24 juin 2001 – Solennité de saint Jean-Baptiste

Is 49, 1-6; Ac 13, 22-26; Lc 1, 57-66.80

 

 

H O M É L I E

 

 

            Des quatre évangélistes, Luc est le plus sensible à la dimension ascétique du message de Jésus.  C'est lui qui rapporte les appels de Jésus à la prière et au renoncement avec le plus de précision et souvent avec une note plus radicale que les autres évangélistes.  Il n'est donc pas surprenant que Jean-Baptiste ait une place toute spéciale dans l'Évangile de Luc, et tout spécialement dans le premier chapitre où Luc annonce tous les thèmes majeurs de son Évangile.  Tout d'abord Luc fait se rencontrer Jean et Jésus, tous les deux encore dans le sein de leur mère. Nous sommes alors à la jonction des deux Alliances.  Puis il décrit la naissance de Jean avant de décrire celle de Jésus, les deux descriptions se voulant, l'une comme l'autre, un enseignement théologique sous forme de symboles beaucoup plus que la description exacte d'un événement historique. 

 

            Dans les deux premiers chapitres de Luc,  les récits concernant Jean et ceux concernant Jésus sont tout à fait parallèles.  L'Évangile d'aujourd'hui racontant la circoncision de Jean se termine par la mention : "L'enfant grandit et son esprit se fortifiait.  Il alla vivre au désert jusqu'au jour où il devait être manifesté à Israël."  C'est pratiquement dans les mêmes mots que Luc terminera le récit de la circoncision de Jésus:  "Quant à l'enfant, il grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la faveur de Dieu était sur lui" (Luc 2,40).  Trente ans plus tard, tous les deux réapparaîtront en même temps, Jean prêchant un baptême de conversion et Jésus venant se faire baptiser par Jean et se constituant ainsi à vrai dire son disciple.  C'est alors que Jean dira: "Il y a quelqu'un qui vient après moi (c'est-à-dire un de mes disciples) qui est plus grand que moi", et il s'effacera devant lui. "Il faut qu'il grandisse et que je diminue". 

 

            Le thème principal des lectures d'aujourd'hui est sans doute celui de la vocation, qui est identique à celui de la mission.  Lorsque nous parlons de vocation aujourd'hui, nous pensons facilement à une série de formes de vie entre lesquelles quelqu'un choisit au début de sa vie – vocation au mariage ou au célibat, à l'engagement laïc dans le monde ou à la vie religieuse, à la vie religieuse solitaire et contemplative ou à l'apostolat actif.  Dans la Bible la vocation est toujours conçue comme un appel tout à fait personnel et individuel.  La première lecture d'aujourd'hui nous fait voir la conviction profonde qu'avait le prophète Isaïe d'avoir été personnellement choisi et envoyé par Dieu:  "J'étais dans le sein maternel quand le Seigneur m'a appelé;  j'étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom".  Cette vocation est la source d'une relation personnelle privilégiée avec Dieu: "Oui, j'ai du prix aux yeux du Seigneur".  Quant à Jean, personne d'autre, après la Vierge Marie n'aura autant de prix aux yeux du Seigneur.  De lui Jésus dira: "Parmi les fils nés de la femme il n'en est pas de plus grand que Jean".  La main du Seigneur était avec lui.  Il avait du prix aux yeux du Seigneur.

 

            Chacun de nous avons aussi reçu du Seigneur un nom propre.  Chacun de nous a été appelé dès le sein de sa mère à remplir un rôle précis dans la société et dans le peuple de Dieu.  Chacun de nous a du prix aux yeux du Seigneur. 

 

            Pour nous moines, la figure de Jean-Baptiste a une importance toute particulière.  Il a toujours été considéré comme l'un des prototypes du moine, non seulement parce qu'il avait adopté le style de vie ascétique au désert centré sur l'attente du Christ -- ce qui constitue l'essence de la vie monastique -- mais aussi parce que la vie monastique chrétienne a véritablement commencé le jour où Jésus, se faisant baptiser par Jean, a assumé cette tradition spirituelle et lui a donné tout son sens en la faisant sienne.

 

            L'essence du message de Jean, comme de celui de Jésus est un appel à la conversion.  Cet appel s'adresse encore aujourd'hui et chaque jour à chacun de nous car notre conversion n'est jamais totalement réalisée.  Elle est un processus qui trouvera son plein épanouissement au moment de notre entrée dans la gloire éternelle.  Demandons à Jean de nous obtenir la grâce d'y arriver et, pour cela, de permettre à Jésus de grandir de plus en plus en nous pour que notre propre être s'identifie à Lui.

 

Armand VEILLEUX