Vendredi le 3 août 2001 -- Vendredi de la 17ème semaine "1"

Lv 23, 1. 4-11. 15-16. 27. 34-37; Matt 13, 54-58

Abbaye de La Clarté-Dieu, Murhesa, Congo

 

 

H O M É L I E

 

 

            Vers l'âge de trente ans, Jésus avait quitté son village natal de Nazareth en Galilée pour se rendre en Judée.  La raison immédiate ne nous est pas donnée par l'Évangile.  Il y avait de toute façon à ce moment-là, comme toujours, un mouvement de population vers Jérusalem, la capitale, surtout à partir de l'arrière pays qu'était la Galilée.  Jésus se trouve à Jérusalem au moment où tout Jérusalem descend vers le Jourdain, dans la région de Jéricho, pour se faire baptiser par Jean.  Il se fait baptiser lui-même et entend la voix du Père: "Tu es mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances".  Puis, Jean dit à ses disciples:  "Voici l'Agneau de Dieu."  Plusieurs disciples de Jean se joignent à Jésus, et il en appelle d'autres.  Après un jeûne de quarante jours dans le désert il repart pour la Galilée, où il prêche et guérit les malades d'abord dans la grande ville de Capharnaüm.  Finalement, il revient un jour dans son village et se met à enseigner dans la synagogue.  C'est la surprise générale.  Cette surprise montre bien que jusqu'à ce moment-là rien dans l'existence de Jésus à Nazareth ne l'avait distingué.  Il avait sans doute célébré fidèlement avec ses parents et ses proches toutes les fêtes de l'année mentionnée dans la lecture du Livre du Lévitique que nous venons d'entendre. Sains doute également avait-il été régulièrement à la synagogue locale pour y écouter l'enseignement des docteurs de la Loi. Aussi, lorsqu'il commence à prêcher et à guérir les malades on se demande : "D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles?"

 

            Les gens de Nazareth pensaient tout savoir de Jésus parce qu'ils connaissaient tous les détails extérieurs de sa vie.  Ils le connaissaient comme le fils du charpentier du village, ils connaissaient sa mère et tous les autres membres de sa famille.  Ils ne pouvaient s'imaginer qu'il y ait plus en Lui que ce qui apparaissait.  Encore moins pouvaient-ils s'imaginer que Dieu lui ait confié une mission spéciale.  Leur manque de foi lui rendit impossible de faire pour eux beaucoup de miracles, car les miracles de Jésus consistaient en général à faire porter ses fruits à la foi de ceux qui l'approchaient. 

 

            Qu'en est-il de nous-mêmes et de notre attitude à l'égard de ceux avec qui nous vivons ou que nous rencontrons?  Nous savons beaucoup de choses de nos soeurs ou de nos frères.  Depuis longtemps nous les voyons vivre.  Nous connaissons leurs qualités, et sans doute encore mieux leurs défauts.  Nous ignorons malheureusement toutes les potentialités de croissance qui sont en eux.  Nous ne voyons pas leur capacité de conversion.  Aussi, lorsqu'une croissance humaine et spirituelle se produit en eux ou en elles, nous nous disons : "qu'est-ce qui peut bien se passer?  -- d'où lui vient cela?" --  Et alors nous ne permettons souvent pas au miracle de transformation ou de croissance de se produire ou en tout cas de porter ses fruits.

 

            Dans une communauté, et peut-être encore plus dans une communauté cloîtrée, moins bombardée par des nouveautés quotidiennes, nous conservons facilement la mémoire de ce que nos soeurs ou nos frères étaient il y a un an, ou cinq ans, ou dix ans et nous ne voyons pas toujours ce que la grâce a pu faire en eux ou en elles au cours de ces années.  "Elle est toujours comme ceci! Elle m'a fait telle chose le jour de Pâques, il y a quatre ans!..."

 

            La foi en Dieu, pour être vraie, doit s'accompagner de la foi en l'autre.  Demandons à Dieu de nous permettre de voir toutes les possibilités de croissance qu'il a mises en nos frères et nos soeurs.  Demandons-lui d'avoir la foi en eux et en elles qui permettra à tous les miracles de conversion et de croissance de se produire.

 

Armand VEILLEUX