L’ultime
témoignage de nos frères de Tibhirine
La mort violente de nos frères de Tibhirine en mai 1996
a soudain révélé à l’Ordre, à l’Église et au monde à quel point ils avaient
été des témoins (= des martyrs)
de l’Évangile par tout ce qu’ils avaient vécu durant les années précédentes,
dans leur vie monastique de prière et de solitude, en communion avec l’Église
d’Algérie et la population musulmane environnante.
Les lettres circulaires
de la communauté ainsi que les divers écrits de Christian et en particulier le
journal de Christophe nous ont aidé à voir la très belle évolution et
l’approfondissement de la vie spirituelle de chacun des frères comme de
l’ensemble de la communauté durant cette période dramatique pour eux comme pour
tout le peuple algérien.
On peut à peine
s’imaginer ce qu’a pu être l’expérience spirituelle de cette communauté de sept
frères -- désormais unis d’une façon exceptionnellement profonde – durant les
deux mois de captivité qui furent les derniers de leur vie et au moment de leur
mort.
Au cours des sept dernières
années, divers témoignages, d’anciens islamistes (comme Ali Benhadjar) ou
d’anciens membres des forces armées algériennes (comme Abderrahmane Chouchane),
ou des services secrets algériens (comme Abdelkader Tigha) nous permettent
de penser qu’il est possible d’avoir plus de lumière sur ce qu’ont vécu nos
frères durant cette ultime période de leur vie.
C’est là une des
raisons pour lesquelles huit membres de la famille d’un des frères ainsi que
moi-même avons déposé le 9 décembre 2003 auprès de la Justice française, une
plainte contre X, avec constitution
de partie civile, pour demander à la Justice française d’ouvrir une enquête
judiciaire sur les conditions de l’enlèvement, de la captivité et de
l’assassinat de nos frères.
Quelques-unes des
autres raisons de ce geste est qu’il pourra redonner un peu confiance aux
milliers de familles algériennes qui attendent encore des explications sur la
disparition et la mort de leurs fils, père ou époux ; et aussi qu’il est
important dans le contexte géopolitique actuel de travailler à ce que ne
s’instaure pas une culture de l’impunité de plus en plus prévalente.
On pourra lire, ci-joint,
le texte de la plainte
Armand Veilleux