Le 24 mai 2001 – Solennité de l'Ascension "C"

Ac 1, 1-11;  He 9,24...10,23; Lc 24, 46-53

 

 

H O M É L I E

 

 

            Au début de son Évangile, Luc nous montre le prêtre Zacharie exerçant ses fonctions liturgiques dans le Temple de Jérusalem, pendant que le peuple se trouve à l'extérieur, à l'heure de l'offrande de l'encens. Il fait finir son Évangile là où il a commencé : après une dernière apparition à ses disciples, Jésus les conduit en dehors de Jérusalem, vers Béthanie, et, levant les mains, il les bénit.  Il est alors enlevé au ciel et les disciples, après s'être prosternés devant lui, s'en retournent à Jérusalem remplis de joie;  et "ils se tenaient sans cesse dans le Temple, louant Dieu."  Ce sont là précisément les dernières paroles de l'Évangile de Luc 

 

            Chacun des Évangélistes a sa façon à lui d'organiser sa matière.  Jean, le mystique, par exemple, bloque dans une seule journée tous les événements d'après la Résurrection:  le matin du premier jour de la semaine Jésus apparaît à Marie-Madeleine;  puis, le soir, il apparaît aux disciples, leur donne alors leur mission et fait descendre sur eux l'Esprit Saint.  Quant à Luc, il étale ces mêmes événements sur une période de cinquante jours, dans un contexte liturgique, celui de la fête des quarante jours et de celle des cinquante jours – la Pentecôte. 

 

            Nous devons cependant bien percevoir la signification de ces indications liturgiques de Luc.  Le texte de la Lettre aux Hébreux que nous avons lu comme seconde lecture pourra nous aider à comprendre Luc.  Le Grand Prêtre de l'Ancienne Alliance entrait souvent dans le sanctuaire pour offrir des sacrifices et faire divers actes liturgiques.  Jésus a réellement mis fin à cette économie des sacrifices.  Désormais, c'est Lui-même – avec toute sa vie et non seulement sa mort – qui remplace les sacrifices de l'économie ancienne.   Nous sommes sauvés non pas par des gestes rituels nouveaux qui remplaceraient les rites de l'Ancienne Alliance, mais par la personne même de Jésus.  Comme le dit la Lettre aux Hébreux, Jésus a inauguré pour nous une voie nouvelle, à travers le voile, c'est-à-dire sa chair.  C'est à travers la chair de Jésus, c'est-à-dire son humanité, que nous entrons en contact avec Dieu.

 

            Il ne s'agit pas de la chair d'un Jésus mort, mais d'un Jésus qui a promis aux disciples de demeurer vivant au milieu d'eux jusqu'à la fin des temps.  Pour cette raison, Luc commence son "Deuxième livre" – les Actes des Apôtres --  là où il a terminé l'Évangile.  Il ajoute cependant un détail important.  Après que Jésus eût été soustrait au regard des disciples, deux anges se présentèrent à eux et dirent:  "Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel?".  Jésus reviendra sans doute un jour d'une façon solennelle, mais pour le moment il est déjà revenu dans l'Église, dans la présence de chacun de ses disciples.  Tout le Livre des Actes des Apôtres sera d'ailleurs l'histoire de sa présence dans la communauté nouvelle qu'est l'Église.

 

            L'Eucharistie que nous célébrons n'est pas une rencontre individuelle sentimentale, seul à seul avec Jésus dans notre coeur (ou notre imagination).  Elle est la célébration communautaire joyeuse de la présence de Jésus au milieu de nous comme communauté de croyants.  C'est là le sens de la toute dernière phrase de l'Évangile de Luc:  "Ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie, et ils étaient sas cesse dans le Temple à louer Dieu."

 

Armand VEILLEUX