24 octobre 2001 – Solennité de la Dédicace de l’Abbaye de
Scourmont
Apoc. 21, 1-5 ;
Lc 19, 1-10
Tous les jours de l’année
nous nous réunissons en cette église plusieurs fois par jour pour y rencontrer
Dieu et chanter sa louange. Une fois
par année nous célébrons l’anniversaire du jour où cette église -- ce temple
matériel -- a été consacrée pour être le lieu de la rencontre du Seigneur.
Cette belle église, aux
lignes élancées et aux murs dépouillés, selon la tradition cistercienne de
simplicité, est, bien sûr, un édifice distinct d’un lieu ordinaire
d’habitation. Mais ce n’est pas son
architecture et sa forme qui en font un lieu de rencontre du Seigneur. Ce qui en fait un lieu de rencontre du
Seigneur c’est précisément que, jour après jour, année après année, une
communauté s’y réunit pour prier, confiante dans la parole du Seigneur : Là
où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux.
Cette communauté est
composée de personnes qui ont mis leur foi aussi en cette autre parole de
Jésus : Si vous écoutez ma parole, mon Père vous aimera et nous
viendrons en vous pour y faire notre demeure. Ce lieu où nous nous réunissons si souvent est la demeure de Dieu
dans la mesure où il a fait en chacun de nous sa demeure ; et il a fait en
chacun de nous sa demeure dans la mesure où nous écoutons sa parole et la
mettons en pratique dans notre vie.
Nous avons beaucoup
d’exemples dans l’Écriture. Un exemple
particulièrement sympathique n’est-il pas celui de Zachée, dont nous parle le
texte évangélique que nous venons de lire ? Un homme plein de contradictions, comme sans doute chacun de
nous. Luc, qui a un talent particulier
pour tracer le portrait d’un personnage en quelques lignes, nous décrit
d’emblée toute la complexité du personnage : non seulement c’était un
publicain, ou collecteur d’impôts, mais c’était le chef des publicains de
Jéricho, la plus grande ville de Judée après Jérusalem. Il était riche – détail
important sous la plume de Luc, si fasciné par l’idéal de pauvreté. Mais il cherchait à voir Jésus et il n’y
arrivait pas, car il était de petite taille et la foule lui cachait la vue.
Zachée n’est-il pas un peu
chacun de nous ? Ou, plutôt, ne
sommes-nous pas, chacun d’entre nous, un peu Zachée ? Saint Benoît, au
début de sa Règle, dit qu’il l’a écrite pour ceux qui, éloignés de Dieu par la
désobéissance (ou le péché), veulent revenir à lui par la voie de
l’obéissance. Si nous sommes venus au
monastère c’est que nous étions des publicains, que nous n’avions pas la
pauvreté du coeur prêchée par Jésus, et que nous cherchions une voie de
conversion. Ce chemin de conversion
nous l’avons trouvé dans la Règle de Benoît.
Nous étions trop petits pour voir Dieu, et nous sommes montés dans notre
sycomore, nous lançant sans doute avec une ardeur de novices dans l’observance
de tout ce qui pouvait nous rapprocher de Dieu. Et puis, heureusement, un jour Jésus nous a dit :
« Descends de ton sycomore. Ce
n’est pas du haut de ton ascèse et de ta vertu que tu peux voir Dieu. C’est moi qui veux habiter chez toi, dans
ton coeur. » Si nous avons
entendu cette parole, si nous l’avons laissée pénétrer en nos coeurs, elle y a
créé chaque fois une attitude de componction, et surtout de partage. Si j’ai
fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus.
Chaque fois que nous sommes
fidèles à cet idéal de recherche de Dieu et de conversion, s’applique à nous la
parole de Jésus qui termine l’Évangile que nous venons d’entendre :
« Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est
un fils d’Abraham. En effet le Fils de
l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.
Remercions Dieu de nous
avoir réunis ici et d’avoir fait de nous une communauté dont il veut faire un
lieu privilégié de sa présence.
Remercions-le aussi de nous avoir donné ce lieu matériel, cette église
de pierre, où non seulement nous pouvons nous réunir tous les jours pour
chanter sa louange, mais où chacun de nous, comme le publicain de l’Évangile --
comme Zachée le chef des publicains -- pouvons aussi bien venir sur la pointe
des pieds pour dire dans le silence et l’obscurité : « Seigneur, aie
pitié du pécheur que je suis », ou grimper sur le sycomore de nos
célébrations pour essayer de le voir, espérant qu’il nous dira : Descends vite, aujourd’hui il faut que
j’aille demeurer chez toi.