Encore sur l’Algérie et Tibhirine

 

            Un nouveau livre sur l’Algérie, attendu depuis longtemps par les membres des organismes de défense des Droits de la Personne Humaine est sorti en librairie le 18 septembre 2003 :   Mohammed Samraoui, Chronique des années de sang.  Algérie : comment les services secrets ont manipulé les groupes islamistes.  Éditions Denoël, Paris 2003

 

            De nombreux livres et témoignages ont déjà été publiés ces dernières années sur la guerre qui ravage l’Algérie depuis plus de dix ans et qui a fait plus de 200.000 victimes.  Plusieurs anciens officiers de l’armée algérienne ont donné des témoignages concordants.  Ce livre marque un tournant ;  car l’ex-colonel Mohammed Samraoui n’était pas un « petit poisson ».  Il prit une part active au putsch militaire qui interrompit le processus électoral en 1992 et combattit résolument l’islamisme radical.  Membre de la sécurité militaire algérienne il devint le numéro 2 de la direction du contre-espionnage et fut nommé responsable de la Sécurité militaire à l’ambassade d’Algérie en Allemagne.  Ne pouvant accepter les effroyables méthodes utilisées par les généraux algériens pour combattre l’islamisme, en particulier la manipulation des groupes islamistes armés (GIA) par les chefs de la sécurité militaire, il déserta en février 1996 et vit depuis lors en Allemagne comme réfugié politique.

 

            Ce livre n’apporte aucun détail nouveau sur les moines de Tibhirine.  Il est quand même important à ce sujet.  Il décrit de façon détaillée comment les GIA ont été utilisés par les autorités militaires et surtout (voir tout le chapitre 8) comment Djamel Zitouni (qui enleva les moines de Tibhirine et signa les deux messages du GIA à leur sujet) était « un terroriste à la solde des généraux ».  Il en conclut, dans la section qu’il consacre aux moines de Tibhirine (et dont on pourra lire le texte ci-joint) que : « Or, je l’ai dit, il est clairement établi que Djamel Zitouni roulait pour le compte du DRS.  La responsabilité des services secrets algériens est donc totalement engagée dans l’assassinat des moines trappistes ». 

 

            L’un des points qu’on retiendra des quelques pages consacrées par Samraoui aux moines de Tibhirine est la nécessité d’une enquête indépendante pour établir les faits.  On continue d’espérer qu’une telle enquête pourra être tenue, et peut-être dans un avenir rapproché.  En attendant une telle enquête le « scénario » que j’ai décrit dans mon article du Monde, il y a quelques mois, semble à Samraoui, « d’après son expérience », « parfaitement crédible ».  Il a joute que l’idée d’un « sale coup » de la Sécurité Militaire est totalement conforté par la consigne du silence qui suivit, dans les milieux politiques (et j’ajouterais ecclésiastiques) aussi bien en France qu’en Algérie, la publication de mon article, qui aurait fait dans n’importe quel autre pays l’effet d’une bombe exigeant une enquête officielle.

 

Armand VEILLEUX.

 

Voir un extrait du livre de Samraoui

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