Site du Père Abbé
Armand Veilleux

31 janvier 2001 -- Abbaye de Soleilmont
Mercredi de la 4ème semaine "b"
Héb 12, 4-7.11-15; Marc 6, 1-6


H O M É L I E

Jésus parle avec autorité. Mais il n'exerce pas de pouvoir.

Autorité et pouvoir sont deux choses bien distinctes. On peut détenir beaucoup de pouvoir sans n'exercer aucune autorité; tout comme on peut exercer une grande autorité sans détenir aucun pouvoir. -- Prenons un exemple extrême comme celui d'une prise d'otage. Les terroristes qui détiennent des otages n'ont aucune autorité sur eux mais un pouvoir absolu. La police a à la fois l'autorité et le pouvoir, mais ne peut exercer son autorité et si elle utilise son pouvoir, c'est souvent la catastrophe. La situation est souvent réglée paisiblement par un intermédiaire qui n'a aucun pouvoir mais détient une autorité morale reconnue par tous.

Dans le peuple d'Israël le pouvoir civil était détenu par le roi et le pouvoir religieux par le grand-prêtre. En marge -- ou au-dessus -- de l'un et de l'autre, il y a avait le prophète, qui ne détenait aucun pouvoir, mais qui exerçait sur tous un grand pouvoir, parce qu'il parlait au nom de Dieu. Jésus ne s'est présenté ni comme grand-prêtre, ni comme roi. Il s'est même enfui, lorsqu'on a voulu le couronner roi. Il s'est situé clairement dans la ligne des prophètes. Il n'a pas de pouvoir, mais il parle avec autorité. Lorsqu'il parle pour la première fois dans la synagogue de sa petite ville natale on se demande d'où lui vient cette sagesse et l'on est surpris qu'il parle avec une telle autorité -- en son propre nom, et non pas en appelant à d'autre autorité si ce n'est celle de Dieu.

Jésus n'utilise pas le pouvoir, même pas sa capacité de faire des miracles pour imposer son enseignement. Lorsqu'il fait des prodiges, que nous appelons des miracles, ce n'est jamais pour épater ou pour établir son autorité, mais pour guérir des malades ou satisfaire d'autres besoins. Il ne fait d'ailleurs de miracles que pour ceux qui acceptent déjà son autorité, c'est-à-dire ceux qui ont la foi.

Nous vivons dans une civilisation du pouvoir. Nous pensons pouvoir changer le monde par la force. C'est vrai au niveau des relations entre les peuples, comme au niveau des relations entre les personnes. Nous voulons facilement exercer le pouvoir sur les personnes qui nous entourent, pour les faire devenir ce que nous croyons qu'elles devraient être. Ce n'est pas ce que fait Jésus. L'Église a essayé parfois au cours de son histoire d'imposer le message de Jésus par la force. Ce fut chaque fois la catastrophe. Elle est totalement fidèle à sa mission lorsqu'elle choisit, comme Jésus, d'aller vers les plus petits et les plus faibles avec des méthodes d'humilité et de faiblesse, dans toute sa vulnérabilité, et prête à en accepter toutes les conséquences.

Demandons-nous si notre Christ est le thaumaturge appelé à transformer le monde par ses interventions miraculeuses, ou l'humble serviteur de Yahvé, prêt à souffrir par amour. Notre réponse à cette question nous dira à quel point nous sommes vraiment chrétiens.