17 juin 2007 – 11ème dimanche ordinaire « C ».

Chapitre à la Communauté de Scourmont

 

 

C’est toi cet homme

 

 

Nous venons tout juste d’entendre, à Laudes, le texte du 2ème Livre de Samuel que nous aurons comme première lecture à la messe.  Il s’agit du récit de la rencontre du prophète Nathan avec David. Nous n’avons, dans ce bref texte que la fin du récit. En réalité la phrase centrale du récit se trouve dans ce qui précède immédiatement, lorsque Nathan dit à David : « C’est toi cet homme ! ».  Nous connaissons tous l’histoire.  Le prophète raconte à David une histoire fictive, celle d’un homme riche qui, possédant des troupeaux de bœufs et de moutons,  vole à un pauvre son unique brebis pour festoyer avec ses amis. David, scandalisé, s’écrie : « Cet homme mérite la mort ».  Et David, risquant sans doute sa propre vie en disant cela, lui répond : « C’est toi cet homme ! ».

 

            David n’était pas un ange.  Il avait ses passions, auxquelles il consentait facilement.  Il pouvait aussi être cruel et violent ; et c’est ainsi qu’il avait fait mourir Ourias le Hittite, avec la femme duquel il avait commis l’adultère. Mais David sait aussi être humble et reconnaître ses fautes.  La fin tout ce long récit, (dont nous n’entendons aujourd’hui que la dernière partie, se termine par deux phrases lapidaires, d’une très grande beauté. Il y a d’abord l’aveu de David – un aveu clair, sans recherche de s’expliquer, de se justifier, de se faire comprendre.  Tout simplement : « J’ai péché contre le Seigneur ! ». Et la deuxième phrase est celle du prophète, tout aussi limpide : « Le Seigneur a pardonné ton péché. Tu ne mourras pas ».

 

            Il y a donc quatre brèves phrases qui constituent la structure de ce récit : « Cet homme mérite la mort » -- « C’est toi cet homme ! » -- « J’ai péché contre le Seigneur ! » -- « Le Seigneur a pardonné ton péché. Tu ne mourras pas ».

 

            « Cet homme mérite la mort » -- Cette réaction devant ce que font les autres est souvent la nôtre.  Lorsqu’on regarde ce qui se passe sur la scène internationale, avec tous ces crimes contre l’humanité qui se commettent un peu partout (en Irak, en Palestine, au Liban, en Afghanistan, à Guantanamo, par exemple).  On est naturellement scandalisés et l’on se dit spontanément que tous les auteurs de ces crimes doivent être punis.  Et puis, sans aller aussi loin, autour ne nous, parmi nos frères, nous voyons constamment des personnes faire des choses qui nous semblent inacceptables et nous sommes facilement portés à les juger dans nos coeurs.

 

            Alors, il nous faut entendre le prophète Nathan qui nous dit : « C’est toi cet homme ».  La violence est aussi au fond de chacun de nos coeurs. Nous sommes tous pécheurs et le premier pas dans la voie du salut et de la vie consiste à le reconnaître.  La vue du mal devant nos yeux ou présent un peu partout dans le monde doit nous ramener à notre propre péché.  Cela doit nous amener à dire constamment : « J’ai péché contre le Seigneur ».

 

            Alors, et alors seulement nous pouvons faire l’expérience vive de l’amour miséricordieux du Seigneur sur nous et nous entendre dire : « Le Seigneur a pardonné ton péché ». Et selon la vision de toute l’École spirituelle cistercienne, c’est cette conscience d’être l’objet de l’amour miséricordieux de Dieu qui nous permet d’aimer les autres.  On ne saurait aimer si l’on n’a pas fait l’expérience d’être aimé.

 

            Nous trouvons dans la deuxième lecture de la Messe, tirée de la Lette de Paul aux Galates, la même conscience envahissante d’avoir été l’objet privilégié de l’amour du Christ.  Paul était un Pharisien, à l’instar de Simon, le Pharisien de l’´Évangile d’aujourd’hui.  Il observait très fidèlement la Loi.  Il se croyait juste, et partait en guerre contre ceux qu’il jugeait les ennemis de Dieu : Ces hommes doivent mourir.  Et puis, il y eu sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas.  Et toute sa vie durant il resta marqué par cette conscience très vive que le salut ne pouvait être une récompense méritée par de bonnes actions ou par une vie conforme à la Loi ; mais était au contraire un don purement gratuit dû à l’amour miséricordieux du Christ. 

 

            Alors que la première lecture se termine par la parole de Nathan à David : « Tu ne mourras pas », Paul, dans la seconde lecture dit : « Je vis, mais ce n’est plus moi ; c’est le Christ qui vit en moi. Ma vie... je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé ».

 

            Efforçons-nous de voir nos frères, de nous voir mutuellement, avec des yeux de miséricorde, qui nous ramènent non pas à notre péché personnel, mais à notre condition de pécheur – et plus précisément de « pécheur pardonné ».

 

 

 Armand VEILLEUX