5 août 2001 -- 18ème dimanche "C·

Qo 1,2; 2,21-23; Col 3,1-5.9-11; Lc 12,13-21

Abbaye de La Clarté-Dieu, Murhesa, Congo RDC

 

H O M É L I E

 

            Dans l'argent il y a le pouvoir, et même l'argent est pouvoir.  Et le pouvoir crée facilement des divisions.  En effet, la richesse est source de hiérarchies sociales et de discriminations, car celui qui possède plus se situe au-dessus des autres.  Évidemment, celui qui a de l'argent peut l'utiliser pour aider les autres;  mais si quelqu'un devient un "homme à l'argent", il devient terriblement seul, aliéné, esclave.  L'argent devient sa prison.

 

            Il n'est pas rare, malheureusement, que le partage d'un héritage -- qu'il soit grand ou petit -- provoque la division dans une famille.  L'homme qui se présente à Jésus au début de l'Évangile d'aujourd'hui, lui demande d'intervenir avec pouvoir auprès de son frère.  «Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage».Mais Jésus n'accepte pas d'exercer ce pouvoir.  Il donne plutôt un enseignement moral et il le fait sous forme de parabole.

 

            Le personnage principal de cette parabole semble n'exister que pour lui-même. Il parle comme s'il était la seule personne sur terre.  Tout, dans sa brève déclaration, est à la première personne:  "Que vais-je faire? je ne sais pas où mettre ma récolte...  Voici ce que je vais faire: je vais démolir mes greniers, j'en construirai de plus grands et j'y entasserai tout mon blé et tout ce que je possède. Alors je me dirai à moi-même... Repose-toi, mange, bois, jouis de l'existence."  Il parle comme s'il n'avait rien reçu de ses parents et comme s'il n'était pas devenu riche à cause du travail de ses serviteurs.  C'est un homme terriblement seul.

 

            Il est seul, même dans l'usage de ses richesses.  Sa préoccupation est uniquement d'accumuler toujours plus.  Il ne lui vient même pas à l'idée que les pauvres et les affamés auraient besoin de cette richesse accumulée dans ses magasins.

 

            Sa folie réside dans son incapacité de comprendre que tous les hommes -- et toutes les peuples -- sont interdépendants.  Cette folie a conduit l'humanité au bord de la catastrophe, les pays pauvres devenant toujours plus pauvres et les pays riches s'adonnant toujours plus à une consommation effrénée.  La même division s'accentue d'ailleurs au sein de chaque pays, même au sein des pays pauvres.

 

            En ce qui nous concerne, nous qui sommes ici, nous ne sommes pas en position d'accumuler des possessions matérielles ou de contrôler des empires économiques.  Mais nous avons tous et toutes des possessions.  Nous avons sans doute peu de possessions matérielles, mais nous avons d'autres sortes de possessions: notre renom, notre réputation, l'image que nous avons de nous-mêmes et que nous offrons aux autres, l'estime et l'affection de nos soeurs et de nos frères.  Le message de Jésus n'est pas que tout cela est mal; mais bien que si nous nous accrochons trop à toutes ces possessions, nous sommes fous, car elles nous tiendront séparés de Dieu alors qu'elles pourraient et devraient nous unir à Dieu et aux autres. 

 

            Si nous sommes vraiment ressuscités à une vie nouvelle, comme le dit Paul dans la deuxième lecture d'aujourd'hui, nous sommes alors dans une situation où nous avons rejeté tout ce qui divisait : toutes les divisions raciales, religieuses, culturelles.  Nous ne devons pas nous préoccuper de l'avenir, dit Paul, car nous vivons déjà à la fin des temps.  Puisque nous sommes ressuscités en compagnie du Christ, nous ne devons pas penser aux choses de demain, mais à ce qui existe déjà aujourd'hui et qui appartient au Royaume où le Christ est assis à la droite du Père.

 

 

Armand  VEILLEUX