Samedi le 4 août 2001 -- Samedi de la 17ème semaine "1"

Lv 25, 1. 8-17; Matt 14, 1-12

Abbaye de La Clarté-Dieu, Murhesa, Congo

 

 

H O M É L I E

 

 

            Cet Évangile nous met en présence de deux hommes fort différents l'un de l'autre.  Le premier, Jean-Baptiste, est un homme libre, sans pouvoir et sans ambition et donc aussi sans peur.  L'autre est un homme ayant beaucoup de pouvoir entre ses mains, esclave de ses calculs et de ses ambitions et à cause de cela constamment tiraillé par la peur.

 

            Jean est un homme libre.  Sa mission est de préparer la venue du Messie.  Il n'existe que pour cela et n'a aucune autre ambition.  Lorsqu'il reconnaît le Messie il lui envoie ses propres disciples en disant : "C'est lui, l'Agneau de Dieu".  Il reconnaît paisiblement que le temps est venu pour lui de disparaître.  N'ayant aucune ambition, rien à perdre et rien à gagner, il est suprêmement libre.  Il peut parler avec fermeté aux grands comme aux petits.  Il appelle les Pharisiens et les Sadducéens "engeance de vipères" et au roi Hérode il rappelle qu'il ne lui est pas permis de vivre avec la femme de son frère.  Cela lui coûtera la vie; mais, en homme libre, il n'a pas peur de la mort.

 

            Hérode est le type par excellence de l'homme constamment tourmenté, parce qu'il n'est pas libre, parce qu'il est tiraillé par ses désirs et ses ambitions.  Aussi est-il constamment angoissé.  L'Évangéliste Marc (6,20) nous dit qu'Hérode craignait Jean, sachant que c’était un homme juste et saint, et qu'il le protégeait; et que quand il l’avait entendu, il était fort perplexe, et c’était avec plaisir qu’il l’écoutait. Mais il l'avait quand même fait mettre en prison parce qu'il lui reprochait sa conduite.  Le jour de son anniversaire, alors qu'il a fait une folle promesse à la fille d'Hérodiade et que celle-ci lui demande la tête de Jean, il est tiraillé entre plusieurs peurs.  Il a peur de faire mourir Jean, mais il a aussi peur de perdre la face devant ses convives.  Il fait donc décapiter Jean.  Et puis, lorsqu'il entend les miracles accomplis par Jésus il a peur et se dit que c'est Jean qui est revenu des morts.  Au cours du procès de Jésus, il aura peur de le faire mourir, mais il le livrera quand même aux Juifs, par peur d'être considéré comme un ennemi de César.

 

            Une recommandation qui revient sans cesse dans la bouche de Jésus, surtout dans les scènes d'apparitions qui suivent la Résurrection, c'est: "n'ayez pas peur".  Pierre, qui avait commencé à marcher sur les eaux se met à couler au moment où il commence à avoir peur. 

 

            D'où vient la peur ?  Elle est engendrée par la perspective de perdre une possession qui nous est très importante.  Celui qui possède une grande richesse a facilement peur de la perdre.  Celui ou celle qui est attaché(e) à son nom ou à sa réputation a peur de la perdre.  Celui qui a de grandes ambitions a peur de tout ce qui peut être un obstacle à leur réalisation.  Par ailleurs le pauvre, sans propriété et sans pouvoir, qui n'a rien à perdre, est beaucoup plus facilement sans peur.  Il est beaucoup plus facilement une personne libre.

 

            C'était sans doute le sens du Jubilé, dont parle le Livre du Lévitique.  Cette législation qui prévoyait que la terre revienne à tous les cinquante ans à son propriétaire (ou à ses descendants), empêchait l'enrichissement excessif des uns au dépend des autres;  et donc, empêchait que ne se construisent de grandes propriétés terriennes et de grands empires.  Ainsi était limité le danger d'aliénation de la personne; était limitée également la peur et favorisée la liberté du coeur.  Cela préparait l'éclosion, au moment de la grande épreuve, de la spiritualité des Anawim, les Pauvres de Yahvé, ainsi que la prédication Évangélique:  Bienheureux les pauvres.  Oui, bienheureux ces pauvres au coeur libre qui, comme Jean-Baptiste, dès la première génération chrétienne, ne craignirent aucunement de donner leur vie par fidélité à l'Évangile.

 

Armand VEILLEUX