6 août
2006 – Fête de la Transfiguration
Dn 7,9-10.13-14; 2 P 1,16-19; Mc 9,2-10
H O M É L I E
Ce récit évangélique
qu’on appelle généralement la « Transfiguration » répond à un style
littéraire qu’on appelle l’Apocalyptique.
C`est un style que l’on retrouve non seulement dans le dernier Livre du
Nouveau Testament, qu’on appelle précisément l’Apocalypse, mais aussi en
plusieurs passages des Évangiles. C’est donc à très juste titre que le
Lectionnaire liturgique pour la Fête d’aujourd’hui nous donne comme première
lecture une vision du Livre de Daniel, qui se situe précisément dans cette
ligne.
Arrêtons-nous un peu à
cette lecture du Livre de Daniel, qui nous aidera à relire l’Évangile de la
Transfiguration dans le contexte du monde d’aujourd’hui. À l’époque du prophète Daniel, une grande
culture, la culture grecque est en train de s’imposer rapidement à Israël comme
au reste du monde connu à l’époque. Une
nouvelle façon de comprendre l’existence et la vie s’imposait. Après une première période au cours de laquelle
cette influence nouvelle était reçue candidement et sans esprit critique, il y
eut une deuxième période où cette influence commença d’engendrer un crise profonde chez ceux dont la foi et les croyances
religieuses n’étaient pas réconciliable avec cette nouvelle approche
culturelle. Enfin, à partir d’Antioche
Épiphane, on assista à l’effort systématique d’imposer cette culture,
considérée comme « supérieure » aux autres, par la force des armes. Cette soi-disant « culture
supérieure » devient de plus en plus intolérante et violente à l’égard des
populations faibles, qu’elle opprime et massacre. (Version ancienne de la
« lutte des civilisations »).
C’est alors qu’est
écrit le Livre de Daniel. Il appelle à
la résistance en s’appuyant sur l’histoire passée du Peuple de Dieu. Et puis, dans une deuxième partie, il adopte
le genre littéraire de l’Apocalypse pour exprimer ce que le langage ordinaire
et conventionnel ne saurait exprimer : l’absurdité de l’usage de la
violence et de la force. Dans ce langage imagé, la couleur blanche symbolise la
présence divine et sa sainteté absolue ;
les trônes symbolisent la capacité de gouverner l’histoire ; et le
« fils de l’homme » préfigure cet être humain qui sera capable de
rendre efficace la volonté de Dieu sur l’humanité. Les Évangiles reprendront souvent cette image
pour nous présenter la figure de Jésus comme un être humain tout à fait
nouveau, capable de rétablir le dialogue entre Dieu et son peuple.
Dans l’Évangile, les
disciples, comme le reste du peuple, s’obstinent à vouloir voir en Jésus un
Messie triomphal et invincible qui rétablira le royaume politique de
David. Le récit de la Transfiguration,
loin d’être une manifestation glorieuse de la divinité de Jésus, est au
contraire une révélation de son caractère d’humble serviteur souffrant. Jésus venait d’annoncer sa passion et sa
mort ; et Pierre en particulier
avait réagi de façon très vive à cette perspective. Or, de quoi parle Jésus avec Moïse et Élie,
dans cette vision qu’ont les Apôtres ?
Il parle de sa mort à Jérusalem.
Jésus est révélé comme le « fils bien-aimé » du Père éternel,
et, en même temps, l’être humain qui accepte l’échec et la mort, dont la
grandeur réside dans l’acceptation de sa faiblesse et de sa vulnérabilité.
Le mystère de la
Transfiguration est une révélation non pas sur Dieu, mais sur l’humanité –
cette humanité assumée par le Fils de Dieu dans son incarnation. Pierre, qui, une fois de plus, « ne sait
pas ce qu’il dit » (faiblesse qui fait sa grandeur), voudrait geler l’histoire
de Jésus dans la manifestation de gloire sur la montagne. Non, il faut redescendre à Jérusalem où se
passera ce que Jésus a annoncé.
Depuis 1945 on ne peut
célébrer cette fête liturgique de la Transfiguration, sans se souvenir que
c’est le 6 août en cette année que s’abattit la première bombe atomique sur
Hiroshima, et que l’humanité fut terriblement défigurée. Cet événement est sans doute celui de
l’histoire moderne où s’exprime de la façon la plus
claire et la plus tragique la prétention irrationnelle et stupide des humains
de vaincre la violence par la violence.
Depuis que l’humanité existe les humains ont toujours essayé de vaincre
la violence par une violence plus grande et n’ont jamais réussi à faire autre
chose que d’engendrer une autre violence encore plus grande. Comment se fait-il que nous n’ayons pas
encore compris.
Si nous avions compris
le message que nous donne l’Évangile d’aujourd’hui, la tragédie que vit ces
jours-ci le Liban n’aurait pas lieu, comme d’ailleurs celle que vivent tant
d’autres points de la planète.
Tout en demandant la
conversion de chacun de nos coeurs, au cours de cette
eucharistie, prions aussi pour toutes les victimes de ces guerres.
Armand VEILLEUX
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de la Transfiguration
2001
– français
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