9 avril 2006, Dimanche des Rameaux

Is 50, 4-7 ; Ph 2,6-11 ; Mc 14,1-15,47

 

 

Homélie

 

            Selon nos normes humaines d'appréciation, la vie de Jésus a été une vie gaspillée. Tout d'abord trente ans de vie bien ordinaire à Nazareth, dans l'atelier de son père, durant lesquelles il ne semble avoir rien fait qui aie retenu l'attention de ses concitoyens, si bien que lorsqu'il commencera à parler en public on dira : « D'où a-t-il appris tout cela ? N'est-il pas le fils du charpentier ? » Et puis, durant ses trois années de vie publique, alors qu'il aurait pu facilement profiter de l'intérêt que lui porte le petit peuple, il a l'art de se mettre à dos toutes les personnes influentes du monde religieux, économique et politique. Et ça finira par sa mort. Quel gaspillage si l'on s'en tient au jugement des hommes ambitieux de succès et de gloire.

 

            C'est sans doute pourquoi le récit de ses derniers jours commence par une scène de gaspillage. Pendant qu'il prend un repas chez un ami marginal, un lépreux, à Béthanie, où il a d'ailleurs d'autres amis bien connus, une femme entre avec un flacon d'albâtre - ce qui est déjà un objet de grande valeur, rempli d'une parfum très pur, lui-même de grande valeur. Elle ne s'amuse pas à l'oindre de parfum avec le bout de ses doigts ni même à lui en verser un peu sur le corps. Elle brise le flacon d'albâtre et lui verse tout le contenu sur la tête dans un geste fou comme peuvent l'être les gestes d'amour.

 

            Quel gaspillage ! C'est justement ce que disent certaines des personnes présentes. Évidemment, comme ils disent, elle aurait pu en faire tout simplement don à Jésus qui, n'en ayant vraiment pas besoin, aurait pu vendre ce vase et ce parfum et donner l'argent aux pauvres, qui sont d'ailleurs ses amis privilégiés. En défendant la femme en question contre ces critiques, Jésus indique bien que ce gaspillage est un symbole de sa propre mort. Quel gâchis, du point de vue humain ; mais c'est par ce gâchis que nous avons reçu la vie en plénitude.

 

            Au sujet de cette femme Jésus a une parole extraordinaire « partout où la Bonne Nouvelle sera proclamée dans le monde entier, on racontera ce qu'elle vient de faire, en mémoire d'elle », utilisant la même formule que dans la phrase centrale de la dernière Cène « faites ceci en mémoire de moi ».

 

            Parmi ceux qui se scandalisait de ce « gaspillage », il y avait le pauvre Juda Iscariote, qui apparaît dans l'Évangile de Marc pour la première fois depuis la simple mention de son nom dans la liste des Douze. Juda, quoique appelé par Jésus, a de tout autres valeurs. Non seulement l'argent a de l'importance pour lui, mais il veut réussir sa vie. II pensait la réussir en se joignant à ce jeune rabbi ou ce jeune prophète; mais dès que le vent tourne, il tourne sa veste et se met du côté opposé.

 

            La mort de Jésus apparaît clairement dans tout ce récit de Marc comme le résultat d'un complot bien orchestré. Par son parti pris pour les plus démunis, les plus faibles, les plus nécessiteux du peuple, et par son appel à la justice et au respect des droits de tous, Jésus a déstabilisé l'establishment religieux, politique et économique de l'Israël d'alors. Ils s'en sont débarrassé, même en utilisant la trahison de l'un des siens.

 

            Parmi les nombreux enseignements que nous pouvons tirer de ce long récit il y a celui-ci : Nous sommes tous appelés, si nous voulons être fidèles à son exemple, à nous situer entre les valeurs de pure efficacité matérielle, d'achèvement personnel, de réussite, d'une part; et, d'autre part les valeurs d'amour, d'amitié, de partage et de détachement. Un appel au « gaspillage » dans le sens où le dit Jésus: « Celui qui perd sa vie pour moi la trouve » -- en plénitude, dès ici-bas et dans l'éternité.

 

 

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Homélies pour le Dimanche des Rameaux des années précédentes

 

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Armand VEILLEUX

 

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