25 février
2001 – Chapitre à la communauté de Scourmont
La communion
cistercienne
Dans
quelques semaines Dom Ambrose Southey nous quittera pour rentrer dans sa communauté
de Mount Saint Bernard. Sa communauté,
qui nous l'avait "prêté" pour deux autres années, après son mandat
comme supérieur, m'a rappelé que les deux ans sont terminés; et Dom Ambrose,
qui aime beaucoup Scourmont – comme il nous l'a montré, mais qui est aussi
un moine obéissant, croit devoir obéir à son abbé qui le rappelle.
Sa
présence nous manquera grandement, mais son départ est l'occasion de lui redire
à quel point nous lui sommes reconnaissants.
Toute
la vie monastique de D. Ambrose a été au service de l'Ordre. Il l'a servi comme abbé de sa communauté, et
déjà alors comme abbé-vicaire et promoteur du Chapitre Général, avant de la
servir durant de nombreuses années comme Abbé Général.
Après
17 ans comme Abbé Général il a choisi de démissionner et de retourner dans
sa communauté, pour y reprendre la vie monastique paisible. Peu de temps après on lui demandait d'aller
à Bamenda, en Afrique, comme supérieur, pour assurer une période de transition;
puis après son retour de Bamenda on lui de demanda de venir à Scourmont... Alors que tout le monde était satisfait de
son supériorat, il jugea qu'il était préférable que la communauté ait un abbé
"un peu" plus jeune. Mais
il accepta alors de rester comme "père maître" et ne manqua pas
de rendre mille et un autres services.
Son
exemple me donne l'occasion de réfléchir à nouveau (dans ce chapitre) sur
la belle réalité de la communion entre nos monastères cisterciens.
Cîteaux,
comme je l'ai souvent redit, a trouvé la juste balance entre l'autonomie du
monastère local et la communion entre les communautés. Personne
n'entre dans l'Ordre de Cîteaux. On
entre toujours dans une communauté locale.
Mais on devient alors un membre de l'Ordre, qui est communauté de communautés.
L'amour pour l'Ordre est un signe d'authentique vocation cistercienne.
Et cet amour de l'Ordre peut parfois demander d'aller vivre pour un
temps ou de façon permanente dans une autre communauté que celle à laquelle
on avait été appelé
À
l'intérieur de la grande famille cistercienne, notre Ordre (OCSO) a, à ce
point de vue, des caractéristiques bien spéciales, qui sont celles d'un groupe
qui a passé ensemble à travers la tempête, non sans se chamailler parfois,
mais en se serrant les coudes. Les
moines et les moniales partis de la Valsainte, puis de Darfeld, dans toutes
les directions pour fonder des monastères un peu partout, puis revenir en
Europe rouvrir les monastères supprimés et en fonder d'autres, constituent
une grande famille d'aventuriers et d'aventurières qui s'entraident constamment
en personnel comme en matériel.
C'est
ce même esprit qui a permis à notre Ordre de répondre avec une telle ardeur
aux appels de l'Église à fonder des monastères contemplatifs dans les Jeunes
Églises. Nous n'aurions jamais pu
fonder tant de monastères, sans une entraide fort importante. Plusieurs fondations ont été faites avec des
personnes venant de diverses communautés, et presque toujours avec l'aide
matériel d'autres monastères.
Cette
entraide fraternelle est quelque chose de tout à fait cistercien et s'exprime
encore plus au niveau du développement et du maintient d'une vision commune
de notre vocation (chapitres généraux, rédaction des Constitutions). Le système de filiation, et les visites régulières,
qui empêche les communautés de se refermer sur elles-mêmes, en leur permettant
d'être confrontées périodiquement au regard de quelqu'un(e) venant d'un autre
monastère où se vit la même tradition, mais différemment.
À
notre époque, comme à toute époque d'ailleurs, certains des monastères ont
un recrutement abondant et d'autres sont depuis plusieurs années sans aucun
recrutement. L'histoire passée et
récente montre que des communautés qui, à un certain moment, semblaient vouées
à l'extinction ont retrouvé tout à coup une vitalité nouvelle, à l'heure de
Dieu. En général cela a été rendu
possible non pas parce qu'un groupe est venu en quelque sorte les "refonder"
(de tels essais n'ont presque jamais réussi) mais parce que quelques personnes
ont accepté de venir partager leur vie, simplement pour "être avec",
dans l'attente du jour du Seigneur.
C'est
pour cela que nous pouvons être reconnaissant à Dom Ambrose. Comme à Bamenda auparavant, de même sa présence
à Scourmont, d'abord comme supérieur, puis comme maître de novices, toujours
présent aux offices, à la vaisselle, remplissant tous les services communautaires,
a permis à la communauté de passer sereinement à travers des moments parfois
difficiles, et de poursuivre sa vie monastique consciente de sa faiblesse
mais aucunement paniquée.
Que
Dom Ambrose soit remercié non seulement de tout ce qu'il a fait pour nous,
mais aussi – et surtout – de ce qu'il a été et est pour nous.
Armand VEILLEUX