20 mars 2006 – Solennité de saint Joseph

2Sam 7, 4...16; Rom. 4, 13...22; Mat 1, 16...24

 

Homélie

 

Ce matin, au troisième nocturne des Vigiles, nous avons lu un texte tiré de l’Exhortation Apostolique de Jean-Paul II Redemptoris custos, où le pape mettait en parallèle le fecit (il fit) de Joseph avec le fiat (qu’il me soit fait) de Marie.  Joseph et Marie eurent tous les deux leur Annonciation, à quelques mois d’intervalle. Le récit de l’Annonciation de Marie, qui comporte un dialogue entre elle et le Messager de Dieu, se termine par le mot fiat ; et toute sa vie consista à accomplir à fond ce premier fiat.  Quant à Joseph, l’Évangile ne rapporte de lui aucune parole.  Il est présenté comme un homme d’action.

 

            Lorsque l’ange lui dit de prendre chez-lui Marie, son épouse, il « fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit ». Lorsque l’ange lui dit de partir en Égypte, il prit l’enfant et sa mère et partit.  Lorsque l’ange lui dit qu’il pouvait revenir en terre d’Israël, il le fit.

 

            De nos jours on entend assez souvent dire que l’être est plus important que le faire, ou encore que ce que nous sommes est plus important que ce que nous faisons.  Ces expressions comportent sans doute une part de vérité ;  mais elles sont aussi dans une grande mesure des sophismes.  Nous n’existons pas dans l’abstrait ; nous existons à travers notre activité vitale ; et ce que nous sommes se réalise et se manifeste à travers ce que nous faisons.  Parfois c’est aussi à travers ce que nous décidons consciemment, par conscience, de ne pas faire.  Ainsi Joseph a pensé de répudier en secret sa fiancée ; mais il ne l’a pas fait.  Il fit plutôt ce que le messager du Seigneur lui dit de faire :  il prit chez-lui Marie, son épouse.

 

            Dans son village natal, Jésus était connu comme « le fils du charpentier ». Jean-Paul II, dans l’Exhortation Apostolique mentionnée tout à l’heure, a une très belle section sur le travail comme expression de l’amour.  La solennité liturgique de saint Joseph est une bonne occasion de nous pénétrer encore une fois du sens et de la dignité du travail.  La Bible, dès ses premiers chapitres et même ses premiers versets, nous montre Dieu au travail, créant l’univers ; et à la fin de chaque « jour » de travail, constatant que c’était bon, même très bon.  Toute activité humaine est une participation à cette activité créatrice de Dieu et a donc une dimension essentiellement contemplative.  Ce serait non seulement une erreur, mais j’oserais dire une « hérésie », de croire que l’on n’est contemplatif que lorsqu’on cesse tout travail ou toute activité.  Si l’on n’est pas contemplatif dans son travail, on ne peut l’être dans ses moments de méditation ou de repos.

 

            Beaucoup de personnes, de nos jours, dans nos sociétés, à commencer par celles qui se considèrent les plus « avancées », ne trouvent pas de travail par lequel ils puissent gagner leur vie et exprimer leur amour en gagnant de quoi nourrir leur famille.  Dans une famille ou encore dans une communauté monastique, à côté des travaux dits « rentables » (comme la menuiserie de Joseph à Nazareth), il y a mille et une petites tâches à remplir au service de nos frères.  Efforçons nous de remplir tous ces petits services quotidiens dans l’esprit de Joseph et de Jésus.

 

            Alors qu’on accusait Jésus un jour de rompre le repos du sabbat en accomplissant une guérison, il répondit : « Mon Père travaille sans cesse et je fais de même ».  Efforçons-nous, à l’exemple de Jésus comme aussi de Joseph, d’approfondir notre union contemplative avec notre Père des cieux à travers toutes nos activités de chaque jour au service de nos frères, de l’Église et de la Société.

 

 

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Homélie pour la même solennité

 

            en 2001 : en français / in italiano

 

 

 

Armand VEILLEUX

 

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