21 juillet 2001 - samedi de la 15ème semaine, année "A"

Abbaye de Soleilmont

Ex 12, 37-42; Mt 12, 14-21

 

H O M É L I E

 

            En ces temps de "globalisation" et de "mondialisation" -- d'une certaine mondialisation toute dominée par l'économique -- le fossé entre les nations riches et les nations pauvres se creuse de plus en plus, tout comme celui entre les riches et les pauvres au sein de chaque pays.

 

            Périodiquement les décideurs -- mais sont-ils vraiment les décideurs ? -- des nations riches se réunissent et nous sommes maintenant habitués à voir ces réunions accompagnées de manifestations violentes, des anarchistes se mêlant toujours à ceux qui voudraient montrer pacifiquement leur désaccord.  Et comme l'on essaye toujours de vaincre la violence par une violence plus grande, nous sommes entrés dans une spirale de violence qui a abouti, hier soir, à la mort d'un jeune manifestant de 20 ans abattu par les forces de l'ordre à Gênes.

 

            Cette situation n'est pas nouvelle.  Le peuple d'Israël fut réduit à la servitude en Égypte durant 430 ans.  Leur délivrance ne fut certes pas sans une certaine violence, mais se réalisa d'une façon rapide et éclatante, en une nuit.  Nous avions à la première lecture de la Messe d'hier le  récit de l'institution de la Pâque -- un rituel devant commémorer chaque année cette libération fulgurante.  Il fallait la célébrer en toute vitesse, debout, les reins ceints et le bâton à la main, prêts à partir.  (Quelqu'un a écrit récemment une "éloge de la paresse"... en lisant ce texte j'ai eu le goût d'écrire une "éloge de la vitesse" ou une "éloge de l'action").

 

            Dans l'Évangile nous  voyons que Jésus lui-même n'est pas exempt de telles confrontations.  Il ne refuse pas les confrontations verbales avec les Pharisiens et les Docteurs de la Loi.  Mais il ne répond jamais à la violence par la violence.  Il sait qu'il sera, à la fin, victime de la violence, mais il ne la désire pas et l'évite aussi longtemps que son heure n'est pas venue.  Dans l'Évangile d'aujourd'hui nous voyons que lorsque les Pharisiens préparent sa mort, alors qu'il opère un miracle dans la synagogue, il décide de se retirer dans un lieu désert, car son heure n'est pas venue, et la foule des petits le suit et il les délivre de leurs maux. 

 

            Cette scène donne à Matthieu l'occasion de citer le beau texte d'Isaïe sur le Serviteur  de Dieu, le Messie, rempli de l'Esprit, qui ne conteste pas et ne fait pas entendre sa voix dans les rues, mais qui ne brise pas non plus le roseau déjà froissé ni n'éteint la mèche qui fume encore, et qui fait tomber toutes les frontières, puisqu'il est l'espoir même des nations païennes.  Ce texte devrait inspirer aussi bien les "décideurs" enfermés dans leurs bunkers que les manifestants dans les rues.  Il devrait aussi nous inspirer, chacun d'entre nous, dans les mille et un petits conflits dont est faite notre vie quotidienne.

 

Armand VEILLEUX