 1477, la prévôté devint possession de la maison d'Autriche. En 1526, Charles le Quint, au plus fort de ses conflits avec François 1er, décida de faire de Damvillers, un point fort de sa défense et en fit une ville fortifiée. Si, en 1558, la cité fut reprise par l'armée française elle fut dès 1559, à la suite du traité de Cateau Cambresis, cédée à l'Espagne. Ainsi, durant un siècle, Damvillers vécu à l'heure espagnole. Il fallu le traité des Pyrénées du 16 novembre 1659 pour le voir définitivement, annexé à la France. En 1678, Louis XIV en fit raser les fortifications. En rentrant dans le rang Damvillers perdit de sa notoriété.

Aujourd'hui, de cette place forte il reste le "chemin des remparts". Si son Histoire contemporaine fut moins riche en hauts faits historiques, il n'en demeure pas moins vrai que par certains de ses célébrités la localité a gardé son nom et un prestige. Nous citerons: Jules Bastien Lepage (1848-1884)-Peintre et portraitiste. Maréchal Gérard (1773-1852), Le professeur Liégeois (1833-1908) Juriste et économiste. Les généraux Loison, (1771-1816) et Saint Rémy (1769-1841). Ces renseignements m'ont été, aimablement communiqués par le Syndicat d'initiative de Damvillers.

D'une jeunesse dorée Loison passe à l'adolescence et il reçoit une éducation soignée dont il ne profite guère. Il est dissipé et peu studieux. Pendant ce temps l'idée révolutionnaire avançait à grands pas. Et on entendrait bientôt d'autres sons de cloches. La noblesse retraitée derrière ses privilèges menacés et discutés subit la grande mue. Ce qu'on appellera péjorativement "l'ancien régime" aura bientôt vécu et l'Histoire aboutira rapidement à la convocation des Etats- Généraux en 1789. Les admirateurs des régimes anglais et américains envisageraient de créer une monarchie limitée et constitutionnelle. Le 17 juin 1789, le Tiers état et le clergé le 19 proclamaient l' "Assemblée Nationale". Le Roi cédait le 27. L'assemblée se déclarait Constituante le 9 juillet. Le 14 c'était la prise de la Bastille. La notion du mot "patriotisme" allait bientôt prendre une autre signification et le jeune Loison allait peut-être y contribuer. En 1791, quelque temps avant la fuite du Roi, des volontaires de la garde nationale s'étaient levés pour défendre le régime contre une attaque éventuelle des puissances Européennes. Les plus gros contingents et les plus rapidement fournis furent par les Départements frontières du Nord. Ce fut une troupe jeune, plus des trois quarts avaient moins de vingt-cinq ans. Encouragé par sa famille, Louis-Henri Loison part le 15 septembre 1791 comme volontaire dans le 2e bataillon du département de La Meuse au 29e régiment d'infanterie ex-régiment des Dauphins, alors en garnison à Philippeville. Le 20 avril, la guerre déclarée, la France fut bientôt envahie par les Autrichiens. Les premiers combats se soldèrent par des défaites.

Des nouvelles levées de volontaires furent ordonnées. Le 11 juillet, la Patrie était déclarée en danger. Ci-dessous, lettre de Monsieur Loison père à un haut fonctionnaire du Royaume, en faveur de son fils.

Monsieur,

Il a plu au Roy, sur votre recommandation d'accorder à mon fils aîné Henri-Louis Loison, une place de Sous-Lieutenant dans le vingt-neuvième régiment d'infanterie ci-devant Dauphin: Vous avez daigné m'en prévenir par vos lettres des 10 et 24 septembre dernier en m'invitant à le faire partir le plus vite possible ,pour sa garnison. C'était vraiment mon intention mais à mon retour de Paris, l'ayant trouvé convalescent j'ai différé son départ jusqu'à son parfait rétablissement. Il vient de rejoindre le Régiment de Philippeville et comme il m'a assuré que son extrait de naissance (Baptême) était nécessaire pour lui délivrer son brevet, j'ai l'honneur de vous l'adresser et de vous prier de donner les ordres pour qu'il lui soit expédié.

Recevez mes humbles remerciements de tout ce que vous avez eu de lui obtenir cette place de Sa Majesté, j'ose croire qu'il n'oubliera jamais cette grâce et qu'il prouvera par les services qu'il est digne de la remplir.

Je suis avec respect, Monsieur, Votre humble et très obéissant serviteur.


F. LOISON Député de Verdun la première Législative.
Damvillers, le 29 septembre 1791.