Site du Père Abbé
Armand Veilleux

1 janvier 2001 Solennité de Marie, Mère de Dieu
Nb 6, 22-27; Ga 4, 4-7; Lc 2, 16-21

H O M É L I E

Aux bergers, une grande nouvelle avait été annoncée dans la nuit de Noël : "Il vous est né aujourd'hui un Sauveur, dans la ville de David". Et un signe leur avait été donné pour le reconnaître: "Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire". Ils décident donc d'aller à Bethléhem pour voir ce qui est arrivé. Dans le récit que nous venons de lire, nous les voyons arriver à Bethléhem où ils trouvent non seulement le nouveau-né couché dans une mangeoire, mais aussi Marie et Joseph - toute la Sainte Famille, que nous avons célébrée hier.

Ces humbles bergers représentent toute l'humanité. Ils sont les premiers, en dehors de Marie et Joseph, à voir Jésus. Ils préfigurent les disciples et les apôtres, ainsi que tous les petits qui recevront son message. Après avoir vu, ils racontent tout ce qui leur a été annoncé au sujet de cet enfant. Ce qu'ils voient (un petit enfant dans la mangeoire) confirme ce qui leur a été annoncé (que ce petit enfant est le Sauveur). Et "tout le monde s'étonnait" de ce qu'ils racontaient. Ils sont les premiers prédicateurs. Ils enseignent ce qui leur a été révélé, et qui est objet de foi. Mais ils ont aussi vu de leurs yeux celui de qui ces choses sont racontées.

Marie est la première à qui les bergers racontent ce qui leur a été annoncé. Pour elle, cela vient s'ajouter à ce que l'archange Gabriel lui avait dit de son enfant, et aussi aux louanges prophétiques d'Élisabeth. Luc dit qu'elle "retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur". Ce qu'elle retient ce ne sont pas seulement des "paroles", mais des paroles qui se sont réalisées, donc des "événements", selon le sens fort du mot grec rèmata. Les bergers peuvent alors repartir en louant Dieu de tout ce qu'ils ont entendu et vu.

Évidemment, l'événement principal que Marie médite dans son cœur, et sur lequel elle revient sans cesse, est le fait que la Parole s'est faite chair en elle; qu'elle a donné naissance, comme le lui avait annoncé Gabriel, au Fils du Très Haut; que celui qu'elle a emmailloté et couché dans une mangeoire est "Le Premier-né" -- non seulement son premier-né à elle mais le Premier-Né du Père éternel, le premier d'une multitude de frères.

Luc termine son récit par la mention rapide de la circoncision: ces premières gouttes de sang versé préfigurent déjà la mort sur la Croix, tout comme la mangeoire préfigurait l'Eucharistie. Ces événements que Marie conserve et retourne dans son cœur prendront alors encore une nouvelle dimension. Lorsque Jésus dira à Marie en lui montrant Jean -- qui, à son tour, comme les bergers aujourd'hui, représentera toute l'humanité - "Voici ton fils", elle comprendra alors qu'en donnant naissance au Premier-Né du Père éternel - le premier-né d'une multitude de frères et de sœurs -- elle est devenue aussi la mère de tous ceux-ci et celles-ci. Elle est devenue notre mère à l'instant même où elle est devenue mère de Dieu.

Ce premier jour de l'an est aussi célébré depuis plusieurs années comme la "Journée mondiale de prière pour la paix". Demandons à Marie, mère du Prince de la Paix, d'apporter la paix, au cours de cette nouvelle année, à tous les pays où ses enfants sont actuellement victimes de la guerre et de toutes les misères engendrées par celle-ci. Et puisque les Nations Unies ont déclaré l'année qui commence comme l'"Année internationale du dialogue entre les civilisations", prions Marie qui a su s'ouvrir si totalement à l'Autre, de donner à tous ses enfants, de toutes les cultures, de savoir s'ouvrir les uns aux autres, pour que toutes les nations ne forment plus qu'une grande famille avec Dieu pour père et Marie pour mère.

Armand VEILLEUX