Si j’avais été élu pape...

 

Note : Ce petit texte a été écrit en réalité durant le conclave, à la suite d’une conversation avec des amis, et non après l’annonce de l’élection du nouveau pape. Il ne s’agissait évidemment pas d’un « programme pontifical » bien pensé et élaboré avec soin ! À une ou deux exceptions près, tous les lecteurs – y compris des amis « romains » -- ont su le lire avec le même humour avec lequel il avait été écrit. Par ailleurs les nombreux emails reçus m’ont convaincu que la plupart des idées exprimées ici avec un grain de sel répondaient aux attentes et aux espoirs de nombreux Chrétiens et Chrétiennes.  C’est pour soutenir ces attentes et ces espoirs que je mets à nouveau ce texte sur mon site, après l’avoir enlevé peu de temps après l’événement.  AV

 

 

            Ça y est !  Je ne suis pas pape. Les Cardinaux en ont élu un autre !  Je puis donc maintenant publier mon programme sans risquer de faire une indue pression sur les collégiens cardinalices.

 

            Si j’avais été élu pape, j’aurais tout de suite choisi d’être essentiellement l’évêque du diocèse de Rome.   J’aurais même demandé au Cardinal Ratzinger de condamner (avant sa démission spontanée) comme erronée – et peut-être même comme hérétique – toute opinion prétendant faire du pape l’évêque de l’Église universelle ou le curé du monde.

 

            J’aurais sorti des armoires et de la naphtaline le vieux rêve de Vatican II concernant la collégialité épiscopale et j’aurais convoqué durant ma première année de pontificat un synode de l’Église universelle avec pouvoir de décision collégiale, y prenant part comme primus inter pares.

 

            Pour préparer ce synode j’aurais envoyé un message à toutes les conférences épiscopales en leur disant « n’ayez plus peur », les encourageant à prendre à nouveau leurs responsabilités et faire savoir au synode les besoins des femmes et des hommes de leurs régions, chrétiens et non chrétiens.  J’aurais prié le Cardinal Ratzinger de faire un nouveau document sur le fondement théologique de telles conférences épiscopales.  J’aurais aussi invité les évêques locaux à prendre leurs responsabilités en main sans craindre de se faire taper sur les doigts par les monsignorini des diverses congrégations romaines.

 

            J’aurais supprimé les voyages pontificaux en dehors du diocèse de Rome, et aurais institué l’ère des audiences virtuelles sur Internet.  Avec l’économie faite par la suppression de ces voyages, j’aurais mis sur pied un « projet » (comme on dit de nos jours) visant à donner l’accès à Internet à tous les citoyens de la planète, même les plus pauvres.

 

            J’aurais préparé un Motu proprio autorisant l’ordination des femmes (choisies évidemment avec grande prudence !) ; et ce document aurait évidemment commencé, comme il se doit pour un texte romain, par les mots : « Comme l’Église romaine a toujours cru et enseigné... ».

 

            J’aurais invité les divers dicastères romains à se saborder tout spontanément et à se transformer en secrétariats au service des églises locales et des instituts religieux.

 

            Je me serais efforcé de redonner confiance aux grands ordres monastiques et aux grands instituts religieux ayant survécu à toutes les crises des siècles précédents, les assurant qu’ils ne seront pas tous soumis à l’ordinariat personnel de l’Opus Dei et leur rappelant qu’ils ont été depuis des siècles les véritables « légionnaires du Christ »  J’aurais pris grand soin pour que les nouveaux « mouvements » (néo ou pas, qu’ils soient de libération ou de communion ou de préoccupation catéchuménale) respectent l’autonomie et la vitalité propre de chaque Église locale.

 

            À côté des instituts religieux traditionnels qui battent de l’aile et des communautés nouvelles dont le dynamisme est souvent utilisé à  réinventer l’eau chaude,  j’aurais fait approuver par la Curie romaine (avant de la dissoudre) une nouvelle forme d’association dans l’Église, répondant à ce qui semble un souffle de l’Esprit depuis des décennies, mais qui ne trouve aucune niche dans le droit canon : des familles spirituelles, constituées de femmes et d’hommes, de personnes mariées et de célibataires, de laïques et de prêtres, d’actifs et de contemplatifs – toutes réunies autour d’une vision spirituelle commune dans une grande communion au service de Dieu, du monde et de l’Église.

 

            J’aurais mis un moratoire sur les béatifications et canonisations, jusqu’à ce que tous les bons chrétiens d’aujourd’hui aient bien mémorisé les noms ainsi que les détails de la vie et les enseignements de tous ceux qui ont été béatifiés au cours du dernier quart de siècle.  J’aurais fait une exception pour quelqu’un déjà canonisé par la vox populi, mais oublié par la Congrégation pour les Causes des Saints : Mgr. Oscar Romero.

 

            J’aurais soufflé sur les cendres du grand mouvement spirituel qui souleva l’Amérique Latine durant les années de plomb, sous les dictatures militaires à la Pinochet, pour redonner vie à ce mouvement dont la vitalité fut écrasée par peur d’une influence socialiste.  J’aurais organisé un grand symposium pour exposer tout ce que la théologie de la libération aurait pu apporter à l’Église au moment où disparaissaient les grands théologiens européens de l’époque de Vatican II et où la théologie européenne se sclérosait de plus en plus.

 

            J’aurais dit aux théologiens qu’ils doivent être créatifs dans leurs recherches pour traduire le Message évangélique dans une parole intelligible pour les femmes et les hommes d’aujourd’hui, et que leur rôle n’est plus limité à commenter les textes du magistère. Je les aurais encouragés à se corriger mutuellement, la Congrégation pour la défense de la Foi ayant été transformée en secrétariat au service de la recherche théologique.

 

            J’aurais redis aux jeunes des JMJ qu’ils sont l’avenir de l’Église et leur aurait demandé de limiter leurs voyages au cours des prochaines années et de consacrer l’argent économisé de cette façon à la création et au soutien de foyers pour les vieillards abandonnés (peut-être leurs grands-parents) de leurs pays respectifs.  Quant au déficit maintenant certain des JMJ de Cologne, je l’aurais comblé en vendant l’édifice de la Congrégation pour la défense de la Foi (autrefois Saint-Office).

 

            J’aurais mis en vente le Vatican, sauf la Basilique Saint-Pierre, et me serais acheté un petit appartement dans une banlieue populaire de Rome.  Pour m’y rendre j’aurais quand même gardé la papamobile.

 

            Je me serais engagé à démissionner...... mais 75 ans me semblent quand même un peu jeune, car j’y arriverai assez rapidement ! De toute façon j’aurais réduit la fonction cardinalice à sa dimension purement honorifique (ajoutant si nécessaire quelques dentelles au costume des cardinaux) et aurais confié l’élection du prochain pape au peuple romain.

 

            Mais voilà ! On ne m’a pas donné la chance de réaliser ce programme.