Homélie pour le 27 juillet 2001

Vendredi de la 16ème semaine "1"

Ex 20, 1-17; Mat 13, 18-23

Monastère de Kibungo, au Rwanda

 

H O M É L I E

 

Chères soeurs,

 

            Il y a deux jours (mercredi), nous avions comme évangile la parabole du Semeur.  Aujourd'hui nous en avons l'explication.  Il y a quelque chose de surprenant et même d'un peu bizarre dans cette explication.  Tout d'abord le fait de l'explication elle-même.  C'est l'unique cas où Jésus interprète l'une de ses paraboles.  Une parabole n'a pas normalement besoin d'interprétation;  elle parle par elle-même.  C'est pourquoi les commentateurs du Nouveau Testament croient en général que cette interprétation a été ajoutée par l'Église primitive. 

 

            Dans ses paraboles Jésus nous parle de son Père et du Règne de son Père.  Dans la parabole du Semeur, le personnage principal est évidemment le Semeur, qui représente le Père;  et la semence jetée sur divers types de sol est sa Parole.  Toute la parabole parle de la semence; alors que l'interprétation donnée dans le texte d'aujourd'hui est préoccupée avec la façon dont cette semence est reçue.  Même grammaticalement, l'explication est un peu étrange :  "...celui qui a été semé sur les endroits rocailleux, c'est l'homme qui..."  Arrêtons-nous quand même à cette explication de la parabole qui représente ce que l'Église primitive a compris du Message de Jésus dans ce récit.

 

            Les diverses situations décrites dans cette parabole ne désignent pas des groupes distincts de personnes, mais bien des attitudes qui peuvent toutes être les nôtres à divers moments de notre existence.  La Parole de Dieu nous parvient sans cesse et de mille et une façons.   Bien souvent nous la recevons distraitement et superficiellement, sans faire les efforts nécessaires pour la comprendre.  Comme la semence tombée sur le bord du chemin, elle s'envole rapidement loin de nous sans même prendre racine.  À d'autres moments, nous recevons cette Parole avec de la bonne volonté mais sans le courage nécessaire pour en accepter toutes les exigences et les conséquences.  Comme la semence tombée sur un terrain rocailleux elle n'arrive pas à prendre suffisamment racine pour survivre en nous.  Il nous arrive de la recevoir avec encore plus de bonne volonté et de lui permettre de se développer en nous, mais nous succombons à des tentations qui la suffoquent.  Enfin, grâce à Dieu, il nous arrive aussi d'être une bonne terre où le Parole de Dieu non seulement croît mais porte fruit.  Demandons les uns pour les autres la grâce que ces moments soient toujours plus fréquents et en viennent à former la trame même sur laquelle se tisse notre vie.  Alors les préceptes de Dieu, à commencer par le décalogue donné jadis à Moïse et aux Hébreu, ne seront plus des commandements extérieurs à nous, mais l'expression d'une parole enracinée en nous et écrite sur nos coeurs par le doigt de Dieu.